Tous les trois ans, le sort d'une partie des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts est décidé dans chaque département français par la publication d'un arrêté ministériel. Cette liste, comprenant la belette, la fouine, la martre, le renard, le geai des chênes, l'étourneau sansonnet, la corneille, le corbeau freux et la pie bavarde va être révisée en juillet 2023. Ainsi, chaque année, ces nombreuses espèces sont chassées et piégées. Découvrez dans quels départements français les ESOD peuvent être détruits.
Ubiquistes, opportunistes et très adaptables, les corbeaux et les corneilles sont pourtant chassables et classés « nuisibles ». On estime qu’il existe en France 800 000 à 1.3 million de couples de corneilles noires (2009-2012), avec un effectif stable (STOC...
La belette est un animal protégé en Italie, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg. En France, on ne sait pas très bien combien il y a de belettes. Il n’existe pas de méthode validée permettant de les dénombrer. La belette est une espèce pour laquelle les données...
La martre est une proche cousine de la fouine. Nous n’avons pas pour elle de données plus fiables que pour la fouine. Il est donc impossible d'avoir une idée précise des densités de martres et donc de l'impact du piégeage sur celles-ci. Et l'on confond souvent, plus...
Son habitat anthropophile fait de la fouine le mustélidé le plus piégé de France. 14 938 individus l’ont été en 2007-2008. Aucune donnée ne permet actuellement de mesurer l’effectif des fouines, ni l’impact de ces prélèvements sur les populations de fouines. Il est...
Bonne nouvelle pour le putois en France ! Il est désormais retiré de la liste des ESOD (Espèces Susceptibles d’Occasionner des Dégâts) depuis hier, le 7 juillet 2021.
Suite à la demande de plusieurs associations*, l’arrêté du ministre de la transition écologique et solidaire du 3 juillet 2019 est annulé. D’autres déclassements ont en même temps été prononcés par le Conseil d’Etat : – La martre des pins dans les départements de l’Ain, de la Moselle et des Hautes-Pyrénées ; – La pie bavarde dans les départements du Loiret et du Val d’Oise ; – Le renard roux dans les départements des Yvelines et de l’Essonne ainsi qu’une partie des Vosges et du Val d’Oise ; – L’étourneau sansonnet dans le département de la Marne. C’est une heureuse avancée, mais beaucoup trop d’animaux sont encore tués pour des raisons plus qu’injustes. Les procédures de classement des ESOD nécessitent encore d’importantes révisions.
* Notamment : – ASSOCIATION POUR LA PROTECTION DES ANIMAUX SAUVAGES ET DU PATRIMOINE NATUREL – FRANCE NATURE ENVIRONNEMENT – LPO FRANCE – OISEAUX-NATURE – RASSEMBLEMENT POUR UNE FRANCE SANS CHASSE
Vous avez sûrement entendu parler des ESOD, espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, nouveau terme politiquement correct utilisé pour remplacer « les nuisibles ». Le renard, la fouine, la belette, le geai des chênes, la martre ou encore la pie bavarde en font partie. Mais savez-vous seulement comment se déroule le processus qui liste tous les 3 ans, par département, les espèces considérées comme des ESOD, espèces qui pourront ainsi être détruites toute l’année selon des méthodes cruelles?
Cela fait plus d’un an qu’Animal Cross travaille activement sur la thématique ESOD pour apporter un éclairage sur la manière dont sont classées les espèces ESOD et les conclusions sont des plus choquantes.
Tout d’abord, il faut savoir que le sort des ESOD est décidé tous les 3 ans et pour 3 ans au sein de la formation spécialisée nuisible des Commissions Départementales de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS) depuis 2012. Or, depuis cette année-là, aucune étude n’a été réalisée à notre connaissance pour évaluer l’efficacité des mesures létales donc mortelles appliquées pour réduire les dégâts attribués à la faune sauvage. Une procédure est donc mise en place par le gouvernement mais aucune évaluation de celle-ci n’est réalisée alors même qu’elle conduit chaque année à la mort de plus d’un million d’animaux !
La composition des commissions CDCFS qui fixent les listes d’ESOD est réglementée. Or, dans certains départements, les règles ne sont pas respectées et l’on observe la participation supplémentaire aux réunions de certains représentants du monde de la chasse avec une liberté de prise de parole ce qui peut compromettre l’indépendance de cette formation spécialisée et influence les avis de cette commission.
L’inscription d’une espèce à la liste des ESOD est censée être conditionnée à l’observation de dégâts significatifs et avérés. Or, le procédé d’évaluation des dégâts ne repose sur aucune évaluation objective (absence de fiches de dégâts ou fiches partiellement remplies, absence de contrôle sur le terrain des dégâts reportés, absence de vérification de l’existence de moyens de protection, etc).
De plus, les méthodes alternatives aux méthodes létales ne sont pas considérées alors même qu’une note de service du ministère chargé de l’environnement et que la Directive Oiseaux Européenne imposent l’évaluation de l’existence de ces méthodes alternatives.
Les services écosystémiques rendus par ces espèces ne sont pas pris en compte. Dans son livre publié en 2019, et dans une série de publications, Animal Cross avait déjà souligné nombre de bienfaits apportés gracieusement et naturellement par ces animaux tristement qualifiés de « nuisibles » [1]. C’est ce que font aussi des associations depuis de nombreuses années: l’ASPAS (colloque « renard » de mai 2017), la SFEPM, la SAPN-FNE des Hautes Alpes et tant d’autres. Même la DREAL de Haute-Normandie a vanté les services écosystémiques rendus par les mustélidés.
Ne pouvant rester sans agir, l’association Animal Cross a mis en place et soutenu plusieurs actions :
Création d’un groupe de travail sur la région Auvergne-Rhône-Alpes avec pour membres les représentants des associations de protection de la nature (APN) qui siègent au sein des commissions ESOD.
Mise en place d’une plateforme documentaire permettant une mise en commun des documents qui permettront aux représentants des APN de cette région de préparer les dossiers visant à défendre les ESOD lors des prochaines commissions qui se dérouleront en 2022. De nombreux documents qui s’appuient sur des études de terrain permettent en effet d’apporter un autre regard sur les espèces considérées comme ESOD et de démontrer l’importance des services écosystémiques rendus par ces espèces [2, 3]. D’autres documents prouvent que les dégâts reprochés à certaines de ces espèces pourraient être évités via la mise en place de mesures de protection adéquates [4].
Remise en question de la réglementation en vigueur et son application avec demande d’une évaluation objective des points soulevés par les institutions publiques. De cette initiative, démarrée dans la région Grand Est et adaptée à notre collectif en région Auvergne-Rhône-Alpes, est née une requête qui a été rédigée pour souligner les points critiqués précédemment. Ce document a été envoyé par les représentants APN de nombreux départements à leurs élus députés/sénateurs avec comme demande l’interpellation du Ministère de la Transition Ecologique (MTE) pour une mise en place au plus vite de l’évaluation objective souhaitée de la réglementation et son application avant la prochaine échéance de classement des ESOD. Cette action est entrain de s’étendre à d’autres départements.
Et la suite ?
A ce jour, deux questions écrites au gouvernement sur les problèmes mentionnés, rédigées il y a plus de 14 mois par les députés Xavier Paluszkiewicz et Dominique Potier sont restées sans réponse alors même que le gouvernement se doit de répondre dans un délai d’un mois. De même, nous n’avons eu aucun retour suite à l’envoi direct de notre requête au MTE.
Nous souhaitons donc donner plus de lumière à notre action pour que le gouvernement prenne enfin en compte notre requête et mette en place l’évaluation objective souhaitée de la réglementation et son application et pour que le grand public ait enfin connaissance de ce qui se trame au sein de ces commissions.
[2] Analyses des observations figurant dans notre base de données et propositions de la LPO Haute-Savoie concernant les propositions de classement des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ou non. 2018. P.Favet et JP Materac
[3] Contribution du Réseau Écologie Nature Haute-Loire (REN 43) à la définition de la liste des espèces classées « susceptibles d’occasionner des dégâts ». 2018
[4] Résultats de l’enquête sur l’élevage des basses-cours en Haute Savoie et la prédation s’y rapportant. 2014. Philippe Favet.
Ubiquistes, opportunistes et très adaptables, les corbeaux et les corneilles sont pourtant chassables et classés « nuisibles ». On estime qu’il existe en France 800 000 à 1.3 million de couples de corneilles noires (2009-2012), avec un effectif stable (STOC...
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En ce début d’année 2020, le Covid 19 s’est invité dans nos vies et en quelques semaines, l’infiniment petit a mis la planète à genoux. C’est une petite déflagration dans notre sentiment de toute puissance et notre propension à l’ asservissement du Vivant. Pourtant, un mouvement profond est en route et la société refuse de plus en plus massivement la maltraitance animale quelle qu’elle soit. Cette maltraitance qui puise parfois sa force dans sa discrétion. C’est le cas d’une pratique moyenâgeuse particulièrement lâche et répugnante qui connaît son apogée au mois de Mai: le déterrage de printemps des renardeaux…
Le déterrage est un combat sans risque, sans mérite et sans gloire au cours duquel une renarde et ses petits emprisonnés dans leur propre terrier vont vivre de longues heures de terreur, livrés aux assauts et aux morsures incessantes des chiens. Puis, ces petites boules de poils sanguinolentes et leur mère seront extirpées à l’aide de longues pinces métalliques puis achevées à coup de pieds ou à coups de pelle. Crânes fracassés, abdomens éventrés, yeux exorbités sous la violence des coups ou animaux abandonnés vivants aux chiens … Cette violence inouïe contraste avec les rires, l’excitation et la jouissance de ces hommes, bons pères de famille la semaine qui, le temps d’une journée, laissent libre cours aux pires instincts humains.
Détruire les renards sous prétexte de régulation est le principal argument des chasseurs or on sait, depuis l’échec des tentatives d’éradication des renards dans le cadre de la lutte contre la rage entre 1968 et 1998, que ces destructions sont un non-sens absurde, et totalement contre productif. A cette époque, les renards firent face à 30 ans de destructions massives en mettant en place une véritable stratégie de survie grâce à leur extraordinaire capacité d’adaptation.
C’est presque un système « d’auto-régulation » qui permet au renard d’adapter sa reproduction à l’espace disponible; ainsi, chaque territoire laissé vacant par la mort de son occupant est rapidement occupé par un congénère. Le renard ne peut ni pulluler, ni disparaître et un territoire donné ne peut accueillir qu’un nombre donné d’individus, pas plus, pas moins. C’est une résilience que Maître Goupil paie au prix fort…
Le monde de la chasse a bien compris que le goupil, qui ne peut pas facilement disparaître, est une aubaine qui permet de chasser tous les jours de l’année, même en dehors des périodes officielles de chasse. Ainsi, au fil du temps, c’est une véritable économie de la destruction qui s’est mise en place: déterrés, broyés dans les mâchoires des pièges, « oubliés » dans les pièges-cage, lentement étranglés dans les collets, exécutés le jour, tirés de nuit après aveuglement au phare, traqués pendant des heures lors des pathétiques chasses à courre…
Rien ne lui est épargné et chaque année en France, entre 600 000 et 1 million de renards sont abattus.
Les pouvoirs publics, eux aussi, ont bien compris l’intérêt du goupil et l’ont abandonné depuis bien longtemps en échange des faveurs électorales du puissant lobby cynégétique.
Le plus stupide est que cette violence quotidienne s’abat sur un animal dont le rôle est fondamental dans les écosystèmes et dont nous avons grandement besoin. Grand régulateur des espèces invasives (lapins, rongeurs…) avec une prédilection pour les campagnols, le renard est un précieux allié de l’agriculture. D’autre part, en éliminant les animaux trop faibles, malades ou morts, il limite la propagation d’épidémies garantissant ainsi la bonne santé de notre faune sauvage. Malheureusement pour le goupil, dans les animaux faibles, il y a les 21 millions d’animaux appelés poétiquement « animaux de tir » lâchés chaque année pour le loisir des chasseurs; ce sont des proies faciles, particulièrement inadaptées à la vie sauvage et dont la capture aisée demande beaucoup moins d’énergie que celle d’un fringant campagnol… Concurrence insupportable et inavouée pour le monde de la chasse !
Plusieurs de nos voisins européens ont bien compris leur intérêt à protéger les renards; certains le font depuis des années voire des décennies, avec des résultats positifs sur le plan écologique et sanitaire. Des études récentes ont même permis de découvrir l’impact positif de la présence des renards dans la maîtrise de la maladie de Lyme en pleine expansion.
Maître Goupil est devenu le symbole des accords nauséabonds entre politique et groupe de pression…
Combien sont-ils les députés de l’important « groupe d’études chasse et territoires » de l’assemblée nationale, à se douter que, derrière leur signature apposée docilement en bas d’une page, se cache la barbarie et l’archaïsme d’un monde de la chasse vieillissant, cramponné à ses privilèges?
Le renard est un animal fascinant par son intelligence, sa discrétion, sa résilience.
Espérons que le monde d’après Covid permettra à Maître Goupil de retrouver ses lettres de noblesse et à l’Homme un peu d’humanité…
Le geai des chênes est un oiseau qui vit en milieu forestier, avec une prédilection pour les forêts de feuillus, mêlées ou non avec des conifères. L’hiver toutefois, il n’hésite pas à s’inviter dans notre jardin pour profiter de la mangeoire ou sautiller dans l’herbe pour se nourrir au sol. [1] [3] [4].
Le geai des chênes est présent sur l’ensemble du territoire français, à de rares exceptions près, mais il n’existe pas de recensement précis des effectifs. Les densités peuvent varier de 1 à 15 couples au km2, selon les régions [6]. La population nicheuse serait comprise entre 400 000 et 1 million de couples [3].
Le geai des chênes a un régime omnivore à dominante végétale, basé essentiellement sur la consommation de glands [1]. Les glands sont consommés toute l’année et peuvent représenter 70% à 80 % de son alimentation [5].
Il a une prédilection marquée pour les fruits des vergers et les graines, auxquels il ajoute souvent des œufs d’oiseaux, des petits rongeurs, des insectes et des lézards [1] [2].
Considéré comme « susceptible d’occasionner des dégâts » dans 4 départements français, il peut être détruit à tir mais aussi piégé dans les vergers et les vignobles. Concurrent des chasseurs car il est prédateur d’oiseaux, le geai des chênes provoque quelques dégâts sur les cultures.
Pourtant, il est aisé de le tenir à distance des vergers et arboricultures en utilisant les moyens classiques d’effarouchement, durant les périodes sensibles où les fruits arrivent à maturité : techniques visuelles (épouvantails, objets mobiles) ou sonores (diffusion de cris de détresse). Des filets peuvent aussi être utilisés pour protéger les arbres, lorsque les surfaces sont faibles.
Le geai des chênes, premier reboiseur européen
Oiseau typiquement forestier, le geai des chênes entretient des relations privilégiées avec le chêne. L’arbre fournit la nourriture à l’oiseau qui, en retour, assure sa régénération sur plusieurs kilomètres. Lorsque l’espèce est protégée, l’impact sur les régénérations naturelles est énorme.
Par son choix alimentaire, notre oiseau favorise le chêne par rapport aux autres espèces forestières telles que les hêtres et les noisetiers. De plus, dans son alimentation, le geai ingère une grande quantité de chenilles défoliatrices. Seuls les glands mûrs, sains et résistants aux attaques fongiques sont transportés par le geai. Le gland est disposé en-dessous de la litière de la forêt, ce qui protège les agents de la fonte des semis et dans un terrain meuble facilitant son enracinement. Les caches sont toujours dans des zones de transition de la végétation. Cette situation évite les couverts denses empêchant toute possibilité de survie des plantules. Ces conditions de protection limitent les invasions de chenilles défoliatrices et les attaques des herbivores comme les cervidés ou les lapins. Cet abri léger assure aussi une meilleure croissance des jeunes plants.
Chaque oiseau disperse annuellement 4600 glands et lorsque l’espèce est protégée strictement, les forêts accueillent un couple tous les 5 hectares. Dans ce cas, l’impact sur les régénérations naturelles est énorme. Les semis effectués par notre oiseau sont facilement reconnaissables car ils laissent une marque en forme de V sur le péricarpe. Grâce à cette empreinte, Bossema a montré que dans l’ensemble des régénérations naturelles contrôlées, 59% au moins des plantules sont issues de glands semés par le geai…
Cette relation geai-chêne est à avantages réciproques. Le chêne fournit la nourriture de son hôte et le geai assure la régénération du chêne. Les deux espèces ont co-évolué pour aboutir à un système où chacune d’elle est adaptée à l’autre.
L’action du geai sur les forêts est double : il contribue d’une part à assurer la pérennité des chênaies et d’autres part à les étendre en rendant possible leur installation dans les friches. [7]
La sentinelle de la forêt
Le geai des chênes est un oiseau guetteur, dont le cri strident est réputé alerter ses congénères, mais aussi une partie des animaux des sous-bois et de la forêt, à l’approche d’un prédateur ou d’un intrus.
L’écureuil roux, le renard savent exploiter ces informations. C’est pourquoi on le surnomme La sentinelle de la forêt. [2]
Animal Cross demande que devant le peu de dégâts commis et les avantages qu’il apporte à nos écosystèmes, le geai soit retiré de la liste des nuisibles.
Sources :
[1] Muséum National d’Histoire Naturelle, « Inventaire de la faune de France », éditions Nathan, 1992.
[2] D. Collin et D. Le Dantec, « Le geai des chênes », Oiseaux.net, 2012 (www.oiseaux.net/oiseaux/geai.des.chenes.html)
[3] J. Roché, Y. Muller et J.-Ph. Siblet, « Une méthode simple pour estimer les populations d’oiseaux communs nicheurs en France », Alauda, no 81, 2013.
[4] D. Yeatman-Berthelot et G. Jarry, « Atlas des oiseaux nicheurs de France 1985-1989 », Société ornithologique de France, Paris, 1994.
[5] P. Orsini et G. Cheylan, « La faune sauvage des chênaies (les vertébrés terrestres) », Forêt méditerranéenne, vol. 17, no 3, 1996.
[6] G. Olioso, « Corbeaux et corneilles », éditions Delachaux et Niestlé, 2012.
[7] Extrait d’un article d’Alexis DUCOUSSO et Rémy PETIT, chercheurs à l’INRA, dans le journal Forêt-entreprise » n°68.
L’animal a été reconnu par la France comme un être sensible dans le code civil en 2015. L’ensemble de la société est en faveur d’une limitation de ses souffrances lors de sa mort. L’euthanasie d’un animal de compagnie doit ainsi être pratiquée uniquement par un vétérinaire, sauf en cas d’urgence, et le code de déontologie des vétérinaires leur impose le respect de l’animal. La mise à mort des animaux de ferme à l’abattoir est également encadrée, et l’on exige, sauf pour motif religieux, un étourdissement préalable.
En revanche, rien n’est prévu dans la loi pour éviter la souffrance des animaux sauvages lors de leur mise à mort. Voyons donc du côté de la mise à mort par piégeage des animaux dits « nuisibles », que l’Etat incite à détruire. Que préconise la loi ? Et qu’en est-il de la réalité du terrain ? Parmi les 19 espèces classées « susceptibles d’occasionner des dégâts » (= nuisibles), 16 peuvent être piégées, à savoir le ragondin, le rat musqué, le chien viverrin, le vison d’Amérique, le raton laveur, la belette, la fouine, le putois, la martre, le renard, le corbeau freux, la corneille noire, l’étourneau sansonnet, la pie bavarde, le geai des chênes, le lapin de garenne.
Avant de démarrer la lecture de cet article, sachez que Animal Cross s'oppose au classement d'une espèce comme "nuisible" pour de nombreuses raisons expliquées dans les articles suivants concernant les mustélidés, le renard ou encore la pie bavarde dans lesquels Animal Cross démontre au contraire l'utilité écologique de ces espèces classées "nuisibles" aujourd'hui en France.
Sommaire de l’article sur le piégeage des animaux dits « nuisibles »
Les pièges des catégories 2 à 5 sont homologués par le Ministre « pour garantir la sécurité publique, la sélectivité du piégeage, et limiter la souffrance des animaux » ( Art R 427-17).Rien n’est dit sur le nombre d’animaux qui peuvent être piégés. L’espèce peut être totalement détruite !
Vérifions ensemble si les méthodes de piégeage autorisées respectent la législation c’est-à-dire s’ils sont bien sélectifs et s’ils limitent bien la souffrance des animaux…
Les pièges TUANTS :
Catégorie 2 – Les pièges déclenchés par pression sur une palette ou par enlèvement d’un appât, ou tout autre système de détente
Ces pièges ont pour objectif de tuer l’animal.
Exemple du piège tuant dit « en X » utilisé sur des rats musqués (source Robin des Bois) :
https://www.youtube.com/watch?v=0FUzAGG7qTo
La réalité des pièges tuantspar système de détente :
Pas de sélectivité du piégeage et pourtant ces pièges tuent ! Avec son appât végétal ou carné, le piège attire les espèces en fonction de leurs attirances alimentaires. Installé à ciel ouvert, ce type de piège est dangereux. Il peut attirer des espèces non concernées. Un enfant peut y mettre la main, tout comme votre chat, votre chien ou tout autre animal, y compris des animaux protégés.
Pas de limitation de la souffrance des animaux Ce piège en X montre que l’animal ne meurt pas immédiatement et se débat.
De plus, parmi ces pièges tuants, les pièges à mâchoires, pourtant interdits depuis 1995, continuent de mutiler la faune à travers toute la France.
Photo Céline Sissler-Bienvenu IFAW
« … Le renard était là, les os d’une de ses pattes étaient broyés et les mâchoires du piège avaient sectionné une partie de son membre. Le piège ne tenait plus qu’à quelques lambeaux de chair. Pourtant, il avait réussi à casser la chaine de fixation du piège. Depuis combien de temps trainait-il ce piège ? Certainement plus de 24 heures… » (1)
Comment ces pièges à mâchoires interdits peuvent-ils être encore si nombreux en France ? Animal Cross s’interroge sur l’efficacité des services de contrôle…
Catégorie 5 – Les pièges entraînant la mort de l’animal par noyade
Il s’agit de tous les pièges qui ont pour effet d’entrainer la mort par noyade. Ils sont conçus en général pour les ragondins et les rats musqués (3). Ils sont peu utilisés mais on en trouve encore.
La réalité des pièges tuantspar noyade :
Pas de sélectivité du piégeage et pourtant ces pièges tuent ! Installés près de l’eau, ces pièges peuvent tuer d’autres animaux,
comme les castors ou les loutres.
Pas de limitation de la souffrance des animaux La mort par noyade provoque une asphyxie par inondation des voies respiratoires. C’est une mort lente et douloureuse. Un ragondin par exemple met plusieurs longues minutes avant de se noyer, on peut imaginer dans quelles conditions de stress…
NOUVEAU ! 16 mars 2019
Un arrêté interdisant les pièges utilisés pour tuer par noyade les ragondins et rats musqués, « au regard de la souffrance animale induite » (selon les propres termes du ministère) a été publié au Journal officiel samedi 16 mars 2019
Ces pièges sont destinés exclusivement à la capture du renard, le collet muni d’un arrêtoir est sensé empêcher la strangulation.
Renard pris au piège (source Renard Passion) :
La réalité des pièges à collet :
Peu de sélectivité du piégeage Cette technique avec arrêtoir est un peu plus sélective mais il arrive fréquemment que des animaux non piégeables s’y prennent (par exemple, de nombreux blaireaux laissent leur vie dans des collets).
Pas de limitation de la souffrance des animaux L’animal se débat, se blesse souvent gravement en se débattant, parfois meurt pendu. Ce piège peut-être tuant s’il n’est pas relevé à temps.
Cette technique est aujourd’hui proscrite dans de nombreux pays européens car elle est non sélective, et peut blesser n’importe quelle partie du corps et engendre une longue agonie de l’animal.
Des témoignages attestent également de la pose de collets sans arrêtoir, pièges pourtant interdits, qui blessent ou tuent de nombreux animaux domestiques (2).
Même si ce piège n’est pas tuant, il ne respecte pas la selectivité des animaux ni la limitation de la souffrance animale promise par la loi. Animal Cross demande donc le retrait de ces pièges.
Catégorie 4 – Les pièges à lacet
Déclenchés par pression sur une palette ou tout autre système de détente, et capturant l’animal par une partie de son corps, il ne tue pas.
Vidéo d’un renard pris au Belisle (source Gigi Sollies) :
La réalité des pièges à lacet :
Pas de sélectivité du piégeage Tout animal peut se faire prendre dans ce type de piège.
Peu de limitation de la souffrance des animaux Piège dangereux car les animaux attrapés par un membre se débattent durant de longues heures. Ce piège peut-être tuant s’il n’est pas relevé à temps.
Même si ce piège n’est pas tuant, il ne respecte pas la selectivité des animaux ni la limitation de la souffrance animale promise par la loi. Animal Cross demande donc le retrait de ces pièges.
Catégorie 1 – Les pièges cages
L’animal est fait prisonnier à l’intérieur de la cage. Il attend le retour du piégeur durant des heures, voire des jours, dans un stress absolu. Il se trouve parfois mélangé avec d’autres espèces. L’animal est ensuite tué par le piégeur d’un coup de fusil au mieux, ou par un ou plusieurs coups sur la tête à l’aide d’une barre de fer ou d’un morceau de bois.
Voici l’exemple d’un renard, arboré fièrement sur le compte Instagram d’un piégeur. Le pauvre animal avait volé quelques poules. Plutôt que de protéger le poulailler, ce qui est de bon sens et de la responsabilité de l’éleveur, ce dernier a préféré faire intervenir un piégeur, et tuer le renard.
Pas de sélectivité du piégeage De nombreux animaux sont pris par erreur dans ce type de piège. Aucun dispositif ne les en empêche !
Photo Le Progrès
Les pièges cages peuvent prendre différentes formes. Parmi elles, les « boîtes tombantes », destinées aux mustélidés, renards et corvidés.
Ci-contre, l’exemple d’un chien attiré par un appât fort appétissant est tombé dans ce piège de 20 cm de haut (1). Combien de temps est-il resté coincé sous ce piège ? Heureusement, des promeneurs sont passés par là, mais combien d’autres meurent dans l’anonymat ? Ce piège aurait pu aussi enfermer des espèces protégées.
La réalité d’un type de pièges cages : lescages tombantes
Pas de sélectivité du piégeage De nombreux animaux sont pris par erreur dans ce type de piège. Aucun dispositif ne les en empêche !
Peu de limitation de la souffrance des animaux En tombant, le chassis peut écraser une partie de l’animal qui n’est pas encore totalement entré dans la cage et le blesser sans le tuer. Celui-ci peut agoniser durant de longues heures.
De faible hauteur, l’animal ne peut pas bouger, ce qui représente un stress et de potentielles blessures lorsque l’animal cherche à sortir. Ce piège peut-être tuant s’il n’est pas relevé à temps.
Comble de l’horreur, certaines cages pièges ont un compartiment destiné à maintenir un appât vivant (Ici une pie enfermée pour attirer ses congénères).
Même si ce piège n’est pas tuant, il ne respecte pas la selectivité des animaux ni la limitation de la souffrance animale promise par la loi. Animal Cross demande donc le retrait de ces pièges.
Focus sur la non-sélectivité des pièges : une hécatombe inadmissible !
Les pièges de chasse, par leur absence de sélectivité, piègent par erreur des animaux domestiques et des animaux d’espèces protégées de façon non négligeable : le nombre de ces animaux capturés et relâchés – quand ils restent en vie – représente par exemple 7% des animaux capturés en Gironde en 2016.
Dans ce département, le bilan des captures 2016 de l’Associations des Piégeurs Agréés fait état de 201 chats et 23 chiens piégés, soit 5 chats et 2,5 chiens par piégeur.
En outre, les pièges destinés aux nuisibles piègent des animaux d’espèces protégées.
En Gironde en 2016 : 151 genettes, 17 buses, 5 écureuils, 108 hérissons, 380 pigeons biset, 26 poules d’eau, 11 canards col vert, 15 merles noirs, etc…
Dans d’autres territoires, de nombreux rapaces, rouge-gorges et fauvettes sont victimes de ces pièges.
Voici quelques exemples qui démontrent que ces pièges pour nuisibles peuvent mutiler ou tuer gravement des animaux domestiques.
En mai 2017- près de Lunéville : le chat Spéculos est pris dans un piège à mâchoires ; il survit mais perd une patte.
En mars 2014, près de Luz Saint sauveur, le chien Gouffy, chien de berger disparu depuis 3 jours, revient blessé à la maison : une grande plaie autour du cou ainsi qu’une patte très abîmée. Il a été pris dans un collet à renard, d’où le piégeur l’a finalement sorti. Son état de santé a nécessité de nombreuses visites chez le vétérinaire, et un « arrêt de travail » de plusieurs mois loin de son troupeau.
Un couple assiste – impuissant- à la longue agonie de leur chien Sham, qui a eu la tête coincée dans un piège X. Le piège était mal installé et permettait à un chien d’y accéder. En outre, le piège n’était pas déclaré en mairie, et la zone piégée n’était pas signalée sur les chemins et voies d’accès.
Fin mai 2018, à Siest dans les Landes, un chien meurt après une longue agonie, piégé par un piège à renards.
En mars 2016, dans l’Allier près de Saint-Léon, une petite chatte est récupérée à l’article de la mort. Après une disparition de près d’un mois, cette chatte est retrouvée éventrée à cause d’un collet artisanal, la taille à vif sur plusieurs centimètres, sa blessure purulante dégageant une odeur épouvantable. Elle a perdu la moitié de son poids et est restée vivante grâce aux soins d’une vétérinaire expérimentée.
En février 2012, dans l’Oise, un propriétaire privé s’est vu verbalisé pour avoir détourné des cages-pièges à corvidés pour capturer des buses variables. Il avait utilisé une buse variable comme appelant pour en capturer d’autres, et en avait laissé mourir 3 autres à des fins d’appât.
En juin 2015, en Côte d’Or à Genay/Corrombles, 3 chats ont été victimes d’un piège à mâchoires.
Le premier a eu une patte cassée, broyée, puis est décédé malgré des soins. Puis quelques jours plus tard, un deuxième chat est rentré avec deux pattes cassées, mais n’a pu être sauvé. Ensuite, un troisième chat est rentré avec le ventre atteint et le bassin cassé. Tous avaient été victimes d’un piège à mâchoire destiné à piéger des renards, déposé dans un verger à proximité de la propriétaire des chats.
Du côté de la réglementation
Une formation très réduite, possible dès l’âge de 16 ans, et pas toujours obligatoire
Les piégeurs autorisés sont ceux qui ont suivi une formation obligatoire minimum de 16h, et sont agréés par le Préfet.
Ne nécessitent pas d’agréement :
la capture des ragondins et des rats musqués au moyen de boîtes
la capture des corvidés au moyen de cages dans des conditions spécifiques
le piégeage réalisé dans les bâtiments et enclos privés (ex : cours de ferme, enclos attenant à une habitation).L’agrément est valable sur toute la France et pour une durée illimitée.
Peu de contraintes côté piégeurs
Tous les pièges doivent être visités chaque matin, et dans les 2 heures qui suivent le lever du soleil pour les pièges des catégories 3 et 4.
La mise à mort des animaux classés nuisibles et capturés doit intervenir immédiatement et sans souffrance,
Tous les animaux non nuisibles capturés accidentellement doivent être relâchés sur-le-champ.
Les piégeurs agréés sont tenus de marquer leurs pièges du numéro préfectoral qui leur est remis.
(Arrêté ministériel du 29 janv. 2007-Art 7)
Des sanctions dérisoires et des contrôles peu fréquents
Une amende de 135 euros en cas d’infraction
Des contrôles insuffisants, visiblement non dissuasifs
Aucun contrôle dans les bâtiments et enclos
Le constat sur le terrain : de nombreux piégeurs ne respectent même pas ces réglementations
Absence de vérification quotidienne des pièges, surtout dans des zones d’accès difficile : les animaux peuvent agoniser des jours durant.
Mauvaise installation de pièges homologués qui ont pour conséquence de mettre en danger la vie d’autres animaux,
Pose de pièges interdits, comme les pièges à mâchoire ou à palette, à l’origine de souffrances intolérables pour les animaux.
Pas de contrôle de l’agrément piégeur à l’achat
Une information du public très légère
La pose de pièges doit être obligatoirement déclarée à la Mairie du domicile du piégeur, au moins une fois par an, à l’exception du piégeage dans les bâtiments et enclos privés.
La signalisation du piège sur le terrain est obligatoire pour les seuls pièges de catégorie 2, dits pièges tuants.
Les zones piégées doivent être signalisées de manière apparente sur les chemins et voies d’accès.
Le piégeur agréé doit tenir un relevé quotidien de ses prises dans un carnet,
Tout piégeur, agréé ou non, doit fournir au Préfet et à la Fédération Départementale des Chasseurs un bilan annuel des captures réalisées.
=> En attendant la suppression des pratiques cruelles de piègeage, Animal Crossdemande au minimum une signalisation précise de tous les pièges à l’aide d’un panneau. Un marquage avec coordonnées en décamétrique doit être déposé en mairie.
Qu’en est-il du piégeage au niveau de l’Europe ?
Le piégeage est autorisé dans tous les pays de l’Union Européenne sauf en Italie et en Grèce, où il existe cependant des dérogations (2). En Suède et en Autriche, le piégeage est considéré comme un acte de chasse contrairement aux autres pays qui distingue piégeage et chasse (1)
Un processus de définition de normes internationales de piégeage des mammifères a débuté en 1987 sous l’impulsion des pays de trappeurs.
L’organisation internationale de normalisation (ISO) a confié ce travail à des comités techniques composés de chaque comité membre intéressé par cette étude. Des accords sont entrés en vigueur en mai 1999 entre le Canada et l’Union Européenne pour confronter les piégeurs et fabricants à de nouvelles exigences. L’obligation de tester et de certifier les pièges a été mise en place et, depuis mai 1999, les
fabricants doivent apposer une marque sur les pièges certifiés (2).
Malgré une réglementaire commune, la France reste un mauvais élève au niveau européen :
Quand il s’agit d’atrocités menées sur les animaux, la France est malheureusement souvent leader dans le domaine. La France est ainsi le pays européens qui compte le plus de piégeurs : 150 000 (la Bulgarie avec 50 piégeurs est le pays en compte le moins) (1) !!!
La France est le seul pays à utiliser les collets munis d’un arrêtoir pour piéger le chien viverrin et le raton laveur (1)
La France fait partie des 3 pays avec la Belgique et les Pays Bas qui utilisent les pièges de noyade pour tuer les ragondins et les rats musqués (1)
SOURCES ACCIDENTS :
-adpag.fr – piégeurs agréés Gironde- 2017
-Est Républicain – 17 juillet 2011- (Spéculos)
-Sudouest.fr- juin 2018 ( Landes)
-la dépêche.fr – mars 2014 ( Gouffy)
-aspas-Goupil no 111
-picardie nature-Somme- avril 2016-
-Le Bien Public- Cote d’Or-Association Respectons
SOURCES PIEGEAGE EN EUROPE
(1) Talling J.C. & Inglis I.R. (2009) Improvements to trapping standards.DG ENV, websiteaddress
(2) Christophe, D. (2003). Le piegeage à l’aube du XXIeme siècle. Aspects socio-economiques, legislatifs
et pratiques. Thèse.
Stop à la maltraitance animale – Aidez Animal Cross à sauver des vies
Animaux susceptibles d’occasionner des dégâts : STOP au injustices
Engagé pour la nature
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