Le calvaire des poules pondeuses

Manger un œuf peut sembler un acte banal. Et pourtant… Les poules pondeuses qui travaillent pour nous les offrir vivent pour la plupart une existence de douleur, de privation et de mal-être.

 

La poule dans son milieu naturel

Les souches de poules pondeuses utilisées aujourd’hui en élevage ont été obtenues par domestication d’une poule de la jungle d’Asie du Sud-Est : la poule Bankiva.
Comme le paon ou le faisan, son habitat naturel est une zone boisée lui offrant des abris et des possibilités de se percher. Les poules Bankiva vivent en petits groupes hiérarchisés, où les activités quotidiennes sont coordonnées. Qu’ils
soient sauvages ou domestiques, on estime que ces oiseaux disposent d’un répertoire de plus de 30 sons différents pour transmettre des messages, et qu’ils communiquent aussi par des postures et des attitudes.
Au moment de pondre, une poule peut parcourir de grandes distances afin de choisir soigneusement un endroit sûr et approprié pour y creuser un nid. Elle y pond ensuite plusieurs œufs et les couve jusqu’à l’éclosion. Les poussins communiquent entre eux et avec leur mère par des pépiements, qui commencent même à l’intérieur de l’œuf.
Les poules et les poulets aiment se rouler dans la poussière pour nettoyer leurs plumes, utilisant le matériau meuble comme une forme de « shampoing sec ». Les activités d’exploration, de grattage et de picorage constituent aussi une part importante de leur emploi du temps, et représentent 90% de leur activité quotidienne. Le picorage est une activité précise et technique, qui fait appel aux capteurs sensoriels situés dans le bec.
Comme les vaches, les moutons et les cochons, les poules nouent des relations sociales complexes avec leurs congénères, peuvent reconnaître de nombreux individus (y compris des humains). Des expériences ont révélé leur capacité à apprendre des informations par l’observation d’autres poules. En élevage intensif, il suffit souvent d’apprendre à quelques individus le fonctionnement des clapets sur les abreuvoirs pour que cet apprentissage se transmette à l’ensemble des oiseaux.

En France, la vie misérable des poules…

Oubliée la jungle, notre poule pondeuse connaît dans notre pays une toute autre vie… disons nettement plus productive.

Tous les mâles éliminés dès leur naissance

Les poules pondeuses sont issues d’une sélection génétique favorisant la production d’œufs : une poule pondeuse d’élevage pond environ 300 œufs par an alors qu’à l’état sauvage, une poule en pond en moyenne 60. 14,4 milliards* d’œufs éclosent chaque année en France.
Cette souche de gallinacé est très différente de celle utilisée pour la production de volailles de chair, optimisées elles pour atteindre le poids d’abattage en 42 jours… Les mâles de souche pondeuse, inutiles, sont alors éliminés par broyage ou gazage. On ne garde que 67 000 coqs pour la reproduction, et bien sûr les 46 millions de poulettes.


Pour 80 % des poules, toute une vie en cage

A 18 semaines, 80% des poules pondeuses sont placées dans des cages.
Dans les cages conventionnelles, 4 à 5 poules s’entassent dans chaque cage et la surface de vie de chaque poule est de 550 cm², soit la taille d’une feuille de papier A4.
La promiscuité et la pauvreté de l’environnement empêchent les oiseaux d’exprimer un comportement naturel, tels que nicher, fouiller le sol, se percher ou prendre des bains de poussière. La restriction des mouvements rend impossible le simple fait d’étendre les ailes.
Dans les cages, en l’absence de nid, des comportements inhibés se traduisent par des conduites anormales, telle
une agitation accrue ou la construction fictive d’un nid.
Sur le sol grillagé, elles ne disposent pas de matériau meuble dans lequel fourrager. Les problèmes de picage de plumes et d’agressivité ont été identifiés comme une réorientation vers les congénères de leur comportement
frustré de picorage et d’exploration.
Dans leur cage, les poules procèdent dans le vide à des simulacres de bains de poussière.
En élevage, lorsque des perchoirs sont disponibles en quantités insuffisantes, les poules luttent vigoureusement pour y accéder. Les cages conventionnelles n’offrent aucune possibilité de se percher la nuit et les poules sont contraintes à se tenir, nuit et jour, sur un sol grillagé.
Les poules développent souvent des anomalies du comportement : mouvements stéréotypés prolongés, agressivité (voire cannibalisme) envers leurs congénères. Leurs os sont très fragiles à cause du manque de lumière et du manque d’exercice.


Pour 3% des poules, un élevage au sol

Ici pas de cage. « Au sol », les poules sont parquées à l’intérieur d’un bâtiment dans lequel elles vivent en permanence sans en sortir. Elles disposent de nids, de perchoirs, ainsi que d’un espace recouvert de litière et l’on en compte 9 au m². Parfois, on parle de « volière »: les bâtiments sont alors aménagés pour que les poules puissent circuler sur des étages superposés, leur permettant d’être moins souvent rivées au sol et plus fréquemment perchées en hauteur.

Là où les cages ont échoué, le système « au sol » offre l’avantage d’une relative liberté de mouvement au sein d’un espace couvert. Pour autant, les hangars fermés ne savent résoudre deux problèmes essentiels : la promiscuité et le contact permanent de milliers de congénères, nuisibles à la tranquillité et au bien-être des poules pondeuses.

Pour 17% d’entre elles, un accès au plein air (3% en bio, 3% en label rouge, 11% en plein air)
Les poules qui produisent des œufs plein air ont accès à un parcours extérieur en majeure partie recouvert
de végétation. Le terrain qui leur est alloué est de 4 m² par poule.


Les poules qui produisent des œufs bio bénéficient des mêmes conditions avec en plus abris et végétation sur le parcours extérieur. A l’intérieur, le nombre de poules est limité et les densités au m² sont plus faibles. Elles reçoivent une alimentation biologique à 90% minimum. En gagnant en espace, en activité physique et exploratoire, leur bien-être s’en trouve nettement amélioré.
Durant une partie de la journée, les poules entrent et sortent librement sur le terrain, qui doit être non boueux, herbeux, idéalement arboré ou boisé, et parsemé d’abris pour les poules qui craignent naturellement la menace (parfois réelle) de prédateurs. Dans cet espace d’expression libre, à la lumière du jour, les poules déploient pleinement l’ensemble des comportements typiques de leur espèce.
Les élevages dont les poules se voient offrir un temps de liberté quotidien exigent, nécessairement, une attention plus particulière à l’environnement et aux aléas inhérents à la vie au dehors.
Certains paramètres, tels la température, le temps, les parasites, les prédateurs, demandent des efforts et la vigilance constante de l’éleveur. Cette attention est, bien sûr, bien plus demandeuse de temps et de travail que pour l’élevage de poules en batterie. Ces dernières ne sortent jamais de leurs cages et sont de ce fait soustraites aux aléas naturels de la vie en liberté.
Une même fin pour toutes
A bout de 68 semaines, qu’elles soient issues d’élevages intensifs en cage, d’élevages au sol, d’élevages en plein air ou bio, les poules finissent leurs jours à l’abattoir.

Encore des efforts à faire pour le bio

Dans les élevages  »en plein air » et les élevages  »bio« , les poules pondeuses restent soumises à des conditions dénaturées et les poussins mâles sont également éliminés. Les poules peuvent également avoir leur bec « épointé » au fer rouge pour éviter qu’elles ne s’entretuent, et elles sont éliminées comme les autres lorsqu’elles ne sont plus rentables. Les chartes d’agriculture bio ne se préoccupent pas de durées maximales pour les transports des animaux.

Vers la fin des élevages en batterie ?

La France est le premier producteur d’œufs en Europe (43 millions par an). 75% des 300 millions de poules élevées dans l’Union Européenne sont maintenues en batteries de cages, et vivent sur une surface grillagée de 550 cm2, soit moins de la surface d’une feuille de papier. L’Union Européenne a voté l’interdiction des batteries en 1999. L’interdiction entrera en vigueur dans les 27 pays de l’Union en 2012, au terme d’un délai de 13 ans laissé aux producteurs pour adapter leurs installations !
Mais qu’en est-il de ces cages dites «aménagées » en Europe ? Les poules disposeront alors chacune de 750 cm² (un post-il en plus !), d’un nid artificiel, d’une litière permettant le picorage et le grattage et de perchoirs offrant 15 cm par poule. Une révolution ? Hélas non ! L’espace à la disposition de chaque oiseau demeure largement insuffisant. La hauteur prévue des cages est de 45 cm, pour des oiseaux dont le sentiment de sécurité est indissociable de la sensation de hauteur. Les perchoirs seront situés quelques centimètres à peine au dessus du fonds de la cage !
Faute d’espace, les poules demeureront inactives la majorité du temps, tandis que chaque déplacement leur imposera l’évitement d’un obstacle (dérangement des autres poules, contournement des perchoirs…).
Les cages aménagées ne règleront pas non plus les problèmes de picage des poules : les mutilations du bec resteront pratiquées pour éviter qu’elles ne se déplument ou ne s’attaquent.

Un marquage des oeufs obligatoire

Pour s’y retrouver, un marquage des œufs obligatoire.
Depuis 2004, chaque boîte d’œuf doit mentionner en toutes lettres le type d’élevage d’où elle est issue. Chaque œuf, même vendu sans emballage, doit comporter un chiffre spécifiant le mode d’élevage, généralement placé avant les lettres FR.
Ne vous laissez donc pas abuser par une mise en scène champêtre sur un marché ou sur un emballage, ou bien par une mention comme « œufs de nos régions », « œufs de basse-cour »…

Code sur les oeufs
Caractère imprimé sur l’œuf avant les lettres FR Traduction et mention obligatoire sur la boîte
0 œufs de poules élevées en plein air (agriculture biologique)
1 œufs de poules élevées en plein air
2 œufs de poules élevées au sol
3 œufs de poules élevées en cage

Attention aussi aux plats cuisinés !

Les biscuits, gâteaux, pâtes aux œufs… renferment généralement des œufs de batterie. Ce sont des produits travaillés la plupart du temps avec des ovoproduits, c’est-à-dire des œufs fournis sous forme liquide. Sur ces emballages, pas de mention du type d’élevage. Il s’agit bien sûr la plupart du temps d’œufs de batterie.
Dans les rayons, il est donc plus prudent d’accorder votre préférence aux pâtes sans œufs (les rayons en sont remplis !), aux biscuits, mayonnaises et plats cuisinés « bio », toujours exempts d’œufs de batterie.
Même chose au restaurant. Amusez-vous à demander au cuisinier d’où viennent ses œufs ! En cas d’ignorance, demandez-lui de vous présenter un œuf. Code 3 presque assuré ! A moins qu’il ne se fournisse directement en ovoproduits, et là vous avez toutes les chances qu’ils proviennent de poules en cages…

Alors que faire ?

Il est nécessaire d’acheter ses œufs avec discernement, en choisissant des œufs bio de préférence, et au minimum des œufs de poules élevées en plein-air.
Des associations de protection animale comme la Protection mondiale des animaux de ferme (PMAF) proposent sur leur site des outils pour agir pour que le sort des poules pondeuses change.

Oeufs de batterie : les supermarchés français à la traîne !

Dans nos pays voisins, les chaînes de supermarchés sont de plus en plus nombreuses à cesser la vente d’oeufs de poules élevées en cage : ainsi en Belgique, ce sont les enseignes Carrefour, Intermarché, Cora et Match qui ont renoncé à ce marché, l’ensemble des supermarchés en Suisse et aux Pays Bas, les chaînes Rewe et Aldi en Allemagne, et au Royaume Uni, Marks & Spencers, Waitrose, Co-op, et depuis février le géant britannique Sainsbury’s ! (2,5 millions d’œufs de batterie commercialisés chaque semaine dans ses supermarchés se verront alors remplacés par des œufs de poules élevées en plein air. La part des œufs de plein air chez Sainsbury’s passera alors de 27% à 100%).
En France, la tendance est plus lente, mais elle progresse toutefois dans la même direction : les œufs alternatifs ont désormais franchi le cap de 40% de la valeur créée sur les linéaires. Les œufs alternatifs devancent à présent le segment des œufs datés du jour de ponte : une croissance portée par l’envolée à deux chiffres des œufs Label Rouge et Bio. En 2007, les 16,9 M€ de chiffre d’affaires additionnel généré par les œufs bio, label Rouge et plein air en hyper et supermarchés ont constitué 94,4% de la croissance du marché .

Sources : Agreste 2006 – Enquête structure 2005, Itavi, Synalaf, DGAL, Observatoire de l’agriculture biologique, chiffres 2005 et enquête en octobre 2007 en France.