Depuis plusieurs années, le chevreuil est accusé de porter atteinte à la régénération naturelle des forêts françaises. On l’accuse de broutage excessif, de destruction de jeunes pousses, de menacer la biodiversité. Mais qu’en est-il vraiment ? Et si cette image de destructeur de forêts masquait d’autres responsabilités ?
Un coupable bien pratique pour masquer une gestion forestière industrielle
Comme l’explique Annik Schnitzler, écologue spécialiste des forêts tempérées, « ce ne sont pas les chevreuils qui déboisent les forêts, ce sont les engins forestiers » [1]. Les plantations artificielles, en monoculture, fragiles et peu résilientes, sont davantage affectées par l’abroutissement que les forêts naturelles diversifiées.
La sylviculture intensive, la chasse, et la suppression des prédateurs naturels sont autant de facteurs qui créent un déséquilibre que l’on fait injustement porter au chevreuil [2].
Un rôle écologique bénéfique pour la forêt
Le chevreuil joue un rôle clé dans l’écosystème forestier. Il contribue à maintenir un certain équilibre végétal en limitant certaines espèces dominantes et en favorisant l’ouverture de clairières bénéfiques à d’autres espèces (oiseaux, insectes, petits mammifères) [3].
Contrairement aux idées reçues, sa présence n’empêche pas la régénération naturelle – au contraire, elle participe à la dynamique naturelle de la forêt lorsqu’elle est équilibrée [4].
La surpopulation de chevreuils : un mythe tenace
On parle souvent de surpopulation, mais dans la nature, les populations s’auto-régulent : ressources alimentaires, prédateurs, qualité de l’habitat sont autant de facteurs de contrôle [5].
La chasse, loin d’être une solution neutre, peut aggraver les déséquilibres en stimulant la reproduction ou en fragmentant les groupes sociaux [6].
Et si le vrai problème était notre modèle forestier ?
En réalité, le problème réside moins dans la présence du chevreuil que dans nos choix de gestion :
– Plantations artificielles sans diversité végétale [2]
– Disparition des prédateurs naturels (lynx, loup) [5]
– Recherche de rentabilité immédiate au détriment des cycles naturels [7]
Il est temps de cesser de faire du chevreuil un bouc émissaire et de repenser la place de la faune sauvage dans nos paysages forestiers.
Sources
- Annik Schnitzler. (2020). Intervention publique sur la faune et les forêts. Cité dans plusieurs articles et conférences sur les équilibres écologiques.
- ASPAS. (2022). Le mythe du gibier en surnombre. www.aspas-nature.org
- ONF. (2021). Rapport sur la régénération forestière. Office National des Forêts. www.onf.fr
- Société Française d’Écologie. (2020). Faune et forêts : des équilibres naturels. www.sfe-ecologie.org
- WWF France. (2020). Biodiversité forestière et faune sauvage. www.wwf.fr
- Petzold, H. (2022). Forest herbivory in Europe: A misunderstood role. In Ecological Studies Series.
- Ministère de la Transition Écologique. (2023). Rapport annuel sur la biodiversité forestière. www.ecologie.gouv.fr

