Après l’épizootie d’influenza aviaire de 2020-2021, c’était promis juré, on savait ce qu’il fallait faire et on saurait endiguer cette nouvelle maladie contagieuse.

Les scientifiques occidentaux étudient chaque année les pathologies des oiseaux migrateurs  et, dès l’apparition de nouveaux virus de grippe aviaire, tout le monde est sur le pont. Le ministère de l’agriculture a rapidement pris des mesures dès septembre 2021  pour canaliser la contamination de grippe aviaire. Les décisions de biosécurité  prises devaient être radicales : les palmipèdes devaient être cloîtrés à l’intérieur du bâtiment en cas de passage à un niveau de risque élevé,  et en cas de détection de grippe aviaire, on n’ irait pas par 4 chemins et on ferait un vaste vide sanitaire consistant non seulement à éliminer les animaux morts mais aussi tous les animaux vivants du même élevage et des élevages environnants. Ainsi claustration des animaux, abattage par dizaine de milliers  et mesures de prévention dans les élevages devaient assurer la réussite de l’opération.

La France connaît la pire vague d’épizootie de grippe aviaire des 15 dernières années

 

6 mois plus tard, la France connaît sans doute la pire vague d’épizootie de grippe aviaire des 15 dernières années.  À la date du 24 mars 2022, on compte 1006 foyers d’influenza aviaire hautement pathogènes (IAHP) en élevage pour sans doute une dizaine de millions de volailles abattues.

Au-delà de la mort de tous ces animaux, on est aussi obligé alors de s’interroger sur l’organisation de cette filière qui fait peser chaque année un risque à tous les êtres humains puisque le virus aviaire peut, selon le type de virus, être transmissible à l’homme.

Le rapport de l’autorité sanitaire de l’ANSES sur l’épisode de 2020-2021 dresse un bilan accablant pour l’ensemble de la filière de production de volaille et spécifiquement la filière du Sud-Ouest. En effet, s’il semble avéré que la première contamination a été le fait d’animaux sauvages à l’automne 2020, les animaux migrant vers le Sud,  il est clair que la diffusion du virus est à rechercher parmi les causes humaines selon ce même rapport.

La contamination de volailles d’élevage se produit en premier lieu lorsque les animaux sauvages, essentiellement les anatidés, c’est-à-dire des oies et des canards,  s’arrêtent dans les « parcours » (les champs) des élevages. Leurs fientes contaminent leurs congénères d’élevage, notamment parce que le virus de la grippe aviaire est très résistant à l’extérieur. Ensuite il y a un enchaînement de facteurs et de causes, différents selon les cas  de contamination examinés par l’Anses , mais qui tous sont causées par l’activité humaine. L’Anses recense :

  • la concentration d’élevages sur des superficies réduites comme dans le Sud-Ouest ;
  • le trop grand nombre de canards à l’extérieur, surtout dans le Sud-Ouest, profitant de la possibilité de ne pas claustrer les exploitations de moins de 3200 canards ;
  • le va-et-vient des véhicules de transport d’aliments, le déplacement les éleveurs et employés agricoles d’ une exploitation à l’autre ;
  • l’intervention dans les exploitations des vaccinateurs et des abatteurs ;
  • la diffusion par voie aérienne des agents pathogènes à plusieurs centaines de mètres autour de l’exploitation d’origine. À ce sujet, on se rend compte que les fermes de gavage, quand elles sont contaminées, sont comme des bombes à contamination pour toute la nature sauvage alentours ;
  • la localisation des élevages de canards dans le couloir de migration Manche-Atlantique, là où il y a le plus de contaminations ;
  • la division des exploitations entre les naisseurs, les éleveurs d’animaux dit prêts à gaver, les gaveurs, et la circulation intense des animaux entre ces types d’exploitation, cycle qualifié de cycle long, par rapport au cycle court dit aussi autarcique où les animaux naissent, sont élevés et gavés sur place. Le circuit dit long s’est considérablement développé sur les dernières décennies (voir les propos du responsable de Confédération paysanne 64). Les éleveurs ont augmenté la taille des élevages, augmentant du même coup le potentiel de contamination en cas de virus dans l’élevage.

Le rapport 2001 2021 de l’Anses concluait à la nécessité d’un abattage préventif des canards près des foyers contaminés et une claustration stricte de tous les élevages.

Les mesures mises en place montrent une totale inefficacité

 

Les mesures mises en place dès septembre 2021 suite à l’apparition des premiers signes de grippe aviaire, bien qu’inspirées par ces recommandations, montrent une totale inefficacité. En effet 6 mois plus tard, il faut déplorer 10 millions de canards abattus. L’épidémie  continue sa course folle avec une diffusion très forte dans le Grand Ouest, c’est à dire la Vendée, deuxième plus grande région de production. Or, suite à l’influenza de 2016-2017, la Vendée avait conçu d’immenses bâtiments et avait privilégié un mode de production fondée sur la claustration des animaux. En mars 2022,  alors que les animaux n’ont pas quitté les bâtiments depuis l’automne pour certains  élevages, la Vendée est touchée de plein fouet  par le virus, montrant bien la responsabilité humaine dans la diffusion de la pandémie.

L’espoir aujourd’hui des éleveurs est placé dans la vaccination pour les années suivantes mais le recours aux vaccins, efficace, ne fait pas l’unanimité.

La multiplication des épidémies depuis plusieurs années en 2006, 2015-2016, 2016-2017, 2020-2021, 2021-2022 , et l’épizootie actuelle, montrent l’incapacité totale des autorités et de la filière à contrôler l’épidémie.

Le virus de la grippe aviaire peut, dans certains cas, se transmettre à l’homme

 

Or, le virus aviaire peut, dans certains cas, se transmettre à l’homme. Le dernier virus n’est pas transmissible à l’homme. Mais ce n’est pas vrai de tous les virus. Selon Santé Publique France, quand les contaminations humaines se produisent, « les cas humains sont principalement des cas primaires, suite à une exposition à des oiseaux infectés ou à un environnement contaminé. La transmission interhumaine est rare, généralement limitée à une transmission entre un cas primaire et un membre de son entourage ou un personnel soignant. Aucun des virus influenza aviaires ou porcins à potentiel zoonotique qui circulent à l’heure actuelle n’est capable d’initier une transmission interhumaine soutenue. Néanmoins, les capacités élevées de mutation et de réassortiment des virus influenza n’excluent pas l’émergence d’un virus capable d’être transmis efficacement d’homme à homme, ce qui pourrait être à l’origine d’une pandémie grippale. » Et l’Institut Pasteur de rajouter à propos du virus H5N1 : » A l’heure actuelle, la transmission du virus ne se fait que de l’animal à l’homme, mais les autorités sanitaires redoutent une évolution du virus vers une forme transmissible d’homme à homme, porte ouverte à une pandémie ».

Gavage en cages collectives – Copyright L214

Le gavage des canards est un acte d’une très grande cruauté qui devrait suffire à demander la fin de ces élevages barbares. 2 fois par jour, pendant une dizaine de jours, les canards (ou les oies) sont gavés  à l’aide d’une pompe hydraulique qui,  placée via un embuc au fond de l’oesophage, injecte une pâté de maïs, provoquant, entre autres,  asphyxie, problèmes cardiaques et problèmes digestifs.

Si les arguments sur la souffrance animale ne suffisent pas, alors il faudrait se pencher sérieusement sur le risque que la filière foie gras fait peser aux êtres humains.  Frappée par la pandémie du Covid 19, notre société ne peut pas prétendre que ce type d’événements ne peut pas arriver, ni se reproduire.  Si un virus transmissible à l’homme apparaissait dans les oiseaux migrateurs, nous n’aurions aucune possibilité de l’arrêter.

La facilité avec laquelle on abat des animaux par millions, alors que la plupart ne sont pas malades, montre aussi à quel point la vie animale n’a aucune valeur pour les autorités publiques.

 

 

 

Il est temps de concevoir ensemble santé humaine et santé animale

Il serait temps  d’entreprendre une réflexion globale dite One health, c’est à dire tenant compte du lien entre santé humaine, santé animale en relation avec les écosystèmes. Manifestement, nous continuons de voir les phénomènes de manière séparée. L’épizootie aviaire est analysée surtout comme un problème pour la filière d’élevage et non comme une menace pour la santé humaine.

L’association Animal Cross appelle à la fermeture définitive des élevages de foie gras qui sont responsables d’actes de cruauté sur les animaux et font peser une menace toujours grandissante et sous-estimée sur la santé humaine.

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