Les 5 et 6 mars à Quimper et Brest, Benoît Thomé, président d’Animal Cross a donné un cours aux étudiants de droit intitulé : « La chasse en France : le récit d’un déni démocratique. » Une prise de parole inspirée du dernier livre d’Animal cross, ARTICLE 0 (1), l’occasion de montrer comment 1,3 % des Français impose ses règles au reste de la population, avec la complicité des institutions.
1.Les chasseurs ont des droits supérieurs aux autres citoyens.
- Droit des Associations communales de chasse agréée (ACCA) de chasser chez les particuliers, même s’il y a un droit de retrait (loi Verdeille puis arrêt Chassagnou),
- Financement exclusif d’une écocontribution pour les projets de biodiversité des chasseurs à hauteur de 10 € par permis de chasser (2) , non reconnu aux autres associations, et pour des projets parfois loufoques,
- Droit de bénéficier d’armes de chasse à vie, sans nécessairement le permis de chasser, à la différence du tir
sportif, - Exonérations fiscales comme l’exonération de la taxe sur le foncier non bâti(3 ) pour les zones humides, zones pourtant à protéger.
2.Les chasseurs ont des droits comparables sans les obligations correspondantes.
- Droit de rendre captifs les animaux dans les parcs de chasse sans leur reconnaître le statut d’animal
sauvage captif (4), - Droit de chasser sans payer les indemnisations agricoles, l’État versant 20 Mio € par an, alors que la Cour constitutionnelle a confirmé cette obligation (5) ,
- Droit de chasser en étant ivre, mais sans manifester d’ivresse manifeste (6 ), contrairement aux automobilistes,
- Droit de garder son permis de chasser sans visite médicale annuelle.
3.Il existe peu de contrôle ou de sanction.
- Baisse de 87% des infractions commises par les chasseurs entre 2019 et 2022 suite à la baisse des contrôles de l’OFB consécutive à la fusion ONCFS-AFB (7),
- Impossibilité de faire la part entre l’agrainage dissuasif et l’agrainage de nourrissage, ce qui permet aux chasseurs d’entretenir le “capital sanglier”,
- Impossibilité de contrôler les pièges tuants, pièges à collet, pièges à lacets, censés être sélectifs (8) mais qui capturent toute la petite faune et les chats,
- Manque de transparence dans les comptes alors que les fédérations de chasse exercent des missions de service public (9) et bénéficient de près de 90 Millions € par an de l’Etat.
4.L’administration des fédérations de chasse remplace l’administration publique.
Les préfectures consacrent 1,4 équivalent temps plein pour s’occuper de la chasse (10) alors que les fédérations de chasse disposent d’un grand nombre de salariés pour, par exemple, :
- rédiger les schémas départementaux de gestion cynégétique (11) , organisant la chasse dans les départements, que l’administration préfectorale est incapable de juger,
- gérer les Associations de chasse agréée (ACCA) ou décider du nombre d’animaux tués à la chasse ou le plan de chasse (150 à 200 emplois transférés depuis 2019),
- indemniser les dégâts agricoles.
5.Le lobbying empêche toute remise en cause.
Les groupes chasse et pêche à l’Assemblée nationale et au Sénat, comme l’administration, bloquent toute velléité de réforme. Le rapport du Sénat sur la sécurité à la chasse a enterré les demandes des porteurs de la pétition « Un jour un chasseur », la demande de formation décennale pratique des chasseurs n’a jamais vu le jour,
Les chasseurs sont présents dans la plupart des institutions où il est question de la nature, les associations de protection de la nature sont ultra-minoritaires dans de nombreuses instances comme le comité départemental décidant du sort des animaux susceptibles
d’occasionner des dégâts (12) , entraînant la condamnation à mort de centaines de milliers d’animaux.
5.Les raisons d’y croire
Si le présent est sombre, l’avenir l’est moins. La directive Oiseaux permet d’interdire les méthodes de chasse traditionnelles comme la chasse à la glu. Le nombre de chasseurs baisse régulièrement (963 000 en 2021, deux fois plus il y a 30 ans), la population ne comprend plus les revendications exagérées du monde de la chasse. La liste Alliance rurale a fait un mauvais score aux élections européennes.
1 Disponible à l’achat sur le site animal-cross.org
2 article 13, 8° de la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019
3 article 1395 D du CGI
4 Voir livre « Article 0 » de l’association Animal Cross, p72 et p24
5 QPC, 2021-963
6 Comparer l’article L234-1, Code de la route et l’article R. 428-8 du code de l’Environnement
7 Rapport du Sénat sur l’OFB sept 2024
8 Article R427-17 code de l’Environnement
9 Rapport de la Cour des comptes, 2023
10 Rapport de la Cour des comptes, 2023
11 Article L425-1 du code de l' Environnement
18,90€ TTC
En savoir plus sur la chasse :
Chasse et déclin de la biodiversité : une pression insoutenable sur la faune sauvage en France
En France, la chasse s’exerce sur un nombre particulièrement élevé d’espèces animales, alors même que la biodiversité connaît un déclin massif et documenté. Si la destruction des habitats, l’agriculture intensive et la pollution figurent parmi les principales causes...
2025 : une année décisive au service du vivant
En 2025, Animal Cross a renforcé son engagement pour la protection du vivant à travers des actions juridiques, des campagnes de sensibilisation, des mobilisations citoyennes et des sauvetages. L'association s'est également affirmée comme un acteur de référence sur des...
Consultation : dans le 65, un projet d’arrêté préfectoral à charge pour le sanglier
Le projet d’arrêté préfectoral soumis pour l’année 2026 pour le département 65 a pour objectif de « fixer le cadre de l’organisation des mesures administratives au sanglier » : c’est-à-dire d’autoriser, sous certaines conditions, des interventions, notamment par tir,...
Consultation publique : un nouvel arrêté qui pourrait signer le déclin du loup
Nous y sommes, après que la France ait souscrit successivement au déclassement du statut de protection du loup auprès de la convention de Berne puis de la directive européenne « Habitats » (lien), le ministère dit de l’Ecologie a transposé cette régression dans la loi...
Le chevreuil : destructeur de forêts ou victime d’idées reçues ?
Depuis plusieurs années, le chevreuil est accusé de porter atteinte à la régénération naturelle des forêts françaises. On l’accuse de broutage excessif, de destruction de jeunes pousses, de menacer la biodiversité. Mais qu’en est-il vraiment ? Et si cette image de...
Ongulés sauvages : quand la chasse dérègle la nature
Cerfs, chevreuils, sangliers, mouflons, chamois… Les ongulés sauvages occupent une place essentielle dans nos écosystèmes forestiers et montagnards. Pourtant, ils sont les principales cibles de la chasse en France : plus de 1,5 million d’entre eux sont abattus chaque...
Munitions au plomb : une catastrophe sanitaire
Impacts sur l’environnement, la faune sauvage et la santé humaine, cadre réglementaire et alternatives. La grenaille utilisée pour la chasse dans les zones terrestres contient du plomb. Bien qu’interdite dans les zones humides, la dispersion passée et actuelle de...
Halte au « choc de régulation » : classer les cervidés en ESOD, et puis quoi encore ?
Une solution extrême pour un problème non scientifiquement démontré Un rapport conjoint des inspections générales (CGAAER et IGEDD) , qui a pour objectif d'évaluer la mise en œuvre du contrat État - Office national des forêts (ONF) 2021-2025 et de proposer des...
Accidents de chasse 2024-2025 et drames liés aux armes à domicile : un danger sous-estimé
Chasse : l’Office français de la biodiversité alerte sur trois années de hausse des accidents Le Bilan des accidents et incidents de chasse pour la saison 2024-2025, établi par la Direction de la Police et du Permis de Chasser (DPPC) du Réseau National Sécurité à la...
Indemnisation des dégâts de gibier : un prétexte pour justifier la chasse ?
En lisant les journaux ou en écoutant les syndicats agricoles et les responsables politiques, on pourrait croire que les dégâts causés par les grands ongulés à l’agriculture (cultures, prairies, vignes) sont immenses. Pourtant, ce n’est pas le cas. La grogne des...











