La pie bavarde, la mal aimée

La pie bavarde, la mal aimée

Victime de préjugés néfastes, injustifiés et tenaces, la pie est facilement repérable avec sa robe blanche et noire, sa longue queue et son bec puissant. Classée « susceptible d’occasionner des dégâts », elle est piégée et tirée tout au long de l’année. On notera toutefois qu’elle est sortie de la liste des « nuisibles » dans 34 départements.

On estime sa population à 350 à 700 000 couples(2009-2012) (1) mais on sait qu’elle a sévèrement décliné depuis 1989. Une conséquence des destructions locales en secteur rural et du piégeage en Vendée(2). De plus, d’après les données du STOC, la population de pies entre 2002 et2016 a chuté de 16 %.


Evolution de l’indice d’abondance de la population nicheusede Pie bavarde Pica pica en France (Jiguet 2016)

La pie visite nos jardins, y niche parfois et fréquente les parcs des villes. Ses cris et ses jappements sonores la signalent aussi dans la frondaison des arbres qu’elle fréquente.

A la campagne, la pie fait l’objet d’une véritable persécution. Elle est accusée de rentrer en concurrence avec les pratiques agricoles, d’élevage et surtout de chasse. On raconte qu’elle pille les réserves de jeunes petits gibiers, de petits oiseaux et de mammifères. Ces accusations ne reposent pourtant sur aucune base scientifique, même si elle peut prédater occasionnellement une couvée, surtout si elle est dérangée.

En ville, les persécutions sont plus rares, les milieux moins traités chimiquement. Les populations de cette espèce se sont ainsi déplacées des milieux ruraux vers les agglomérations où leur densité peut atteindre 3 à 5 couples au km2 contre 0,8 à 1,8 à la campagne.

On estime que quelques milliers de pies sont victimes de persécutions directes ou indirectes dans de nombreuses régions. L’impact de sa destruction n’est pourtant pas évalué au niveau national.

Un rôle de nettoyeuse


La pie joue un rôle sanitaire très important puisqu’elle est nécrophage et contribue à nettoyer le sol des déchets organiques. Dans les jardins, elle permet d’éliminer de nombreux insectes et limaces.
 
Une réputation injuste et des dommages insignifiants


La pie est omnivore, son régime alimentaire peut varier, mais il est essentiellement constitué d’invertébrés, principalement de coléoptères, de larves, d'escargots et de limaces (3). Elle se nourrit aussi de fruits, de graines et de charognes. Une étude montre en région parisienne que la part des vertébrés dans son régime alimentaire est faible, soit environ 1.6% des prises. (4).
Une étude de la LPO montre que la présence de la pie, même en nombre, ne diminue ni la variété ni la quantité des oiseaux observables en hiver dans les jardins (5). 
Le Collectif Renard Grand Est n’a noté aucun retour d'expérience de cette espèce faisant mention d'une surpopulation de ces animaux, d'une augmentation de dommages pouvant nuire à l’intérêt de la santé et de la sécurité publiques, aux intérêts aquacoles, agricoles et forestiers, ou encore de mise en danger de certaines espèces animales ou végétales, protégées ou non.
 
L’antipathie et l’hostilité envers la pie bavarde n’a donc aucun fondement scientifique.


La pie : espèce protégée au Luxembourg et en Belgique
 
Dans ces deux pays, des opérations derégulation ou de « destruction » sont impossibles pour cette espèce sans l’obtention de dérogations sous certaines conditions très encadrées par la législation nationale.
En Suisse, dans le canton de Genève, la chasse est interdite depuis 1974 et la Pie ne fait pas l’objet de destruction.

  • Issa N. et Muller Y. 2015. Atlas des oiseaux de France métropolitaine. Nidification et présence hivernale. LPO, MNHM, SEOF. Delachaux et Niestlé, Paris.
  • Clergeau P. 2000. Le contrôle des oiseaux ravageurs des cultures : de la destruction à la gestion. Journal of Mountain Ecology 5 : 219-227.
  • Snow D.W. & Perrins C.M., 1998. The birds of the Western Palearctic : concise edition. Volume 2 : Passerines. Oxford University Press, Oxford.
  • Tatner P. 1983. The diet of urban magpies. Ibis 125 : 90-107, Balanca G. Determinism of reproductive success in a magpie population (Pica pica). Gibier Faune Sauvage 4 : 5-27.
  • Chiron F. 2007. Dynamiques spatiale et démographique de la pie bavarde Pica pica en France : implications pour la gestion. Thèse de Doctorat. Muséum national d’Histoire naturel, Paris.
Le renard : animal nuisible ou précieux ami des agriculteurs et de la nature ?

Le renard : animal nuisible ou précieux ami des agriculteurs et de la nature ?

600 000 à 1 million de renards sont tués chaque année en France. Leur statut de « nuisibles » leur vaut d’être détruits  par tir, piégeage et déterrage toute l’année, sur la quasi-totalité du territoire, par des méthodes barbares injustifiées. Et pour quel motif ?

« Pour le chasseur, le renard est un destructeur de gibier et de volaille, donc un ennemi que l’on cherche à anéantir par tous les moyens » explique-t-on sur la fiche renard du magazine Chassepassion.net. Les chasseurs leur reprochent essentiellement de leur faire concurrence en prélevant à leur place. Ces quelques 20 millions d’animaux, peu adaptés à la vie sauvage, sont des proies faciles pour les renards qui y voient un bon moyen de se nourrir en économisant leurs forces. Ils attaquent aussi les animaux de basse-cour non protégés.

On raconte aussi qu’ils seraient porteurs de zoonoses, maladies transmissibles à l’homme et vice versa. On ne peut plus les accuser de transmettre la rage puisqu’elle a disparu en France fin des années 90 ou début 2000. Il reste donc essentiellement l’échinococcose, une maladie due à un ver plat, pouvant se transmettre à l’homme où il se développe dans le foie.

Alors vraiment nuisibles les renards ? AU CONTRAIRE, ce sont de précieux alliés des agriculteurs et de la nature.

 

Est-il utile de tuer les renards ?

Chez les renards, la proportion de femelles gestantes et le nombre de petits par portée dépendent des ressources alimentaires présentes et du territoire disponible. Sa démographie s’adapte à celle de ses proies (Richard Blackbourn).

Des chercheurs de l’université de Bristol ont mesuré l’impact de l’arrêt de la chasse et du piégeage du renard. Ils ont démontré que l’arrêt de la destruction des renards n’avait pas été suivi d’une augmentation de leur population.

 

Le renard, un ami très utile

De nombreux travaux d’éthologie et d’écologie montrent que la réputation de prédateur nuisible des renards est aujourd’hui dépassée.

 

Un partenaire indispensable des agriculteurs

Avec une consommation de de 3000 à 5500 campagnols par an, les renards limitent leur rôle de ravageur vis-à-vis des céréales et des prairies mais aussi de la forêt en s’attaquant aux campagnols sylvestres (report de prédation). Agriculteur à Chapelle-d’Huin, près de Pontarlier, Michel Pritzy avance même des arguments économiques : « Dans notre ferme familiale où nos vaches produisent du lait à comté, nous avons une obligation de pâturage et notre ennemi, c’est le campagnol qui, lorsqu’il prolifère, réduit les prairies à du caillou. » Les chiffres parlent d’eux-mêmes : toute pullulation de campagnols représente jusqu’à 10 000 € de perte par exploitation. Or, les traitements s’étant avérés inefficaces et même dangereux pour les terres (et donc l’appellation AOC), Michel Pritzy a pris conseil auprès de certains anciens qui lui ont demandé de ménager les renards (ou l’hermine, plus rare). « Et quand je croise un renard, je lui dis merci pour le boulot qu’il fait en éradiquant les campagnols, protégeant ainsi nos récoltes sans avoir besoin de produits chimiques. »

 

Très peu de dégâts auprès des éleveurs

Contrairement à ce que croient certains éleveurs, les renards ne s’attaquent pas aux agneaux, chevreaux et autres veaux nés dans les prairies. En revanche, ils jouent un rôle d’épuration en débarrassant les placentas.

Quant à la réputation des renards « mangeurs de poules », s’il existe il est dérisoire, car ils ne s’attaquent pas aux grands élevages avicoles protégés de toute forme de prédations extérieures. Certes, ils peuvent croquer quelques volatiles ici où là, mais dans des élevages dits familiaux, dont les parcs et les poulaillers sont le plus souvent inexistants ou inadaptés.

 

Equarisseur gratuit, mais également mésoprédateur équarisseur

En hiver, les renards sont souvent dépendants de cadavres (animaux écrasés ou mort de faiblesse ou de maladie). Ils assurent ainsi des fonctions d’équarrissage. Leur capacité de report de prédations se tourne, suivant la pullulation de rongeurs qui reste leur bol alimentaire principal, vers des proies moins nobles. Plus généralement, les renards éliminent dans la nature les individus malades, faibles, blessés, évitant pullulations et épidémies.  Cette sélection contribue à l’assainissement des populations des autres espèces.
Ils jouent également un rôle dispersif par rapport à certaines proies (lapins), les empêchant ainsi de détruire totalement leur environnement.

 

Le renard joue aussi un rôle de dissémination de graines !

Les renards roux complètent leur régime alimentaire notamment par des fruits et des baies quand ces ressources sont abondantes. Il est facile d’ailleurs de le constater en observant des crottes de renard à certaines périodes de l’année. Ils jouent un rôle important dans la dissémination des graines et contribuent à la diversité des arbres et arbustes des paysages ruraux

Certaines de ces espèces végétales qu’ils disséminent ont par ailleurs non seulement une valeur paysagère et patrimoniale mais également une valeur économique si l’on considère par exemple le prix du bois de merisier. Le renard roux rend, là encore, un service écologique appréciable.

 

Le renard, vecteur de santé

La maladie de Lyme est transmise à l'homme via des tiques qui ont été contaminées par des micromammifères porteurs de la maladie tels que les campagnols ou les mulots. A travers leurs activités de prédation sur ces micromammifères, le renard, la fouine ou l’hermine permettent de limiter la propagation de la maladie de Lyme chez l'homme. « Plus il y a de renards, plus les campagnols, porteurs potentiels de la maladie, ont peur et se tiennent en sous-sol », explique Fabien Gréban, photographe animalier professionnel « de sorte qu’ils sont moins infectés par les tiques. D’où des risques nettement plus faibles pour l’homme de contracter la maladie. » C’est aussi la conclusion de deux études conduites l'une aux Etats-Unisl'autre en Hollande.

 

 

 Figure 2 : illustration de l’effet cascade (d’après Hofmeestrer et al., 2017)

En ce qui concerne la transmission de l’échinococoose, Dominique Michelat, naturaliste et professeur, cite une étude sur 4 ans menée dans la région de Nancy, qui a démontré que « non seulement, le fait de tuer des renards ne diminue pas le nombre de ceux porteurs de la maladie mais il tend à l’augmenter.

Car tuer des renards, souvent adultes, provoque un déséquilibre en faveur des jeunes qui se reproduisent d’avantage mais sont aussi plus porteurs de la maladie (85 %) du fait de leur système immunitaire moins développé. Ils présentent donc plus de risques pour la santé publique. »

En Allemagne, des appâts contenant du Praziquantel ont été déposés dans un secteur où 34% des renards étaient contaminés. 14 mois plus tard, seuls 4% des renards étaient encore infectés…

En l’état actuel des connaissances, aucune problématique de santé publique ne justifie le classement nuisible du renard. Aucun critère de menace à la sécurité publique à retenir pour cette espèce autochtone.

Le choix de classer le renard comme nuisible ne prend pas en compte les travaux scientifiques. Dans une note, l’ONCFS reconnaît ne pas travailler sur l’impact des prédateurs sur les micromammifères et pourtant c’est bien sur une note de l’ONCFS que s’appuie des CDCFS et des DDT pour donner des avis et arrêtés visant non seulement à classer le renard nuisible mais également à promulguer des arrêtés préfectoraux autorisant la destruction par tirs de nuit.

Les Commissions Départementales de Chasse et de Faune Sauvage (CDCFS) qui proposent ce classement de « renard roux nuisible » sont composées majoritairement d’acteurs du monde cynégétique.

Changeons notre regard sur le renard. Sortons-le de la catégorie des nuisibles et protégeons-le, dans l’intérêt de tous.

Références bibiographiques

Artois M. et Stahl P. 1991. Absence of dietary reponse in the fox Vulpes vulpes to variations in the abundance of rodents in Lorraine. In B. Bobeck

Sargeant AB. 1978. Fos prey demands and implications to prairie duck production. 

Speakman J.R. 1999. The Cost of Living: Field Metabolic Rates of Small Mammals. . Advances in Ecological Research    30 : 177-297

Travaux de Serafini et Lovari, 1993 ; Grünewald et al., 2010 ; Guitián et Munilla I. 2010 ; Lopez-Bao et Gonzalez-Varo, 2011)

Note de Ruette et al., 2015

Interviews

François vétérinaire naturaliste et président d’honneur de la SFEPM – La Croix le 8/05/2017

Dossier

http://www.renard-roux.fr

Collectif renard Doubs

 

Corbeaux et corneilles : nuisibles ou auxiliaires bénéfiques de la nature ?

Corbeaux et corneilles : nuisibles ou auxiliaires bénéfiques de la nature ?

Ubiquistes, opportunistes et très adaptables, les corbeaux et les corneilles sont pourtant chassables et classés « nuisibles ». On estime qu’il existe en France 800 000 à 1.3 million de couples de corneilles noires (2009-2012), avec un effectif stable (STOC 2002-2015). La population de corbeaux freux est estimée, elle, entre 200 000 et 350 000 couples (2009-2012), sur le déclin à hauteur de 45 % depuis 1989 (Issa et Muller 2015). Des centaines de milliers de corbeaux freux et plusieurs millions de corneilles noires sont tirés et piégés chaque année en France (source LPO). Classés « susceptibles d’occasionner des dégâts » dans 84 départements pour la corneille noire et dans 58 départements pour le corbeau freux, ils sont chassés et piégés toute l’année.

Pourquoi ?

Une ancestrale réputation d’oiseaux de malheur leur colle aux ailes, ils ont même donné leur nom aux dénonciateurs anonymes.

Corneille

Les corneilles sont très consommatrices d’œufs d’oiseaux nicheurs, chassables ou non, comme de petits mammifères sauvages (jeunes lièvres) et de basse-cour ; elles peuvent capturer des poussins. Autant de raisons qui en font l’ennemi juré des chasseurs qui voient en elles des concurrents directs à leur chasse loisir.

On lui reproche surtout les dégâts sur les cultures notamment lors des semis. Or il existe des solutions pour éviter ces problèmes. Un semis effectué immédiatement
après le travail du sol et enfoui suffisamment profondément leur échappera. De plus, des haies proches des cultures favorise la présence des rapaces et contribue à éloigner les corvidés.

 

Corbeau

Les corbeaux freux sont, eux, plus la cible des agriculteurs pour les dégâts qu’ils occasionnent sur le maïs, le blé, le tournesol ou les jeunes pousses.

Oiseaux très intelligents, les corneilles et les corbeaux freux sont des opportunistes qui s’adaptent remarquablement aux changements ; c’est pourquoi ils se dirigent en masse vers les villes où la nourriture y est abondante. On notera par exemple qu’une de leur capacité à s’adapter est l’hybridation de la corneille noire avec la corneille mantelée qui, elle, est protégée.

 

Evolution de l’indice d’abondance de la population nicheuse de Corneille noire Corvus corone et du corbeaux freux corvus frugilegus en France  (Jiguet 2016)

Sont-ils mieux accueillis par les citadins ?

Dans les villes, il n’est malheureusement pas rare d’assister, suite à l’intervention de riverains, à des opérations de destruction des nids par les services municipaux réalisées par l’ACCA locale ou en battue administrative sous la responsabilité d’un commandant de louveterie.

Plusieurs centaines de villes en France ont recours à ces méthodes ; les motifs évoqués pour justifier ces opérations sont souvent les mêmes : les nuisances sonores au printemps, à la naissance des petits et l’abondance de fientes. Il faut savoir que la perception humaine du bruit est subjective. Des mesures de niveau sonore réalisées à Berne ont montré que les valeurs émanant des corbeaux freux sont nettement inférieures au niveau sonore du trafic.

Qu’en est-il dans le monde rural ?

La manière dont sont traités les oiseaux capturés (et le plus souvent détruits) échappe à tout contrôle : négligence des piégeurs, tortures et souffrances inutile, empoisonnement, exposition de cadavres, etc.

Un rôle pourtant majeur dans les écosystèmes


Un rôle d’équarrisseur et de nettoyeur

Comme charognard, la corneille, outre son régime principal de fruits et de déchets,  joue un rôle d’équarrisseur clé dans le cycle alimentaire naturel. Dans l’agriculture, elle accomplit même une tâche prépondérante en qualité d’agent sanitaire : des animaux sont régulièrement tués lors du fauchage de la moisson. Il peut s’agir de lièvres, de chevreuils, d’oiseaux nichant directement au sol, de campagnols. Les corneilles repèrent très vite ces cadavres et contribuent naturellement à leurs rapides disparitions. Elles empêchent de cette manière la contamination de l’herbe coupée et préviennent donc la souillure des aliments destinés aux bétails.

Ce sont nos vautours à nous. Elles nettoient nos routes et autoroutes des milliers de victimes du trafic routier (oiseaux, mammifères, insectes, batraciens, etc…).

Dans les campagnes, les corneilles se nourrissent aussi des parasites sur le dos des animaux des vaches et moutons et évitent la propagation de ceux-ci.

Au Puy du Fou, mis en confiance par leurs partenaires humains, 6 corbeaux freux assurent tous les jours le ramassage des mégots et des déchets du parc.

 

Un rôle de protecteur des cultures

Un agriculteur avisé sait reconnaître les services rendus par les corbeaux freux car ils détruisent bon nombre d’insectes « indésirables pour les récoltes agricoles », de petits rongeurs destructeurs de récoltes comme les campagnols et autres micromammifères qui sont une grande source de protéines pour les jeunes.

Une des nourritures des corbeaux freux, et dont ils nourrissent leurs jeunes, sont les gros vers blancs encore inactifs, qui donnent ultérieurement naissance aux hannetons, ennemis si nets de la culture qu’en certains endroits, comme on le sait, ils sont détruits au moyen d’épandages de produits nocifs non sélectifs, au détriment des précieux auxiliaires agricoles que sont les passereaux et autres oiseaux.

 

Un rôle de dissémination des graines

En dehors de la période de reproduction, les corbeaux freux ont une alimentation essentiellement végétarienne. Ils participent ainsi activement à la dissémination des graines et au repeuplement naturel des espèces végétales. Au stade où l’on sait que la pollinisation devient délicate, le rôle de zoochorie de l’avifaune est et reste important.

 

Vers une conciliation entre les maires et les corvidés ?

Le souhait, formulé par l’association des Eco Maires de préserver la biodiversité devait favoriser une meilleure gestion de certains corvidés considérés trop souvent nuisibles dans l’espace urbain.

En avril 2013 par exemple, le maire de Rochefort, convaincu par la LPO, a annulé une battue aux corbeaux en y substituant une nouvelle campagne d’effarouchement (diffusion de sons stridents sur un CD) et un élagage des arbres après la période de nidification. La ville a également consenti à favoriser l’installation desdits oiseaux sur d’autres secteurs pour que les corbeaux puissent y trouver un site de nidification de substitution.

En avril 2015, la ville de Saintes a annulé ses travaux d’élagage qui devaient avoir lieu en période de reproduction des corvidés. Le maire a opté pour des méthodes alternatives.

En Alsace, un programme d’actions a été mis en place, pour une période de trois ans, par la ville d’Haguenau en partenariat avec l’Association Protection Réintroduction Cigognes en Alsace (APRECIAL). Ce programme inclut notamment des méthodes d’effarouchements.

Ces exemples montrent qu’il est possible de mettre fin aux nuisances provoquées par les corvidés sans les tuer.

Source LPO :  https://www.lpo.fr/images/mission_juridique/faq/article_conciliation_maires_corvides.pdf

 

Des oiseaux beaucoup mieux acceptés à l’étranger

Les paysans britanniques estiment que les dégâts aux cultures sont en quelque sorte compensés par le nombre d’insectes nuisibles et petits rongeurs capturés par les oiseaux.

En Suisse, seuls des dégâts importants sont pris en compte. Les plaignants ne demandent pas le tir des oiseaux, mais exigent des méthodes d’effarouchement efficaces.

En Allemagne dans les environs immédiats de grandes colonies de corbeaux freux comptant plusieurs centaines de nicheurs, les pertes n’ont jamais dépassé 0,6 % des semences.

En Belgique, ces espèces sont protégées, sauf dérogation locale et limitée.

 

Les corvidés : des oiseaux géniaux !

Dans un article de Trends in Cognitive Sciences , les compétences les plus singulières qui sont repérées chez les corvidés sont celles dont nous pensons à tort qu’elles nous sont réservées :

  • la permanence de l’objet (un objet qui est retiré de la vue, continue d’exister),
  • la patience (parvenir à différer une récompense pour qu’elle soit plus importante, contrôle inhibiteur de l’impulsion),
  • le voyage mental dans le temps (la possibilité de se déplacer dans le passé ou l’avenir pour anticiper ou retrouver des événements, formes de « mémoire du futur »),
  • le raisonnement (la capacité d’inférer une solution à partir d’éléments partiels isolés et disjoints),
  • la métacognition (savoir que l’on sait),
  • la reconnaissance dans le miroir (l’identification du soi dans l’image que renvoie le miroir),
  • la théorie de l’esprit (l’attribution à autrui d’un point de vue ou de connaissances spécifiques)
  • l’apprentissage vocal (apprendre des vocalisations en provenance de sa propre espèce ou d’autres espèces).

 

Animal Cross demande que les corbeaux et les corneilles sortent de la liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts »

Bibliographie :

Source LPO, Aspas
https://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/06/16/les-villes…
vogelwarte.ch
Ludivine Janssens de la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux
Le Chasseur Français N°662 Avril 1952 Page 202
article de Trends in Cognitive Sciences : « Cognition without cortex » (la cognition sans le cortex), Onur Güntürkün et Thomas Bugnyar, respectivement de Bochum (RFA) et Vienne (AUT) font le bilan des études ayant porté sur les facultés cognitives des oiseaux, notamment les plus étudiés : les corvidés (Grand Corbeau, Corneille, Pie…) et perroquets. Le résultat est impressionnant.

La belette, si discrète mais tellement persécutée

La belette, si discrète mais tellement persécutée

Belette

La belette est un animal protégé en Italie, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg.
En France, on ne sait pas très bien combien il y a de belettes. Il n’existe pas de méthode validée permettant de les dénombrer. La belette est une espèce pour laquelle les données restent rares du fait de sa petite taille et son comportement très discret. Pourtant, les belettes sont classées espèce chassable et « nuisible », même si personne ne sait très bien qui tire ou piège les belettes non plus.
On notera aussi que la belette n’héberge aucun parasite transmissible à l’homme.
Mais que lui reproche-t-on alors ?
La belette peut être à l’origine de prédations sur les élevages avicoles (poussins et pigeons) et cunicoles (lapereaux) et dans les basses-cours de particuliers. Mais là encore, c’est très vague, parce que très difficile à quantifier, ou méconnu, ou marginal, et aussi parce qu’on ne sait pas très bien si c’est du à la belette ou à une autre espèce… Et il est aisé de protéger les petits élevages d’une incusion de belette en y plaçant un fin grillage !

 

Une aide précieuse pour les cultures

La belette est  » inféodée aux petits rongeurs et, en particulier, sous nos contrées, aux campagnols des champs… Les petits rongeurs représentent presque la totalité des proies consommées (58 à 99 %) » explique-t-on dans le Bulletin mensuel n° 98 de l’Office National de la Chasse.

Sa réussite tient principalement aux effectifs de campagnols ; ce qui peut entraîner d’importantes variations dans la population des belettes.

Une belette consomme environ 630 rongeurs chaque année.

Et la DREAL de Haute-Normandie de confirmer : « La belette est un prédateur des souris et des rats (qui s’attaquent à la volaille, au gibier et aux oiseaux), elle détruit des quantités énormes de campagnols et de rongeurs nuisibles (qui s’en prennent aux cultures). Au vu de son alimentation spécialisée, la belette ne devrait donc pas être classée parmi les espèces nuisibles. Un déclassement de la liste des nuisibles serait même fortement souhaitable.

Malheureusement, certains chasseurs ou piégeurs ignorent les travaux scientifiques sur l’alimentation de la belette et continuent de croire aux vieux préjugés. »

Sortons la belette de la catégorie « nuisibles ». Inscrivons la belette sur la liste des animaux protégés dans tous les départements !

Le 29/10/2018

Bibliographie

Rapport Lang, 2009
Etude 2009 du Dr vétérinaire B. Béfort à la fédération de Chasse du 76 sur les « nuisibles de Seine-Maritime »
Dréal Haute-Normandie 2010 – Note sur l’intérêt économique de certaines espèces dites « nuisibles » en Haute Normandie
Bulletin mensuel n° 98 de l’Office National de la Chasse.

La martre, une cousine forestière de la fouine

La martre, une cousine forestière de la fouine

Martre

La martre est une proche cousine de la fouine. Nous n’avons pas pour elle de données plus fiables que pour la fouine. Il est donc impossible d’avoir une idée précise des densités de martres et donc de l’impact du piégeage sur celles-ci. Et l’on confond souvent, plus ou moins volontairement, putois, vison, martre et fouine.

Que lui reproche-t-on ?

Les dommages attribués aux martres concernent des cas de prédation sur les élevages avicoles et cunicoles. Pourtant, des études prouvent que les lapins et les lièvres ne représentent que 0,3 à 3,2 % du régime selon les régions de France.

Ce que les chasseurs craignent en fait, c’est qu’elle s’attaque aux faisans d’élevage relâchés par les chasseurs. Pourtant, Le gibier est pratiquement absent du régime. Elle serait également à l’origine de déprédations sur des ruchers.

 

Une aide pour les agriculteurs

La nourriture de base de la martre reste les micromammifères (80% des mammifères capturés) qui sont chassés toute l’année : il s’agit surtout des campagnols (roussâtre, agrestre surtout), des mulots, mais aussi des musaraignes.

Sa ration alimentaire de 150 grammes par jour est comparable à celle de la fouine.

 

Sortons la martre de la liste des « nuisibles ». Inscrivons la martre sur la liste des animaux protégés dans tous les départements !

 

Bibliographie de la martre

Dréal Haute-Normandie 2010 – Note sur l’intérêt économique de certaines espèces dites « nuisibles » en Haute Normandie

Marchesi, 1985 ; Baudvin et al, 1985 ; Baud, 1981 ; Mouchès, 1983)

Le gibier est pratiquement absent du régime : moins de 0,1% du régime dans l’étude de Baudvin et al, 1985 ; 0,5% dans l’étude de Barataud, 1991.

La fouine, le mustélidé le plus piégé de France

La fouine, le mustélidé le plus piégé de France

Son habitat anthropophile fait de la fouine le mustélidé le plus piégé de France. 14 938 individus l’ont été en 2007-2008. Aucune donnée ne permet actuellement de mesurer l’effectif des fouines, ni l’impact de ces prélèvements sur les populations de fouines. Il est cependant probable que ses effectifs baissent.

Il est dit par les chasseurs que la fouine cause des dommages aux habitations puisqu’elle recherche les environnements la mettant à l’abri des variations thermiques tels que les combles des maisons et des édifices, les tas de pailles, les ruines ou les terriers abandonnés. Elle peut ainsi occasionner des dégâts dans les habitations (aux matériaux d’isolation, parfois aux véhicules) et est également accusée de nuisance sonore et mauvaises odeurs notamment à la période du rut et de l’élevage des jeunes.

Des dommages aux élevages avicoles sont également imputés à la fouine. Par manque d’outil simple permettant de quantifier les pertes et sans reconnaissance fiable des prédateurs, on évalue mal ces dommages. Et l’on confond souvent, plus ou moins volontairement, putois, vison, martre et fouine.

Des arguments parfaitement choisis pour que la fouine soit classée au rang des espèces considérées comme nuisibles.

Quel dommage puisqu’au contraire la fouine présente des intérêts non négligeables pour les activités agricoles, les écosystèmes et la santé publique.

 

La fouine, intéressante pour les agriculteurs, les écosystèmes et la santé publique

Une partenaire idéale pour les agriculteurs

La fouine réalise d’importants prélèvements dans les populations de petits rongeurs responsables de nombreux dégâts agricoles.

Les espèces les plus souvent capturées sont les campagnols, les mulots, les musaraignes et le surmulot qu’elle est l’un des rares carnivores proches de l’homme à attaquer avec succès.

 

Un rôle de dératisation

La fouine assure également une hygiène sanitaire autour des habitations du fait de ses préférences alimentaires pour les rongeurs, et de sa prédation exercée sur le “rat d’égout”. A l’époque romaine, elle était d’ailleurs adoptée pour capturer les souris et dératiser les habitations.

 

Une police sanitaire des écosystèmes

Le régime alimentaire extrêmement varié, quasi omnivore de ce petit mustélidé lui confère un rôle de police sanitaire au sein des écosystèmes. La fouine consomme des insectes, des vers de terre et toutes sortes de déchets divers abandonnés par les hommes. Elle réalise également un rôle de nettoyeuse des fèces présents dans la nature ne laissant que la partie humus, ce qui permet ainsi d’éviter la contamination du sol en pathogènes.

 

Sortons la fouine de la catégorie « nuisibles ». Inscrivons la fouine sur la liste des animaux protégés dans tous les départements !

Le 29/10/2018

 

Bibliographie de la fouine

Lang (2009) – Rapport de l’étude sur la notion d’espèce nuisible

http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/mammiferes/carnivores/petits/FS295_albaret_petit_carnivore_2008.pdf

LIBOIS R. (1991) – La fouine. Encyclopédie des carnivores de France. S.F.E.P.M., 53 p.

http://www.naturemp.org/Fouine.html

Nicole Lâchât Feller (1993) – (Thèse) Eco-éthologie de la fouine (Martes foina Erxleben, 1777) dans le Jura suisse

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