Le foie gras est présenté comme un met d’exception. Mais sa fabrication repose sur une pratique barbare que beaucoup ignorent encore : le gavage. Une méthode qui engendre une souffrance animale qui est, d’ailleurs, interdite dans la grande majorité des pays européens.
Ce que dit la réalité
- 22,8 millions de canards et 78 000 oies ont été gavés en France en 2024 (1).
- Seuls les mâles sont utilisés : les femelles sont massacrées à la naissance par broyage ou gazage.
- 60 à 90 % des canards sont élevés en cages de batterie leur blessant les pattes et les rendant incapables de se lever ou d’étendre leurs ailes. Leur univers ? Une cage métallique et l’attente…
- Puis vient le gavage : pendant 12 jours, un tube métallique de 25 cm leur est enfoncé de force dans l’œsophage 2 à 3 fois par jour pour ingérer une quantité de nourriture équivalente à 6 fois leur ration normale. Au moment du gavage, une grille aplatit et compresse les animaux au fond de la cage pour entraver leurs mouvements. Imaginez leurs souffrances… Pas d’échappatoire possible.
- Pour donner une idée : un canard ingère 800 g de maïs par jour, soit l’équivalent de 10 kg d’aliments quotidiens pour un humain de 70 kg. Beaucoup agonise pendant et après le gavage.
- Leur foie atteint 10 fois sa taille : c’est une maladie, la stéatose hépatique. Et le supplice ne s’arrête pas là : diarrhées, halètements, difficultés à respirer, incapacité à se déplacer normalement…
- La mortalité en période de gavage est 10 à 20 fois plus élevée qu’en élevage normal (2).
Un abattoir en guise de réveillon
Après une douzaine de jours de gavage, les oiseaux sont envoyés à l’abattoir. Étourdis par électronarcose, ils devraient perdre conscience avant d’être saignés… mais il est fréquent qu’ils se réveillent pendant la procédure. Leur vie s’achève dans le bruit, le métal, la précipitation.
Un laisser passer français pour torturer, au nom de la gastronomie et de la tradition
La directive européenne de 1998 interdit tout mode d’alimentation causant souffrance ou dommage à l’animal. Le gavage est donc contraire à l’esprit du texte… et c’est pourquoi il est interdit dans la majorité des pays de l’UE. La France fait partie des rares exceptions au nom de la tradition gastronomique.
Le rapport du Comité scientifique de la Commission Européenne de la santé et du bien-être des animaux, démontre que la “stéatose hépatique” créée par le gavage est une maladie grave, dont le niveau atteint en fin de gavage serait mortel si la procédure durait ne serait-ce que quelques jours de plus.
Les scientifiques y décrivent un procédé causant souffrance, blessures et défaillance organique, concluant que le gavage, tel qu’il est pratiqué, compromet gravement le bien-être animal (3).
Cette conclusion est confirmée par le rapport du Pr. Broom et du Dr. Irene Rochlitz de l’Université de Cambridge de 2015 intitulé « Le Bien-être des canards pendant la production de foie gras » (4).
Des risques qui nous concernent aussi
Selon l’ANSES et l’Institut Pasteur, les élevages intensifs de canards sont un facteur majeur de propagation et de mutation de la grippe aviaire.
Plus le virus circule, plus le risque de transmission à l’humain augmente.
Des alternatives existent
Les alternatives végétales au foie gras, “faux gras”, terrines végétales, pâtés gastronomiques, se multiplient. Savoureuses, festives, créatives, elles permettent de conserver le plaisir des fêtes… sans cautionner la souffrance.
Comment éviter le foie gras… sans gâcher la fête !
Si vous aussi, vous refusez de cautionner cette souffrance intolérable, voici quelques répliques pour avoir de la répartie et éviter les débat sans fin avec l’oncle casse-pied.
La réponse diplomatique
“Oh non merci, je me garde une place pour la suite… et vu ce que Mamie a prévu, je préfère assurer ma survie.”
La réponse informée mais tranquille
“Je passe mon tour. J’ai appris comment c’était fabriqué et comment les animaux souffrent horriblement, ça m’a coupé l’appétit.”
La réponse pour désamorcer l’ambiance
“On m’a dit que le Père Noël donnait des points bonus à ceux qui choisissent la version vegan et moi je veux plus de cadeaux.”
La réponse complotiste (gentille, évidemment)
“Non merci… On ne me fera pas croire qu’un foie 10 fois trop gros, c’est naturel. On me la fait pas, moi !”
La réponse “experte santé”
“Oh non, j’évite les foies malades… Le mien a déjà assez de boulot avec les repas de famille.”
La réponse “zen”
“Non merci, je suis dans une phase où je ne mange rien qui ait vécu une expérience traumatisante. Donc adieu foie gras, bonjour sérénité.”
La réponse “Star Wars”
“Sans moi ! Je suis passé du côté lumineux de la force : celui des terrines végétales. Y a moins de souffrance et plus de goût !”
La réponse cinéma
“J’ai vu trop de documentaires sur le sujet. Franchement, même Tarantino tournerait pas un truc aussi violent.”
Sources :
- Agreste, 2024. Statistique agricole annuelle (SAA) 2024, données provisoires, 62 p. (p. 24).
- Rapport de 1998 du Comité Scientifique vétérinaire mandaté par la commission européenne
- Scientific Committee on Animal Health and Animal Welfare, « Welfare Aspects of the Production of Foie Gras in Ducks and Geese », adopté le 16 décembre 1998. Le texte complet de ce rapport était disponible sur le site de l’Union européenne. On peut le consulter sur une archive en ligne (en anglais).
La LFDA en propose une analyse critique (en français) sur son site. - Broom D. M., Rochlitz I., 2015. « Le Bien-être des canards pendant la production de foie gras ».
Une version de ce rapport a été publiée en 2017 : « The Welfare of Ducks During Foie Gras Production », Animal Welfare vol. 26 no 2, p. 135-149.
Crédit photo : L214

