L’agrainage pour la chasse, c’est quoi ? C’est tout simplement le fait d’attirer le gibier en répandant du grain sur un terrain de chasse.
On distingue 3 types d’agrainage :

  • L’agrainage dissuasif qui a pour objectif de prévenir les dommages causés aux récoltes agricoles en éloignant les animaux des cultures.
  • L’agrainage hivernal qui consiste à apporter un complément aux ressources alimentaires naturelles.
  • L’agrainage d’appât qui a pour but de fixer les populations d’animaux sauvages sur un territoire donné pour le plaisir de la chasse.

La loi* prévoit que l’agrainage et l’affouragement sont autorisés dans les conditions définies par le schéma départemental de gestion cynégétique (SDGC) rédigé par les fédérations de chasseurs et validé par le Préfet. En l’absence de prescriptions particulières au sein d’un SDGC, l’agrainage est interdit.

Or, l’agrainage reste malgré tout une pratique très répandue en France. 

Et pourtant, de nombreux arguments vont à l’encontre de cette pratique qu’Animal Cross juge immorale !

L’agrainage, arme inefficace contre les dégâts agricoles

            L’agrainage favorise la multiplication des sangliers

Les fédérations de chasse elles-mêmes démontrent que l’agrainage, et notamment celui réalisé pendant la période hivernale, facilite le développement des populations d’animaux sauvages, ce qui provoque une hausse des dégâts agricoles.

Une étude réalisée aux Pays-Bas montre que l’agrainage augmente la prise de poids des laies, accélère leur maturité sexuelle et favorise leur taux de reproduction. Une autre étude démontre clairement que le nombre de marcassins par laie est supérieur les années d’agrainage. De même, dans les Yvelines, une diminution significative de 24 % des populations de sangliers a été observée là où l’agrainage hivernal a été interrompu.

Cette diminution a été expliquée par:

  • une dispersion plus forte des populations pour trouver leur nourriture en hiver
  • une plus grande vulnérabilité vis-à-vis de la pression de chasse du fait de cette dispersion
  • une diminution de la reproduction

L’agrainage de dissuasion est une pratique inutile

L’agrainage, même utilisé à des fins dissuasives, est inefficace en automne et en hiver pour détourner les sangliers des prairies. Il ne permet pas non plus d’éloigner les sangliers des maïs en lait plus attractifs que le maïs grain utilisé pour l’agrainage. Sur une unité de gestion donnée, les surfaces détruites restent proportionnelles au nombre de sangliers présents, sans lien démontré avec l’agrainage.

De plus, les contrôles de l’agrainage, même si celui-ci est réalisé à des fins de dissuasion, sont compliqués voire impossibles, car la limite entre agrainage et nourrissage est très ténue et les quantités épandues sont difficiles à évaluer. Le groupe de travail du Plan National de Maitrise du Sanglier associant chasseurs, agriculteurs, forestiers et administration a ainsi constaté l’impossibilité d’établir des limites techniques ou réglementaires entre agrainage modéré et nourrissage. Seules les infractions réalisées dans le cadre d’une interdiction totale de l’agrainage seraient faciles à constater et difficilement contestées.

L’agrainage, un danger pour la sécurité de tous 

L’agrainage, un facilitateur d’épidémies 

L’agrainage contribue à maintenir de fortes populations de sangliers souvent au-delà de la capacité biologique du territoire. Or, cette concentration d’animaux dans un espace restreint peut favoriser les épidémies et les contaminations des cours d’eau.

Certaines mesures comme l’interdiction d’agrainer à proximité des sources et cours d’eau sont l’aveu même des risques sanitaires engendrés par l’agrainage. On observe par ailleurs une très forte corrélation entre l’agrégation générée par un agrainage intensif et le pourcentage de sangliers et de cerfs porteurs de la tuberculose bovine. Ainsi, lorsque des foyers d’infection apparaissent, la première action vise à supprimer l’agrainage.

L’agrainage, coupable de multiplier les accidents de la route ?

L’agrainage, en favorisant la surpopulation d’animaux sauvages dans un espace limité, augmente les risques de collision sur la route. C’est d’ailleurs l’un des arguments retenus par le député Loic Dombreval pour demander en octobre 2018 l’interdiction de cette pratique.

L’agrainage, source de problématiques écologiques

L’agrainage favorise des dégâts : les couvertures végétales sur lesquelles cette pratique est appliquée sont complétement saccagées. L’entomofaune (insectes) est également détruite aux postes d’agrainage.

De plus, cette pratique modifie le comportement naturel des animaux sauvages. Il les rend plus gras et de fait moins mobiles et plus vulnérables et faciles à chasser. Même certains chasseurs critiquent cette artificialisation du milieu.

Certains produits utilisés dans le cadre de l’agrainage, tels que le crud d’ammoniac ou certains attractifs de synthèse, sont toxiques pour l’environnement.

 

L’agrainage, une pratique immorale 

La pratique de l’agrainage participe à une artificialisation de la chasse qui consiste à tirer sur des animaux peu mobiles et vulnérables dans un espace des plus restreints dans le seul but d’afficher un tableau de chasse performant. Même certains chasseurs décrient la pratique de cette chasse artificielle !

Cette chasse productiviste, qu’on pourrait appeler de l’abattage, s’explique aussi par un raisonnement purement économique qui consiste à recruter et conserver les actionnaires pour équilibrer les dépenses liées à la chasse (location de territoire, bracelets, gardiennage et agrainage).

Références

AGRAINAGE DU SANGLIER, UNE BONNE OU UNE MAUVAISE MESURE ?

Chasse Passion (le 30/07/2018)

QUESTION PARLEMENTAIRE (Loïc DOMBREVAL Député 06)

Assemblée Nationale (le 02/10/2018)

EVALUATION DES INCIDENCES DE L’AGRAINAGE (de la mise a disposition de pierre à sel et du goudron végétal sur les habitats et les espèces)

Docteur Gérard LANG (juin 2012)

S.D.G.C  « Schéma Départemental Gestion Cynégétique22/11/2012″(2012/2018)

L’AGRAINAGE ET LES SANCTIONS AU NON RESPECT DU SCHEMA DEPARTEMENTAL DE GESTION CYNEGETIQUE

S.D.G.C  (22/11/2012)

CHARTE DEPARTEMENTALE DE L’AGRAINAGE DU GRAND GIBIER / agrainage et affouragement du grand gibier)

Fédération Départemental des chasseurs d’Indre et Loire

(Annexe à l’article « les points clefs du nouveau schéma départemental de gestion cynégétique (2018-2024)

CIRCULAIRE DU 18/02/2011 RELATIVE AU RENOUVELLEMENT DES SCHEMAS DEPARTEMENTAUX DE GESTION CYNEGETIQUE

Ministère de l’Ecologie du Développement Durable …..

(N°2011/5 du 25/03/2011)

L’AGRAINAGE – FEDERATION DE CHASSE DU TARN

Fédération des chasseurs OCCITANIE (24/10/2018)

ARRETE REGLEMENTANT L’AGRAINAGE DU SANGLIER ET L’AFFOURAGEMENT DES CERVIDES

Direction Départementale de l’Equipement et de l’Agriculture (préfecture du TARN)

Mr. François PHILIZOT (Préfet du Tarn) le 30/06/2009

AGRAINAGE DES FAISANS

Chasseurs de FRAGNY (blog) le 20/08/2018

CONVENTION D’AGRAINAGE DISSUASIF DU SANGLIER

Fédération Départementale des chasseurs d’ILLE ET VILAINE

DEGATS DU GRANS GIBIER (propositions pour une politique territoriale efficace)

ACTU-ENVIRONNEMENT

Laurent RADISSON (journaliste) le 21/03/2012)

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Groot Bruinderink, G.W.T.A, Hazebroek, E. Van der Voot, H. 1994. Diet and condition of wild boar, Sus scrofa scrofa, without supplementary feeding. J. Zool., Lond. 233 : 631-648.

(Prévot & Licoppe, 2008)

 

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