Alors que les populations de nombreux oiseaux migrateurs sont en chute libre, le gouvernement français vient de valider un arrêté ministériel qui tourne le dos aux recommandations scientifiques et européennes. Cédant à la pression du lobby cynégétique, les autorités renoncent à des mesures de protection indispensables pour sept espèces gravement menacées. Une décision politique, qui privilégie les intérêts électoraux à la survie des oiseaux.
Sept espèces en danger, toujours chassées
Les chiffres sont accablants. Sept espèces classées en mauvais état de conservation à l’échelle de l’Union européenne continuent d’être chassées en France, malgré une baisse vertigineuse de leurs effectifs :
- Fuligule milouin : -30 % en 16 ans
- Canard siffleur : -50 % en 12 ans
- Caille des blés : -25 % en 10 ans
- Grive mauvis : -19 % en 10 ans
- Canard pilet : -34 % en 17 ans
- Canard souchet : -19 % en 14 ans
- Sarcelle d’hiver : -21 % en 13 ans
Ces données ont conduit les experts européens à recommander dès 2024 la mise en place de moratoires temporaires pour les espèces les plus en danger, et une réduction de moitié des prélèvements pour les autres.
Une version édulcorée du texte initial
Le 19 juin, un premier projet d’arrêté, proposé par le ministère de la Transition écologique, reprenait en partie ces recommandations :
- Un moratoire de 3 ans pour le Fuligule milouin
- Une réduction des périodes de chasse pour d’autres espèces
Un compromis jugé encourageant par les associations de protection de la nature, qui voyaient là un signal d’alignement avec les exigences européennes. Mais face à la fronde des chasseurs et de nombreux responsables politiques, le gouvernement a reculé.
Aucun moratoire, des quotas très élevés
Le 16 juillet, le CNCFS – dominé par les représentants des chasseurs – a donné un avis favorable à un texte très affaibli :
- Aucun moratoire n’est finalement prévu
- Plafonds journaliers très élevés, sans base scientifique :
- 15 cailles des blés par chasseur et par jour
- 15 canards par jour et jusqu’à 25 par hutte et par nuit
Ces chiffres sont dénoncés par la LPO et France Nature Environnement comme “totalement déconnectés de la réalité écologique”.
Une gestion adaptative verrouillée par les chasseurs
Le cas du Fuligule milouin est emblématique : sa chasse dépendra d’un avis d’un comité d’experts, dont la composition est contestée par les associations. Le CNCFS, largement dominé par les chasseurs, conservera l’arbitrage final.
Une application pour… mieux tuer ?
Le gouvernement justifie sa décision par la mise en place d’une application mobile permettant aux chasseurs de déclarer leurs prélèvements. Un faux progrès selon les ONG :
“Quand les populations déclinent, la priorité n’est pas de compter les morts, mais de réduire les tirs”, alerte la LPO.
Une victoire pour la FNC, un désastre pour la nature
La Fédération nationale des chasseurs salue ce texte comme un retour au “bon sens”. À l’inverse, les associations écologistes dénoncent une nouvelle atteinte à la science, au droit et à la biodiversité.
Animal Cross appelle à la mobilisation
Animal Cross condamne avec force cette décision politique qui sacrifie la biodiversité sous la pression du lobby cynégétique. Nous soutenons pleinement la LPO, France Nature Environnement et toutes les associations qui entameront des actions juridiques pour faire respecter le droit européen.
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Sources :
- LPO. Chasse : le gouvernement cède aux pressions en bafouant la science et le droit (juillet 2025)
- Vert. Comment le monde de la chasse a fait pression sur le gouvernement pour continuer à tuer des oiseaux en déclin (juillet 2025)
- Le Monde. Sous pression, le gouvernement renonce à réduire la période de chasse d’oiseaux migrateurs en déclin, comme la caille des blés ou le canard siffleur (17/07/2025)

