À l’heure où s’ouvre une nouvelle saison de chasse, une bonne nouvelle mérite d’être saluée. Depuis le 9 septembre 2026, le Grand Tétras et le Lagopède alpin ne sont plus des espèces chassables en France : deux arrêtés publiés au Journal officiel le 8 septembre 2026 les inscrivent désormais parmi les oiseaux protégés !
Deux oiseaux de montagne enfin protégés
Les arrêtés publiés au Journal officiel le 8 septembre 2026 changent le statut du Grand Tétras (Tetrao urogallus) et du Lagopède alpin (Lagopus muta) : les deux oiseaux sont désormais inscrits à la liste nationale des espèces protégées et retirés de la liste des espèces pouvant être chassées en France. Une victoire essentielle pour ces oiseaux dont l’état de conservation est jugé défavorable.[1][2]
Cette décision est l’aboutissement de plusieurs années de mobilisations associatives, de recours juridiques et d’alertes sur la dégradation de leurs populations.
Grand Tétras mâle dans la Réserve d’Orlu. Photo : Réserve d’Orlu / Pierre Guiton — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
En 2022, le Conseil d’État avait déjà imposé la suspension de la chasse du Grand Tétras pour cinq ans, en raison de son mauvais état de conservation.[3] Pourtant, malgré cette décision, le Grand Tétras est resté inscrit pendant quatre années supplémentaires sur la liste des espèces chassables.[5]
Une suspension des prélèvements ne fait donc pas automatiquement disparaître une espèce de la liste des espèces chassables.
En mars 2026, il a également ordonné la suspension de la chasse du Lagopède alpin, estimant que les données scientifiques ne permettaient plus de la considérer comme compatible avec sa conservation.[4]
En avril 2026, le Gouvernement a proposé d’aller plus loin en classant définitivement les deux oiseaux parmi les espèces protégées. Le projet concernant le Grand Tétras a notamment été examiné par le Conseil national de la chasse et de la faune sauvage le 18 avril 2026 qui a rendu un avis défavorable.[5] Les consultations publiques organisées cet été ont recueilli une majorité d’avis favorable. [6]
La décision de septembre transforme donc des interdictions temporaires (moratoires) en une protection durable essentielle pour ces deux oiseaux.
Un moratoire ne fait que suspendre la chasse pour quelques années, tandis que le classement comme espèce protégée retire durablement l’animal de la liste des espèces pouvant être chassées.[1][2]
Lagopède alpin dans l’Oberland bernois, Suisse — photo d’illustration. Photo : Chme82 — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
Cette avancée est d’autant plus importante que leur situation reste fragile : le Grand Tétras est classé « Vulnérable » sur la Liste rouge nationale et le Lagopède alpin «Quasi menacé».[7]
Leur protection marque donc une victoire clé, mais elle montre aussi combien il peut être long de faire évoluer le statut juridique d’une espèce dont l’état de conservation s’est dégradé.
Une liste des espèces chassables héritée de 1987
En France, la réglementation repose sur l’arrêté du 26 juin 1987 fixant la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée. Il répartit les espèces entre gibier sédentaire, gibier d’eau et oiseaux de passage.[9]
Si le texte a connu quelques ajustements ponctuels, comme le Mouflon de Corse qui en a été retiré et protégé en 2019[10], il reste un texte datant de 39 ans qui ne prévoit aucune révision régulière de l’ensemble de la liste fondée sur l’évolution de l’état de conservation de chaque espèce.[9]
Le droit européen impose pourtant un cadre strict. Comme l’a rappelé le Conseil d’État dans l’affaire du Grand Tétras, la chasse d’un oiseau dont l’état de conservation est défavorable doit être suspendue si les données scientifiques ne garantissent pas le maintien de sa population.[3]
Ainsi, si le droit permet de suspendre les prélèvements lorsque la situation l’exige, cetteinterdiction temporaire ne provoque pas automatiquement le retrait de l’espèce de la liste nationale du gibier chassable.
Être sur la Liste rouge ne protège pas juridiquement une espèce
La Liste rouge de l’UICN est un outil scientifique d’évaluation du risque de disparition, mais n’a aucune portée réglementaire. Une espèce peut donc être considérée comme « vulnérable », « en danger » ou « quasi menacée » tout en restant légalement chassable.[7]
Pour Animal Cross, aucune espèce menacée ou quasi menacée sur la Liste rouge nationale ne devrait figurer parmi les espèces chassables.[8]
Les populations animales et leurs habitats évoluent rapidement sous l’impact du changement climatique, de l’artificialisation des sols, des pollutions, du dérangement, de la pression de la chasse ou d’autres mortalités. Ces facteurs peuvent profondément modifier leur état de conservation en quelques décennies.
Notre demande : faire évoluer la liste avec l’état réel des espèces
Nous demandons une révision périodique, transparente et scientifique de la liste des espèces chassables, fondée sur les données scientifiques disponibles : état de conservation, évolution des populations, capacité de reproduction et ensemble des pressions subies.
La protection du Grand Tétras et du Lagopède alpin montre que le droit peut évoluer. Il ne devrait pas être nécessaire d’attendre qu’une population soit déjà extrêmement fragilisée, ou que les associations multiplient les procédures, pour adapter la réglementation à la réalité de l’état de conservation.
Cette avancée doit maintenant servir de précédent. Soutenons et partageons cette demande : l’état de conservation des espèces doit devenir un critère central de la détermination des espèces pouvant encore être chassées en France.
Sources et références
[1] Ministère de la Transition écologique et ministère de l’Agriculture — Arrêté du 3 septembre 2026 modifiant l’arrêté du 29 octobre 2009 et inscrivant le Grand Tétras parmi les oiseaux protégés, JORF du 8 septembre 2026. Consulter sur Légifrance.
[2] Ministère de la Transition écologique et ministère de l’Agriculture — Arrêté du 12 août 2026 inscrivant le Lagopède alpin parmi les oiseaux protégés, JORF du 8 septembre 2026. Consulter sur Légifrance.
[3] Conseil d’État — Décision n°453232 du 1er juin 2022 relative à la suspension de la chasse du Grand Tétras. Consulter la décision.
[4] Conseil d’État — Décision n°497460 du 2 mars 2026 relative à la suspension de la chasse du Lagopède alpin. Consulter sur Légifrance.
[5] Ministère de la Transition écologique — Consultation publique 2026 sur le classement du Grand Tétras parmi les espèces protégées. Consulter le dossier.
[6] Animal Cross — 16 juillet 2026 — « Consultation publique : protégeons enfin le Lagopède alpin ». Lire l’appel à mobilisation.
[7] UICN France, MNHN, LPO, SEOF et ONCFS — 2016 — La Liste rouge des espèces menacées en France : Oiseaux de France métropolitaine. Grand Tétras : VU ; Lagopède alpin : NT. Consulter la Liste rouge.
[8] Animal Cross – 2024 – Article 0, chapitre « Espèces chassables : la France, cancre de l’Europe ». Découvrir Article 0.
[9] Arrêté du 26 juin 1987 fixant la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée, version en vigueur depuis le 9 septembre 2026. Consulter sur Légifrance.
[10] Arrêté du 1er mars 2019 relatif au statut du Mouflon de Corse en collectivité de Corse. Consulter sur Légifrance.
Crédits photographiques
Grand Tétras : Reserve Orlu / Pierre Guiton — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
Lagopède alpin : Chme82 — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0 — photographie prise dans l’Oberland bernois, Suisse.
Le 10 août, Animal Cross vous demandait de vous mobiliser pour demander le rétablissement du moratoire sur la chasse de la Tourterelle des bois. Trois semaines plus tard, l’État autorise jusqu’à 12 000 prélèvements.
Pourtant, l’espèce reste vulnérable en France, les experts ne peuvent pas garantir que ce quota soit durable pour les oiseaux qui nichent ou migrent dans notre pays, et le Conseil d’État a déjà annulé de précédentes autorisations. Pour Animal Cross, ces alertes auraient dû conduire à maintenir la protection de l’espèce.
12 000 Tourterelles des bois pourront être tuées
L’arrêté du 26 août 2026 autorise la chasse de la Tourterelle des bois depuis le 30 août pour toute la saison cynégétique 2026-2027, avec un plafond national de 12 000 oiseaux.[1]Ce plafond était de 10 560 oiseaux en 2025 : il augmente donc de 13,6 % en un an.[2]
Le 10 août, Animal Cross vous appelait à participer à cette consultation et expliquait pourquoi la reprise de la chasse nous paraissait prématurée. L’arrêté est désormais publié : le Gouvernement a choisi d’autoriser les 12 000 prélèvements prévus.[3]
La décision de l’état est en contradiction avec l’opinion publique, la position des experts et avec les décisions antérieure du conseil de l’état.
Tourterelle des bois – photo d’illustration, photographie réalisée en Tunisie.
Photo : El Golli Mohamed /Wikimedia Commons – CC BY-SA 4.0.
Une opposition citoyenne importante, d’année en année
La consultation de 2026 a recueilli 9 494 contributions. Leur répartition officielle n’est pas encore publiée, mais de nombreux avis visibles demandent le maintien de la protection de la Tourterelle des bois.[4]
Les consultations précédentes montraient également une opposition forte à la chasse de la Tourterelle. En 2025, 71,26 % des contributions s’étaient prononcées défavorablement à la réouverture de la chasse. L’État avait néanmoins autorisé 10 560 prélèvements.[2]
Un an plus tôt, lorsque l’État proposait de maintenir sa suspension, environ 80 % des contributions soutenaient cette protection.[5]
Ces consultations montrent, d’année en année, une forte mobilisation citoyenne en faveur de la protection de la Tourterelle des bois.
La justice et les scientifiques ont déjà alerté
En 2020, le Gouvernement avait autorisé le prélèvement de 17 460 Tourterelles des bois. Saisi par la LPO et One Voice, le juge des référés du Conseil d’État a suspendu l’arrêté dans un contexte d’effondrement de près de 80 % de la population européenne entre 1980 et 2015. Le Comité d’experts sur la gestion adaptative (CEGA) préconisait également de ne pas chasser l’espèce.[6]
En 2021, le Conseil d’État est allé plus loin : il a annulé les arrêtés autorisant les prélèvements en 2019-2020 et 2020-2021, estimant que les données disponibles ne permettaient pas de s’assurer que cette chasse était compatible avec le maintien de la population.[7]
L’incertitude scientifique demeure aujourd’hui. Le Comité d’experts sur la gestion adaptative (CEGA) indique qu’il n’est pas possible d’affirmer que le quota de 12 000 oiseaux est compatible avec une chasse durable des Tourterelles des bois nichant ou migrant par la France.[4]
À plusieurs reprises, la justice et les experts scientifiques ont appelé à la prudence sur la chasse de la Tourterelle des bois. Pourtant, l’État remet régulièrement cette question à l’ordre du jour et autorise de nouveaux prélèvements, avec un quota qui augmente encore en 2026.
Dans la dernière Liste rouge nationale des oiseaux nicheurs disponible, la Tourterelle des bois est classée « Vulnérable » en France. L’évaluation constate une forte dégradation de son état de conservation et un déclin de la population nicheuse.[8]
Les signes d’amélioration observés récemment concernent surtout la voie migratoire centre-ouest dans son ensemble. Ils sont encourageants, mais ne suffisent pas à démontrer le rétablissement de la population française. L’OFB continue d’ailleurs de présenter la Tourterelle des bois comme une espèce en mauvais état de conservation.[9]
Après plusieurs décennies de déclin, quelques années d’amélioration ne suffisent pas à considérer l’espèce comme rétablie. Animal Cross le rappelait déjà lors de la prolongation du moratoire en 2024 puis lors de la reprise de la chasse.[3][10]
Alors pourquoi l’État autorise-t-il cette chasse ?
Le Gouvernement justifie sa décision par l’amélioration observée à l’échelle de la voie migratoire centre-ouest européenne, dont fait partie la France. Dans le cadre du mécanisme européen de gestion adaptative des espèces migratrices, un niveau maximal de prélèvements est estimé pour l’ensemble de cette population migratrice, puis réparti entre les pays concernés. C’est sur cette base que la France a fixé son quota à 12 000 Tourterelles des bois.[4]
Une amélioration de l’ensemble de la voie migratoire ne prouve pas que les Tourterelles des bois nichant ou migrant par la France se sont suffisamment rétablies. Le CEGA lui-même considère que les connaissances disponibles ne permettent pas de le garantir.
Pour Animal Cross, lorsqu’une espèce reste vulnérable et que cette incertitude subsiste, la priorité doit être de consolider son rétablissement, pas de recommencer à la chasser.
Notre demande : rétablir le moratoire
Rétablir le moratoire sur la chasse de la Tourterelle des bois et restaurer ses habitats afin de consolider durablement le rétablissement de l’espèce.
Cette décision montre aussi pourquoi notre association doit pouvoir peser davantage. L’agrément au titre de la protection de l’environnement constitue une reconnaissance officielle et renforce notamment l’intérêt à agir des associations agréées face à certaines décisions administratives dommageables pour l’environnement.[11]
Animal Cross veut obtenir cet agrément. Atteindre 2 000 adhérents renforcera notre représentativité, notre voix auprès des institutions et notre capacité à contester juridiquement ce type de décision.
Adhérez à Animal Cross : plus nous serons nombreux, plus nous pourrons faire entendre la voix des animaux là où les décisions sont prises.
[1] Ministère de la Transition écologique — 26 août 2026 — Arrêté encadrant la chasse de la Tourterelle des bois pour la saison cynégétique 2026-2027 — Légifrance.
[2] Ministère de la Transition écologique — 2025 — Synthèse de la consultation publique relative à la chasse de la Tourterelle des bois 2025-2026 — consulter la synthèse.
[3] Animal Cross — 10 août 2026 — Chasse : mobilisons-nous pour le fuligule milouin et la tourterelle des bois — lire l’article Animal Cross.
[4] Ministère de la Transition écologique — 30 juillet au 19 août 2026 — Consultation publique sur la chasse de la Tourterelle des bois pour la saison 2026-2027, avis du CEGA et documents associés — consulter le dossier.
[5] Ministère de la Transition écologique — 2024 — Synthèse de la consultation publique relative à la suspension de la chasse de la Tourterelle des bois — consulter la synthèse.
[6] Conseil d’État — 11 septembre 2020 — Suspension de l’autorisation de la chasse de la Tourterelle des bois — lire la décision.
[7] Conseil d’État — 30 décembre 2021 —
Décisions relatives aux autorisations de chasse de la Tourterelle des bois pour les saisons 2019-2020 et 2020-2021 — décision n° 434244 ; décision n° 443460.
[8] UICN France, MNHN, LPO, SEOF & ONCFS — La Liste rouge des espèces menacées en France — Oiseaux nicheurs de France métropolitaine — consulter la Liste rouge.
[9] Office français de la biodiversité — juillet 2026 — Programme d’études Colombidés – Bilans annuels : bilan de la saison 2025.
L’OFB y qualifie la Tourterelle des bois d’« espèce en mauvais état de conservation » — consulter le document OFB.
[10] Animal Cross — 30 août 2024 — Bonne nouvelle : le Courlis cendré, la Barge à queue noire et la Tourterelle des bois ne seront pas chassés en 2024-2025 — lire l’article Animal Cross.
[11] Code de l’environnement —
dispositions relatives aux associations agréées de protection de l’environnement — Légifrance.
Dernière vérification documentaire : 31 août 2026.
Crédits photographiques
Yuval Rosenberg (Yuvalr), European Turtle Dove (Streptopelia turtur),
Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Nikola Veljković, European Turtle Dove, male and female,
Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
El Golli Mohamed, Tourterelle des bois Mornag,
Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Plus de 115 000 hectares avaient déjà été parcourus par les incendies en France à la fin juillet 2026. Derrière les paysages calcinés, une autre catastrophe est beaucoup plus difficile à mesurer : celle vécue par les animaux sauvages. Certains meurent pendant le feu, d’autres sont blessés ou intoxiqués. Pour les survivants commence ensuite une seconde épreuve : retrouver de la nourriture, un abri, un territoire et parfois un partenaire dans un milieu profondément bouleversé. Après un incendie, la priorité ne doit donc pas être de « remettre la forêt en ordre » au plus vite, mais de protéger les survivants et de laisser au vivant le temps de reconstruire ses propres équilibres.[1]
Incendie à Trévillach (Pyrénées-Orientales), 4 juillet 2026.
Photo : Frenchbluesman / Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
Survivre aux flammes n’est que le début
Tous les animaux ne réagissent pas de la même façon au feu. Les oiseaux et les grands mammifères peuvent parfois s’éloigner rapidement. Les jeunes animaux, les petits mammifères, les reptiles, les amphibiens et de nombreux invertébrés disposent de possibilités de fuite beaucoup plus limitées. Certains trouvent refuge sous terre, sous des pierres ou dans des secteurs épargnés ; d’autres meurent sous l’effet des flammes, de la chaleur ou des fumées.
Mais compter les animaux retrouvés morts après l’incendie ne suffit pas à mesurer son impact.
Après le feu du Cap Lardier, dans le Parc national de Port-Cros, qui avait parcouru plus de 500 hectares en juillet 2017, l’Agence française pour la biodiversité et le CEFE ont ainsi mis en place un suivi de la reconquête de la faune et de la flore. Tortue d’Hermann, fourmis, orthoptères et végétation ont notamment été étudiés. L’enjeu était précisément de comprendre comment les populations se maintiennent et recolonisent progressivement le territoire après cette perturbation. [2]
L’expérience récente de Fontainebleau apporte un autre enseignement. L’absence d’arrivée massive d’animaux brûlés dans les centres de soins ne signifie pas que la faune a été épargnée. Les animaux capables de fuir ont pu rejoindre d’autres secteurs ; d’autres sont probablement morts sur place.[3]
Pour les survivants, les difficultés commencent alors : perte du couvert végétal, raréfaction des ressources alimentaires, disparition de sites de repos ou de reproduction, déplacements forcés et concentration dans les secteurs restés intacts.
Les effets ne disparaissent donc pas avec les dernières fumées. Sols, végétation et communautés animales peuvent suivre des trajectoires de récupération très différentes, qui s’étendent de quelques mois à plusieurs décennies.
Chevreuil photographié en France — photo d’illustration. Après un incendie, les animaux survivants peuvent être contraints de rejoindre les secteurs épargnés pour retrouver couvert, nourriture et sites de reproduction.
Photo : Deus auxius / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
Une forêt brûlée n’est pas une forêt morte
Face à des arbres noircis, notre réflexe est souvent de vouloir nettoyer, couper puis replanter. Pourtant, une forêt n’est pas un bâtiment détruit qu’il faudrait reconstruire à l’identique.
Le feu modifie brutalement l’écosystème mais ne remet pas nécessairement tous ses processus à zéro. Des arbres survivent, des graines demeurent dans le sol, certaines plantes rejettent depuis leurs racines ou leurs souches. Des insectes, oiseaux et mammifères reviennent progressivement. Les arbres morts et le bois brûlé deviennent eux-mêmes des habitats et participent au fonctionnement du sol.
Au Cap Lardier, l’approche choisie repose ainsi largement sur la régénération naturelle, accompagnée lorsque cela est nécessaire de plantations d’essences locales diversifiées. L’OFB a notamment observé la reprise de la végétation et la réinstallation progressive d’espèces.[5]
Cette approche rejoint la libre évolution défendue par Animal Cross : avant d’intervenir, observer ce que le milieu est encore capable de faire par lui-même.
Le bois mort ne peut pas être réduit à un simple combustible. Lorsqu’il est gros et suffisamment décomposé, il peut retenir beaucoup d’eau. Il contribue aussi à la fertilité des sols, constitue un support de régénération et offre des habitats à une multitude d’organismes.[13]
Cette réalité doit néanmoins être présentée avec nuance. Le petit bois mort sec peut favoriser la propagation des flammes et, lors de sécheresses extrêmes associées à du vent et à des températures élevées, aucune forêt n’est à l’abri. L’UICN et la Société botanique de France indiquent cependant que des forêts anciennes ou en libre évolution peuvent présenter une structure complexe, plusieurs strates et un niveau d’humidité susceptibles de réduire leur vulnérabilité dans certaines conditions.[14]
Libre évolution ne signifie donc ni que le feu devient impossible, ni qu’aucune intervention humaine ne sera jamais nécessaire. Elle signifie que l’intervention ne doit pas être automatique.
Les animaux participent eux-mêmes à la renaissance de la forêt
Après un incendie, on parle beaucoup des arbres et beaucoup moins des animaux. Pourtant, ceux-ci ne sont pas seulement les victimes de la catastrophe : ils participent aussi à la reconstruction du milieu.
Le geai des chênes transporte et enfouit des glands, parfois loin de l’arbre qui les a produits. Une partie de ces réserves oubliées germe et contribue à la dispersion des chênes. Le sanglier, en fouillant le sol, déplace graines et matière organique ; il peut aussi transporter des graines dans ses soies. D’autres animaux pollinisent, dispersent des fruits, recyclent les cadavres ou contrôlent certaines populations.
Cette conception est centrale pour Animal Cross. Un animal sauvage n’est pas seulement un individu qu’il faut préserver parce qu’il peut souffrir : il possède également une place et des relations propres au sein de l’écosystème.[7]
Supprimer des animaux au moment même où le milieu tente de retrouver ses dynamiques revient donc à retirer certains de ses acteurs lorsque leur rôle peut devenir particulièrement important.
Le geai des chênes joue un rôle majeur dans la dispersion des glands et la régénération naturelle des chênaies.
Photo : Van Der Meulen Christofle / Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
Les secteurs épargnés deviennent essentiels : pourquoi y ajouter la chasse ?
Après l’incendie, les animaux mobiles se reportent vers les vallons, bosquets, lisières ou parcelles que les flammes ont épargnés. Ces zones refuges leur permettent de retrouver nourriture, couvert et sites de reproduction. Elles peuvent également devenir des points de départ pour la recolonisation progressive des secteurs incendiés.
Protéger seulement les hectares brûlés serait donc insuffisant.
Animal Cross l’avait déjà demandé après le mégafeu des Corbières de 2025 : les secteurs incendiés doivent être accompagnés d’un périmètre tampon protégeant les zones où les survivants se réfugient.[8]
La chasse ajoute à cette période une pression supplémentaire : mortalité directe, poursuites, déplacements et dérangements. Or les individus survivants peuvent être précisément ceux dont dépendront les reproductions suivantes et la recolonisation.
Animal Cross demande un moratoire d’au moins trois ans sur la chasse et les destructions d’animaux classés ESOD dans les secteurs gravement incendiés et leurs zones refuges périphériques.
Cette durée de trois ans est une demande de précaution portée par Animal Cross. Elle ne signifie pas qu’un écosystème est restauré au bout de trois ans : certains processus nécessitent des décennies. Elle permettrait au minimum plusieurs saisons de reproduction avant une réévaluation fondée sur l’état des habitats et des populations.
Fontainebleau : soigner lorsque c’est encore possible
L’incendie du massif de Fontainebleau en juillet 2026 soulève enfin une autre question : que faisons-nous des animaux sauvages blessés ?
Dès le 13 juillet, la LPO invitait les personnes découvrant un animal blessé près du massif à le conduire vers Faune Alfort, centre de soins situé au sein de l’École nationale vétérinaire d’Alfort.[9]
Faune Alfort, Chevêche 77, la LPO, l’ANVL et d’autres structures se sont ensuite tenues disponibles pour intervenir, tout en respectant les restrictions d’accès au massif.
Le 6 août, Faune Alfort indiquait avoir appris qu’après constatation de graves brûlures aux pattes ou aux sabots chez certains animaux, des opérations sanitaires ciblées étaient menées afin d’abattre ceux considérés comme trop sévèrement atteints. L’association demandait que les professionnels du soin puissent participer à l’évaluation des animaux dans un cadre sécurisé.[10]
La question n’est pas de maintenir artificiellement en vie un animal dont les souffrances sont incurables. Les vétérinaires et centres de sauvegarde pratiquent eux-mêmes l’euthanasie lorsqu’elle constitue la seule manière d’éviter une souffrance sans issue.
La question est : comment déterminer qu’un animal ne peut pas être sauvé ?
Entre l’animal indemne et l’animal irrémédiablement condamné existent des individus brûlés ou blessés dont le pronostic nécessite une véritable évaluation. Examiner la profondeur des brûlures, évaluer la douleur, décider si une réhabilitation est possible et déterminer si l’animal pourra retrouver la vie sauvage relèvent de compétences vétérinaires et spécialisées.
Pour Animal Cross, lorsque les conditions de sécurité le permettent, les professionnels du soin de la faune sauvage doivent pouvoir évaluer les animaux avant qu’une décision irréversible ne soit prise.
Après le feu : intervenir moins, protéger davantage
L’approche défendue par États Sauvages apporte ici un éclairage intéressant : le risque incendie ne peut pas être résumé à une opposition entre forêt débroussaillée et forêt en libre évolution. Il faut regarder plus largement notre occupation des territoires, l’urbanisation des interfaces, nos activités et l’origine majoritairement humaine des départs de feu.[15]
Après l’incendie, la même logique devrait prévaloir : ne pas croire que toute trace du feu doit être effacée immédiatement.
Bien sûr, certaines interventions demeurent nécessaires : sécuriser des routes et des habitations, supprimer des arbres présentant un danger immédiat.
Mais ailleurs, la régénération spontanée mérite d’être la première option examinée.
Conserver une partie du bois mort, laisser germer les espèces locales, protéger les zones refuges, réduire les dérangements et observer la trajectoire naturelle du milieu peuvent permettre à la forêt de retrouver progressivement une structure diversifiée et adaptée aux nouvelles conditions.
Notre demande
Animal Cross demande la création d’un protocole national post-incendie pour la faune sauvage et les milieux naturels, reposant sur quatre principes :
identifier rapidement les zones refuges et les corridors utilisés par les animaux et les protéger des dérangements évitables ;
suspendre pendant au moins trois ans la chasse et les destructions d’ESOD dans les secteurs gravement incendiés et leurs zones périphériques, avant réévaluation scientifique ;
privilégier la régénération naturelle et le maintien des processus écologiques plutôt que le nettoyage et la replantation systématiques ;
associer vétérinaires et centres de sauvegarde à l’évaluation des animaux blessés avant toute mise à mort lorsque leur intervention est matériellement et humainement possible.
Après un incendie, protéger la nature ne signifie pas reconstruire au plus vite ce que nous pensons qu’elle devrait être. La forêt brûlée reste un milieu vivant. Ses sols, ses végétaux, ses champignons et ses animaux commencent immédiatement une nouvelle histoire. Notre responsabilité est d’aider lorsque cela est nécessaire, mais aussi de savoir leur laisser ce dont ils ont le plus besoin : du temps, de l’espace et de la tranquillité.
Agir
Pétition officielle à l’Assemblée nationale
« Suspendre la chasse pendant trois ans dans les zones gravement touchées par les incendies »
Cette pétition citoyenne déposée sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale demande trois ans de répit pour la faune sauvage après les grands incendies. Elle rejoint directement la demande d’Animal Cross : laisser aux animaux survivants le temps de se reproduire, de retrouver des territoires et de participer à la recolonisation des milieux sinistrés.[16]
La mobilisation « Pas de fusils sur les cendres » demande notamment la suspension de la chasse dans les massifs incendiés en 2026, la protection des secteurs périphériques où se réfugient les animaux et un moratoire d’au moins trois ans.[12]
Animal Cross invite également les citoyens à demander aux préfectures concernées la mise en place de mesures temporaires de tranquillité pour la faune après les grands incendies.
Sources et références
[1] LPO France — 30 juillet 2026.
« La faune sauvage face aux incendies ».
Consulter la source
[2] Couturier T., Geoffroy D., Jailloux A. & Besnard A. — 2019.
« Dynamique de reconquête de la faune et de la flore après incendie du Cap Lardier dans le Parc national de Port-Cros ». Coopération AFB-CEFE.
Consulter la source
[3] ANVL — 22 juillet 2026.
« Incendie du Massif de Fontainebleau : les dégâts sur la biodiversité ».
Consulter la source
[5] Office français de la biodiversité.
« Réduire l’exposition aux risques naturels par la biodiversité » — retour d’expérience du Cap Lardier.
Consulter la source
[7] Animal Cross — 2024. Article 0, notamment les parties consacrées au sanglier et au geai des chênes.
[8] Animal Cross — 28 août 2025.
« Aude 2025 : pourquoi interdire la chasse dans les zones touchées par le mégafeu ».
Consulter l’article
[9] LPO Île-de-France — 13 juillet 2026.
« Incendies à Fontainebleau et faune sauvage ».
Consulter la source
[10] Faune Alfort — 6 août 2026.
Publication relative aux animaux blessés après l’incendie de Fontainebleau et à la demande d’intervention coordonnée des professionnels du soin.
Consulter la publication
[13] Coordination Libre Évolution — 2026.
Article consacré à la résilience des forêts, aux incendies et au rôle du bois mort.
Consulter l’article
[14] Comité français de l’UICN & Société botanique de France — 2023. Prévention du risque incendie et biodiversité dans les forêts françaises.
Consulter la note
[15] États Sauvages — 2026.
« Libre évolution et prévention des incendies », avec Pauline Vilain-Carlotti et Forêt & Naturalité.
Consulter la source
[16] Assemblée nationale — 30 juillet 2026.
Pétition n°6710 — « Suspendre la chasse pendant trois ans dans les zones gravement touchées par les incendies ».
Consulter et signer la pétition
Dernière vérification documentaire : 20 août 2026.
Une dernière relecture scientifique ou naturaliste est recommandée avant publication, notamment sur les mécanismes de recolonisation post-incendie et sur la présentation du risque incendie en forêt.
Crédits photographiques
Frenchbluesman — Incendie à Trévillach, 4 juillet 2026 — Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
Deus auxius — Chevreuil Capreolus capreolus (France) — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
Van Der Meulen Christofle — Le geai des chênes (Finistère) — Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
En septembre, on parlera de « l’ouverture de la chasse ». Pourtant, sur certains territoires, elle ne s’est jamais vraiment arrêtée. Ouvertures anticipées, prolongations, sanglier, destruction des ESOD : les possibilités de chasser ou tuer des animaux sauvages s’étendent bien au-delà de la saison générale.
Pour Animal Cross, cette évolution vers une pression presque permanente pose une question essentielle : quand laisse-t-on enfin la faune tranquille ?
Une « saison » de chasse qui s’étend presque toute l’année
En France, la période générale de chasse s’étend principalement de septembre à fin février, avec des dates précises fixées localement. Mais de nombreuses exceptions débordent de ce calendrier : chevreuil et daim peuvent notamment être chassés dès juin sous certaines conditions. Le cas du sanglier est emblématique : la réglementation permet désormais, selon les périodes et les autorisations préfectorales, de le chasser potentiellement du 1er juin au 31 mai suivant.[1]
À cela s’ajoutent les ESOD (espèces susceptibles d’occasionner des dégâts). Renards, corvidés et d’autres animaux peuvent, selon les espèces et les départements, être détruits en dehors de la période générale ; certains peuvent aussi être piégés toute l’année.[2]
Entre période générale, ouvertures anticipées, prolongations et destruction des ESOD, les périodes sans pression cynégétique se réduisent fortement.
Pour Animal Cross, cette accumulation traduit une évolution préoccupante : une chasse de plus en plus permissive et une faune à laquelle on accorde de moins en moins de répit.
Même les animaux qui ne sont pas chassés subissent la chasse
La nature ne fonctionne pas espèce par espèce. Une battue au sanglier ne dérange pas uniquement les sangliers. Dans la même forêt vivent des oiseaux, des mustélidés, des cervidés et de nombreuses autres espèces.
Chiens, tirs et présence humaine peuvent provoquer fuite et modification des déplacements. Une étude menée à Chambord sur des cerfs équipés de GPS a montré qu’après une battue, tous les animaux suivis finissaient par quitter la zone chassée ; quelques heures plus tard, ils se trouvaient à plus de deux kilomètres de celle-ci et restaient éloignés de la zone perturbée presque deux fois plus longtemps qu’en l’absence de chasse.[3]
La pression de chasse ne se résume donc pas au nombre d’animaux tués. Elle affecte aussi ceux qui partagent le territoire chassé, en interrompant notamment déplacements habituels, repos ou alimentation et potentiellement les capacités de reproduction.
Quand ces dérangements se répètent sur une grande partie de l’année: quand ces animaux peuvent-ils simplement se nourrir, se reposer, se reproduire et vivre selon leur nature ?
Dans une nature déjà fragilisée, pourquoi ajouter de la pression ?
Cette évolution intervient alors que la biodiversité subit déjà de nombreuses pressions. En 2024, 18 % des espèces évaluées dans la Liste rouge nationale étaient éteintes ou menacées. En France métropolitaine, les populations d’oiseaux communs spécialistes ont fortement décliné depuis 1989 et celles des chauves-souris communes ont diminué de 43 % entre 2006 et 2021.[4]
La chasse n’est pas la seule responsable de cette situation. Mais pour Animal Cross, plus le vivant est fragilisé par la destruction des habitats, les pollutions ou le changement climatique, plus nous devrions lui garantir de la tranquillité, et ne pas réduire encore ses périodes de répit.
N’oublions pas non plus que les animaux sauvages sont aussi des acteurs de leurs écosystèmes : ils dispersent des graines, fouissent les sols, prédatent, recyclent la matière et participent aux équilibres naturels.
Dès lors, quelle place et quelle possibilité laissons-nous à la nature pour se préserver et se régénérer dans un contexte climatique délétère et d’effondrement de la biodiversité ?
Ce que demande Animal Cross
Cette réflexion n’est pas nouvelle pour Animal Cross. Dans Article 0, l’association dénonçait déjà une chasse qui déborde largement de la période septembre-février et demandait notamment l’arrêt de la chasse au moins deux jours par semaine, dont le dimanche, ainsi que l’arrêt de la chasse des espèces chassables et de la destruction des ESOD de début mars à fin août.[5]
À plus long terme, Animal Cross défend un monde sans chasse de loisir et davantage d’espaces en libre évolution, où les animaux et les processus naturels puissent retrouver de véritables conditions de tranquillité.[5]
Le vivant a besoin de tranquilité, de temps sans fusils, sans chiens de chasse et sans poursuites.
Laissons-lui du répit.
[2] Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. (2023, 3 août). Arrêté pris pour l’application de l’article R. 427-6 du Code de l’environnement et fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts. Légifrance.
Consulter l’arrêté sur Légifrance
[3] Chassagneux, A., Calenge, C., Marchand, P., Richard, E., Guillaumat, E., Baubet, E., & Saïd, S. (2020). Should I stay or should I go? Determinants of immediate and delayed movement responses of female red deer (Cervus elaphus) to drive hunts. PLOS ONE, 15(3), e0228865.
Consulter l’étude
[4] Service des données et études statistiques. (2026). La biodiversité en France : état des connaissances en 2025. Ministère de la Transition écologique.
Consulter les données
[5] Animal Cross. (2024). Article 0. Animal Cross. Voir notamment le chapitre 1, « La chasse : une activité autorisée toute l’année », et le chapitre 12, « Première étape : un monde sans chasse de loisir ».
Depuis l’entrée en vigueur, le 10 juillet 2026, d’un arrêté modifiant les règles de chasse, les chasseurs peuvent utiliser les dispositifs de localisation de leurs chiens pendant toute l’action de chasse. Le texte supprime également les restrictions nationales qui limitaient l’utilisation des chiens, de la battue et de la traque pour chasser le chamois, l’isard et le mouflon. Présentées notamment comme une évolution favorable à la sécurité, ces nouvelles règles posent pourtant de sérieuses questions pour Animal Cross, tant pour les chiens que pour la faune sauvage. [1]
Lorsqu’ils sont lâchés pendant une chasse, les chiens échappent souvent au contrôle de leur maître. En parcourant de grandes distances, ils peuvent traverser des routes, être percutés par des véhicules ou se retrouver confrontés aux animaux qu’ils poursuivent. Animal Cross documentait déjà ces risques dans Article 0, notamment les blessures provoquées par le gibier, les barbelés et autres obstacles, ainsi que les accidents de la route survenant lors d’une poursuite.[3]
Pour Animal Cross, le chien de chasse n’est pas un outil cynégétique : c’est un être sensible dont le chasseur est responsable.
Le GPS peut être un outil de sécurité utile, mais il ne règle pas le problème de fond : l’exposition des chiens aux dangers lorsqu’ils sont lâchés à la poursuite d’animaux sauvages.
Pouvoir localiser un chien en permanence peut, en théorie, améliorer sa sécurité. La nouvelle réglementation précise d’ailleurs que les dispositifs de localisation doivent être utilisés « dans le seul but » de rechercher les chiens, d’assurer leur sécurité et de prévenir les collisions.[1]
Mais localiser un chien ne signifie pas pouvoir le mettre immédiatement en sécurité. Lorsqu’un chasseur doit gérer plusieurs chiens dispersés sur un territoire, savoir que l’un d’eux approche d’une route ou s’est fortement éloigné ne garantit pas qu’il puisse intervenir assez vite.
Pourquoi le GPS était-il jusqu’ici limité pendant la chasse ?
Avant cette réforme, la réglementation précisait que les dispositifs de localisation des chiens ne pouvaient être utilisés qu’après l’action de chasse pour les rechercher, tout en prévoyant leur utilisation pour assurer leur sécurité et prévenir les collisions lors d’une chasse à tir.[2]
Depuis le 10 juillet, cette restriction temporelle a disparu. Les chasseurs peuvent donc consulter la localisation de leurs chiens pendant l’action de chasse, même si la réglementation maintient une finalité stricte : rechercher les chiens, assurer leur sécurité et prévenir les collisions.[1]
Mais cette évolution soulève une question pour Animal Cross :
le GPS pourrait-il aussi, dans les faits, faciliter la chasse ? Lorsqu’un chien poursuit un animal sauvage, connaître précisément sa position pourrait indirectement renseigner le chasseur sur la position ou les déplacements de l’animal poursuivi.
Le texte n’autorise pas l’utilisation du GPS pour rechercher le gibier. Animal Cross s’interroge donc sur les modalités de contrôle et sur les garanties permettant de s’assurer que cet outil ne soit pas détourné de la seule utilisation prévue par la réglementation.
Une mauvaise nouvelle pour la faune sauvage
L’arrêté va plus loin : il abroge les restrictions qui encadraient jusqu’ici l’emploi des chiens ainsi que la chasse en battue ou en traque du chamois, de l’isard et du mouflon.[1][2]
Avant le 10 juillet 2026, l’emploi des chiens pour le chamois et l’isard n’était autorisé que dans trois départements : Haute-Savoie (74), Territoire de Belfort (90) et Vosges (88). La battue ou la traque n’était autorisée que dans l’Ain (01), les Alpes-Maritimes (06), la Haute-Savoie (74), le Territoire de Belfort (90) et les Vosges (88).
Pour le mouflon, l’emploi des chiens n’était autorisé que dans les Ardennes (08), l’Aveyron (12), la Dordogne (24), le Gard (30), l’Hérault (34), les Pyrénées-Orientales (66), la Savoie (73), la Somme (80), le Tarn (81) et les Vosges (88). La battue ou la traque bénéficiait d’une liste d’exceptions légèrement différente.[2]
Pour Animal Cross, c’est une très mauvaise nouvelle.
Un animal poursuivi par des chiens ne subit pas seulement le risque d’être tué. Il doit interrompre ce qu’il faisait — se nourrir, se reposer ou se déplacer — pour fuir. La poursuite provoque du stress et impose une dépense énergétique supplémentaire.
Ce mécanisme n’est pas seulement théorique. Une étude expérimentale publiée en 2020 sur des élans poursuivis par des chiens de chasse a observé une augmentation du rythme cardiaque et de la température corporelle, ainsi que des déplacements plus importants. Les animaux parcouraient en moyenne 4,2 km supplémentaires le jour de la poursuite et consacraient ensuite davantage de temps au repos. Les chercheurs soulignent que, lorsque ces dérangements sont fréquents, cette dépense énergétique et la réduction du temps disponible pour s’alimenter pourraient affecter l’état corporel et la reproduction.[4]
Cette étude porte sur des élans en Scandinavie et ne permet donc pas de quantifier directement l’effet de la nouvelle réglementation sur les chamois, isards et mouflons français.
Pour Animal Cross, le problème ne se limite d’ailleurs pas aux espèces recherchées. Les chiens parcourent un territoire où vivent de nombreux autres animaux sauvages. Leur présence et leurs poursuites peuvent accroître le dérangement d’animaux qui ne sont pourtant pas visés par la chasse.
Mouflon dans le massif du Caroux, Parc naturel régional du Haut-Languedoc — photo d’illustration.
Photo : Fagairolles 34 /
Wikimedia Commons
Pour Animal Cross, cet arrêté va dans la mauvaise direction
Pour Animal Cross, cette modification réglementaire est d’autant plus préoccupante qu’elle est passée largement inaperçue, alors qu’elle modifie concrètement les conditions d’utilisation des chiens à la chasse et élargit les possibilités de traque de plusieurs espèces.
Animal Cross n’est pas opposée au GPS lorsqu’il sert réellement à protéger et retrouver un chien. Mais nous refusons que la sécurité apportée par cet outil masque deux questions essentielles : pourquoi exposer ces animaux à autant de dangers en les lançant à la poursuite de la faune sauvage ? Et cet outil peut-il devenir, dans les faits, un facilitateur de la chasse ?
Nous sommes également opposés à l’élargissement de l’utilisation des chiens, de la battue et de la traque pour le chamois, l’isard et le mouflon.
La faune sauvage subit déjà de nombreuses pressions humaines. À notre sens, cette pression supplémentaire peut avoir des répercussions sur l’ensemble de l’écosystème en multipliant, pour les animaux, les situations de stress, les dépenses d’énergie et les interruptions de repos ou d’alimentation.
Animal Cross s’inquiète de mesures de plus en plus permissives en matière de chasse, alors que le vivant a cruellement besoin de repos et de tranquillité, d’autant plus après les conditions climatiques exceptionnelles subies cet été.
Sources et références
[1] Ministère de la Transition écologique — 25 juin 2026. Arrêté du 25 juin 2026 modifiant l’arrêté du 1er août 1986 relatif à divers procédés de chasse, publié au Journal officiel du 9 juillet 2026 et applicable à compter du 10 juillet. Il modifie les règles relatives à la localisation des chiens et abroge le II de l’article 8.
Consulter la source sur Légifrance
[2] Légifrance — Arrêté du 1er août 1986, version applicable avant le 10 juillet 2026.
Articles 7 et 8 : ancienne réglementation concernant les dispositifs de localisation et restrictions relatives au chamois, à l’isard et au mouflon.
Consulter la source sur Légifrance
[3] Animal Cross — juillet 2024. Article 0, chapitre 5 « Les chiens de chasse, des armes au service des hommes », notamment p. 76-81. Animal Cross y documente les risques auxquels sont exposés les chiens à la chasse — blessures infligées par le gibier, obstacles, éclats de plomb et accidents routiers — et défend à terme la limitation de leur utilisation à la recherche d’animaux blessés.
Découvrir Article 0 sur le site d’Animal Cross
[4] Græsli A. R. et al. — 2020. Physiological and behavioural responses of moose to hunting with dogs, Conservation Physiology, vol. 8, coaa122. Étude menée sur huit femelles élans en Scandinavie lors de poursuites réelles ou expérimentales avec chiens ; elle met en évidence des réponses physiologiques, comportementales et énergétiques à la poursuite.
Consulter l’étude
Crédits photographiques
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La consultation publique sur le Schéma Départemental de Gestion Cynégétique (SDGC) 2026-2032 des Pyrénées-Atlantiques est ouverte du 30 avril au 21 mai 2026.
Ce plan, qui définit les règles de chasse pour les six prochaines années, présente de graves lacunes concernant la préservation de la biodiversité, la santé publique et le partage de l'espace naturel.
Nous vous proposons de déposer un avis défavorable pour dénoncer un projet privilégiant les intérêts cynégétiques au détriment de l'intérêt général et de la protection de la faune sauvage.
ATTENTION, POUR QUE VOTRE AVIS SOIT PRIS EN COMPTE, NE REPRENEZ PAS LE TEXTE TEL QUEL
Objet : défavorable au Schéma départemental de gestion cynégétique du département 64
Le Schéma départemental de gestion cynégétique (SDGC) organise les activités de chasse pour les six prochaines années pour les années 2026-2032 dans le département 64.
L’association Animal Cross, que je soutiens, dénonce le fait que ce schéma souffre de nombreuses faiblesses :
Il considère comme une évidence que les espèces sur la liste des espèces chassables doivent nécessairement être chassées. Or, ce principe pose de nombreux problèmes :
La très grande majorité des espèces ne font pas de dégâts aux activités agricoles, forestières et aquacoles, et ne génère pas de risque pour la santé et la sécurité publique. Ainsi des animaux de montagne comme les isards (5000 tués chaque année), le mouflon (une quinzaine par an), la marmotte, ainsi des oiseaux limicoles, etc.
De très nombreuses espèces, environ 25, sont en voie de conservation défavorable selon la liste rouge de l’UICN (perdrix rouges, perdrix grises, perdrix grises de montagne, lapin de garenne, tourterelle des bois…) mais seront quand même chassées dans le département 64. Les chasseurs, qui se présentent comme les plus grands écologistes de France, devraient les laisser en paix.
Certaines espèces, comme les faisans, ne peuvent être chassées que parce qu’elles sont élevées et relâchées pour la chasse. Incapables de survivre dans la nature, leurs jours sont comptés. Aucune indication ne permet de comprendre l’impact des populations d’élevage sur les populations autochtones et la pollution génétique que ces lâchers peuvent engendrer. Il n’est fait aucune référence dans le texte aux autres animaux relâchés, comme les lapins, les canards, les perdrix…
Ce plan méconnaît le fait que le grand tétras et le lagopède alpin ne sont plus sur la liste des espèces chassables.
Ce plan fait l’impasse sur des questions majeures :
De santé publique liée à la consommation de venaison contaminée par le plomb, déconseillée aux femmes enceintes et aux enfants, et limitée à 3 fois/an pour les adultes (Anses 2018). Encourager la consommation de viande empoisonnée est criminel.
D’ordre public. La question de la sécurité à la chasse n’est pas envisagée sous l’angle du partage de la nature avec les autres usagers. Une revendication constante des usagers de la nature (sachant que les chasseurs représentent moins de 1,5% de la population) est de pouvoir se promener tranquillement. Nous demandons des dimanches et vacances scolaires sans chasse.
D’ordre juridique. Les chasses traditionnelles ont été annulées par plusieurs arrêts du Conseil d’État. Le SDGC n’en fait aucune mention.
D’ordre scientifique. Une étude récente du Museum national d’histoire naturelle (Jiguet et al, mars 2026) ne trouve pas de lien entre les prélèvements de 1 ,7 millions par an d’animaux des Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod) du groupe 2 et la baisse des dégâts agricole, le système d’indemnisation des dégâts coûtant 8 fois plus cher que les « dégâts » eux-mêmes.
À la fin, il est clair que ce document ne promeut que les intérêts des chasseurs et pas celui de la nature et de ses usagers. Que les services du préfet ne sont qu’une boîte aux lettres qui entérinent le texte des chasseurs sans protéger l’intérêt général.
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