Et si on réapprenait à vivre avec l’ours ?

 

 

Le poison et les fusils ont eu raison des derniers ours en France en 1937 excepté… dans les Pyrénées. Actuellement, on compte une vingtaine d’ours sur l’ensemble de la chaîne pyrénéenne (France + Espagne) dont 5 ours issus de souche pyrénéenne ( 4 mâles et une seule femelle) dans les Pyrénées occidentales, et 6 à 7 ours issus des réintroductions de 1997 sur l’ensemble du massif (source ONCFS). Il est donc nécessaire de protéger les ours qui vivent actuellement dans les Pyrénées.

 

L’ours, un animal plébiscité par les français

D’après un sondage IFOP sur l’ours effectué auprès de la population française en juillet 2008 : 76 % des Français, 69 % des habitants des départements pyrénéens et 55 % des montagnards se déclarent favorables, ou très favorables, au maintien d’une population d’ours dans les Pyrénées.

 L’ours ou le problème pyrénéen

Vous entendrez souvent parler du problème ours dans les Pyrénées, mais qu’en est-il réellement ?
Venez-vous balader dans nos montagnes et admirer toutes ces boutiques avec l’image de l’ours.

La réalité du terrain est tout autre que ce que souhaitent nous vendre les médias friands de conflits et d’histoires sensationnelles. Bien sûr, certains éleveurs sont contre l’ours. Et reconnaissons qu’ils sont particulièrement doués pour se faire entendre, aidés bien sûr par certains médias.

Mais savez vous que le bilan de l’été 2014 impacté à l’ours est de 135 bêtes et 1 ruche ? Ce qui représente moins de 1% de la mortalité totale du bétail qui est estimée à plus de 25 000 brebis chaque été dans les Pyrénées. En somme pas de quoi susciter une polémique sur les attaques d’ours. Non, l’ours ne décimera pas les troupeaux, non, l’ours ne sera pas responsable de tous les maux des éleveurs.

Du coup, deux nouveaux bouc-émissaires font leur apparition : le loup dont personne n’a vu son museau dans les Pyrénées et le vautour fauve qui n’a jamais de mémoire d’homme tué un seul animal sain et en bonne santé. Quel bonheur de pouvoir voir voler et s’approcher ces merveilleux empereurs du ciel.

Qui n’a jamais secrètement rêvé de pouvoir prendre en photo un ours au détour d’une balade? Ceux qui ont pu le faire en sont encore émerveillés et le racontent des étoiles plein les yeux.

Pourquoi un tel acharnement contre des animaux sauvages, qui ne demandent rien de plus que de continuer à vivre dans leur milieu naturel ? Tout simplement parce qu’il est plus facile de se plaindre que de faire correctement son travail. Comment faisaient nos grands-pères ? Ils ne se plaignaient pas, vivaient au rythme de leur troupeau et non l’inverse et gardaient soigneusement leurs troupeaux… Ah oui, messieurs les éleveurs, si la montagne était stérile, complètement décimée de la population d’animal sauvage, où seul l’homme régnerait en maître incontesté des lieux…un Éden pour votre travail, mais quelle perte incommensurable pour l’homme !

Le problème pyrénéen est plus un défi, un défi de ce siècle : accepter et savoir partager les territoires en bonne intelligence pour respecter la nature et la faune sauvage en place, en conservant les droits vitaux des espèces présentes.

Quelques chiffres sur l’ours

24 individus minimum ont été individualisés avec certitude en 2013 :

  • 2 dans les Pyrénées occidentales (Néré, Cannelito)
  • 22 dans les Pyrénées centrales (Hvala, Nheu, Noisette, Pollen, Bambou, Pyros, Sarousse, Caramelles,Caramellita, Plume, Fadeta, Isil, Bonabé, Moonboots, Alos, Boavi, Pelut, Pépite, Calisto, Balou et 2 oursons nés en 2013)
  • L’ours est à 80 % végétarien. Les 20% restant sont des insectes pour 10% (fourmis, abeilles) et des mammifères pour 10% (bétail domestique et mammifères sauvages).

De nombreuses aides mises en place pour les éleveurs

Dégâts de l’ours pour l’été 2014

  • 135 animaux, 1 ruches
  • Indemnisations:
  • Agneau de 50 à 155 euros
  • Brebis de 46 à 180 euros
  • Bélier de 244 à 530 euros
  • Vache jusqu’à 2100 euros
  • Mortalité du cheptel (hors ours) : entre 20 000 et 30 000 animaux pendant les estives

Comme pour le loup, l’État apporte un soutien significatif au pastoralisme du massif . Les mesures à même de limiter (directement ou indirectement) la prédation sur les troupeaux sont les suivantes :

  • Soutien à l’emploi de berger : Complément des dispositifs existants, cette aide permet de financer la présence de bergers sur l’estive laquelle induit une meilleure conduite du troupeau et donc de l’exploitation pastorale, en Pyrénées centrales et orientales, où l’évolution s’était faite vers un élevage sans gardiennage permanent.
  • Financement de portage de matériel pour les bergers : Le portage du matériel de première nécessité pour les bergers (sel, bois de chauffage, etc.) représente, outre le gain de temps et d’effort, une amélioration des conditions de vie et de gardiennage en estive. Cette mesure permet également de faciliter la desserte des estives par bât ou héliportage, sans recourir à la construction de nouvelles pistes pastorales.
  • Améliorations des cabanes pastorales : La mise en place d’un gardiennage permanent nécessite de disposer d’un logement convenable en estive pour le berger. Des financements ont été mis en place pour la réalisation nouvelles cabanes pastorales ou l’amélioration, l’agrandissement des cabanes existantes pour un meilleur confort.
  • Clôtures mobiles : l’achat de parcs électrifiés, destinés au regroupement nocturne des troupeaux, est financé entre 75 à 80%.
  • Chiens de protection : Le chien de protection est un outil de protection efficace contre les attaques de prédateurs. Un soutien financier est apporté aux gestionnaires d’estive utilisant un chien pendant la durée d’estive (3 mois minimum). Le chien doit avoir été correctement éduqué et montrer un comportement adapté à la surveillance du troupeau. Cette action, financée à 80%, repose sur un appui financier et technique pour l’acquisition de chiens de protection, la prise en charge des frais vétérinaires et de nourriture.
  • Appui technique : Trois animateurs « Chiens de protection » de la Pastorale Pyrénéenne apportent leur soutien technique aux éleveurs désireux d’utiliser ces chiens pour leurs troupeaux. Jusqu’en 2009, des techniciens pastoraux itinérants de l’Equipe Ours intervenaient pour aider les gestionnaires d’estive confrontés à la présence de l’ours et les appuyer dans la mise en place de systèmes de protection. Depuis 2010 cette action est reprise par la Pastorale Pyrénéenne sous le nom de ‘réseau Berger d’Appui’ avec six techniciens sur la période d’estive.
  • Mesures en faveur de l’apiculture : l’achat de clôture électrique pour protéger les rûchers est financé à 100 %. De plus le réseau des bergers d’appui apporte son soutien pour l’installation de ces clôtures autour des rûchers.

Le ministère assure à la fois le financement du suivi biologique de l’ours, l’indemnisation des dégâts et contribue très largement au financement des mesures de protection des activités d’élevage confrontées à la présence de l’ours (source Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’Aménagement du territoire). D’après le FIEP-OURS (fond d’intervention éco-pastoral) : « L´indemnisation est basée sur un barême redéfini chaque année. L´indemnisation comprend la valeur de la bête, plus une somme compensant le manque à gagner s´élevant à 10 % de la valeur de l´animal avec un minimum de 50 € et une prime de dérangement d´un montant de 140 € par attaque. »

Pour en savoir plus sur « les vrais comptes des ours », lire l’article de Pierre Verdet paru dans le Sud-Ouest en cliquant ici.

Des techniques simples pour réapprendre à vivre avec les ours

Les oppositions de certains éleveurs sont largement dues à l’oubli des techniques de cohabitation avec l’ours. France Nature Environnement en résume les principes dans son manifeste.

Pour éviter les attaques sur les troupeaux il faut :

  • qu’ils soient gardés soit par un berger soit par un Patou ( plus communément appelé chien des Pyrénées). Ce chien vivant au sein du troupeau en assure la protection contre les intrusions de l’ours mais aussi de celles de nombreux chiens divagants,
  • privilégier le regroupement nocturne des troupeaux dans des parcs fixes ou mobiles à proximité des cabanes,
  • interdire la chasse en battue dans les zones vitales fréquentées régulièrement par les ours en automne,
  • suspendre temporairement les battues en cas de présence d’ours avérée, surtout dans le cas d’une femelle accompagnée d’oursons.
  • intégrer aux réserves de chasse les zones de quiétude comme les zones de repos ou de tanière, et certains sites d’alimentation automnale exceptionnels, en partenariat avec les chasseurs.

Animal Cross et CAP ours = La défense de l’ours dans les Pyrénées

Depuis plus de 2 ans maintenant, Animal-Cross adhère à Cap-Ours , Coordination Associative Pyrénéenne pour l’Ours.

Cap ours a été crée il y a un peu plus de 10 ans maintenant sous l’impulsion de quelques associations de protection de l’ours.Elle compte maintenant environ 18 associations.

Cet échange nous permet d’avoir plus de poids dans notre communication pour la défense de l’ours, d’échanger avec des acteurs locaux d’autres associations , connaissant de longue date l’histoire de l’ours dans les Pyrénées.

Les Objectifs de Cap-Ours sont les suivants:

  • Restaurer une population viable d’ours bruns sur l’ensemble du massif, en accord avec les études ONCF
  • Poursuivre et renforcer les actions de cohabitation et d’aménagement des pratiques en concertation avec les acteurs locaux.
  • Assurer le maintien et respect strict de l’actuel protocole  «  ours à problèmes  » y compris jusqu’au retrait de l’ours en fin de processus, s’il n’y a pas d’autre solution. Remplacer immédiatement par un autre individu, en fonction des nécessités du noyau, tant que la population n’aura pas atteint l’objectif de viabilité.
  • Exigence par rapport à l’état qui consiste à développer un plan pluriannuel transpyrénéen avec comme objectif du nombre de lâchers minimum à obtenir durant la première moitié du plan : 4 femelles en Pyrénées Occidentales + 2 femelles pleines en Pyrénées Centrales avec un remplacement de toute femelle qui disparaîtrait prématurément.

Cap Ours va continuer à mobiliser fortement les partisans de l’ours lors des consultations publiques et travailler aux conditions locales permettant des lâchers (élus, fédérations de chasseurs, etc.) .L’effort se fait aussi au niveau de Bruxelles, en alimentant la commission des pétitions du Parlement européen, avant les élections européennes (courrier commun des partenaires ayant introduit la pétition). (Pétition franco-espagnol en Avril 2013).

Pour en savoir plus

 

Pour répondre aux questions les plus fréquentes sur l’ours dans les Pyrénées, l’association Altaïr Nature a conçu une série de clips vidéo pour tout comprendre en 5 minutes.

Cette série de 5 épisodes vient répondre aux questions les plus fréquemment posées sur l’ours dans les Pyrénées.