Le monde de la chasse est depuis longtemps très bien organisé pour peser sur les lois, à travers des actions de
lobbying, mais aussi pour maintenir et tenter de renouveler sa base, aidé en cela par un marketing élaboré.

Le lobbying de la chasse

À l’Assemblée Nationale, plus de 140 députés de toutes couleurs politiques, soit quasiment un sur quatre, sont membres du groupe « Chasse et territoires », tandis qu’au Sénat, le groupe « Chasse et pêche » compte plus de 80 membres. Cet engouement reflète-t-il une réelle passion de nos hommes politiques pour la chasse ? Pas sûr, étant donné que seule une partie d’entre eux est réellement chasseur.
En revanche, nos politiques peuvent compter sur un électorat présenté comme plutôt docile, qui suit les directives de vote du puissant président de la Fédération Nationale des Chasseurs, Willy Schraen, comme cela a été rappelé dans une lettre ouverte à ses affiliés, juste avant les élections européennes de 2019.
Même si leur nombre effectif est probablement tombé sous la barre symbolique du million (« probablement » car ce nombre est bien gardé secret), les chasseurs représentent un réservoir électoral de plusieurs millions de voix. C’est ce qu’avait bien compris l’actuel président de la République en période de campagne présidentielle, ce qui l’a conduit à conclure un pacte avec les chasseurs dont nous constatons les termes depuis 2018 : réduction du prix du permis de chasser, autorisation d’utiliser un silencieux, défense des chasses traditionnelles, collier GPS sur chiens, etc.
Cette allégeance des députés et politiques aux chasseurs est particulièrement évidente dans les circonscriptions majoritairement rurales, où ceux-ci ont, pour encore combien de temps, le pouvoir de faire basculer le résultat d’une élection. C’est pourquoi ils négocient les conditions de leur appui, tout comme ce fut le cas au plus haut sommet de l’État.
Au plan local, ils noyautent tous les conseils régionaux, et en particulier les commissions « environnement », ce qui leur permet d’appuyer les projets de subventions aux fédérations et autres sociétés de chasse.
Comme le titrait malicieusement un quotidien : « Qui défend la chasse préserve sa place ! ».
Le plus emblématique lobbyiste de la chasse est Thierry Coste, grassement rétribué par la FNC, ayant eu pour trophée un ministre de l’Ecologie (Nicolas Hulot), mais il n’est pas seul dans ce rôle : les vendeurs d’armes, de munitions, de couteaux et de vêtements de chasse sont eux aussi à la manoeuvre, tout comme Willy Schraen, le président de la FNC, supposé « murmurer à l’oreille d’Emmanuel Macron ».

Autres axes de lobbying des chasseurs

De naïfs conservateurs d’espaces naturels, présidents d’associations de randonneurs, de vététistes, d’accompagnateurs en montagne, de rugby (oui oui de rugby), de skieurs, et autres trailers signent sans sourciller des conventions de partenariat avec les fédérations de chasseurs, qui donnent là encore l’impression à Paris que la France du sport en plein air est à fond aux côtés des chasseurs.
Ces tentatives de duperie ne nous feront pas oublier les 140 accidents et 20 morts annuels sur des vététistes (Montriond, Haute-Savoie, 2018), conducteurs de Quad (Bosc-Bérenger, Seine-Maritime, 2012), randonneurs (Revel, Haute-Garonne, 2015), joggeurs (Semnoz, Haute-Savoie, 2015), etc. …. Sans compter les centaines d’animaux domestiques qui ne font l’objet d’aucun inventaire, mais sont cependant chaque année blessés ou tués.
Les chasseurs font de leur présence tentaculaire dans de nombreux conseils d’administration un objet de fierté, comme indiqué dans le rapport d’activité 2017 de la FNC.
En effet fortement représentés au conseil d’administration de l’ONCFS, ils le sont aussi dans celui de l’OFB (Office français de la biodiversité) puisqu’ils représentent 10 % des membres du conseil d’administration. Il faut leur reconnaître la prouesse d’être entrés au conseil d’administration de l’UICN-France (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), mais aussi d’avoir créé la Fondation pour la Protection des Habitats de la Faune Sauvage, certainement pas pour défendre les espèces en danger. Ils sont présents dans tous les organismes qui touchent de près ou de loin la faune sauvage, comme les syndicats d’éleveurs, systématiquement bourreaux de la faune sauvage, auxquels ils s’associent pour bénéficier de l’écho médiatique donné à la cohabitation avec les grands prédateurs.
Et voici l’action ultime visant les nouvelles générations dans leur scolarité : depuis une dizaine d’années, les chasseurs interviennent sous prétexte de « découverte de la faune et de la nature » dans les écoles maternelles, élémentaires, collèges et lycées, pour y promouvoir leur loisir, et sont même parvenus, unique exemple en France, à faire de la chasse une option au baccalauréat de l’Institut Saint-Joseph à Limoux.

Les résultats

Les résultats sont éblouissants. On ne compte plus les interventions à l’Assemblée et amendements en faveur de la chasse. Si bien qu’à Paris, on peut avoir l’impression que le pays est peuplé et soutenu par les Nemrods. En avril 2018, les sénateurs ont totalement dénaturé le projet de loi organisant la fusion entre l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) et l’Agence Française de la Biodiversité. Les chasseurs ont obtenu :
– d’avoir au conseil d’administration de l’Office Français de la Biodiversité 10 % de chasseurs, s’ajoutant à ceux des organisations agricoles et forestières, elles-mêmes aussi pro-chasse,
– de voir la gestion des Réserves naturelles, et celle des Réserves nationales de la Chasse et de la Faune Sauvage, confiée aux chasseurs. Autant confier la surveillance de mes perruches à un matou,
– de voir l’extension de période de chasse des oiseaux migrateurs après la fermeture, devenir la règle (en contradiction avec la directive européenne pour les oiseaux).
– de se voir attribuer un fonds qui leur est réservé, par le prélèvement de 5 € sur chaque permis, ainsi que par le versement de 10 € supplémentaires d’argent public par permis soit 11 M€ qui viennent des poches des Français.

Un marketing au service de la souffrance

En appui au lobbying, le marketing.
Il était difficile d’échapper en 2018 à la campagne publicitaire « Chasseurs, premiers écologistes de France », même si, à Paris, la RATP a imposé le point d’interrogation, changeant ainsi le sens du slogan aux yeux des lecteurs vigilants.
Ces affiches, qui s’ajoutent à un film et à une bande-son diffusée par des centaines de radios, ont envahi le pays. Le génie des communicants de la FNC consiste désormais à utiliser le vocabulaire des Associations de Protection de la Nature, et à se présenter en sauveurs de la biodiversité. Même si cela fait sourire le public averti, il y a gros à parier que le message convainc le plus grand nombre.
Les chasseurs n’avaient-ils pas osé, voici quelques années, ce slogan de campagne : « Un monde sans chasse, c’est la nature qui se meurt ! » ?
Les moyens colossaux déployés par les fédérations départementales et nationales pour leur marketing ont été suffisamment soulignés par la Cour des Comptes pour que nous n’y revenions pas ici. Il suffit de voir la qualité éditoriale du rapport d’activité de la Fédération Nationale des Chasseurs pour s’en convaincre.
À côté des outils traditionnels d’information et de propagande que sont les magazines spécialisés (Planète chasse, Chasse magazine, Chien de chasse, Le chasseur français, etc., plusieurs dizaines de revues), la chasse dispose aussi de chaînes de télévision, telles que TV Chasse et Pêche (AB Groupe, devenu Mediawan Thematics), ou encore la chaîne Seasons, du groupe Canal+, qui totalise environ 200 000 abonnés, et 122 000 followers sur Facebook.

Les outils modernes

Ces dernières années ont vu apparaître de nombreuses Web TV, dont on peut supposer qu’elles bénéficient de la participation financière des acteurs économiques de la chasse (fédérations, vendeurs d’armes, etc.), telles que : FDC25 WebTV, FICIF Web TV, Chasse TV, Chasseur de France TV, et bien d’autres, qui inondent les réseaux sociaux de leurs images suggérant l’acte de chasse, mais n’en montrant pas le caractère atroce.
À côté de ces chaînes, nous avons encore Zone 300 qui est une plateforme VOD, appliquant le même principe que Netflix, et entièrement dédiée à la chasse.
Mais l’arme atomique de la chasse sur les réseaux sociaux s’appelle Johanna, Johanna dite Clermont, pseudo étudiante au minois fort engageant ; elle est « l’influenceuse » principale de la chasse, avec plus de 200 000 fans sur ses différents sites, et, arrivée à point nommé, elle participe activement à la modernisation de l’image du chasseur.
On l’a vue accompagnant Thierry Coste dans une émission TV de grande écoute, on la voit en action de chasse, une semaine en Pologne, une autre en Afrique du Sud, et la suivante en Ecosse, accompagnée d’un photographe et d’un cameraman. Égérie de nombreuses marques, elle présente avantageusement des fusils, munitions, couteaux, vêtements de chasse, véhicules, matériels divers …, toujours dans des poses très étudiées. Les produits sont exposés partout sur ses pages.
Elle alterne savamment les images de chasse avec les images personnelles, faisant ainsi entrer dans son univers ses admirateurs chasseurs en mal de compagnie féminine.
La force de cette communication réside dans le contraste entre les photos « glamour » et celles franchement « gores », où Johanna trône sur la biche fraîchement abattue, ou encore plonge ses blanches mains dans des entrailles encore fumantes.
Pour que l’acceptation de la chasse infuse dans toute la société, les produits à base de venaison se multiplient : les pâtés de Sanglier, de Chevreuil, de Faisan ou encore de Perdrix sont maintenant accessibles à tous. La filière de traitement et de distribution de viande d’animaux sauvages se structure lentement mais sûrement, avec un double objectif : constituer un apport financier au service des chasseurs et percoler dans toute la société, et ainsi transformer le loisir mortifère en une source de plaisir (ici gourmand) pour tous.
Les Associations de Protection de la Nature auraient beaucoup à apprendre des méthodes de lobbying et de marketing de la chasse, omnipotentes. Seule leur union permettra de bénéficier de la multiplicité des réseaux d’influence et des vecteurs de lobbying aujourd’hui réservés aux bourreaux de la faune sauvage.

Page Instagram de Johanna Clermont

Notre demande

Exiger des fédérations de chasse de publier leurs liens d’intérêt avec les élus, les scientifiques, les industriels, à l’image du « Sunshine act » mis en place pour l’industrie pharmaceutique.
Interdire les interventions des fédérations de chasse dans le cadre scolaire.

Print Friendly, PDF & Email
Partagez cette page !