, eux,L’ouverture de la chasse 2025 met en lumière un paradoxe criant : partout en France, les chevreuils déclinent, tandis que les sangliers prolifèrent. Une contradiction qui révèle les effets combinés du climat et des pratiques humaines.
Chevreuils : un déclin préoccupant
Partout sur le territoire, les chevreuils montrent des signes inquiétants de fragilisation.
Selon Sonia Saïd (Office français de la biodiversité), leurs effectifs sont en baisse à l’échelle nationale, conséquence directe du changement climatique et de la compétition avec d’autres herbivores.
La Franche-Comté illustre ce phénomène de manière particulièrement marquée : dans le Doubs et le Territoire de Belfort, les chevreuils sont retrouvés amaigris, parasités ou morts sans signe de tir. Selon les observations locales, la population pourrait avoir chuté de moitié en cinq ans, alors même que les plans de chasse fixent encore des milliers de prélèvements annuels(1).
Le chevreuil souffre d’un régime alimentaire dégradé : la ronce est devenue moins digeste, les glandées sont plus irrégulières, et les chevrettes peinent à élever deux faons. De plus, la date fixe des naissances ne suit pas l’avancée de la végétation (≈2 semaines en 30 ans), ce qui augmente la mortalité des jeunes.
Mais si cette baisse concerne tous les départements, le nombre de chevreuils tués en 2024-2025 varie : certains plafonds baissent (ex. Doubs), d’autres augmentent légèrement (ex. Orne), ou restent stables (ex. Corrèze).
Sangliers : une MULTIPLICATION QUI S’EXPLIQUE
À l’inverse, les sangliers se multiplient. Les données du réseau Ongulés Sauvages (OFB–FNC–FDC) indiquent un passage de 35 000 prélèvements annuels dans les années 1970 à 842802 durant la saison 2021-2022(2), soit une multiplication par 24, (3).
La population nationale dépasse aujourd’hui les 2 millions (4) d’individus, selon les chasseurs (qui ont toutefois tout intérêt à donner une perception plus grave qu’elle ne l’est en réalité !).
Les causes ?
- Le changement climatique, avec des hivers doux, une fructification accrue, et la survie des marcassins.
- Les pratiques cynégétiques avec des lâchers d’animaux (1960-1980), un agrainage toujours pratiqué, et des chasseurs qui évitent de tirer sur les laies pour préserver la reproduction.
- L‘effet chasse : dans les zones très chassées, les laies se reproduisent dès 1 an (au lieu de 2), ce qui accélère la croissance démographique(4).
Deux dynamiques opposées
Le chevreuil décline, victime du réchauffement et de la compétition alimentaire. Mais les données sur la baisse nationale des chevreuils selon Sonia Saïd ne semblent pas encore incorporées dans tous les plans de chasse départementaux. L’information scientifique existe, mais la traduction dans les quotas ou les prélèvements reste partielle selon les régions.
Le sanglier explose, favorisé par les mêmes changements climatiques et par des pratiques cynégétiques qui entretiennent son abondance. Ce contraste illustre un déséquilibre majeur dans la gestion actuelle de la faune sauvage.
Nos recommandations
- Mettre fin aux pratiques artificielles : interdiction stricte de l’agrainage et des lâchers.
- Adapter la chasse : réduire drastiquement les quotas de chevreuils en déclin.
- Réformer l’agriculture : encourager polycultures, haies et clôtures adaptées.
- Laisser la nature agir : retour des prédateurs (loup, lynx, ours), zones de libre évolution.
- Changer de regard : reconnaître le rôle écologique du sanglier (dispersion des graines, régulation des larves) et la vulnérabilité du chevreuil.
Notes
- Plans de chasse départementaux du Doubs (2025–2026). ↩
- Grand gibier : « Bilan des prélèvements nationaux pour la saison 2021/2022 », Réseau Ongulés sauvages – Lettre n°25″
- OFB–FNC–FDC, Réseau Ongulés Sauvages, bulletin prélèvements (2021). ↩
- https://chroniquescynegetiques.com/2022/09/06/les-chasseurs-ne-sont-pas-responsables-de-laugmentation-des-populations-de-sangliers/
- Conférence scientifique, Marlène Gamelon (CNRS), Fondation François Sommer, nov. 2023. ↩

