À l’heure où s’ouvre une nouvelle saison de chasse, une bonne nouvelle mérite d’être saluée. Depuis le 9 septembre 2026, le Grand Tétras et le Lagopède alpin ne sont plus des espèces chassables en France : deux arrêtés publiés au Journal officiel le 8 septembre 2026 les inscrivent désormais parmi les oiseaux protégés !
Deux oiseaux de montagne enfin protégés
Les arrêtés publiés au Journal officiel le 8 septembre 2026 changent le statut du Grand Tétras (Tetrao urogallus) et du Lagopède alpin (Lagopus muta) : les deux oiseaux sont désormais inscrits à la liste nationale des espèces protégées et retirés de la liste des espèces pouvant être chassées en France. Une victoire essentielle pour ces oiseaux dont l’état de conservation est jugé défavorable.[1][2]
Cette décision est l’aboutissement de plusieurs années de mobilisations associatives, de recours juridiques et d’alertes sur la dégradation de leurs populations.
Grand Tétras mâle dans la Réserve d’Orlu. Photo : Réserve d’Orlu / Pierre Guiton — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
En 2022, le Conseil d’État avait déjà imposé la suspension de la chasse du Grand Tétras pour cinq ans, en raison de son mauvais état de conservation.[3] Pourtant, malgré cette décision, le Grand Tétras est resté inscrit pendant quatre années supplémentaires sur la liste des espèces chassables.[5]
Une suspension des prélèvements ne fait donc pas automatiquement disparaître une espèce de la liste des espèces chassables.
En mars 2026, il a également ordonné la suspension de la chasse du Lagopède alpin, estimant que les données scientifiques ne permettaient plus de la considérer comme compatible avec sa conservation.[4]
En avril 2026, le Gouvernement a proposé d’aller plus loin en classant définitivement les deux oiseaux parmi les espèces protégées. Le projet concernant le Grand Tétras a notamment été examiné par le Conseil national de la chasse et de la faune sauvage le 18 avril 2026 qui a rendu un avis défavorable.[5] Les consultations publiques organisées cet été ont recueilli une majorité d’avis favorable. [6]
La décision de septembre transforme donc des interdictions temporaires (moratoires) en une protection durable essentielle pour ces deux oiseaux.
Un moratoire ne fait que suspendre la chasse pour quelques années, tandis que le classement comme espèce protégée retire durablement l’animal de la liste des espèces pouvant être chassées.[1][2]
Lagopède alpin dans l’Oberland bernois, Suisse — photo d’illustration. Photo : Chme82 — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
Cette avancée est d’autant plus importante que leur situation reste fragile : le Grand Tétras est classé « Vulnérable » sur la Liste rouge nationale et le Lagopède alpin «Quasi menacé».[7]
Leur protection marque donc une victoire clé, mais elle montre aussi combien il peut être long de faire évoluer le statut juridique d’une espèce dont l’état de conservation s’est dégradé.
Une liste des espèces chassables héritée de 1987
En France, la réglementation repose sur l’arrêté du 26 juin 1987 fixant la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée. Il répartit les espèces entre gibier sédentaire, gibier d’eau et oiseaux de passage.[9]
Si le texte a connu quelques ajustements ponctuels, comme le Mouflon de Corse qui en a été retiré et protégé en 2019[10], il reste un texte datant de 39 ans qui ne prévoit aucune révision régulière de l’ensemble de la liste fondée sur l’évolution de l’état de conservation de chaque espèce.[9]
Le droit européen impose pourtant un cadre strict. Comme l’a rappelé le Conseil d’État dans l’affaire du Grand Tétras, la chasse d’un oiseau dont l’état de conservation est défavorable doit être suspendue si les données scientifiques ne garantissent pas le maintien de sa population.[3]
Ainsi, si le droit permet de suspendre les prélèvements lorsque la situation l’exige, cetteinterdiction temporaire ne provoque pas automatiquement le retrait de l’espèce de la liste nationale du gibier chassable.
Être sur la Liste rouge ne protège pas juridiquement une espèce
La Liste rouge de l’UICN est un outil scientifique d’évaluation du risque de disparition, mais n’a aucune portée réglementaire. Une espèce peut donc être considérée comme « vulnérable », « en danger » ou « quasi menacée » tout en restant légalement chassable.[7]
Pour Animal Cross, aucune espèce menacée ou quasi menacée sur la Liste rouge nationale ne devrait figurer parmi les espèces chassables.[8]
Les populations animales et leurs habitats évoluent rapidement sous l’impact du changement climatique, de l’artificialisation des sols, des pollutions, du dérangement, de la pression de la chasse ou d’autres mortalités. Ces facteurs peuvent profondément modifier leur état de conservation en quelques décennies.
Notre demande : faire évoluer la liste avec l’état réel des espèces
Nous demandons une révision périodique, transparente et scientifique de la liste des espèces chassables, fondée sur les données scientifiques disponibles : état de conservation, évolution des populations, capacité de reproduction et ensemble des pressions subies.
La protection du Grand Tétras et du Lagopède alpin montre que le droit peut évoluer. Il ne devrait pas être nécessaire d’attendre qu’une population soit déjà extrêmement fragilisée, ou que les associations multiplient les procédures, pour adapter la réglementation à la réalité de l’état de conservation.
Cette avancée doit maintenant servir de précédent. Soutenons et partageons cette demande : l’état de conservation des espèces doit devenir un critère central de la détermination des espèces pouvant encore être chassées en France.
Sources et références
[1] Ministère de la Transition écologique et ministère de l’Agriculture — Arrêté du 3 septembre 2026 modifiant l’arrêté du 29 octobre 2009 et inscrivant le Grand Tétras parmi les oiseaux protégés, JORF du 8 septembre 2026. Consulter sur Légifrance.
[2] Ministère de la Transition écologique et ministère de l’Agriculture — Arrêté du 12 août 2026 inscrivant le Lagopède alpin parmi les oiseaux protégés, JORF du 8 septembre 2026. Consulter sur Légifrance.
[3] Conseil d’État — Décision n°453232 du 1er juin 2022 relative à la suspension de la chasse du Grand Tétras. Consulter la décision.
[4] Conseil d’État — Décision n°497460 du 2 mars 2026 relative à la suspension de la chasse du Lagopède alpin. Consulter sur Légifrance.
[5] Ministère de la Transition écologique — Consultation publique 2026 sur le classement du Grand Tétras parmi les espèces protégées. Consulter le dossier.
[6] Animal Cross — 16 juillet 2026 — « Consultation publique : protégeons enfin le Lagopède alpin ». Lire l’appel à mobilisation.
[7] UICN France, MNHN, LPO, SEOF et ONCFS — 2016 — La Liste rouge des espèces menacées en France : Oiseaux de France métropolitaine. Grand Tétras : VU ; Lagopède alpin : NT. Consulter la Liste rouge.
[8] Animal Cross – 2024 – Article 0, chapitre « Espèces chassables : la France, cancre de l’Europe ». Découvrir Article 0.
[9] Arrêté du 26 juin 1987 fixant la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée, version en vigueur depuis le 9 septembre 2026. Consulter sur Légifrance.
[10] Arrêté du 1er mars 2019 relatif au statut du Mouflon de Corse en collectivité de Corse. Consulter sur Légifrance.
Crédits photographiques
Grand Tétras : Reserve Orlu / Pierre Guiton — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
Lagopède alpin : Chme82 — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0 — photographie prise dans l’Oberland bernois, Suisse.
Les associations impliquées dans la protection de l’ours (Pays de l’Ours – Adet, FERUS, Comité Écologique Ariégeois, FIEP, Animal Cross, SNPN) prennent acte de l’ordonnance rendue ce 20 août 2026 par la juge des référés du Conseil d’État et réaffirment leur détermination à agir en faveur de l’ours et d’une cohabitation apaisée.
En annulant les suspensions d’urgence prononcées par le Tribunal administratif de Toulouse, la Haute juridiction prend la responsabilité d’autoriser la mise en œuvre de tirs d’effarouchement par des civils dans les Pyrénées.
Un revers de plus pour le droit de l’environnement face à l’urgence biologique
Nos associations déplorent que le Conseil d’État ait refusé de constater l’illégalité manifeste d’une mesure de perturbation intentionnelle et les risques de traumatismes auditifs et de perturbations graves pour les femelles suitées et leur portée pouvant, à terme, remettre en cause l’état de conservation de l’espèce.
Par ailleurs, confier ces tirs à des éleveurs ou bergers non assermentés et directement
impliqués émotionnellement, dans un climat ariégeois marqué par des tensions
exacerbées et des destructions illégales d’ours par arme à feu, est une décision
inconséquente.
Notre détermination reste entière
Cette décision d’urgence (référé) ne clôt pas le débat sur le fond.
Nos associations adaptent immédiatement leur stratégie et entendent bien faire respecter
le droit européen et la biodiversité :
Poursuite des recours au fond : nous mènerons à leur terme les recours en excès de pouvoir contre l’arrêté interministériel du 13 juillet 2026 qui a permis cette dérégulation.
Contrôle citoyen des dérogations : nous exigerons une transparence totale sur le respect des rares obligations prévues, notamment la transmission sous 72H des compte-rendus d’opération et la réalisation d’une étude de vulnérabilité visant à adapter la conduite pastorale avant la saison prochaine.
Promotion des alternatives non violentes : nous continuerons de démontrer que les moyens de protection “classiques” (gardiennage, parcage nocturne, chiens de protection, gardes nocturnes de bergers d’appui) offrent des taux d’efficacité et d’efficience supérieurs aux détonations sonores, tout en limitant l’impact sur la faune sauvage.
Nous appelons l’État à cesser de fuir ses responsabilités et à promouvoir et garantir une véritable culture de la cohabitation basée sur la protection effective des troupeaux comme des ours.
Communiqué commun : Pays de l’Ours – Adet, FERUS, Comité Écologique Ariégeois, FIEP, Animal Cross et SNPN.
Le nouvel arrêté fixant la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) pour 2026-2029 vient d’être publié. Malgré des décisions du Conseil d’État, de nouveaux travaux scientifiques et plusieurs années de mobilisation associative, le dispositif reste fondé sur de larges possibilités de destruction. Pour Animal Cross, cette nouvelle réglementation montre une nouvelle fois la nécessité de réformer en profondeur le système ESOD.
L’arrêté du 10 août 2026, publié au Journal officiel le 21 août, fixe pour chaque département les espèces classées « susceptibles d’occasionner des dégâts », ainsi que les périodes et modalités permettant leur destruction pour les 3 années à venir.[1]
2023-2026 / 2026-2029 : qu’est-ce qui change ?
Les neuf mêmes espèces figurent dans les deux arrêtés, mais leur classement géographique évolue. Voici ce qui évolue, espèce par espèce :
Espèce
Arrêté initial 2023
Arrêté 2026
Évolution du classement
Ce que cela signifie pour l’espèce
Renard roux
88 départements
91 départements
3 départements supplémentaires
Situation plus défavorable
Fouine
69
69
Nombre de départements inchangé
Pas d’amélioration globale
Martre des pins
26*
14
Moins de départements qu’en 2023, mais retour du classement après son annulation totale en 2025
Situation plus défavorable qu’après la décision du Conseil d’État
Belette
1
1
Nombre de départements inchangé
Pas d’amélioration globale
Corbeau freux
61
61
Nombre de départements inchangé
Pas d’amélioration globale
Corneille noire
86
80
6 départements en moins
Amélioration limitée, l’espèce restant classée dans 80 départements
Pie bavarde
50
54
4 départements supplémentaires
Situation plus défavorable
Geai des chênes
5
2
3 départements en moins
Amélioration, mais l’espèce reste classée localement
Étourneau sansonnet
34
38
4 départements supplémentaires
Situation plus défavorable
* La martre figurait dans 26 départements dans l’arrêté publié en août 2023. En mai 2025, le Conseil d’État a annulé l’ensemble de ces classements. Le chiffre de 26 permet donc de comparer les deux arrêtés au moment de leur publication, mais la situation immédiatement antérieure au nouvel arrêté était différente : la martre n’était plus classée ESOD au titre de cet arrêté.
Ce tableau ne montre donc pas une évolution uniforme. La situation s’améliore pour certaines espèces dans quelques départements, mais se dégrade pour d’autres. Surtout, le dispositif reste très largement en place : le renard est désormais classé dans 91 départements, la corneille noire dans 80 et la fouine dans 69. Le nouvel arrêté entérine donc, pour trois années supplémentaires, une politique de destruction massive des animaux sauvages, malgré les critiques scientifiques sur son efficacité.
Une réglementation qui permet encore de tuer toute l’année
Le changement de vocabulaire intervenu il y a plusieurs années (le terme « nuisible » ayant été remplacé par « espèce susceptible d’occasionner des dégâts ») n’a pas fondamentalement changé la logique du système.
La belette, la fouine et la martre peuvent notamment être piégées toute l’année dans les secteurs prévus par l’arrêté. Pour le renard, dans les départements où il est classé ESOD, le piégeage reste possible toute l’année et en tout lieu. Le texte maintient également des possibilités de déterrage et de tir au-delà de la période générale de chasse.[1]
Les corbeaux freux et les corneilles noires peuvent eux aussi être piégés toute l’année et en tout lieu, tandis que d’autres oiseaux disposent de périodes de destruction spécifiques en dehors de la chasse.
Le problème de la liste des ESOD tient dans le principe même d’un classement départemental permettant leur destruction préventive pendant trois ans alors que l’efficacité de cette politique reste contestée.
La martre à nouveau classée après une victoire devant le Conseil d’État
Le cas de la martre des pins illustre particulièrement bien les limites du système.
En mai 2025, à la suite des recours engagés contre l’arrêté de 2023, le Conseil d’État avait annulé les classements de la martre dans les 26 départements concernés. La décision avait également entraîné plusieurs déclassements concernant d’autres espèces et l’annulation du déterrage du renard dans plusieurs départements.[2]
Cette décision rappelait un principe essentiel : autoriser pendant plusieurs années la destruction d’une espèce sauvage suppose de pouvoir démontrer que son classement est réellement justifié.
Or le nouvel arrêté classe de nouveau la martre dans 14 départements.[1]
Certes, c’est moins que les 26 départements inscrits dans l’arrêté initial de 2023. Mais ce chiffre ne doit pas masquer l’évolution intervenue depuis : après l’annulation complète obtenue devant le Conseil d’État en 2025, la martre redevient ESOD dans 14 départements.
Pour Animal Cross, il ne suffit donc pas de réduire le nombre de départements concernés. C’est la méthode permettant de décider de ces classements qui doit être revue.
Martre des pins (Martes martes) en Écosse — photo d’illustration.
Photo : Caroline Legg /Wikimedia Commons — CC BY 2.0.
Les destructions réduisent-elles réellement les dégâts ?
C’est la question centrale.
En 2023, une expertise scientifique réalisée par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, à la demande de la LPO et de l’ASPAS, avait déjà souligné le manque de connaissances permettant de démontrer que les destructions d’ESOD font effectivement diminuer les dommages attribués à ces espèces.[3]
Une étude publiée en mars 2026 dans la revue Biological Conservation, fondée sur des données françaises, a depuis étudié les relations entre animaux détruits, dégâts déclarés et dynamique des populations. L’étude compare, sur sept années et à l’échelle des départements, le nombre d’animaux détruits avec les dégâts déclarés et, pour les oiseaux, l’évolution des populations. Ses résultats ne montrent pas qu’une augmentation des destructions entraîne une diminution des dommages.[4]
L’étude estime également le coût annuel des opérations de destruction entre 103 et 123 millions d’euros, pour environ 8 à 23 millions d’euros de dégâts déclarés.[4]
Une politique qui autorise la mise à mort de très nombreux animaux sauvages ne devrait pas seulement démontrer l’existence de dégâts : elle devrait aussi établir que les destructions constituent une réponse efficace et proportionnée.
On comptabilise les dégâts, beaucoup moins les services rendus
Le système ESOD présente un autre angle mort : il considère essentiellement les animaux sous l’angle des dommages qu’ils pourraient provoquer, alors qu’ils remplissent aussi des fonctions écologiques.
Le renard, par exemple, consomme notamment des campagnols et d’autres petits rongeurs. Prédateur mais aussi charognard, il participe au fonctionnement des chaînes alimentaires et au recyclage de matière.
Renard roux (Vulpes vulpes) ayant trouvé un petit rongeur dans les marais de Biebrza, en Pologne — photo d’illustration.
Photo : Bouke ten Cate / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
La martre, la fouine, la belette ou les corvidés occupent eux aussi des places précises dans les écosystèmes. Le travail de fond mené depuis plusieurs années par Animal Cross demande précisément que ces services soient pris en compte dans l’évaluation des classements.
Un animal sauvage ne peut pas être réduit au coût des dégâts qu’on lui attribue. Il est à la fois un individu sensible et un acteur d’un écosystème dont les interactions sont beaucoup plus complexes qu’un simple bilan « utile » ou « nuisible ».
En janvier 2026, Animal Cross s’est ainsi associée à l’ASPAS, AVES, Faune Alfort, FERUS, Focale pour le Sauvage, le Pôle Grands Prédateurs et One Voice pour demander officiellement la sortie du renard de la liste des ESOD.[7]
Geai des chênes (Garrulus glandarius) — photo d’illustration.
Photo : Caroline Legg /Wikimedia Commons — CC BY 2.0.
Trois ans de mobilisation qui auraient dû faire évoluer le système
Ce nouvel arrêté intervient après plusieurs années de travaux associatifs, scientifiques et juridiques.
En 2023, Animal Cross avait coordonné avec 51 associations de protection de la nature et des animaux une demande d’audit indépendant de la réglementation ESOD. Nous demandions notamment une meilleure vérification des dégâts déclarés, une expertise indépendante, une représentation plus équilibrée dans les instances départementales et la prise en compte des services écosystémiques.[5]
Animal Cross, l’ASPAS et CAP avaient également présenté ces propositions au ministère de la Transition écologique.[6]
En 2025, plusieurs classements ont été annulés par le Conseil d’État. En 2026, de nouveaux résultats scientifiques ont encore renforcé les interrogations sur l’efficacité des destructions. L’ASPAS et la LPO ont elles aussi contesté le dispositif 2026-2029 et demandé des décisions davantage fondées sur les connaissances scientifiques.[8][9]
Ces éléments auraient dû conduire à une remise à plat du système. Ce n’est pas ce qui s’est produit.
Prévenir d’abord, intervenir seulement lorsque c’est nécessaire
Animal Cross ne nie pas l’existence de conflits ponctuels entre certaines activités humaines et la faune sauvage. Un renard ou une fouine peut entrer dans un poulailler ; certains oiseaux peuvent occasionner localement des pertes dans des cultures.
Mais un problème local ne justifie pas automatiquement le classement d’une espèce pendant trois ans à l’échelle de tout ou partie d’un département.
La première réponse devrait être la prévention : sécurisation des poulaillers et des élevages, clôtures adaptées, protection des cultures, dispositifs d’effarouchement ou évolution de certaines pratiques.
Lorsqu’une intervention demeure réellement nécessaire, elle devrait être locale, documentée, proportionnée et contrôlée, après examen des solutions permettant d’éviter la mise à mort.
Notre demande
Animal Cross demande une réforme complète du système ESOD fondée sur :
des données sur les dégâts fiables, vérifiées et indépendantes ;
la prise en compte des services écologiques rendus par les espèces ;
la priorité systématique donnée aux mesures de prévention ;
une véritable évaluation scientifique de l’efficacité des destructions ;
la fin du déterrage du renard ;
la fin des destructions de prédateurs destinées à favoriser artificiellement le petit gibier de chasse ;
et, lorsqu’un problème précis ne peut être évité autrement, une intervention locale, justifiée et proportionnée.
Renards, fouines, martres, belettes, corneilles, corbeaux, pies, geais et étourneaux ne sont pas des « nuisibles ». Ce sont des individus capables de souffrir et des acteurs à part entière des écosystèmes. Après des années de mobilisation, de travaux scientifiques et de recours juridiques, Animal Cross continuera à agir pour que cette réalité soit enfin pleinement prise en compte dans la réglementation.
[3] LPO / ASPAS / Fondation pour la recherche sur la biodiversité — 2023.
Travaux relatifs aux fondements scientifiques du classement et de la destruction des espèces dites ESOD.
Plus de 115 000 hectares avaient déjà été parcourus par les incendies en France à la fin juillet 2026. Derrière les paysages calcinés, une autre catastrophe est beaucoup plus difficile à mesurer : celle vécue par les animaux sauvages. Certains meurent pendant le feu, d’autres sont blessés ou intoxiqués. Pour les survivants commence ensuite une seconde épreuve : retrouver de la nourriture, un abri, un territoire et parfois un partenaire dans un milieu profondément bouleversé. Après un incendie, la priorité ne doit donc pas être de « remettre la forêt en ordre » au plus vite, mais de protéger les survivants et de laisser au vivant le temps de reconstruire ses propres équilibres.[1]
Incendie à Trévillach (Pyrénées-Orientales), 4 juillet 2026.
Photo : Frenchbluesman / Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
Survivre aux flammes n’est que le début
Tous les animaux ne réagissent pas de la même façon au feu. Les oiseaux et les grands mammifères peuvent parfois s’éloigner rapidement. Les jeunes animaux, les petits mammifères, les reptiles, les amphibiens et de nombreux invertébrés disposent de possibilités de fuite beaucoup plus limitées. Certains trouvent refuge sous terre, sous des pierres ou dans des secteurs épargnés ; d’autres meurent sous l’effet des flammes, de la chaleur ou des fumées.
Mais compter les animaux retrouvés morts après l’incendie ne suffit pas à mesurer son impact.
Après le feu du Cap Lardier, dans le Parc national de Port-Cros, qui avait parcouru plus de 500 hectares en juillet 2017, l’Agence française pour la biodiversité et le CEFE ont ainsi mis en place un suivi de la reconquête de la faune et de la flore. Tortue d’Hermann, fourmis, orthoptères et végétation ont notamment été étudiés. L’enjeu était précisément de comprendre comment les populations se maintiennent et recolonisent progressivement le territoire après cette perturbation. [2]
L’expérience récente de Fontainebleau apporte un autre enseignement. L’absence d’arrivée massive d’animaux brûlés dans les centres de soins ne signifie pas que la faune a été épargnée. Les animaux capables de fuir ont pu rejoindre d’autres secteurs ; d’autres sont probablement morts sur place.[3]
Pour les survivants, les difficultés commencent alors : perte du couvert végétal, raréfaction des ressources alimentaires, disparition de sites de repos ou de reproduction, déplacements forcés et concentration dans les secteurs restés intacts.
Les effets ne disparaissent donc pas avec les dernières fumées. Sols, végétation et communautés animales peuvent suivre des trajectoires de récupération très différentes, qui s’étendent de quelques mois à plusieurs décennies.
Chevreuil photographié en France — photo d’illustration. Après un incendie, les animaux survivants peuvent être contraints de rejoindre les secteurs épargnés pour retrouver couvert, nourriture et sites de reproduction.
Photo : Deus auxius / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
Une forêt brûlée n’est pas une forêt morte
Face à des arbres noircis, notre réflexe est souvent de vouloir nettoyer, couper puis replanter. Pourtant, une forêt n’est pas un bâtiment détruit qu’il faudrait reconstruire à l’identique.
Le feu modifie brutalement l’écosystème mais ne remet pas nécessairement tous ses processus à zéro. Des arbres survivent, des graines demeurent dans le sol, certaines plantes rejettent depuis leurs racines ou leurs souches. Des insectes, oiseaux et mammifères reviennent progressivement. Les arbres morts et le bois brûlé deviennent eux-mêmes des habitats et participent au fonctionnement du sol.
Au Cap Lardier, l’approche choisie repose ainsi largement sur la régénération naturelle, accompagnée lorsque cela est nécessaire de plantations d’essences locales diversifiées. L’OFB a notamment observé la reprise de la végétation et la réinstallation progressive d’espèces.[5]
Cette approche rejoint la libre évolution défendue par Animal Cross : avant d’intervenir, observer ce que le milieu est encore capable de faire par lui-même.
Le bois mort ne peut pas être réduit à un simple combustible. Lorsqu’il est gros et suffisamment décomposé, il peut retenir beaucoup d’eau. Il contribue aussi à la fertilité des sols, constitue un support de régénération et offre des habitats à une multitude d’organismes.[13]
Cette réalité doit néanmoins être présentée avec nuance. Le petit bois mort sec peut favoriser la propagation des flammes et, lors de sécheresses extrêmes associées à du vent et à des températures élevées, aucune forêt n’est à l’abri. L’UICN et la Société botanique de France indiquent cependant que des forêts anciennes ou en libre évolution peuvent présenter une structure complexe, plusieurs strates et un niveau d’humidité susceptibles de réduire leur vulnérabilité dans certaines conditions.[14]
Libre évolution ne signifie donc ni que le feu devient impossible, ni qu’aucune intervention humaine ne sera jamais nécessaire. Elle signifie que l’intervention ne doit pas être automatique.
Les animaux participent eux-mêmes à la renaissance de la forêt
Après un incendie, on parle beaucoup des arbres et beaucoup moins des animaux. Pourtant, ceux-ci ne sont pas seulement les victimes de la catastrophe : ils participent aussi à la reconstruction du milieu.
Le geai des chênes transporte et enfouit des glands, parfois loin de l’arbre qui les a produits. Une partie de ces réserves oubliées germe et contribue à la dispersion des chênes. Le sanglier, en fouillant le sol, déplace graines et matière organique ; il peut aussi transporter des graines dans ses soies. D’autres animaux pollinisent, dispersent des fruits, recyclent les cadavres ou contrôlent certaines populations.
Cette conception est centrale pour Animal Cross. Un animal sauvage n’est pas seulement un individu qu’il faut préserver parce qu’il peut souffrir : il possède également une place et des relations propres au sein de l’écosystème.[7]
Supprimer des animaux au moment même où le milieu tente de retrouver ses dynamiques revient donc à retirer certains de ses acteurs lorsque leur rôle peut devenir particulièrement important.
Le geai des chênes joue un rôle majeur dans la dispersion des glands et la régénération naturelle des chênaies.
Photo : Van Der Meulen Christofle / Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
Les secteurs épargnés deviennent essentiels : pourquoi y ajouter la chasse ?
Après l’incendie, les animaux mobiles se reportent vers les vallons, bosquets, lisières ou parcelles que les flammes ont épargnés. Ces zones refuges leur permettent de retrouver nourriture, couvert et sites de reproduction. Elles peuvent également devenir des points de départ pour la recolonisation progressive des secteurs incendiés.
Protéger seulement les hectares brûlés serait donc insuffisant.
Animal Cross l’avait déjà demandé après le mégafeu des Corbières de 2025 : les secteurs incendiés doivent être accompagnés d’un périmètre tampon protégeant les zones où les survivants se réfugient.[8]
La chasse ajoute à cette période une pression supplémentaire : mortalité directe, poursuites, déplacements et dérangements. Or les individus survivants peuvent être précisément ceux dont dépendront les reproductions suivantes et la recolonisation.
Animal Cross demande un moratoire d’au moins trois ans sur la chasse et les destructions d’animaux classés ESOD dans les secteurs gravement incendiés et leurs zones refuges périphériques.
Cette durée de trois ans est une demande de précaution portée par Animal Cross. Elle ne signifie pas qu’un écosystème est restauré au bout de trois ans : certains processus nécessitent des décennies. Elle permettrait au minimum plusieurs saisons de reproduction avant une réévaluation fondée sur l’état des habitats et des populations.
Fontainebleau : soigner lorsque c’est encore possible
L’incendie du massif de Fontainebleau en juillet 2026 soulève enfin une autre question : que faisons-nous des animaux sauvages blessés ?
Dès le 13 juillet, la LPO invitait les personnes découvrant un animal blessé près du massif à le conduire vers Faune Alfort, centre de soins situé au sein de l’École nationale vétérinaire d’Alfort.[9]
Faune Alfort, Chevêche 77, la LPO, l’ANVL et d’autres structures se sont ensuite tenues disponibles pour intervenir, tout en respectant les restrictions d’accès au massif.
Le 6 août, Faune Alfort indiquait avoir appris qu’après constatation de graves brûlures aux pattes ou aux sabots chez certains animaux, des opérations sanitaires ciblées étaient menées afin d’abattre ceux considérés comme trop sévèrement atteints. L’association demandait que les professionnels du soin puissent participer à l’évaluation des animaux dans un cadre sécurisé.[10]
La question n’est pas de maintenir artificiellement en vie un animal dont les souffrances sont incurables. Les vétérinaires et centres de sauvegarde pratiquent eux-mêmes l’euthanasie lorsqu’elle constitue la seule manière d’éviter une souffrance sans issue.
La question est : comment déterminer qu’un animal ne peut pas être sauvé ?
Entre l’animal indemne et l’animal irrémédiablement condamné existent des individus brûlés ou blessés dont le pronostic nécessite une véritable évaluation. Examiner la profondeur des brûlures, évaluer la douleur, décider si une réhabilitation est possible et déterminer si l’animal pourra retrouver la vie sauvage relèvent de compétences vétérinaires et spécialisées.
Pour Animal Cross, lorsque les conditions de sécurité le permettent, les professionnels du soin de la faune sauvage doivent pouvoir évaluer les animaux avant qu’une décision irréversible ne soit prise.
Après le feu : intervenir moins, protéger davantage
L’approche défendue par États Sauvages apporte ici un éclairage intéressant : le risque incendie ne peut pas être résumé à une opposition entre forêt débroussaillée et forêt en libre évolution. Il faut regarder plus largement notre occupation des territoires, l’urbanisation des interfaces, nos activités et l’origine majoritairement humaine des départs de feu.[15]
Après l’incendie, la même logique devrait prévaloir : ne pas croire que toute trace du feu doit être effacée immédiatement.
Bien sûr, certaines interventions demeurent nécessaires : sécuriser des routes et des habitations, supprimer des arbres présentant un danger immédiat.
Mais ailleurs, la régénération spontanée mérite d’être la première option examinée.
Conserver une partie du bois mort, laisser germer les espèces locales, protéger les zones refuges, réduire les dérangements et observer la trajectoire naturelle du milieu peuvent permettre à la forêt de retrouver progressivement une structure diversifiée et adaptée aux nouvelles conditions.
Notre demande
Animal Cross demande la création d’un protocole national post-incendie pour la faune sauvage et les milieux naturels, reposant sur quatre principes :
identifier rapidement les zones refuges et les corridors utilisés par les animaux et les protéger des dérangements évitables ;
suspendre pendant au moins trois ans la chasse et les destructions d’ESOD dans les secteurs gravement incendiés et leurs zones périphériques, avant réévaluation scientifique ;
privilégier la régénération naturelle et le maintien des processus écologiques plutôt que le nettoyage et la replantation systématiques ;
associer vétérinaires et centres de sauvegarde à l’évaluation des animaux blessés avant toute mise à mort lorsque leur intervention est matériellement et humainement possible.
Après un incendie, protéger la nature ne signifie pas reconstruire au plus vite ce que nous pensons qu’elle devrait être. La forêt brûlée reste un milieu vivant. Ses sols, ses végétaux, ses champignons et ses animaux commencent immédiatement une nouvelle histoire. Notre responsabilité est d’aider lorsque cela est nécessaire, mais aussi de savoir leur laisser ce dont ils ont le plus besoin : du temps, de l’espace et de la tranquillité.
Agir
Pétition officielle à l’Assemblée nationale
« Suspendre la chasse pendant trois ans dans les zones gravement touchées par les incendies »
Cette pétition citoyenne déposée sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale demande trois ans de répit pour la faune sauvage après les grands incendies. Elle rejoint directement la demande d’Animal Cross : laisser aux animaux survivants le temps de se reproduire, de retrouver des territoires et de participer à la recolonisation des milieux sinistrés.[16]
La mobilisation « Pas de fusils sur les cendres » demande notamment la suspension de la chasse dans les massifs incendiés en 2026, la protection des secteurs périphériques où se réfugient les animaux et un moratoire d’au moins trois ans.[12]
Animal Cross invite également les citoyens à demander aux préfectures concernées la mise en place de mesures temporaires de tranquillité pour la faune après les grands incendies.
Sources et références
[1] LPO France — 30 juillet 2026.
« La faune sauvage face aux incendies ».
Consulter la source
[2] Couturier T., Geoffroy D., Jailloux A. & Besnard A. — 2019.
« Dynamique de reconquête de la faune et de la flore après incendie du Cap Lardier dans le Parc national de Port-Cros ». Coopération AFB-CEFE.
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[3] ANVL — 22 juillet 2026.
« Incendie du Massif de Fontainebleau : les dégâts sur la biodiversité ».
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[5] Office français de la biodiversité.
« Réduire l’exposition aux risques naturels par la biodiversité » — retour d’expérience du Cap Lardier.
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[7] Animal Cross — 2024. Article 0, notamment les parties consacrées au sanglier et au geai des chênes.
[8] Animal Cross — 28 août 2025.
« Aude 2025 : pourquoi interdire la chasse dans les zones touchées par le mégafeu ».
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[9] LPO Île-de-France — 13 juillet 2026.
« Incendies à Fontainebleau et faune sauvage ».
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[10] Faune Alfort — 6 août 2026.
Publication relative aux animaux blessés après l’incendie de Fontainebleau et à la demande d’intervention coordonnée des professionnels du soin.
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[13] Coordination Libre Évolution — 2026.
Article consacré à la résilience des forêts, aux incendies et au rôle du bois mort.
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[14] Comité français de l’UICN & Société botanique de France — 2023. Prévention du risque incendie et biodiversité dans les forêts françaises.
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[15] États Sauvages — 2026.
« Libre évolution et prévention des incendies », avec Pauline Vilain-Carlotti et Forêt & Naturalité.
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[16] Assemblée nationale — 30 juillet 2026.
Pétition n°6710 — « Suspendre la chasse pendant trois ans dans les zones gravement touchées par les incendies ».
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Dernière vérification documentaire : 20 août 2026.
Une dernière relecture scientifique ou naturaliste est recommandée avant publication, notamment sur les mécanismes de recolonisation post-incendie et sur la présentation du risque incendie en forêt.
Crédits photographiques
Frenchbluesman — Incendie à Trévillach, 4 juillet 2026 — Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
Deus auxius — Chevreuil Capreolus capreolus (France) — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
Van Der Meulen Christofle — Le geai des chênes (Finistère) — Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
Depuis l’entrée en vigueur, le 10 juillet 2026, d’un arrêté modifiant les règles de chasse, les chasseurs peuvent utiliser les dispositifs de localisation de leurs chiens pendant toute l’action de chasse. Le texte supprime également les restrictions nationales qui limitaient l’utilisation des chiens, de la battue et de la traque pour chasser le chamois, l’isard et le mouflon. Présentées notamment comme une évolution favorable à la sécurité, ces nouvelles règles posent pourtant de sérieuses questions pour Animal Cross, tant pour les chiens que pour la faune sauvage. [1]
Lorsqu’ils sont lâchés pendant une chasse, les chiens échappent souvent au contrôle de leur maître. En parcourant de grandes distances, ils peuvent traverser des routes, être percutés par des véhicules ou se retrouver confrontés aux animaux qu’ils poursuivent. Animal Cross documentait déjà ces risques dans Article 0, notamment les blessures provoquées par le gibier, les barbelés et autres obstacles, ainsi que les accidents de la route survenant lors d’une poursuite.[3]
Pour Animal Cross, le chien de chasse n’est pas un outil cynégétique : c’est un être sensible dont le chasseur est responsable.
Le GPS peut être un outil de sécurité utile, mais il ne règle pas le problème de fond : l’exposition des chiens aux dangers lorsqu’ils sont lâchés à la poursuite d’animaux sauvages.
Pouvoir localiser un chien en permanence peut, en théorie, améliorer sa sécurité. La nouvelle réglementation précise d’ailleurs que les dispositifs de localisation doivent être utilisés « dans le seul but » de rechercher les chiens, d’assurer leur sécurité et de prévenir les collisions.[1]
Mais localiser un chien ne signifie pas pouvoir le mettre immédiatement en sécurité. Lorsqu’un chasseur doit gérer plusieurs chiens dispersés sur un territoire, savoir que l’un d’eux approche d’une route ou s’est fortement éloigné ne garantit pas qu’il puisse intervenir assez vite.
Pourquoi le GPS était-il jusqu’ici limité pendant la chasse ?
Avant cette réforme, la réglementation précisait que les dispositifs de localisation des chiens ne pouvaient être utilisés qu’après l’action de chasse pour les rechercher, tout en prévoyant leur utilisation pour assurer leur sécurité et prévenir les collisions lors d’une chasse à tir.[2]
Depuis le 10 juillet, cette restriction temporelle a disparu. Les chasseurs peuvent donc consulter la localisation de leurs chiens pendant l’action de chasse, même si la réglementation maintient une finalité stricte : rechercher les chiens, assurer leur sécurité et prévenir les collisions.[1]
Mais cette évolution soulève une question pour Animal Cross :
le GPS pourrait-il aussi, dans les faits, faciliter la chasse ? Lorsqu’un chien poursuit un animal sauvage, connaître précisément sa position pourrait indirectement renseigner le chasseur sur la position ou les déplacements de l’animal poursuivi.
Le texte n’autorise pas l’utilisation du GPS pour rechercher le gibier. Animal Cross s’interroge donc sur les modalités de contrôle et sur les garanties permettant de s’assurer que cet outil ne soit pas détourné de la seule utilisation prévue par la réglementation.
Une mauvaise nouvelle pour la faune sauvage
L’arrêté va plus loin : il abroge les restrictions qui encadraient jusqu’ici l’emploi des chiens ainsi que la chasse en battue ou en traque du chamois, de l’isard et du mouflon.[1][2]
Avant le 10 juillet 2026, l’emploi des chiens pour le chamois et l’isard n’était autorisé que dans trois départements : Haute-Savoie (74), Territoire de Belfort (90) et Vosges (88). La battue ou la traque n’était autorisée que dans l’Ain (01), les Alpes-Maritimes (06), la Haute-Savoie (74), le Territoire de Belfort (90) et les Vosges (88).
Pour le mouflon, l’emploi des chiens n’était autorisé que dans les Ardennes (08), l’Aveyron (12), la Dordogne (24), le Gard (30), l’Hérault (34), les Pyrénées-Orientales (66), la Savoie (73), la Somme (80), le Tarn (81) et les Vosges (88). La battue ou la traque bénéficiait d’une liste d’exceptions légèrement différente.[2]
Pour Animal Cross, c’est une très mauvaise nouvelle.
Un animal poursuivi par des chiens ne subit pas seulement le risque d’être tué. Il doit interrompre ce qu’il faisait — se nourrir, se reposer ou se déplacer — pour fuir. La poursuite provoque du stress et impose une dépense énergétique supplémentaire.
Ce mécanisme n’est pas seulement théorique. Une étude expérimentale publiée en 2020 sur des élans poursuivis par des chiens de chasse a observé une augmentation du rythme cardiaque et de la température corporelle, ainsi que des déplacements plus importants. Les animaux parcouraient en moyenne 4,2 km supplémentaires le jour de la poursuite et consacraient ensuite davantage de temps au repos. Les chercheurs soulignent que, lorsque ces dérangements sont fréquents, cette dépense énergétique et la réduction du temps disponible pour s’alimenter pourraient affecter l’état corporel et la reproduction.[4]
Cette étude porte sur des élans en Scandinavie et ne permet donc pas de quantifier directement l’effet de la nouvelle réglementation sur les chamois, isards et mouflons français.
Pour Animal Cross, le problème ne se limite d’ailleurs pas aux espèces recherchées. Les chiens parcourent un territoire où vivent de nombreux autres animaux sauvages. Leur présence et leurs poursuites peuvent accroître le dérangement d’animaux qui ne sont pourtant pas visés par la chasse.
Mouflon dans le massif du Caroux, Parc naturel régional du Haut-Languedoc — photo d’illustration.
Photo : Fagairolles 34 /
Wikimedia Commons
Pour Animal Cross, cet arrêté va dans la mauvaise direction
Pour Animal Cross, cette modification réglementaire est d’autant plus préoccupante qu’elle est passée largement inaperçue, alors qu’elle modifie concrètement les conditions d’utilisation des chiens à la chasse et élargit les possibilités de traque de plusieurs espèces.
Animal Cross n’est pas opposée au GPS lorsqu’il sert réellement à protéger et retrouver un chien. Mais nous refusons que la sécurité apportée par cet outil masque deux questions essentielles : pourquoi exposer ces animaux à autant de dangers en les lançant à la poursuite de la faune sauvage ? Et cet outil peut-il devenir, dans les faits, un facilitateur de la chasse ?
Nous sommes également opposés à l’élargissement de l’utilisation des chiens, de la battue et de la traque pour le chamois, l’isard et le mouflon.
La faune sauvage subit déjà de nombreuses pressions humaines. À notre sens, cette pression supplémentaire peut avoir des répercussions sur l’ensemble de l’écosystème en multipliant, pour les animaux, les situations de stress, les dépenses d’énergie et les interruptions de repos ou d’alimentation.
Animal Cross s’inquiète de mesures de plus en plus permissives en matière de chasse, alors que le vivant a cruellement besoin de repos et de tranquillité, d’autant plus après les conditions climatiques exceptionnelles subies cet été.
Sources et références
[1] Ministère de la Transition écologique — 25 juin 2026. Arrêté du 25 juin 2026 modifiant l’arrêté du 1er août 1986 relatif à divers procédés de chasse, publié au Journal officiel du 9 juillet 2026 et applicable à compter du 10 juillet. Il modifie les règles relatives à la localisation des chiens et abroge le II de l’article 8.
Consulter la source sur Légifrance
[2] Légifrance — Arrêté du 1er août 1986, version applicable avant le 10 juillet 2026.
Articles 7 et 8 : ancienne réglementation concernant les dispositifs de localisation et restrictions relatives au chamois, à l’isard et au mouflon.
Consulter la source sur Légifrance
[3] Animal Cross — juillet 2024. Article 0, chapitre 5 « Les chiens de chasse, des armes au service des hommes », notamment p. 76-81. Animal Cross y documente les risques auxquels sont exposés les chiens à la chasse — blessures infligées par le gibier, obstacles, éclats de plomb et accidents routiers — et défend à terme la limitation de leur utilisation à la recherche d’animaux blessés.
Découvrir Article 0 sur le site d’Animal Cross
[4] Græsli A. R. et al. — 2020. Physiological and behavioural responses of moose to hunting with dogs, Conservation Physiology, vol. 8, coaa122. Étude menée sur huit femelles élans en Scandinavie lors de poursuites réelles ou expérimentales avec chiens ; elle met en évidence des réponses physiologiques, comportementales et énergétiques à la poursuite.
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