Un ours sérieusement handicapé à une patte arrière a été filmé la semaine dernière sur le versant espagnol des Pyrénées, en Val d’Aran.

La survie de cet ours pourrait être mise en jeu sans un rétablissement rapide, au vu de sa difficulté actuelle à se déplacer.

Bien que les autorités des  deux pays se disent mobilisées pour suivre cet animal de près, il n’existe malheureusement encore aucun protocole permettant de traiter le cas d’un ours adulte en difficulté, malgré nos demandes répétées depuis maintenant de nombreuses années. Ce cas de figure peut en effet nécessiter une capture pour assurer la survie ou le rétablissement du spécimen affecté.

Rappelons aussi qu’un ours avec des difficultés motrices importantes peut devenir plus prédateur de brebis, ayant des difficulté à chercher sa nourriture, comme ce fut le cas de Papillon en 2004, avant sa mort. Ceci abonderait également dans le sens d’appliquer un protocole ours en difficulté.

Faute de se soucier de la conservation du plantigrade, l’Etat a semblé plus motivé, ces dernières années, par le déploiement d’un arsenal « répressif » à l’encontre de cette espèce protégée.

Cette situation amène plusieurs interrogations et remarques :

  • L’ours concerné serait Néré, selon les autorités catalanes. Une identification génétique s’avèrera indispensable pour en être sûr.
  • Les autorités des deux pays évoquent une cause naturelle, notamment l’âge avancé de cet individu, 25 ans.

Cependant, ce dernier était encore capable d’effectuer des déplacements de l’ordre de 100 km l’année dernière, depuis le Béarn : pourquoi une dégradation si rapide ?

  • Une cause naturelle (combats entre mâles) avait été évoquée pour l’ours Goiat, également blessé à une patte en 2021, assez rapidement rétabli ensuite. En l’absence d’examen vétérinaire, toutes les causes sont en fait possibles concernant ces blessures à répétition, y compris des causes d’origine humaine. Rappelons que les autorités du Val d’Aran avaient mis en avant une bagarre entre mâles pour expliquer la mort de l’Ours Cachou en 2020, dans le même secteur, animal qui avait en fait été volontairement empoisonné.
  • Néré, comme Goiat, est un des rares spécimens génétiquement intéressant pour la population ursine pyrénéenne, dont le caractère consanguin pourrait devenir rapidement problématique suite au refus de l’Etat français de réintroduire de nouveaux individus. Le sort de cet ours dans les jours qui viennent devra donc être suivi avec grande attention.
  • Une intervention devrait être préparée au niveau franco-espagnol afin de se tenir prêts éventuellement à l’anesthésier, l’examiner et le soigner. Les autorités catalanes ont su capturer Goiat ou Cachou pour leur mettre un collier émetteur, cela devrait être plus facile que de venir au secours de cet ours, peu mobile.

 

Malgré les obligations légales des états abritant la population d’ours des Pyrénées, la protection et la conservation du plantigrade, au coeur de plans ours restant de papier, semblent à la dérive depuis plusieurs années : les ours doivent se débrouiller seuls pour restaurer la viabilité d’une population mise à mal, le plus souvent pour le pire.

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