Un texte de Christine Bouffard

En ce début d’année 2020, le Covid 19 s’est invité dans nos vies et en quelques semaines, l’infiniment petit a mis la planète à genoux. C’est une petite déflagration dans notre sentiment de toute puissance et notre propension à l’ asservissement du Vivant. Pourtant, un mouvement profond est en route  et la société refuse de plus en plus massivement la maltraitance animale quelle qu’elle soit. Cette maltraitance qui puise parfois sa force dans sa discrétion. C’est le cas d’une pratique moyenâgeuse particulièrement lâche et répugnante qui connaît son apogée  au mois de Mai: le déterrage de printemps des renardeaux…          

Le déterrage est un combat sans risque, sans mérite et sans gloire au cours duquel une renarde et ses petits emprisonnés dans leur propre terrier vont vivre de longues heures de terreur, livrés aux assauts et aux morsures incessantes des chiens. Puis, ces petites boules de poils sanguinolentes et leur mère seront extirpées à l’aide de longues pinces métalliques puis achevées à coup de pieds ou à coups de pelle. Crânes fracassés, abdomens éventrés, yeux exorbités sous la violence des coups ou animaux abandonnés vivants aux chiens … Cette violence inouïe contraste avec les rires, l’excitation et la jouissance de ces hommes, bons pères de famille la semaine qui, le temps d’une journée, laissent libre cours aux pires instincts humains.

Détruire les renards sous prétexte de régulation est le principal argument des chasseurs or on sait, depuis l’échec des tentatives d’éradication des renards dans le cadre de la lutte contre la rage  entre 1968 et 1998, que ces destructions sont un non-sens absurde, et totalement contre productif. A cette époque, les renards firent face à 30 ans de destructions massives en mettant en place une véritable stratégie de survie grâce à leur extraordinaire capacité d’adaptation.
C’est presque un système « d’auto-régulation » qui permet  au renard d’adapter sa reproduction à l’espace disponible; ainsi, chaque territoire laissé vacant par la mort de son occupant est rapidement occupé par un congénère.  Le renard ne peut ni pulluler, ni disparaître et un territoire donné ne peut accueillir qu’un nombre donné d’individus, pas plus, pas moins. C’est une résilience que Maître Goupil paie au prix fort…

Le monde de la chasse a bien compris que le goupil, qui ne peut pas facilement disparaître, est une aubaine qui permet de chasser tous les jours de l’année, même en dehors des périodes officielles de chasse.  Ainsi, au fil du temps, c’est une véritable économie de la destruction qui s’est mise en place: déterrés, broyés dans les mâchoires des pièges, « oubliés » dans les pièges-cage, lentement étranglés dans les collets, exécutés le jour, tirés de nuit après aveuglement au phare,  traqués pendant des heures  lors des pathétiques chasses à courre…

Rien ne lui est épargné et chaque année en France, entre 600 000  et 1 million de renards sont abattus.                                           

Les pouvoirs publics, eux aussi, ont bien compris l’intérêt du goupil et l’ont abandonné depuis bien longtemps en échange des faveurs électorales du puissant lobby cynégétique.

Le plus stupide est que cette violence quotidienne s’abat sur un animal dont le rôle est fondamental dans les écosystèmes et dont nous avons grandement  besoin. Grand régulateur des espèces invasives (lapins, rongeurs…) avec une prédilection pour les campagnols, le renard est un précieux allié de l’agriculture. D’autre part, en éliminant les animaux trop faibles, malades ou morts, il limite la propagation d’épidémies garantissant ainsi la bonne santé de notre faune sauvage.  Malheureusement pour le goupil, dans les animaux faibles, il y a les 21 millions d’animaux appelés poétiquement « animaux de tir »  lâchés chaque année pour le loisir  des chasseurs; ce sont des proies faciles, particulièrement inadaptées à la vie sauvage et dont la capture aisée demande beaucoup moins d’énergie que celle d’un  fringant campagnol…  Concurrence insupportable et inavouée pour le monde de la chasse !

Plusieurs de  nos voisins européens ont bien compris leur intérêt à protéger les renards; certains le font depuis des années voire des décennies, avec des résultats positifs sur le plan écologique et sanitaire. Des études récentes ont  même permis de découvrir l’impact positif de la présence des renards dans la maîtrise de la maladie de Lyme en pleine expansion.

Maître Goupil est devenu le symbole des accords nauséabonds entre politique et groupe de pression…

Combien sont-ils  les députés de l’important « groupe d’études chasse et territoires » de l’assemblée nationale, à se douter que, derrière leur signature apposée docilement en bas d’une page, se cache la barbarie et l’archaïsme d’un monde de la chasse vieillissant, cramponné à ses privilèges?

 Le renard est un animal fascinant par son intelligence, sa discrétion, sa résilience.
Espérons que le monde d’après  Covid  permettra à  Maître Goupil de retrouver  ses lettres de noblesse et à l’Homme un peu d’humanité…         

                                                    

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