Le projet NACRE vise la construction d’une bioraffinerie de bioéthanol de deuxième génération (2G) sur la plateforme Induslacq, à Lacq (Pyrénées-Atlantiques). L’usine prévoit produire 30 000 tonnes par an de bioéthanol à partir de biomasses non alimentaires (Bois, rafles de maïs, miscanthus et bambou) (5).
Présenté comme un projet de « chimie verte » contribuant à la décarbonation des transports, il soulève pourtant de graves inquiétudes environnementales, forestières, hydriques et sanitaires, largement documentées par les services de l’État eux-mêmes (MRAe, DREAL, ARS, DDTM) (1–3,5).
Derrière ce discours de transition écologique se dessine un modèle de minage industriel de la biomasse, incompatible avec l’état actuel des forêts, de la biodiversité et des ressources en eau du territoire.
Une pression insoutenable sur des forêts déjà en crise
Les forêts assurent des fonctions écologiques essentielles : captation du carbone, régulation du cycle de l’eau, maintien de la biodiversité et des sols. Or, elles traversent une crise majeure : la mortalité des arbres a augmenté de 125 % en dix ans, tandis que la croissance nette des peuplements forestiers a chuté de 54 % (6).
Dans ce contexte déjà critique, le projet NACRE prévoit une consommation massive de biomasse :
- 150 000 tonnes de bois et pailles secs par an, correspondant à environ 220 000 à 250 000 tonnes d’arbres entiers (estimations faites par le collectif Forêts vivants, le tonnage n’étant pas mentionné dans le projet) (6).
- Un approvisionnement dans un rayon de 150 à 200 km autour de Lacq, impactant l’ensemble du Sud-Ouest et ses paysages forestiers (6,7).
- Une mise en concurrence directe avec les usages existants du bois (construction, chauffage, papeterie), dans un contexte de raréfaction structurelle de la ressource (6).
Le projet NACRE s’inscrit en outre dans une accumulation de projets industriels sur le bassin de Lacq (NACRE, E-CHO, Biochar), dont la consommation cumulée pourrait atteindre 600 000 tonnes de bois sec par an (6). Selon les analyses présentées en réunion publique, la ressource forestière projetée à l’horizon 2036 suffirait à peine à maintenir les activités existantes, faisant peser un risque réel de délocalisation et de hausse des prix pour les filières locales (6).
Pour diminuer la pression sur les forêt, le projet NACRE prévoit d’utiliser massivement le bambou et le miscanthus pour couvrir 59 % de ses besoins en biomasse d’ici 2034 (10). Cette transition est aussi problématique car elle mobiliserait des milliers d’hectares sans étude d’impact sur la biodiversité locale, risquant de concurrencer les terres destinées à l’alimentation humaine. De plus, le bambou exige une irrigation printanière importante (jusqu’à 1 400 m³/ha) et présente des risques d’invasivité nécessitant des mesures de confinement physique.
L’opinion publique contre ces projets industriels :
Une grand majorité de communes s’est positionnée contre le projet E-CHO. Par exemple, la commune de Billère (Pyrénées-Atlantiques) a voté une motion de protestation contre le projet E-CHO énergie, dénonçant son impact sur l’environnement et son absence de gain net pour la population locale (8). Plus largement, de nombreuses collectivités locales (CAPB, Billère, Cœur Haute Lande, Navarrenx et plusieurs dizaines de communes rurales) ont officiellement exprimé leur opposition à ces projets industriels.
source : https://foretsvivantes-pyrenees.fr/quen-pensent-les-elus/
Biodiversité, biotechnologies et santé publique : des risques minimisés
- L’absence de démonstration d’une raison impérative d’intérêt public majeur : Plusieurs espèces protégées sont présentes sur le site, notamment le Lotier hirsute et la Grenouille verte (3). De graves lacunes dans les inventaires de terrain ont été relevées conduisant à une sous-estimation des enjeux de biodiversité en minimisant la présences des deux espèces protégées.
En effet, les inventaires de terrain ont été réalisés en seulement deux jours, après débroussaillage du site, ce qui réduit fortement la capacité à détecter les espèces protégées ou leurs habitats.
Lorsque des projets portent atteinte à des espèces protégées ou à leurs habitats, le droit européen et le Code de l’environnement exigent la démonstration d’une raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM). Or le dossier NACRE ne démontre pas l’existence d’une telle raison (3) invoquant simplement des motifs de transition énergétique et de développement économique, ce qui n’est pas suffisant pour demander une dérogation environnementale (RIIPM). - Risque d’invasion biologique : La DREAL s’inquiète du transfert de terres pour déplacer les graines de Lotier, qui pourrait favoriser la dissémination d’espèces exotiques envahissantes comme l’Herbe de la pampa (3).
- Dangers biotechnologiques : Le procédé prévoit l’usage de levures et champignons OGM (dérivés de Trichoderma reesei) pour dégrader le bois, avec des conséquences imprévisibles en cas de fuite dans la nature (6).
- Santé des riverains : L’Agence Régionale de Santé (ARS) souligne la sensibilité du projet aux émissions de poussières fines (PM2,5) et de composés organiques volatils (COV) à seulement 200 mètres des habitations (1).
- Trafic et nuisances : L’usine générerait 178 camions supplémentaires par jour, sans que l’étude n’ait analysé le taux de saturation réel des routes locales (5).
Une consommation d’eau significative dans un contexte de tensions hydriques
Les besoins industriels
Le projet envisagerait une consommation industrielle d’environ 400 000 m³ par an (5), avec un système de recyclage interne annoncé (88 %) (7). Toutefois, la MRAe a souligné que la réduction et l’impact des prélèvements sur les ressources locales restent insuffisamment documentés (5).
La « décarbonation des transports » : un objectif flou et marginal
Le projet NACRE est présenté comme contribuant à la décarbonation des transports, sans préciser clairement quels secteurs seraient réellement concernés.
Les documents disponibles indiquent que le bioéthanol produit est destiné principalement :
- aux carburants routiers,
- et potentiellement aux carburants aéronautiques dits durables (SAF) (5, 6).
Or, la production annuelle de NACRE ne représenterait qu’environ 0,08 % des besoins annuels en carburant routier français, un impact négligeable à l’échelle nationale, obtenu au prix d’une pression considérable sur les forêts locales (5, 6).
Le porteur du projet affirme que le bioéthanol produit permettrait de réduire de 86 % les émissions de CO₂ par rapport à un carburant fossile . Toutefois, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) indique qu’elle n’est pas en mesure de vérifier ce chiffre (transport, origine de la biomasse, émissions liées à la sylviculture) (5).
Plusieurs analyses soulignent que les biocarburants servent surtout à maintenir la croissance du trafic, notamment aérien, plutôt qu’à engager une véritable réduction des usages et des émissions.
La libre évolution et ORE : des outils de protection contre ces projets
En tant que propriétaire, pour protéger des espaces naturels face à la pression des projets industriels, il existe l’Obligation Réelle Environnementale (ORE). C’est un contrat juridique par lequel un propriétaire s’engage, pour une durée pouvant aller jusqu’à 99 ans, à laisser son terrain en libre évolution, sans activités extractives ou d’exploitation (bois, chasse, pêche), permettant à la biodiversité de se développer naturellement (9).
Par exemple, en janvier 2025, l’association Animal Cross a signé avec la mairie d’Igon (Pyrénées-Atlantiques) une ORE de libre évolution sur 1,5 ha de bois pour 99 ans. Ce type d’initiative peut être un moyen pour les propriétaires concernés de préserver durablement leurs parcelles, même face à des pressions industrielles ou d’aménagement, en engageant une protection environnementale attachée au bien immobilier. L’ORE persiste même en cas de changement de propriétaire, car elle est attachée au bien et non à la personne.
Pourquoi se mobiliser contre le projet ? Nacre : une fausse solution climatique aux impacts bien réels
Le projet NACRE présente un déséquilibre profond entre bénéfices affichés et impacts réels :
- Rendement dérisoire : L’usine ne produirait que 0,08 % des besoins annuels de carburant routier français, un gain insignifiant face au sacrifice de nos forêts.
- Une pression massive sur les forêts : Le projet consommerait autant de bois vert que l’ensemble du département des Pyrénées-Atlantiques chaque année.
- Manque de transparence : Les instances de l’État (MRAe, DREAL, ARS) pointent toutes des lacunes graves dans l’évaluation des risques sanitaires et écologiques.
- Fausse solution : Les biocarburants sont une “mauvaise solution” servant à justifier la poursuite de la croissance du trafic (routier et aérien) plutôt qu’à engager une véritable sobriété.
Comment agir ?
Une enquête publique est en cours jusqu’au 6 février pour recueillir l’avis des citoyens
Il est crucial de participer à l’enquête publique en déposant un avis défavorable par email :
📧 pref-amenagement@pyrenees-atlantiques.gouv.fr
Objet : EP-NACRE
Vous pouvez en quelque expliquer en quoi vous êtes défavorable au projet en vous inspirant de cet article.
IL EST IMPORTANT D’UTILISER VOS PROPRES MOTS POUR QUE VOTRE AVIS SOIT BIEN PRIS EN COMPTE !
Pour en savoir plus :
Sources
1. Agence Régionale de Santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine. (2024, 10 octobre). Avis relatif à la demande d’autorisation environnementale – Société NACRE à Lacq (Réf. DD64-A-24-09-14120).
2. Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) des Pyrénées-Atlantiques. (2024, 9 octobre). Avis technique sur la construction d’une bioraffinerie lignocellulosique – Société NACRE à Lacq.
3. Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) Nouvelle-Aquitaine. (2024, 25 septembre). Contribution technique au titre des espèces protégées concernant le projet NACRE à Lacq (Réf. DREAL/2024D/6858).
4. Forêts Vivantes Pyrénées. (2024). Aviation : Les biocarburants, une mauvaise solution pour décarboner l’aviation.
5. Mission Régionale d’Autorité Environnementale (MRAe) Nouvelle-Aquitaine. (2025, 2 octobre). Avis délibéré sur le projet de construction d’une bioraffinerie lignocellulosique sur la commune de Lacq (64) (n°MRAe 2025APNA178).
6. Forêts Vivantes Pyrénées. Réunion publique de Nay. (2026, 21 janvier). Enjeu forestier et multiplication des projets industriels.
7. Naldeo Technologies & Industries. (2025, 3 novembre). Mémoire de réponse à l’avis de la MRAe – Projet de construction d’une bioraffinerie lignocellulosique sur la plateforme industrielle de Lacq (64) (Réf. N2300697-200-DE007)
8. Commune de Billère. (15 avr. 2025). Motion de protestation contre le projet industriel E-CHO énergie.
9. Animal Cross. (2025, 15 janvier). Animal Cross signe sa première Obligation Réelle Environnementale (ORE) de Libre Evolution dans les Pyrénées
10. NACRE. (2024, 15 juillet). Déclaration d’intention – Projet de construction d’une bioraffinerie lignocellulosique basée sur la technologie française Futurol® sur la plateforme industrielle de Lacq (64) (Version QSE‑DE001_NTI_v1.02)

