Détecteur de faune Copyright Naevia

Les accidents de la route depuis 1972 sont en constante diminution suite à une prise de conscience de la gravité de la situation et d’une batterie de mesures efficaces, quoiqu’impopulaires.
A l’inverse, les collisions entre véhicules et faune sauvage (les grands ongulés : sangliers, cervidés, cerfs) n’ont pas cessé d’augmenter, même si on est frappé de constater qu’aucun chiffre n’existe depuis 2009. On compte 65000 collisions en 2009 et depuis il faut faire des hypothèses (1).
La faute à qui et à quoi ? Essentiellement à une non protection des usagers de la route.

Graphe : comparaison du nombre d’accidents corporels de la route et du nombre d’accidents avec la faune sauvage entre 1997 et 2017 (source : Sécurité routière 2009 FGAO, 2017 estimation pour la faune sauvage)

Augmentation du nombre d’animaux et hausse du traffic routier

La population de grands animaux augmente de manière notable depuis trente ans, en grande partie  à cause d’une stratégie/attitude irresponsable des chasseurs qui ont introduit une nouvelle espèce de sangliers plus prolifiques (les « cochongliers »), nourris abondamment pendant toute l’année (agrainage).

Dans le même temps, le territoire des animaux diminue et le trafic routier s’intensifie. Les automobilistes se considèrent comme victimes alors qu’ils sont les responsables de l’accident.

Pas de partage de l’espace avec les animaux

Alors qu’en agglomération, les automobilistes partagent l’espace (quelquefois avec difficulté !) avec les autres usagers de la route, hors des villes ils n’ont pas pris conscience du fait qu’ils sont sur le territoire des animaux et qu’ils doivent donc en tenir compte. C’est eux qui sont sur le territoire des animaux et non le contraire. Les collisions avec les sangliers en centre-ville sont rares…

copyright OFC Pictures

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En cas d’accident avec un animal, pas de constat

Il faut dire que la Sécurité routière ignore superbement ce type d’accidents.

D’un côté, en cas d’accidents corporels (sur un être humain), un constat de police est systématiquement établi. Les circonstances de l’événement et les responsabilités sont précisées, ce qui ensuite permet de mener des actions correctives et de bénéficier d’une compréhension globale des problèmes.

De l’autre, en cas de collision avec un animal, aucun constat obligatoire n’est prévu, aucune statistique officielle n’existe [2], les lieux de collision ne sont pas répertoriés. Les causes n’étant pas établies, on se prive de tout moyen de résoudre le problème.

Le gestionnaire du domaine routier a plus cherché à dégager sa responsabilité en mettant des panneaux de signalisation en bord des routes qu’à traiter le problème.

Une situation qui profite aux chasseurs

La situation profite aux chasseurs, qui dans ce silence, apparaissent comme les seuls sauveurs capables d’apporter une solution simple à une hantise légitime ressentie par  de très nombreux conducteurs, en particulier dans les territoires où la faune est plus abondante. Ils deviennent ainsi investis d’une mission d’intérêt général  qui justifie leur droit de tuer.

Curieuse pirouette puisque dans le même temps, ils ont contribué à décupler les espèces  et que l’activité de la chasse elle-même désorganise la faune sauvage, crée la panique et la précipite hors de son milieu naturel, et notamment sur les routes.

Hypocrites et schizophrènes autorités administratives qui dénoncent la prolifération des grands animaux, ordonnent les battues administratives  et agréent dans le même temps les élevages de sangliers [3].

Repenser la protection des usagers de la route sans tuer les animaux

Les méthodes utilisées jusqu’à présent ont été un échec cuisant. Il faut repenser la protection des usagers de la route autrement qu’en tuant les animaux qui pourraient être impliqués dans une collision.

Il existe d’ores et déjà des méthodes qui ont fait la preuve de leur efficacité mais elles n’ont jamais été utilisées à grande échelle :

  • Sur des zones très accidentogènes, la mise en place de détecteurs d’animaux (infrarouges, etc…) permet de réduire considérablement les accidents. En Isère le nombre d’accidents est passé de 70 à 3 sur une seule année, à un coût de 40 k€ .
  • Les barrières olfactives rappellent pour les animaux la présence des grands prédateurs, augmentent leur vigilance et les font éviter les zones à découvert.
  • Les barrières électriques, les clôtures empêchent les franchissements des voies à des endroits déterminés.
  • L’équipement de capteurs sur les véhicules prévient le conducteur du danger possible, et même déclenche un freinage immédiat. Volvo a validé un système de freinage automatique ultra rapide abaissant le temps de réaction d’une seconde à 5 centièmes de secondes.
  • Des passages sur et sous les routes permettent de faciliter les déplacements de la faune.

Ces essais restent des initiatives louables mais isolées (ex : département de l’Isère), souvent pilotées conjointement avec des chasseurs en quête d’une impossible virginité.

 

Animal Cross demande la création d’un département pilote pour diminuer les accidents avec la faune sauvage

Nous proposons de mettre en place un département pilote qui, pour la première fois en France, prendrait en charge sérieusement le problème avec les caractéristiques suivantes :

  • Supprimer immédiatement l’agrainage, l’affouragement et la réintroduction de grands ongulés d’élevage dans la faune sauvage, seule manière de diminuer la population de grands animaux
  • Identifier les zones accidentogènes sur tout le réseau routier du département
  • Equiper toutes les zones à risque de système de protection adaptée (voir ci-dessus)
  • Pour une durée de 4 ans

Ce test serait piloté par des agents la direction départementale de l’Equipement, en lien avec l’Agence française de biodiversité (qui, selon nous, doit remplacer l’ONCFS pour la protection de la faune sauvage).

 

Le coût d’un tel équipement semble réaliste eu égard aux bénéfices attendus. Un budget de 2 millions d’euros, outre un investissement profitable à l’investissement et l’emploi, permettrait d’équiper (alternativement):

  • 50 tronçons d’un kilomètre avec des détecteurs d’animaux infra-rouges, ou
  • 3000 km avec une clôture à sangliers, 2000 km [4] avec une clôture à cerfs

Ce coût reste faible en comparaison du coût de l’entretien des routes, par exemple de 100 k€ à 1 million € pour un giratoire.

Le financement sera assuré aussi bien par le gestionnaire du parc routier que par les assureurs.. Les deux ont un intérêt bien compris à améliorer le système. Il serait intégré dans le plan en cours de rénovation du réseau routier.

 

Animal Cross fera des propositions concrètes ces prochaines semaines. A suivre…

 

[1] Le changement de mode de prise en charge des sinistres en 2007 explique la différence entre 1997 et 2009. Depuis 2009 de nouveau le mode d’indemnisation des victimes ayant changé, il n’existe pas de statistiques.

[2] Un protocole a été développé pour les agents  des services des routes mais n’est pas appliqué globalement. Voir Service du patrimoine naturel Protocole de recensement des collisions faune/véhicule – MNHN-SPN, 2015

[3] Rien qu’en Dordogne 30 élevages agréés

[4] Sur la base de 360 €/ha pour les sangliers, 400€/ha pour les cerfs, étude réalisée par la région belge de Wallonie www. http://environnement.wallonie.be