La crise du Covid-19, qui éprouve fortement les humains que nous sommes, semble avoir évacué les problématiques environnementales. Oui bien sûr, nous voulons sauver notre peau. Certes. Mais la crise du Covid-19, tout comme d’autres épidémies (sida, Ebola, SRAS, etc.), est fortement liée à la problématique actuelle de la biodiversité et du climat.

 

Une origine animale, mais une action humaine anormale

Le virus du Covid-19 est né d’animaux. Il serait issu d’une recombinaison entre deux virus différents : l’un proche de celui de la chauve-souris et l’autre du pangolin (1). Plus précisément, il est probablement passé des animaux aux humains sur un marché d’animaux vivants à Wuhan, en Chine.

Les réservoirs de ces pathogènes sont des animaux sauvages habituellement cantonnés aux milieux dans lesquels l’espèce humaine est quasiment absente ou en petites populations isolées. Du fait de la destruction des forêts, les villageois installés en lisière de déboisement chassent et envoient de la viande contaminée vers des grandes villes (2)

Pour le chercheur en microbiologie et spécialiste de la transmission des agents infectieux Jean-François Guégan, la pandémie actuelle est « un boomerang qui nous revient dans la figure ». Modification des habitats naturels d’un côté, consommation de viande et de produits d’animaux sauvages de l’autre, massification du transport mondial…, les origines de la propagation du coronavirus sont liées à notre modèle économique et « n’ont rien à voir avec des causes strictement sanitaires », dixit le spécialiste (3).

Une chute de la biodiversité qui favorise le contact et la transmission

« Le monde sauvage se fait envahir par l’animal domestique ou par des vecteurs qui apprécient les humains comme les moustiques, transporteurs de la dengue, de zika ou chikungunya. Les liens s’intensifient entre le monde sauvage et le monde domestique » explique Serge Morand, chercheur CNRS-Cirad, Ecologue de la santé et parasitologiste de terrain dans le journal Marianne. D’autres chercheurs ont montré que cette destruction de l’habitat du monde sauvage augmente le risque infectieux. Ils estiment qu’environ 20% du risque de paludisme dans les lieux de forte déforestation est dû au commerce international des produits d’exportation impliqués dans la déforestation, tels que le bois, le tabac, le cacao, le café ou le coton (4). Et  lorsque la biodiversité chute, souvent à cause de la réduction de l’habitat sauvage, nous favorisons les contacts et la transmission.

« Un million d’espèces sont menacées d’extinction. Plus de 60% des animaux sauvages ont vu leurs populations régresser depuis les années 1970. Une épidémie passera donc plus facilement d’animaux en animaux, explique encore Serge Morand, surtout pour des microbes peu spécifiques et qui peuvent passer facilement d’un animal réservoir à un autre animal. De nombreux systèmes de régulation des pathogènes sont bouleversés. Nous avons moins de prédateurs importants tels que les lynx ou les loups qui contrôlent les populations de petits mammifères rongeurs, porteurs de microbes divers ou de tiques elles-mêmes vectrices. Ces prédateurs, en contrôlant l’abondance des rongeurs, réduisent la transmission des pathogènes. Les interactions des vivants perdent leur équilibre dynamique dans les écosystèmes perturbés et avec elle, la résilience des systèmes écologiques. Nous créons des « pathosystèmes ». L’homme détruit la résilience nécessaire à la nature et à notre santé. »

« Le problème n’est pas la chauve-souris, le problème est en amont : c’est la destruction des habitats naturels et le non-respect de leur biodiversité », précise de son côté Jean-François Guégan. Et cette cause profonde, on la retrouve d’une épidémie à l’autre : la croissance démographique de la population humaine a entraîné des modifications irréversibles sur les écosystèmes. « La recherche de nouvelles terres agricoles a provoqué ces dernières décennies une déforestation massive qui a bousculé les équilibres naturels, explique ce chercheur en poste à INRAE (Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), à Montpellier. Les humains se sont retrouvés exposés à des micro-organismes portés par des animaux qu’ils ne rencontraient pas auparavant, ou se sont mis à en consommer d’autres ou à utiliser certaines parties de leur corps comme avec les pangolins. Or c’est lors du passage d’un animal à des humains que ces micro-organismes deviennent pathogènes pour l’homme – plus par circonstances que par nécessité, ainsi que l’exprimait le professeur Charles Nicolle. Ce phénomène remonte au néolithique : chaque fois que l’homme a modifié les sols, a commencé à défricher les écosystèmes pour le développement de son agriculture, il s’est retrouvé exposé à de nouveaux micro-organismes qu’il n’avait jamais rencontrés auparavant. » (3)

Une interdiction du commerce et de la consommation d’animaux sauvages en Chine

Première décision positive suite à l’éruption du virus, les autorités chinoises ont décidé d’interdire à la fois le commerce et la consommation d’animaux sauvages. Une interdiction nécessaire tant pour des raisons de santé et que pour des raisons de conservation des espèces.

Ne soyons pourtant pas dupes. Il s’agit d’une tradition séculaire en Chine et le danger demeure avec un risque réel qu’il continue de façon souterraine au lieu de disparaître.

 

(1) https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/31869-Coronavirus-virus-aurait-origine-double

(2) https://theconversation.com/covid-19-ou-la-pandemie-dune-biodiversite-maltraitee-134712

(3) http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/2020/03/le-coronavirus-un-boomerang-qui-nous-revient-dans-la-figure-mediapart-22-mars-2020-par-jade-lindgaard-et-amelie-poinssot.html

(4) https://www.marianne.net/societe/coronavirus-la-disparition-du-monde-sauvage-facilite-les-epidemies?fbclid=IwAR3N-BSQW77flBkiGIj8osz-Hbrn5jqpIX6PeGdaAU4YAPxtKssLlYhQLGQ

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