Des centaines de milliers de corbeaux freux et plusieurs millions de corneilles noires sont tirés et piégés chaque année en France. Classés « susceptibles d’occasionner des dégâts » dans 84 départements pour la corneille noire et dans 58 départements pour le corbeau freux, ils sont chassés et piégés toute l’année. Pourquoi ?

Une ancestrale réputation d’oiseaux de malheur leur colle aux ailes. Ils ont même donné leur nom aux dénonciateurs anonymes.

Les corneilles sont très consommatrices d’œufs de grives, de faisans et de perdrix, de petits mammifères sauvages (jeunes lièvres) et d’animaux de basse-cour; elles peuvent tuer des bécasseaux en vol. Autant de raisons qui en font l’ennemi juré des chasseurs qui voient en elles des concurrentes directes à leur chasse loisir.

 

 

 

Corbeau freuxLes corbeaux freux sont plutôt la cible des agriculteurs pour les dégâts qu’ils occasionnent sur le maïs, le blé, le tournesol ou les jeunes pousses.

Oiseaux très intelligents, les corneilles et les corbeaux freux sont des opportunistes qui s’adaptent remarquablement aux changements ; c’est pourquoi ils se dirigent en masse vers les villes où la nourriture y est abondante.

 

 

Sont-ils mieux accueillis par les citadins ?

Malheureusement, dans les villes, il n’est pas rare d’assister, suite à l’intervention de riverains, à des opérations de destruction des nids par les services municipaux, réalisées par l’ACCA locale ou en battue administrative sous la responsabilité d’un lieutenant de louveterie.

Plusieurs centaines de villes en France ont recours à ces méthodes ; les motifs évoqués pour justifier ces opérations sont souvent les mêmes : les nuisances sonores au printemps, à la naissance des petits, et l’abondance de fientes (1).

Il faut savoir que la perception humaine du bruit est subjective. Des mesures de niveau sonore réalisées à Berne en Suisse ont montré que les valeurs émanant des corbeaux freux sont nettement inférieures au niveau sonore du trafic (2).

Un rôle pourtant majeur dans les écosystèmes

Un rôle d’équarrisseur et de nettoyeur

Comme charognard, la corneille joue un rôle d’équarrisseur clé dans le cycle alimentaire naturel. Dans l’agriculture, elle accomplit même une tâche prépondérante en qualité d’agent sanitaire.  Lors du fauchage de la moisson, des animaux sont régulièrement tués. Les corneilles repèrent très vite ces cadavres et les mangent. Il peut s’agir de lièvres, de chevreuils, d’oiseaux nichant directement au sol, de campagnols. Elles empêchent de cette manière la contamination de l’herbe coupée et préviennent donc la souillure des aliments destinés au bétail.

Les corneilles sont nos vautours à nous. Elles nettoient aussi nos routes et autoroutes des milliers de victimes du trafic routier (oiseaux, mammifères, insectes, batraciens, etc…) (3).

Dans les campagnes, les corneilles se nourrissent aussi des parasites présents sur le dos des animaux des vaches et moutons et évitent leur propagation.

Au Puy du Fou, mis en confiance par leurs partenaires humains, 6 corbeaux freux assurent tous les jours le ramassage des mégots et des déchets du parc (4).

Un rôle de protecteur des cultures

Un agriculteur avisé sait reconnaître les services rendus par les corbeaux freux, car ces derniers détruisent bon nombre d’insectes nuisibles, de petits rongeurs destructeurs de récoltes comme les campagnols et les taupes.
Les corbeaux freux nourrissent principalement leurs jeunes avec de gros vers blancs, qui donnent ultérieurement naissance aux hannetons, ennemis si importants de la culture qu’en certains endroits, comme on le sait, ils sont détruits au moyen d’épandages de produits nocifs, au détriment de tous les petits oiseaux (5).

Un rôle de dissémination des graines

En dehors de la période de reproduction, les corbeaux freux ont une alimentation essentiellement végétarienne. Ils participent ainsi activement à la dissémination des graines et au repeuplement naturel des espèces végétales.

Vers une conciliation entre les maires et les corvidés ?

Le souhait, formulé par l’association Les Eco Maires, de préserver la biodiversité devait favoriser une meilleure gestion de certains corvidés considérés trop souvent nuisibles dans l’espace urbain.

En avril 2013 par exemple, le maire de Rochefort, convaincu par la LPO, a annulé une battue aux corbeaux en y substituant une nouvelle campagne d’effarouchement (diffusion de sons stridents sur un CD) et un élagage des arbres après la période de nidification. La ville a également consenti à favoriser l’installation desdits oiseaux sur d’autres secteurs, pour que les corbeaux puissent y trouver un site de nidification de substitution.

– En avril 2015, la ville de Saintes a annulé ses travaux d’élagage qui devaient avoir lieu en période de reproduction des corvidés. Le maire a opté pour des méthodes alternatives.

– En Alsace, un programme d’actions vient d’être mis en place, pour une période de trois ans, par la ville d’Haguenau en partenariat avec l’Association Protection Réintroduction Cigognes en Alsace (APRECIAL). Ce programme inclut notamment des méthodes d’effarouchements (6).

Ces exemples montrent qu’il est possible de mettre fin aux nuisances provoquées par les corvidés sans les tuer.

Des oiseaux beaucoup mieux acceptés à l’étranger

Les paysans britanniques estiment que les dégâts aux cultures sont en quelque sorte compensés par le nombre d’insectes nuisibles et petits rongeurs capturés par les oiseaux.

En Suisse, seuls des dégâts importants sont pris en compte. Les plaignants ne demandent pas le tir des oiseaux, mais exigent des méthodes d’effarouchement efficaces.

En Allemagne dans les environs immédiats de grandes colonies de corbeaux freux comptant plusieurs centaines de nicheurs, les pertes n’ont jamais dépassé 0,6 % des semences.

En Belgique, ces espèces sont protégées (4).

Les corvidés : des oiseaux géniaux !

Dans un article de Trends in Cognitive Sciences (7), les compétences les plus singulières qui sont repérées chez les corvidés, sont celles dont nous pensons à tort qu’elles nous sont réservées :

  • la permanence de l’objet (un objet qui est retiré de la vue, continue d’exister),
  • la patience (parvenir à différer une récompense pour qu’elle soit plus importante, contrôle inhibiteur de l’impulsion),
  • le voyage mental dans le temps (la possibilité de se déplacer dans le passé ou l’avenir pour anticiper ou retrouver des événements, formes de « mémoire du futur »),
  • le raisonnement (la capacité d’inférer une solution à partir d’éléments partiels isolés et disjoints),
  • la métacognition (savoir que l’on sait),
  • la reconnaissance dans le miroir (l’identification du soi dans l’image que renvoie le miroir),
  • la théorie de l’esprit (l’attribution à autrui d’un point de vue ou de connaissances spécifiques)
  • l’apprentissage vocal (apprendre des vocalisations en provenance de sa propre espèce ou d’autres espèces).

 

Notre demande

Animal Cross demande que les corbeaux et les corneilles sortent de la liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ».

Sources :

  • (1) Le Monde- Les villes font abattre quantité de corbeaux – Sylvie Burnouf https://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/06/16/les-villes…
  • (2) vogelwarte.ch, T Fankhauser, 2013
  • (3) Ludivine Janssens de la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux
  • (4) Blog Puydufou.com, 8/08/2018
  • (5) Le Chasseur Français N°662 Avril 1952 Page 202
  • (6) Source LPO :  https://www.lpo.fr/images/mission_juridique/faq/article_conciliation_maires_corvides.pdf
  • (7) Bochum (RFA) et Vienne (AUT) font le bilan des études ayant porté sur les facultés cognitives des oiseaux, notamment les plus étudiés : les corvidés (Grand Corbeau, Corneille, Pie…) et perroquets. Le résultat est impressionnant.

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