Le terme zoonose désigne toute maladie ou infection qui se transmet naturellement des animaux vertébrés à l’homme et vice-versa. De nombreuses études et articles scientifiques s’intéressent aux maladies animales qui peuvent infecter l’homme. Mais très peu aux maladies humaines qui peuvent infecter l’animal.
La vision humaine anthropocentrée du monde restant prédominante, nous sommes face à un véritable manque de considération pour ce sujet de la part de la société et des médecins en particulier.

De quand datent ces maladies ?

Nous ne pouvons pas affirmer scientifiquement qui est l’hôte d’origine des pathologies entre les animaux et l’homme. Par contre, on connait les causes de l’apparition de ces maladies : la domestication et l’élevage des animaux. Les épidémies sont, quant à elles, dues au manque d’hygiène et de sécurité sanitaire, ce qui est essentiellement de la responsabilité de l’homme.
D’ailleurs, l’ancêtre du Mycobacterium bovis (agent de la tuberculose bovine) a initialement été transmis aux bovidés par l’homme. Témoin de l’ancienneté de cette maladie, un australopithèque, dont le squelette est vieux de plus de deux millions d’années, était déjà atteint d’une déformation vertébrale brucellique.
Ce cas est-il isolé ? Pas vraiment. Intéressons-nous aux modèles possibles de contamination de la faune sauvage.

Les modes de transmission

A priori non pathogènes, en tous cas par des mécanismes connus, « apprivoisés » par une espèce, les bactéries et les virus peuvent se révéler très dangereux pour une autre espèce.
C’est par ce mécanisme que les humains ont ainsi très vraisemblablement été à l’origine de maladies ayant décimé localement des espèces animales, notamment certains groupes de singes.

Une transmission directe de l’homme vers l’animal

Nous avons le cas du chimpanzé. Plusieurs éclosions de maladies respiratoires transmises par l’homme ont été signalées chez des chimpanzés sauvages. Une analyse sérologique a montré que c’est bien l’homme qui en était l’origine. L’hépatite A, qui a pour réservoir l’humain, est transmissible de l’homme au singe. La contamination peut se faire par contact indirect via les aliments, la boisson ou du matériel. Il en est de même des gorilles des montagnes, sévèrement touchés par les virus et maladies apportées par les touristes.
Plus près de chez nous, les virus grippaux Influenza, tels H1N1 apparu en 2009 chez le porc, peuvent faire des allers/retours de contamination entre l’homme et le porc, ce dernier constituant un terrain favorable de réassortiment, c’est-à-dire en final d’hybridation et de création de nouveaux virus.
Chez le porc, en France, des anticorps correspondant à des souches humaines de virus grippal sont souvent mis en évidence. Du fait de la proximité génétique du porc et du sanglier, on ne peut exclure qu’il y ait une possibilité de contamination du sanglier par l’homme, pour les sous-types H1N1, H2N2 et H3N2.
Ainsi, les deux derniers virus pandémiques du 20ème siècle, H2N2 (grippe asiatique) et H3N2 (grippe de Hong-Kong) sont issus chacun d’un réassortiment chez le porc entre le précèdent virus pandémique (virus humain) et un virus aviaire. Là encore, on ne peut exclure que des mécanismes similaires voient le jour chez le sanglier.

D’une façon générale, les espèces qui partagent l’environnement humain jouent un rôle important, car elles sont les premiers maillons d’une chaîne de transmission. La contamination par les salmonelles et d’autres en sont l’illustration (comme le renard).
A l’heure actuelle, les autorités sanitaires redoutent une évolution des virus de souche originelle H1N1, car s’ils mutent vers une forme transmissible d’homme à homme, ce sera la porte ouverte à une nouvelle pandémie meurtrière.

Une transmission indirecte par les animaux domestiques

La leptospirose est considérée comme un problème majeur de sante publique au plan mondial. Les leptospires (bactéries) sont hébergés par des animaux sauvages, surtout des rongeurs. La plupart des mammifères, qu’ils soient sauvages (cervidés, lagomorphes, etc.) ou domestiques (bovins, ovins, caprins, équidés, porcins, carnivores), peuvent être infectés. La contamination se fait essentiellement par l’eau (rivières, lacs, étangs, eaux souillées, boues, maladie vésiculeuse des Suidés, encéphalomyocardite, etc…) et peut directement ou indirectement affecter la faune sauvage.

Des déchets pharmaceutiques humains qui réduisent l’immuno-résistance de la faune sauvage

Non content de transmettre des maladies, l’homme réduit aussi l’immuno-résistance de la faune sauvage en polluant l’environnement d’antibiotiques. On parle même de médicamentation des écosystèmes. En particulier, l’aquaculture, les systèmes d’assainissement et l’épandage de fumier d’animaux d’élevage sont des voies majeures par lesquelles les antibiotiques et les bactéries résistantes peuvent contaminer les milieux aquatiques. Les animaux sauvages, exposés par ingestion d’eau contaminée, deviennent eux-mêmes des réservoirs où s’opère une dynamique incontrôlée de
bactéries, et transmettent de nouvelles maladies au sein et hors de leur espèce.
D’une façon générale, on a pu mettre en évidence que les résidus pharmaceutiques induisent des changements physiologiques et comportementaux. Ils ont également des effets sur la reproduction, et accroissent la mortalité de la faune.

En synthèse, l’homme pollue et contamine la nature

Le simple fait qu’un humain malade crache, urine ou défèque dans la nature peut contaminer la faune sauvage. L’activité agricole n’est pas en reste, puisqu’elle déverse des tonnes de lisier d’animaux qui sont soit malades, soit gavés d’antibiotiques. Ces dernier pouvant directement contaminer les animaux sauvages… Et n’oublions pas l’activité industrielle humaine qui dévaste de façon déraisonnée notre environnement et par conséquent l’habitat des animaux.
L’homme a ainsi créé un système morbide bactériologiquement dangereux.

 

Proposition d’un schéma de santé raisonnable

Comment enrayer les zoonoses ?

L’animal, par nature, sait se soigner et se réguler à l’état sauvage. C’est son asservissement prolongé qui a dégénéré son immunité. Mais si l’homme le respectait de nouveau et lui accordait la dignité à laquelle il a droit et des espaces de vie vierge de toute présence humaine, ainsi l’équilibre homme-animal-environnement pourrait être retrouvé. La preuve en a été faite à Tchernobyl, où cette zone d’exclusion est en train de devenir une véritable réserve naturelle qui abrite une abondante population de mammifères et où la végétation a repris ses droits.
Laissons à la nature et à ses hôtes, les animaux, des espaces de vie sains.
Concernant les animaux de ferme, établissons des chartes d’élevage raisonné, dans lesquels le bien-être et la dignité de l’animal sont respectés ainsi que l’environnement.
L’homme se considère comme tout puissant, mais sans le respect des êtres et de la vie qui l’entourent, il n’est rien. Et les maladies, telles des systèmes biologiques de défense efficace, peuvent l’affaiblir gravement, voire l’éradiquer.

Notre demande :

L’ANSES recommande, lors des interactions entre animaux domestiques et faune sauvage, par exemple à l’occasion de la résurgence de cas de brucellose dans le Bargy, « une ségrégation spatiale des espèces domestiques et sauvages », ce qui tombe sous le sens.
De la même façon, pour protéger notre patrimoine faunique des activités humaines, directes ou indirectes, il est impératif d’instaurer de véritables sanctuaires pour ces animaux, de renforcer la réglementation des parcs nationaux, des réserves nationales de faune, et de la faire respecter.

Sources :
• Haddad N. et al. Les zoonoses infectieuses, Polycopié des Unités de maladies contagieuses
des Ecoles vétérinaires françaises, Merial (Lyon), juin 2018, 211 p.
• Thèse : « Prophylaxie de la brucellose humaine : vers une vaccination ciblée de la faune
sauvage ? Étude du cas des bouquetins du massif du Bargy « , Matthieu Jouan,
UNIVERSITÉ GRENOBLE ALPES, 2016
• « Epidemiological study of zoonoses derived from humans in captive chimpanzees »,
Takanori Kooriyama, Michiko Okamoto, Tomoyuki Yoshida , …, 2012
• « Medicating the environment: assessing risks of pharmaceuticals to wildlife and
ecosystems », Kathryn E. Arnold, A. Ross Brown, Gerald T. Ankley, John P. Sumpter, 2014
• « Microbial pollution in wildlife: Linking agricultural manuringand bacterial antibiotic resistance in
red-billed choughs », Guillermo Blanco, Jesus A. Lemus, Javier Grande, 2009,
• « Mesures de maîtrise de la brucellose chez les bouquetins du Bargy », Avis de l’Anses, 2015
• « Histoire de la tuberculose animale : données écrites et traces archéologiques. Contribution de
la paléopathologie animale à l’histoire de la tuberculose » auteur Yves LIGNEREUX et Joris
PETERS
• http://oatao.univ-toulouse.fr/4577/1/canini_4577.pdf

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