Il existe de nombreux dispositifs visant à protéger ou à préserver la faune, la flore et leur biotope en France métropolitaine ; mais ne nous laissons pas berner par leur étendue apparente, car ils se superposent bien souvent dans une effarante complexité. La gouvernance de ces espaces a perdu de vue son objectif originel de protection. En 2009, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, le Ministère de l’Environnement et du Développement durable s’était fixé par l’intermédiaire de la SCAP (stratégie de Création des Aires Protégées) d’atteindre 2% de la superficie du territoire sous protection forte. Un objectif dérisoire à peine atteint en 2019)[1], aussi bien en termes de superficie que de niveau de protection.

Faisons un zoom sur les principaux dispositifs ainsi que sur leur fonctionnement en France Métropolitaine et voyons quelques pistes pour faire émerger une transition dans la mise en place de notre objectif de 30 % du territoire métropolitain en zones sanctuarisées d’ici 2030.

Pour une meilleure compréhension : 

La croissance démographique de l’humanité, la surconsommation et le comportement humain qui consiste à vivre sans respecter les autres règnes -animal, végétal ou minéral- conduisent inexorablement à l’épuisement des ressources naturelles et à l’agonie de toute la planète.

Aujourd’hui, en France, force est de constater que la réglementation mise en place pour protéger les espaces naturels est insuffisante pour préserver la faune sauvage et son habitat. Et l’on ne semble envisager la nature que soumise aux desideratas humains.

Mais que se passe-t-il à l’étranger ? Des philosophes et juristes d’avant-garde ont-ils entrevu une autre façon d’organiser notre relation avec la nature ? Ces idées s’appliquent-elles dans d’autres pays ? Lire l’article

Face à l’urgence, Animal Cross propose une réponse radicale à l’horizon 2030 : l’instauration de véritables zones sanctuarisées, personnalités juridiques, où la nature et la faune reprendraient leurs droits. Mais comment cela pourrait-il bien prendre sa place en France ? Lire l’article

 

Parcs Nationaux : de bonnes intentions, mais une réalité de terrain décevante.

Créés sur des territoires inhabités, ils ont pour but premier de préserver un milieu naturel remarquable et fragile. Ils sont constitués d’une zone cœur, la plus protégée, et d’une zone d’adhésion. Cette dernière entoure le cœur du parc, et résulte de la libre adhésion des communes à la charte du parc national[2]. En zone cœur, il est possible d’avoir une réserve intégrale avec présence humaine limitée, et pourtant il n’en existe qu’une seule en France Métropolitaine, la réserve intégrale de Lauvitel (Alpes).

Mais, comme l’expliquent plusieurs agents de parcs nationaux interviewés par Animal Cross au printemps 2019, un sentiment répandu est que l’objectif des Parcs Nationaux a été perdu de vue, au profit d’évènements sportifs, culturels, et de restaurations diverses. Les gestionnaires des Parcs Nationaux ne sont plus indépendants. Ce sont des établissements publics, mais avec une gouvernance très politisée : les Conseils d’Administration sont composés pour l’essentiel d’élus et de représentants des collectivités locales.

La protection de la nature passe alors au second plan, après les désirs exprimés majoritairement par la population.

De plus, une réduction importante des effectifs des agents de parc depuis 2015 a augmenté considérablement la part de travail administratif, et réduit la présence des agents sur le terrain.

Les principales infractions constatées sont liées aux loisirs terrestres motorisés (moto, quad), aux dépôts sauvages de déchets, à la présence de chiens. La cueillette de plantes médicinales est aussi le théâtre d’infractions. Les moyens de sanction (PV transmis au parquet, timbres-amendes, suites administratives) sont largement utilisés. Il existe çà et là des « zones refuges » que personne n’est autorisé à pénétrer, mais qui sont trop rares et trop peu étendues.

NOTRE AVIS :

  • Si chaque parc possède un conseil scientifique, Animal Cross déplore que cette instance soit uniquement consultative, sans pouvoir réel.
  • Animal Cross est choquée que la chasse soit organisée en zone cœur du parc national des Cévennes depuis 2006[3].
  • Animal Cross s’indigne aussi que la pêche soit autorisée dans toutes les zones cœurs des parcs, et déplore la sur fréquentation touristique et sportive qui y règne.

NOTRE DEMANDE :

  • Les zones cœurs actuelles ainsi que les réserves intégrales doivent être automatiquement classées en zone A.
  • Les zones d’adhésions doivent correspondre aux futures zones B.
  • A terme, les surfaces des zones A et B doivent être agrandies afin de participer à l’objectif des 30% de zones sanctuarisées souhaitées à l’horizon 2030. L’agrandissement de ces zones se fera au cas par cas sur recommandation d’experts scientifiques connaissant parfaitement le terrain.
  • Donnons un vrai rôle décisionnaire au conseil scientifique de chaque parc.
  • Appliquons rigoureusement la charte actuelle des Parcs Nationaux, sans dérogation.

 

Parcs Naturels régionaux : centrés sur l’humain, et non sur la nature

Parc Naturel regional du Lubéron

Parc Naturel regional du Lubéron

Ce sont des lieux où l’on cherche à développer la vie économique agricole et touristique, mais toujours pour mettre en valeur un patrimoine naturel, culturel et humain. Leur création est souvent à l’initiative d’associations, d’élus, et des habitants qui se concertent, pensant préserver les atouts de leur territoire.

Les régions concernées élaborent alors la charte du parc, où la protection de l’environnement n’est finalement plus qu’un objectif secondaire. [4]

Le syndicat mixte, gérant du parc régional, est constitué exclusivement d’élus.

Même si cela n’est pas défini par disposition règlementaire, Il est possible d’avoir un Conseil Scientifique pour un Parc Naturel Régional ; il est alors cantonné à un rôle de consultation, et doit être constitué de bénévoles. Il accompagne le syndicat mixte sur la mise en œuvre de la charte, l’évalue, propose des thèmes de recherche.

NOTRE AVIS :

  • Il est regrettable que le Conseil Scientifique ne soit pas obligatoire, et que son rôle soit uniquement consultatif.
  • Animal Cross déplore que la chasse et la pêche soient autorisées dans les parcs régionaux.

NOTRE DEMANDE :

  • Les parcs naturels régionaux doivent être automatiquement reclassés en zone B, voire en zone C.
  • A l’horizon 2030, 10% de leur surface totale doit passer en zone A, constituée de blocs d’un minimum de 3 km2, avec si possible des corridors entre eux, exempts de routes.
  • Rendons obligatoire la présence du Conseil Scientifique, doté d’un pouvoir décisionnaire.

Réserves naturelles (Réserves naturelles nationales, régionales, de Corse) : un semblant de protection pour des confettis de territoires remarquables

Réserve naturelle des étangs du Romelaëre

Une réserve naturelle a pour vocation de protéger une faune et une flore spécifiques en règlementant les usages de l’espace et en définissant des mesures de protection, le plus souvent sur un territoire restreint. Cela peut être un habitat marin, côtier, forestier, ou des milieux humides ou rocheux…

La réserve naturelle est créée par décret du Ministre en charge de l’Environnement, et est soumise à un plan de gestion. Elle est classée essentiellement en catégorie III1 ou IV 2 de l’UICN[5], soit une faible protection pour cet organisme.

Une Réserve naturelle est un site classé pouvant se situer dans le périmètre d’un parc naturel régional. La France compte aujourd’hui 348 réserves naturelles.(6)

Source : http://www.reserves-naturelles.org/patrimoine/chiffres-cles

Animal Cross a rencontré un agent de la réserve du Haut-Rhône. Une réserve isolée, très peu visitée, aux antipodes des préoccupations d’un Parc National souvent très couru. Selon lui, le seul vrai problème à ce jour dans cet espace est celui des pesticides. Ils conduisent à un carnage sur des milliers d’espèces. Le domaine reçoit une pollution générée en amont, avec de très nombreux produits de synthèse qui sont déversés dans le Rhône.

Les principales infractions qu’il constate sont l’utilisation de bateaux à moteur (une partie de cette réserve naturelle nationale est sur le domaine public fluvial), la pêche sans permis, le braconnage, la chasse au plomb et le dépôt de détritus. Il mentionne aussi la présence de nombreux sangliers qui viennent se réfugier dans la réserve naturelle, et détruisent une partie de la flore.

Sa préoccupation est de sensibiliser la population à la richesse de cet espace, de faire de l’information et de la pédagogie, afin que tout le monde participe à l’effort de protection.

Les réserves représentent une petite surface en France Métropolitaine (env. 3000 km2)

NOTRE AVIS :

  • Animal Cross s’interroge sur l’efficacité de la protection très localisée de ces zones remarquables, puisqu’elles ne sont pas protégées en amont.

NOTRE DEMANDE :

  • Les zones déjà intégrées à un plus grand ensemble (ex : Parc Naturel Régional, Parc National,) doivent être classées par défaut en zone A, ou exceptionnellement en zone B, s’il y a présence de zones habitées.
  • Les autres zones doivent être classées en zone B, et 10 % d’entre elles devront passer en zone A à l’horizon 2030.

 

Réserves biologiques : une protection presque aboutie

Les réserves biologiques sont des espaces protégés en milieu forestier public.

Elles sont gérées par l’Office National des Forêts et ont pour but la protection d’habitats naturels typiques.

Il existe 2 types de Réserves Biologiques :

  • Les Réserves Biologiques Dirigées (RBD) avec une gestion conservatoire de la biodiversité (catégorie IV1 de l’UICN), soit une faible protection. Dans les RBD, les

    RBD de Catchéou

    interventions du gestionnaire sur le milieu sont orientées vers l’objectif de conservation des espèces ou milieux remarquables. Des travaux de génie écologique (entretien de milieux ouverts, amélioration de l’habitat d’espèces…) peuvent être réalisés. Quant aux activités humaines plus traditionnelles (sylviculture, circulation du public, chasse…), elles sont restreintes ou interdites en fonction de leur compatibilité avec les objectifs de gestion de la réserve. Ainsi, la réglementation est définie au cas par cas, en fonction des enjeux propres à chaque RBD.[6]

  • Les Réserves Biologiques Intégrales (RBI) sont des espaces protégés, laissés en libre évolution pour y étudier la dynamique spontanée des écosystèmes. Dans les Réserves biologiques intégrales (RBI), l’exploitation forestière est proscrite et la forêt est rendue à une évolution naturelle. Les objectifs sont la connaissance du fonctionnement naturel des écosystèmes, et le développement de la biodiversité associée aux arbres âgés et au bois mort (insectes rares, champignons…). Les RBI constituent de véritables « laboratoires de nature ». Vouées à la naturalité, les RBI ont, en particulier, vocation à conserver de rares noyaux de forêts subnaturelles -sans exploitation depuis au moins 50 ans- qui existent en métropole, ainsi que les véritables forêts vierges des départements d’Outre-Mer.
    Dans une RBI, les seules interventions sylvicoles autorisées sont l’élimination d’espèces exotiques et la sécurisation des routes ou sentiers longeant ou traversant la réserve. En l’absence de prédateurs naturels, le tir de régulation des grands ongulés (cerf, chevreuil, sanglier…) peut être autorisé dans les RBI pour préserver la biodiversité et un fonctionnement de l’écosystème forestier qui soit aussi proche que possible des conditions naturelles. L’accès aux RBI est restreint, pour la sécurité du public, mais pas systématiquement interdit : comme les RBD, les RBI ont en effet une réelle vocation éducative[7].
  • En 2019, en métropole, il existe 173 Réserves Biologiques Dirigées (pour 245 km2) et 81 réserves biologiques intégrales (pour 229 km2) (8)

NOTRE AVIS :

  • Animal Cross soutient ce système de protection mais regrette que la démarche ne soit pas totale.
  • Animal Cross regrette la faible superficie réservée à ce type de protection.

NOTRE DEMANDE :

  • Animal Cross propose de supprimer la chasse et la pêche, et de favoriser l’arrivée de prédateurs naturels (corridors biologiques).
  • Les Réserves Biologiques Intégrales doivent devenir automatiquement des zones de type A ; afin de mieux les protéger, il est nécessaire de créer une zone B autour de ces territoires.
  • Les Réserve Biologiques Dirigées doivent devenir à minima des zones B ; si la zone s’y prête, elle pourra être classée zone A, et se faire entourer d’une zone B pour en faciliter la protection.

Les forêts domaniales, communales ou privées : un même effort nécessaire pour la biodiversité

Forêt domaniale de Cinglais

La France compte aujourd’hui 11 millions d’hectares de forêt dont 4,6 millions d’hectares en métropole. Parmi ces 11 millions, 1,7 millions d’hectares sont des forêts domaniales et 2,9 millions des forêts communales. L’exploitation sylvo-cynégétique est présente dans toutes ces zones forestières sans exception.

 

 

 

 

NOTRE AVIS :

  • Face à la nécessité de protéger la biodiversité[8]  , Animal Cross considère qu’il est indispensable de définir aussi des zones de protection dans ces zones forestières.

NOTRE DEMANDE :

Animal Cross demande que dans les forêts communales et domaniales (autres que celles déjà intégrées dans les Parc nationaux, Parc naturels régionaux, réserves naturelles) :

  • de plus de 8000 hectares : 30% soient requalifiés en zone A et 70% en zone B,
  • de 1200 hectares à 8000 hectares : 10% soient requalifiés en zone A, 90%  en zone B
  • de moins de 1200 hectares : aucun changement

Animal Cross demande que les propriétaires de forêts privées de plus de 20 hectares participent à l’effort en réservant 20% de la surface de leurs forêts, en zone B, sans chasse[9].

Pour les forêts domaniales, à titre d’exemple, le code forestier belge prévoit que toute personne morale de droit public propriétaire de plus de 100 hectares boisés, doit mettre en réserve naturelle intégrale au moins 3 % de la superficie totale.

Animal Cross demande que les plantations paysagères de valorisation de parcelles endommagées actuelles basculent en zone C. La définition de ces zones se fera au cas par cas par des experts scientifiques connaissant parfaitement le terrain.

Tous travaux forestiers dans les zones B devront être réalisés dans le respect des arbres et de leurs habitants avec obligation de replanter.

Pour diminuer l’impact des cervidés sur les cultures sylvestres, il est nécessaire de laisser les prédateurs naturels se réinstaller.

 

Réserves Nationales de Chasse et Faune Sauvage : juste des réservoirs de gibier pour la chasse loisir

Isard dans la réserve nationale d’Orlu Ariège

Les Réserves Nationales de Chasse et de Faune Sauvage sont des espaces protégés terrestres ou marins dont la gestion est principalement assurée par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage. Celui-ci veille au maintien de la chasse et à la définition d’un réseau d’espaces non chassés susceptibles d’accueillir notamment les oiseaux migrateurs. Les réserves nationales de chasse et de faune sauvage représentent 9 sites, pour une surface de 383 km2. (10)

NOTRE AVIS :

  • Encore une fois, Animal Cross relève qu’il s’agit d’un espace censé être protégé, qui subit la pression de la chasse.

NOTRE DEMANDE :

  • Les Réserves nationales de chasse et de faune sauvage doivent être classées en zone A ou B.

 

Des territoires placés sous Arrêtés de Protection de Biotope (APB) : protection temporaire et après ?

Arrête préfectoral de protection de biotope Monte a Supietra

Les Arrêtés de Protection de Biotope permettent aux préfets d’interdire certaines activités humaines tels que la chasse, la pêche, la cueillette, le camping, l’écobuage, le dépôt de déchets ou de matériaux, la plantation d’arbres. Ces mesures visent à protéger des milieux ou des espèces protégées au niveau national, elles s’appliquent sur des espaces restreints. L’arrêté de protection de biotope a pour vocation la conservation de l’habitat d’espèces protégées. C’est un outil de protection réglementaire de niveau départemental, dont la mise en œuvre est relativement souple.

Les APB représentent une superficie de 1686 km2. [11]

NOTRE AVIS :

  • Animal Cross s’interroge sur l’efficacité de la protection très localisée et temporaire de ce dispositif

NOTRE DEMANDE :

  • Animal Cross demande, dans le cadre de l’engagement des 30 %, que les APB deviennent définitifs, sans temporalité.

 

Les Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF) : un inventaire de zones remarquables, rien de plus !

Lancé en 1982, l’inventaire des ZNIEFF a pour objectif d’identifier et de décrire des secteurs présentant de fortes capacités biologiques et un bon état de conservation. La collecte de l’information est réalisée au niveau régional selon une méthodologie commune et définie conjointement par le MNHN et le MEDD. La présence de ZNIEFF n’a pas de portée réglementaire directe mais indique la richesse et la qualité des milieux naturels. Elles peuvent donc être prises en considération par les tribunaux administratifs et le Conseil d’Etat pour apprécier la légalité d’un acte administratif.

 NOTRE AVIS :

Animal Cross apprécie cet effort d’inventaire qui détermine des zones vivantes. Cependant Animal Cross regrette que les ZNIEFF ne jouent pas un rôle de protection.

 

Protections de niveau international :

Réseau Natura 2000 : de bons objectifs européens perdus de vue par la France

Zone Natura 2000

Zone Natura 2000

Le réseau Natura 2000 s’inscrit au cœur de la politique de conservation de la nature de l’Union européenne, et est un élément clé de l’objectif visant à enrayer l’érosion de la biodiversité. Il vise à terme la création d’un réseau écologique européen. Il est constitué d’environ 1780 zones Natura 2000 en France.

Ce réseau mis en place en application de la Directive « Oiseaux » datant de 1979 et de la Directive « Habitats » de 1992 vise à assurer la survie à long terme des espèces et des habitats particulièrement menacés, à forts enjeux de conservation en Europe. Il est constitué d’un ensemble de sites naturels, terrestres et marins, identifiés pour la rareté ou la fragilité des espèces de la flore et de la faune sauvage et des milieux naturels qu’ils abritent.

La structuration de ce réseau comprend :

Des Zones de Protection Spéciales (ZPS), visant la conservation des espèces d’oiseaux sauvages figurant à l’annexe I de la Directive « Oiseaux » ou qui servent d’aires de reproduction, de mue, d’hivernage ou de zones de relais à des oiseaux migrateurs ;

Des Zones Spéciales de Conservation (ZSC) visant la conservation des types d’habitats et des espèces animales et végétales figurant aux annexes I et II de la Directive « Habitats ».

Contrairement aux réserves Naturelles ou aux Parcs Nationaux, les sites Natura 2000 ne sont pas des zones de protection où l’homme n’a pas sa place. La démarche Natura 2000 s’appuie sur les activités humaines (agricoles, forestières…) afin de favoriser des pratiques vertueuses en termes de biodiversité (prairies fauchées faiblement fertilisées, entretien des haies, pâturage extensif…). Des mesures contractuelles (et non obligatoires) sont mises en place pour inciter les gestionnaires à conserver leur mode de gestion ou à les faire évoluer pour une meilleure prise en compte de la biodiversité. [10]

Il est possible de chasser et pêcher dans un site Natura 2000, en respectant les plans de chasse et les lois nationales en vigueur. Les directives n’imposent nullement aux Etats membres des zones interdites à la chasse.  Celles-ci ne peuvent juridiquement être établies qu’en droit interne[11]. ((). L’Europe a pourtant fait un rappel à la France concernant la chasse et l’a sanctionnée en 2010[12].

NOTRE AVIS :

Les sites Natura 2000, à force de compromis avec les propriétaires fonciers, les agriculteurs et les gestionnaires, ont totalement perdu de vue leurs objectifs. D’ailleurs, la Cour de Justice de l’Union européenne a condamné la France le 4 mars 2010 pour n’avoir pas transposé correctement la directive européenne « Habitats » et a demandé que l’évaluation de l’impact de tout projet (de travaux, d’ouvrages ou d’aménagements) soit bien réalisée.

La raison de cette déviance réside dans la gouvernance des sites, concrétisée par des comités de pilotage ; ceux-ci, en charge de la rédaction des « documents d’objectifs – DOCOB », sont constitués de chasseurs, de professionnels de l’exploitation forestière et de personnes défendant des intérêts corporatistes. On voit dans certaines chartes que l’accès en est garanti aux piégeurs agréés, pour donner une idée du niveau de tolérance.

NOTRE DEMANDE :

Animal Cross demande une transposition plus stricte de la Directive européenne « Oiseaux » et de la Directive « Habitats », sans les compromis qui font perdre de vue l’objectif premier.

Les zones déjà intégrées à un plus grand ensemble (ex : Parc Naturel Régional, Parc National,) doivent être classées par défaut en zone A, ou exceptionnellement en zone B, du fait de la présence de zones habitées.

Les autres zones doivent être classées en zone B, et 10 % d’entre elles devront passer en zone A à l’horizon 2030.

 

L’UNESCO prescripteur

De nombreux sites sont candidats au statut de « réserve de biosphère de l’UNESCO » ; afin de prétendre à ce statut, les réserves naturelles se sont souvent inspirées de leur règlementation. Les lignes directrices en sont :

-Réaliser les trois fonctions : la conservation, le développement et le soutien logistique ;

-Dépasser les zones de conservation traditionnelles, par des schémas de zonage appropriés combinant des aires protégées centrales avec des zones où le développement durable est encouragé par les habitants et les entreprises locales avec des systèmes de gouvernance participatifs ;

-Mettre l’accent sur une approche multipartite avec un accent particulier sur l’implication des communautés locales dans la gestion ;

-Favoriser le dialogue pour la résolution des conflits concernant l’utilisation des ressources naturelles ;

-Intégrer la diversité culturelle et biologique, en particulier le rôle des connaissances traditionnelles dans la gestion des écosystèmes ;

En France, le Parc national régional de Camargue, le PN des Cévennes, le PNR d’Armorique, le SMAEMV du mont Ventoux, le PR Lubéron-Lure, Fontainebleau-Le Gâtinais, le PNR des Vosges du Nord, le bassin de la Dordogne, le PNR des Caps et Marais d’Opale, le PNR du Queyras, les gorges du Gardon sont des réserves de biosphère de l’UNESCO.

NOTRE AVIS :

La mission de l’UNESCO dans ces réserves de biosphère est essentiellement centrée sur l’humain et ses activités: on a à cœur d’y utiliser les ressources naturelles au profit des communautés locales, d’y développer éducation et formation, et même de promouvoir des activités de production, fussent-elles respectueuses du développement durable.
Nous constatons que la priorité n’est pas du tout la sauvegarde des biotopes et de la faune sauvage.

NOTRE DEMANDE :

Bannir totalement l’activité humaine des réserves de biosphère de l’UNESCO, et convertir ces espaces en zone A.

 

Moins tolérante, l’UICN

La mission de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) est d’influencer, d’encourager et aider les pays du monde entier, dans la conservation de la biodiversité de la nature, ainsi que de s’assurer que l’utilisation des ressources naturelles est faite de façon équitable et durable. A côté du statut de conservation qu’elle donne aux espèces, elle classe également les aires protégées en 7 catégories.

Et là, il y a beaucoup moins d’appelés en catégorie Ia (réserve naturelle intégrale, (5)) en France : seule la réserve intégrale du Lauvitel (Isère), interdite au public, et l’île de Bagaude (au sein du PN de Port-Cros) sont dans cette catégorie.

Cela dit, les principes UICN de bonne gouvernance pour les aires protégées (6) rappellent beaucoup ceux anthropocentrés de l’UNESCO.

NOTRE AVIS :

Le mérite principal de l’UICN, dans le domaine de la préservation de la nature, est d’avoir classifié au plan international  les zones à protéger, et d’avoir créé une catégorie très exigeante, la Ia.

L’UICN vise à minimiser l’impact des activités humaines sur la nature, à développer des activités à partir d’un environnement respecté et valorisé, à mettre le développement durable au cœur de toutes les réflexions.

Même si ces objectifs de l’UICN sont tout à fait louables, ils demeurent néanmoins très orientés vers l’humain.

NOTRE DEMANDE :

Donner à l’UICN les moyens de faire appliquer (contrôler, sanctionner) strictement dans chaque pays les règles correspondant à ses catégories.

Au moment où nous terminons cet article, nous prenons connaissance de l’annonce d’un plan d’action visant à placer 30 % du territoire français sous aires protégées d’ici à 2022. Même si l’essentiel serait constitué d’aires marines outre-mer, cette annonce va dans le sens espéré.

Reste à savoir ce que signifie précisément « 10% de zones protégées en pleine naturalité  «.

Un objectif à 30%, c’est formidable, mais si c’est pour avoir le niveau de protection des Parcs Naturels Régionaux ou encore des Réserves Naturelles , cumuler les pourcents a peu de sens.

Animal Cross souhaite que la qualité de la protection de la faune et de la flore soit renforcée, et que tous les espaces tendent, selon les modalités proposées plus haut, vers le statut des Réserves Biologiques intégrales, ou encore vers la catégorie Ia de l’UICN.

 

Exemples des parcs étrangers

Nous retenons les exemples de l’Allemagne et de l’Autriche, en raison du caractère strict de la protection d’une grande partie de leurs parcs nationaux, de la Suisse, en raison de son mode de gouvernance original, et enfin celui du Costa Rica, du fait du pourcentage exceptionnel de sa surface passée en mode protégé. 

Allemagne

Le pays compte 16 parcs nationaux (PN), bien que totalisant 1 047 800 hectares (moins que la France), dont 194 209 ha en zone terrestre, soit 0,54 % du territoire terrestre allemand.

Prenons le parc national de la forêt de Bavière (24 250 hectares), plus ancien parc national allemand.

Il est divisé en trois parties : un enclos à faune de 200 hectares ouvert au public avec des loups, des lynx, des bisons et des ours, une zone de sentiers balisés et une réserve de 4 000 hectares de forêts interdites au public.

Il comprend, au plan du zonage :

  • Des zones naturelles (1), dans lesquelles il n’y a aucune présence humaine, et qui représentent 75% de la surface du PN,
  • Une zone cœur, habitée et pouvant être parcourue, mais où il est interdit de quitter les sentiers balisés (350 km), avec différentes zones : zones de développement, zone périphérique (activité forestière, chasse), zone de repos.

Les chiens doivent être tenus en laisse là où randonner est autorisé.

 

Autriche

Le pays possède sept parcs nationaux (252 100 ha, soit 3 % de la surface du pays), réglementés de façon proche des parcs allemands.

Prenons le plus grand d’entre eux, le parc national des Hohe Tauern (181 500 hectares, (2)). Il comprend une zone cœur (119 800 ha) et une zone externe (63 800).

La protection du parc est définie par son zonage et par les spécifications de la catégorie UICN ΙΙ.

En zone cœur : 75% de sa surface ne peut être exploitée, toute atteinte à la nature et à l’écosystème est interdite, à quelques exceptions près. La zone extérieure qui entoure la zone cœur correspond aux zones d’adhésion de nos parc nationaux français. Les activités humaines liées au tourisme sont développées en zone extérieure, comme le montre le rapport d’activité (3).

 

Suisse

Le pays comporte 18 parcs, dont un seul Parc National Suisse. Ces parcs représentent 14% de la surface du pays.

Le Parc National Suisse (PNS) a été créé en 1914, après que les fondateurs, constatant avec inquiétude l’industrialisation galopante, ont souhaité « sauver dans une région déterminée la faune et la flore originelles du pays «. C’est depuis 1980 qu’une ordonnance cantonale donne au Parc National une base légale claire, et il devient fondation fédérale (4). Cette base légale figure dans la loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN).

Les membres de sa commission de gestion sont ainsi répartis : 3 membres d’Associations de Protection de la Nature, 2 membres de la confédération, 2 membres de l’académie suisse des sciences naturelles, et 1 seul membre représentant le canton des Grisons. Ainsi, contrairement à la gouvernance des espaces protégés français, les élus et représentants des collectivités locales sont en minorité.

Le PNS comporte une zone cœur (17’030 ha), une zone de soins correspondant à nos zones d’adhésion (17’400 ha), et une zone de développement (10’500 ha).

Ce zonage est conforme aux critères de l’UNESCO pour les réserves de biosphère, statut que le PNS souhaite reconquérir :

  • La zone centrale est dédiée à la protection à long terme,
  • La zone de soins entourant ou adjacente à la zone centrale, dans laquelle seules des activités compatibles avec les objectifs de conservation ont lieu ;
  • La zone de développement extérieure dans laquelle les approches de gestion durable des ressources sont encouragées et développées.

Avec ses quelques 150 000 visiteurs par an, le camping est interdit dans le PNS, les chiens même tenus en laisse doivent rester à l’extérieur.

 

Costa Rica

Ce petit pays d’Amérique Centrale est une référence mondiale qui compte 161 zones protégées classifiées en 9 catégories qui représentent 13 000 km² soit 25% du territoire costaricain. Parmi ces zones, il existe 28 parcs nationaux dont 3 inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les 9 catégories de zones protégées sont :

  • les parcs nationaux
  • les réserves biologiques
  • les réserves forestières
  • les zones protégées
  • les refuges de la vie sauvage (publics, privés ou mixtes)
  • les zones humides (y compris les mangroves)
  • les sites du patrimoine naturel
  • les réserves marines
  • les aires marines de protection.

Dans certains cas, leur gestion est confiée au privé.

Outre le fait que le Costa Rica a intégré dans sa constitution la préservation de l’environnement (Constitution Politique du Costa Rica, 1949 — Article 50), le pays s’est doté d’outils législatifs efficaces :

  • la loi Organique sur l’Environnement, de 1995 (n° 7 554, articles 2, 4, 36, 73)
  • La LOI RELATIVE A LA BIODIVERSITE de 1998 (18) (Loi n°7788, Loi de la Biodiversité, 1998 — Articles 1,9,10,66, 98) dont il faut noter, parmi les principes généraux « Le respect de la vie dans toutes ses formes » et la loi « bien-être animal » (Loi n°7451, Bien-Être des Animaux, 2016 — Articles 1, 3, 15)

Cette loi comprend :

  • l’interdiction de chasse des animaux sauvages (sauf pour raisons de recherches scientifiques et de contrôle des espèces), c’est à dire que la chasse sportive de loisir est strictement interdite,
  • l’interdiction de domestiquer des espèces sauvages comme les singes, les iguanes, les aras, les paresseux et certaines espèces d’oiseaux
  • l’interdiction de toute forme de cruauté et de mauvais traitement des animaux, actes étant considérés comme atteinte à la dignité humaine
  • La mort des animaux doit être indolore

Malheureusement, cette loi ne concerne pas les entreprises de pêche qui continuent leur activité

 

Parmi toutes les atteintes qui sont faites à l’animal sauvage, celles infligées à son environnement sont certainement celles qui lui sont le plus néfastes, d’où notre démarche de mise en sanctuaire de son habitat.

Il y a urgence à adopter des mesures radicales pour préserver l’ensemble de la biodiversité, c’est ce qu’a compris notre gouvernement en annonçant en Juin 2019 un plan d’action visant à placer 30 % du territoire français sous aires protégées d’ici à 2022.

Même si cela toucherait essentiellement l’outre-mer, et même si le niveau de protection de ces espaces demeure encore à préciser,  on ne peut qu’être positivement surpris par cette décision.

Revenir à l’article d’introduction : Vers de nouvelles relations avec la nature

 

[1] cf. annexe5

[2] www.parcnationaux.fr

[3] https://www.cevennes-parcnational.fr

[4] Chiffres clés : 53 Parcs naturels régionaux (51 métropolitains et 2 ultramarins) qui représente 15 % du territoire français (91’000 km2), dont 9 072 km2 pour le PNRG (Guyane). La surface totale des PNR est constituée à 37 % de forêts (26 % en France métropolitaine), à 40 % de surfaces agricoles (la moitié de cette surface étant constituée de pâturages) et à 1,9 % de zones construites

[5] Aires protégées classées par l’Union internationale pour la conservation de la nature

(6) Source : http://www.reserves-naturelles.org/patrimoine/chiffres-cles

[6] http://www.conservation-nature.fr/article3.php?id=119

[7] http://www.conservation-nature.fr/article3.php?id=119

(8) https://inpn.mnhn.fr/espace/protege/stats

[8] (rapport rendu lundi 06 mai 2019 par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services éco systémiques : IPBES)

[9] Réserves de chasse intégrées au calcul

(10) http://www.conservation-nature.fr/article3.php?id=121

[10] http://haut-allier.n2000.fr/decouvrir-natura2000/natura-2000-en-10-questions

(11) https://inpn.mnhn.fr/espace/protege/stats

[11] http://www.oncfs.gouv.fr/Fiches-juridiques-chasse-ru377/La-chasse-dans-les-espaces-proteges-ar1219

[12] (https://www.sudouest.fr/2010/04/30/l-europe-epingle-la-chasse-dans-les-sites-natura-2000-79834-3.php)

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