Image ci-dessus par bibi95, Salon de l’agriculture 2009 – Paris, Flickr, Licence CC BY 2.0, modifications apportées

Du samedi 26 février au dimanche 6 mars 2022 a lieu le Salon international de l’agriculture au parc des expositions de Paris. Mais cet événement est-il réellement représentatif de la condition des animaux d’élevage en France ? Et quelles mesures devrait prendre le prochain Président de la République pour favoriser le bien-être des animaux d’élevage ?

Une représentation lointaine des réalités de l’élevage en France

Artisanat, savoir-faire, tradition sont bel et bien mis en avant lors du Salon de l’agriculture. Les 4000 animaux présentés par les éleveurs sont les plus « beaux », jamais maigres, pas de cicatrices, pas de mutilations trop choquantes, leur pelage est toiletté. Mais ce salon se garde bien de vous montrer le quotidien des 80% d’animaux français provenant d’élevages intensifs. La réalité serait beaucoup moins plaisante à regarder : l’atelier câlins des porcelets serait remplacé par l’atelier de castration à vif accompagné du meulage de dents ; l’exposition de mignons poussins et cannetons ressemblerait plutôt à un amas leurs corps broyés ; nous ne prendrions pas en photos les belles cornes lustrées des bovins mais leur chair en sang une fois ces derniers écornés ; les jolies petites poules pondeuses ne seraient pas en train de caqueter dans leur enclos mais affaiblies car maigres et déplumées ; l’odeur du foin frais serait remplacé par l’odeur des excréments d’animaux, sur un sol bétonné et non tapissé de paille propre… Les exemples de cette malheureuse réalité sont nombreux. Alors que voulons-nous vraiment voir de ce Salon ? La condition réelle de ces animaux qui est incontestablement à améliorer, ou alors la publicité mensongère que véhicule cet événement ?

Des mesures à prendre de toute urgence pour les animaux de ferme

Dans le cadre de la campagne électorale, 29 ONG rassemblées dans le collectif Engagement Animaux 2022 proposent aux candidats à l’élection présidentielle de s’engager sur 22 mesures concrètes et prioritaires pour améliorer la condition animale lors du prochain quinquennat, dont quatre au sujet des animaux de ferme.

Voici les mesures numéros 5 à 8 proposées sur le sujet « Élevage, transport et abattage » :

Mesure 5 : Mettre fin à tout élevage en cages au profit de l'élevage avec accès au plein air d'ici 2027

À l’heure actuelle, en France, 8 animaux sur 10, toutes filières confondues, sont élevés sans accès à l’extérieur. Au total, ce sont plus de 94% des veaux de boucherie, 95% des porcs ou encore 83% des poulets de chair qui sont élevés sans accès à l’extérieur. Plus de 98% des lapins, 36% des poules ou encore 90% des truies en lactation sont élevés en cages. Les cages confinent les animaux à l’extrême, privant l’animal de la capacité à satisfaire ses besoins physiologiques et comportementaux les plus basiques. Par exemple, les truies ne peuvent pas se retourner sur elles-mêmes.

Plus d’1,4 million d’Européens ont signé l’Initiative Citoyenne Européenne « Pour une nouvelle ère sans cage », l’initiative la plus plébiscitée à ce jour. Les sondages sont unanimes : 87% des Français sont opposés aux élevages en cages et 87% des Français sont défavorables aux méthodes de production ne laissant aucun accès extérieur aux animaux.

La Commission européenne a d’ores et déjà engagé une évolution des normes minimales de protection des animaux d’élevage en fixant la sortie des cages à 2027. La France ne doit pas rester à la traîne et être le mauvais élève des pays européens. En fixant un cap pour l’arrêt des cages et l’accès au plein air pour 2027, le ou la futur.e Président.e permettrait à la France de s’inscrire dans les engagements européens et permettre aux élevages français d’anticiper une évolution inéluctable.

Mesure 6 : Conditionner les aides publiques aux investissements et pratiques améliorant le bien-être des animaux, interdire les importations de produits issus d'élevages qui ne respectent pas l'équivalent des normes européennes de protection animale et intégrer systématiquement des critères sur le bien-être animal dans la commande publique (cantines, prisons, hôpitaux, etc.)

Le futur Président ou la future Présidente doit mener des politiques publiques ambitieuses en faveur du bien-être des animaux d’élevage, sur le plan européen, national et local.

Des millions de produits proviennent en effet d’élevages situés dans des États tiers qui ne disposent pas de standards équivalents à ceux de l’UE. Par exemple, dans la grande distribution française, 90% de la viande chevaline est importée. Les enquêtes des ONG ont pourtant révélé de très nombreux problèmes de bien-être animal dans des pays exportateurs (Argentine, Canada,…). La position de la France lors de la négociation des traités de libre-échange à l’échelle européenne est donc cruciale.

Au niveau national et local, des millions de repas sont servis chaque année dans des établissements publics (établissements scolaires, hôpitaux, prisons, etc.). 50% des produits servis dans ces établissements doivent être de « qualité et durables ». Bien que 20% de ces produits doivent être bio, plusieurs autres certifications relèvent de cette qualification alors qu’ils ne contribuent pas à assurer un niveau de bien-être animal satisfaisant. La commande publique doit intégrer des critères de bien-être animal.

Enfin, les aides publiques doivent être un levier pour accompagner la transition vers des pratiques plus respectueuses des animaux. Les négociations sur la déclinaison française de la Politique Agricole Commune ont laissé de côté la possibilité de conditionner ces aides à l’atteinte d’objectifs de préservation du bien-être animal (plein air, arrêt des mutilations, etc.). La nouvelle présidence française doit donc pallier ces lacunes.

Mesure 7 : Interdire les longs transports au sein de l'UE et les exportations vers les pays tiers d'animaux vivants.

Sous-mesure mineure : Interdire les transports maritimes d’animaux vivants. 

Ces dernières années, les investigations menées en France, sur les routes de l’Union européenne mais également au-delà de ses frontières, ont révélé l’absurdité des longs transports et exportations d’animaux vivants et ont suscité l’indignation des citoyens. La France figure parmi les premiers exportateurs européens avec plus de 20 millions de volailles et de 155 000 bovins, caprins, ovins et porcs exportés vivants chaque année vers des pays tiers par voie routière ou maritime. Plus de 100 millions d’animaux d’élevage sont par ailleurs transportés au sein de l’UE chaque année, au départ de France.

Or, les exportations vers les pays tiers et les longs transports d’animaux vivants posent incontestablement question d’un point de vue éthique, économique et écologique. Les animaux sont embarqués pendant des jours voire des semaines, dans des camions ou sur des cargos vétustes et inadaptés. Lorsqu’ils sont exportés hors de l’UE, ils sont exposés à la chaleur, à la promiscuité, à la soif et à la faim, à des conditions sanitaires incontrôlables… Pour finalement être engraissés ou abattus dans des pays qui ne respectent pas les normes minimales européennes en matière de protection animale.

La limitation des transports d’animaux bénéficie d’un fort soutien : 89% des Français sont favorables à une limitation de la durée de transports d’animaux vivants à un maximum de huit heures et 68% sont opposés à l’exportation d’animaux vivants hors de l’Union Européenne. Des appels en faveur de la transition vers le commerce de viandes et carcasses ont été lancés aux États membres par les institutions européennes.

Les organisations vétérinaires plaident également sans équivoque pour la réduction des temps de transport et le remplacement des exportations d’animaux par le commerce des viandes et carcasses depuis 10 ans. Cette transition aura notamment pour effet de relocaliser et redynamiser les activités d’élevage et d’abattage en France.

Mesure 8 : Mettre un terme aux pratiques d'abattage les plus douloureuses.

Étape 1 : Interdire l’abattage des femelles au-delà des deux tiers de leur gestation et imposer la vidéo-surveillance obligatoire en abattoir. 

Étape 2 : Imposer l’insensibilisation de tous les animaux avant la saignée en abattoir.

Pour produire de la viande, les réglementations imposent d’abattre les animaux en leur épargnant toutes souffrances évitables. Pour y parvenir, les animaux doivent être insensibilisés avant leur saignée. Mais la France fait partie des pays qui dérogent à cette obligation d’insensibilisation pour satisfaire la demande de viandes Halal et Kasher. A l’heure où le bien-être animal est devenu une exigence chez nos concitoyens et un gage de qualité revendiqué par de nombreux professionnels, l’abattage sans étourdissement n’a plus lieu d’être.

Les preuves scientifiques sur la plus grande souffrance des animaux lors de l’abattage sans étourdissement sont aujourd’hui nombreuses et la liberté de culte ne s’oppose nullement à l’insensibilisation des animaux comme l’a rappelé la CJUE, le 17 décembre 2020. D’ailleurs, de nombreux Etats membres imposent déjà un étourdissement des animaux lors de leur abattage, y compris dans le cadre des abattages rituels.

La réglementation relative à la protection des animaux au moment de leur mise à mort n’aborde pas la situation des femelles gestantes. Par conséquent, une femelle en état de gestation avancée peut être abattue. La situation n’est pas rare selon un avis rendu par l’EFSA en 2017.  Cette situation est inacceptable compte tenu de la souffrance éprouvée par le fœtus au moment de l’abattage de sa mère durant le dernier tiers de gestation : la douleur lors de son asphyxie ne peut être exclue selon l’EFSA. Une interdiction de l’abattage des femelles au cours du dernier tiers de leur gestation doit ainsi être mise en place, à l’instar de la législation allemande. 

Enfin, pour permettre une application effective de la réglementation et mettre un terme aux dérives inacceptables dans de nombreux abattoirs, le ou la futur.e Président.e rendra obligatoire la mise en place de l’enregistrement vidéo dans tous les abattoirs, aux postes où sont manipulés les animaux.

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