Dauphins en captivité : les dessous du spectacle!

 

Un delphinarium est un aquarium artificiel pour grands dauphins qui est l’espèce la plus commune et familière (Tursiops truncatus), ainsi que parfois pour d’autres cétacés.En liberté, le grand dauphin est présent dans toutes les mers du monde, à l’exception des zones arctiques et antarctiques. Il existe deux populations assez distinctes : une côtière et une autre vivant en haute mer.

 

Les dauphins et la captivité

Comment se déroule la capture ?

Les captures sont effectuées à l’aide de filets ou de lassos.
Les dauphins, sous le coup du stress et de la frayeur, peuvent s’échouer ou se noyer et certaines femelles avortent.
Ces prélèvements en milieu naturel ont donc des conséquences très préjudiciables sur la survie des populations sauvages: décès d’individus autres que ceux capturés, désorganisation sociale, problèmes de reproduction,…
Les individus capturés sont violemment séparés des leurs sans qu’il soit tenu compte du fait que chaque dauphin appartient à une structure sociale complexe, au sein de laquelle des liens étroits se tissent entre les différents individus.
Lors de ces chasses aux dauphins, des propriétaires de delphinariums sont présents. On emprisonne tous les dauphins, puis les propriétaires de delphinariums choisissent ceux qu’ils veulent emporter.Tous les autres sont massacrés. Les dauphins choisis sont ensuite isolés puis emportés jusqu’au delphinarium.
Cf. WDCS (Whale and Dolphin Conservation Society)

Le transport:

Ce voyage étant éprouvant, peu y survivent.
Ils sont transportés en brancard, maintenus hors de l’eau pendant des heures, leur peau se déshydrate, leur respiration devient difficile. (www.reseaucetaces.org)

Leur vie en captivité :

L’arrivée en bassin provoque un choc chez les dauphins.
Dans l’océan, il est habituel de les voir parcourir jusqu’à 100 km par jour et plonger à des profondeurs atteignant200 m, ils sont presque toujours en mouvement, même lorsqu’ils se reposent et ils passent moins de 20% de leur temps à la surface de l’eau.

Dans les delphinariums, les dauphins se retrouvent brutalement enfermés entre quatre murs de béton, dans une eau traitée aux produits chimiques.

La privation de liberté rend les dauphins malades, stressés, dépressifs.
Les causes principales de souffrance et de décès pour les dauphins captifs sont le manque d’espace, l’oisiveté forcée, la perte de tout contrôle sur leurs propres activités et leur environnement.
La commission Baleinière Internationale estime à plus de 2 700 le nombre de Tursiops truncatus captures depuis 1913 à travers le monde. En 1995, environ 2 000 dauphins toutes espèces confondues sont détenus en captivité. Tous ces chiffres ne prennent pas en compte le recensement officiel des captures entre 1960 et 1970, pas plus qu’ils n’incluent le « gaspillage » lors de chaque capture. Il est de l’ordre de 50 % confirme le Professeur Pilleri (ancien Direct. Institut de recherche université de Berne et 20 ans d’étude sur les dauphins en captivité. – ouvrage des dauphins et des hommes – Muriel Teyssier).

Est-ce que le dauphin souffre en delphinarium ?

Le « sourire » affiché par les dauphins ne reflète absolument pas un état d’humeur, il s’agit simplement d’une caractéristique morphologique (même morts ils gardent ce sourire)

Perte de poids, manque d’appétit, comportement antisocial, succès de reproduction réduit, artériosclérose, ulcères stomacaux, modifications au niveau de la quantité de cellules sanguines et vulnérabilité accrue aux maladies et à la mort sont autant de symptômes de stress. (Rose et al., 2009).

Il peut être causé par le maintien des cétacés dans des groupes sociaux artificiels, au sein d’espaces limités et réduits, sans possibilité de fuite. Ajouter de nouveaux animaux dans le groupe captif ou imposer la cohabitation à des animaux incompatibles peut changer la dynamique du groupe et la hiérarchie de dominance et soumettre les individus situés en bas de l’échelle hiérarchique à des agressions, des maladies voire la mort (Rose et al.,2009).

On dit que le dauphin est joueur. Mais selon Patrice VAN EERSEL (« Le cinquième rêve »)
« Bon nombre de dauphins meurent de stress à l’instant même où les marins, avec qui ils croyaient jouer, les arrêtent soudain dans leur course en leur jetant un filet devant le nez ; et parmi ceux qui survivent, certains tentent ensuite de se suicider en se jetant sur les parois de leurs bassins. »

Données générales sur les Dauphins et quelques chiffres

Les massacres de dauphins au Japon …

Chaque année, du 1er septembre au 31 mars, la saison de la chasse bat son plein au Japon. Pas moins de 20 000 dauphins sont massacrés au nom d’une tradition vieille de 400 ans. Certains dauphins capturés lors de ces chasses sont vendus aux delphinariums (chiffre communiqué par les organismes de pêche).

Quelles sont les espèces concernées ?

Le Grand Dauphin – Le Dauphin Bleu et Blanc – Le Dauphin Tacheté.- Le Dauphin de Risso

Le Dauphin à Flancs Blancs du Pacifique

Les delphinariums dans le monde

–   Ils sont environ 200 à travers le monde (pas de chiffres exacts). Rien qu’au Japon il y en a une quarantaine.

–   Il existe 34 delphinariums dans l’Union européenne, qui détiennent un total de 286 cétacés répertoriés appartenant à six espèces différentes. En France il existe trois delphinariums : le Marineland à Antibes, le Parc Astérix et Planète Sauvage.

Toutes les données relatives aux animaux détenus par les delphinariums en UE, comme les gestations, les naissances, les morts et les transferts, ne sont pas rendues publiques et peuvent être difficiles à obtenir, même dans le cadre de recherches scientifiques.

http://www.ladolphinconnection.com/Rapport_WDCS_Delphinariums_UE.pdf

Quel est le taux de mortalité par rapport à la vie sauvage ?

L’espérance de vie des dauphins sauvages est en moyenne de 45 ans pour les mâles et 55 ans pour les femelles. En revanche, elle n’est que de 20 ans en moyenne pour les dauphins captifs (www.reseaucetaces.org)

En général 30 % des dauphins décèdent après 24 h de captivité, selon le Professeur Pilleri. (Ouvrage des dauphins et des hommes – Muriel Teyssier)

Les taux de mortalité des grands dauphins capturés sont six fois plus élevés immédiatement après la capture.(Small et DeMaster 1995).

Même lorsque les soins vétérinaires sont optimaux, les taux de mortalité chez les cétacés captifs restent plus élevés que chez leurs homologues sauvages. Les maladies sont difficiles à diagnostiquer. Il est commun pour le personnel des delphinariums de voir un animal sans appétit mourir un ou deux jours plus tard avant qu’aucune cause n’ait pu être déterminée ou qu’aucun traitement n’ait pu être administré (Rose et al., 2009)

Le régime alimentaire

En liberté, le régime alimentaire est extrêmement varié. En captivité, le dauphin est nourri de poisson mortmassivement enrichi de vitamines et d’antibiotiques. www.dauphinlibre.be/synthese.htm

Les delphinariums, en UE et dans le reste du monde, ne peuvent pas apporter un environnement qui reproduise l’habitat naturel des cétacés, en captivité. L’eau est traitée chimiquement, souvent au moyen de chlore, ce qui ne permet pas d’introduire des poissons vivants et des algues dans leurs bassins.

Quelles que soient les conditions d’accueil que l’on réserve aux cétacés, quels que soient les efforts déployés pour élargir encore la taille des bassins, leur enfermement n’en reste pas moins, toujours, et dans tous les cas contre nature.

 

Ce que demande le règlement :

  •  « La construction d’un delphinarium doit répondre à des normes précises fixées par la loi, conformément à l’arrêté du 24 août 1981 pour la France et au Règlement CEE n° 3626/82 du 3 décembre 1982 relatif à l’application de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) dans la communauté.
  • Le delphinarium du parc Astérix est un des rares à respecter les critères de superficie.

 

Que dit la Loi ?

Règlement concernant les delphinariums en France.

  •   « Selon un règlement CEE de la commission des communautés européennes établissant des conditions uniformes relatives à la délivrance de permis d’importation pour les cétacés vivants couverts par le règlement CEE n° 3626/82, la profondeur minimale du bassin doit être de 5 mètres sur 20 % de sa superficie (3.5 m sur le reste de la surface) et le volume minimal d’eau (pour 5 dauphins de l’espèce Tursiops truncatus) ne peut être inférieur à 1500 m3.  Au point n° 21 des normes (B), il est mentionné que « l’eau contenue dans les bassins ne doit pas pouvoir nuire à la santé des animaux. L’eau doit être claire, indolore et inodore, exception faite de la légère odeur des composés chlorés »

Législation et normes minimales

  • Toutes les espèces de cétacés sont mentionnées en l’annexe A de la Directive No.338/97 du Conseil de l’Union Européenne, datée du 9 décembre 1996.
  • Tout échange à but strictement commercial de ces espèces mentionnées par cette annexe A est interdit.
  • Les «exceptions» présentes dans cette directive sont utilisées pour continuer des importations, tout particulièrement celles de dauphins Tursiops.

 

Des solutions de remplacement

Le whale-watching est une activité de l’écotourisme permettant l’observation des animaux marins et notamment les dauphins dans leur milieu naturel, et le plus souvent à proximité des côtes.
Si des règles éthiques sont mises en place et respectées pour ne pas déranger inconsidérément les animaux, c’est la meilleure manière pour les touristes de rencontrer et d’observer les comportements des animaux libres. Les dauphins libres ne fuient pas l’homme. Ils sont curieux de nous et collaborent volontiers s’ils se sentent en sécurité.
A Paris, Jacques Cousteau a donné un exemple au monde en créant un aquarium alternatif qui présente les réalités des dauphins et des baleines en utilisant les dernières technologies audio et vidéo ainsi que des maquettes grandeur réelle, des promenades au travers de celles-ci, …
Un concept similaire est en cours d’étude en Nouvelle-Zélande.
Un des pionniers de la delphinologie contemporaine, Wade Doak :

  • Alors qu’il n’était encore qu’un plongeur à la recherche de trésors engloutis, les dauphins sont littéralement »venus le chercher ».
  • Depuis – et cela fait pas mal d’années – Wade Doak continue à œuvrer pour leur bonheur de toutes les manières.
  • Grâce à lui, la Nouvelle Zélande est presque devenue un paradis pour les dauphins libres qui vivent dans ses eaux.
  • Rappelons aussi que le projet Interlock se consacre essentiellement aux communications hommes-dauphins.
  • On lira donc avec intérêt l’opinion de ce très fin connaisseur des cétacés.

Par Wade Doak, (Dolphin Ambassador – Project Interlock)

Texte paru dans la revue Planète Mer – Trimestriel d’information de l’association française

S.O.S Grand Bleu. N°23. Juillet- Août – Septembre 1999

 

Quelques références

1) Monsieur Giorgio PILLERI, (CH) professeur d’anatomie cérébrale, un savant des dauphins, (auteur de nombreux livres sur les cétacés).

2) Monsieur Mac CULLOCH (USA) ancien dresseur de dauphins (repenti) au delphinarium de Miami.

3) Monsieur Jacques MAYOL (FR) ancien dresseur de dauphins (repenti), l’inspirateur du film « LE  GRAND BLEU ».

4) Monsieur Richard O’BARRY,(USA) ancien dresseur de dauphins (repenti) du célèbre *Flipper le dauphin* (cinq dauphins morts pour le tournage des films)

http://www.aquamer-int.org/page13.htm

5) http://www.ladolphinconnection.com/Rapport_WDCS_Delphinariums_UE.pdf

6) Le dernier rapport disponible à propos de la situation des dauphins captifs en Europe a été rédigé   par M. Manuel Hartman, vétérinaire au Zoo de Duisburg, qui s’intitule :  » The European studbook of bottlenose dolphins (Tursiops truncatus) : 1998 survey results. Aquatic Mammals 26(2): 95-100″. [publié par le Zoo de Duisburg, Meulheimer Str. 273, 47058 Duisburg, Germany).