Depuis l’entrée en vigueur, le 10 juillet 2026, d’un arrêté modifiant les règles de chasse, les chasseurs peuvent utiliser les dispositifs de localisation de leurs chiens pendant toute l’action de chasse. Le texte supprime également les restrictions nationales qui limitaient l’utilisation des chiens, de la battue et de la traque pour chasser le chamois, l’isard et le mouflon. Présentées notamment comme une évolution favorable à la sécurité, ces nouvelles règles posent pourtant de sérieuses questions pour Animal Cross, tant pour les chiens que pour la faune sauvage. [1]

Chien de chasse dans un environnement naturel
Chien de chasse — photo d’illustration.
Photo : KNDS4413 /

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Le GPS : une sécurité… mais limitée

Lorsqu’ils sont lâchés pendant une chasse, les chiens échappent souvent au contrôle de leur maître. En parcourant de grandes distances, ils peuvent traverser des routes, être percutés par des véhicules ou se retrouver confrontés aux animaux qu’ils poursuivent. Animal Cross documentait déjà ces risques dans Article 0, notamment les blessures provoquées par le gibier, les barbelés et autres obstacles, ainsi que les accidents de la route survenant lors d’une poursuite.[3]

Pour Animal Cross, le chien de chasse n’est pas un outil cynégétique : c’est un être sensible dont le chasseur est responsable.

Le GPS peut être un outil de sécurité utile, mais il ne règle pas le problème de fond : l’exposition des chiens aux dangers lorsqu’ils sont lâchés à la poursuite d’animaux sauvages.

Pouvoir localiser un chien en permanence peut, en théorie, améliorer sa sécurité. La nouvelle réglementation précise d’ailleurs que les dispositifs de localisation doivent être utilisés « dans le seul but » de rechercher les chiens, d’assurer leur sécurité et de prévenir les collisions.[1]

Mais localiser un chien ne signifie pas pouvoir le mettre immédiatement en sécurité. Lorsqu’un chasseur doit gérer plusieurs chiens dispersés sur un territoire, savoir que l’un d’eux approche d’une route ou s’est fortement éloigné ne garantit pas qu’il puisse intervenir assez vite.

Pourquoi le GPS était-il jusqu’ici limité pendant la chasse ?

Avant cette réforme, la réglementation précisait que les dispositifs de localisation des chiens ne pouvaient être utilisés qu’après l’action de chasse pour les rechercher, tout en prévoyant leur utilisation pour assurer leur sécurité et prévenir les collisions lors d’une chasse à tir.[2]

Depuis le 10 juillet, cette restriction temporelle a disparu. Les chasseurs peuvent donc consulter la localisation de leurs chiens pendant l’action de chasse, même si la réglementation maintient une finalité stricte : rechercher les chiens, assurer leur sécurité et prévenir les collisions.[1]

Mais cette évolution soulève une question pour Animal Cross :

le GPS pourrait-il aussi, dans les faits, faciliter la chasse ? Lorsqu’un chien poursuit un animal sauvage, connaître précisément sa position pourrait indirectement renseigner le chasseur sur la position ou les déplacements de l’animal poursuivi.

Le texte n’autorise pas l’utilisation du GPS pour rechercher le gibier. Animal Cross s’interroge donc sur les modalités de contrôle et sur les garanties permettant de s’assurer que cet outil ne soit pas détourné de la seule utilisation prévue par la réglementation.

Une mauvaise nouvelle pour la faune sauvage

L’arrêté va plus loin : il abroge les restrictions qui encadraient jusqu’ici l’emploi des chiens ainsi que la chasse en battue ou en traque du chamois, de l’isard et du mouflon.[1][2]

Avant le 10 juillet 2026, l’emploi des chiens pour le chamois et l’isard n’était autorisé que dans trois départements : Haute-Savoie (74), Territoire de Belfort (90) et Vosges (88). La battue ou la traque n’était autorisée que dans l’Ain (01), les Alpes-Maritimes (06), la Haute-Savoie (74), le Territoire de Belfort (90) et les Vosges (88).

Pour le mouflon, l’emploi des chiens n’était autorisé que dans les Ardennes (08), l’Aveyron (12), la Dordogne (24), le Gard (30), l’Hérault (34), les Pyrénées-Orientales (66), la Savoie (73), la Somme (80), le Tarn (81) et les Vosges (88). La battue ou la traque bénéficiait d’une liste d’exceptions légèrement différente.[2]

Isard Rupicapra pyrenaica dans un paysage de montagne
Isard (Rupicapra pyrenaica) dans les Pyrénées espagnoles — photo d’illustration.
Photo : Bouke ten Cate /

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Pour Animal Cross, c’est une très mauvaise nouvelle.

Un animal poursuivi par des chiens ne subit pas seulement le risque d’être tué. Il doit interrompre ce qu’il faisait — se nourrir, se reposer ou se déplacer — pour fuir. La poursuite provoque du stress et impose une dépense énergétique supplémentaire.

Ce mécanisme n’est pas seulement théorique. Une étude expérimentale publiée en 2020 sur des élans poursuivis par des chiens de chasse a observé une augmentation du rythme cardiaque et de la température corporelle, ainsi que des déplacements plus importants. Les animaux parcouraient en moyenne 4,2 km supplémentaires le jour de la poursuite et consacraient ensuite davantage de temps au repos. Les chercheurs soulignent que, lorsque ces dérangements sont fréquents, cette dépense énergétique et la réduction du temps disponible pour s’alimenter pourraient affecter l’état corporel et la reproduction.[4]

Cette étude porte sur des élans en Scandinavie et ne permet donc pas de quantifier directement l’effet de la nouvelle réglementation sur les chamois, isards et mouflons français.

Pour Animal Cross, le problème ne se limite d’ailleurs pas aux espèces recherchées. Les chiens parcourent un territoire où vivent de nombreux autres animaux sauvages. Leur présence et leurs poursuites peuvent accroître le dérangement d’animaux qui ne sont pourtant pas visés par la chasse.

Mouflon dans le massif du Caroux
Mouflon dans le massif du Caroux, Parc naturel régional du Haut-Languedoc — photo d’illustration.
Photo : Fagairolles 34 /

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Pour Animal Cross, cet arrêté va dans la mauvaise direction

Pour Animal Cross, cette modification réglementaire est d’autant plus préoccupante qu’elle est passée largement inaperçue, alors qu’elle modifie concrètement les conditions d’utilisation des chiens à la chasse et élargit les possibilités de traque de plusieurs espèces.

Animal Cross n’est pas opposée au GPS lorsqu’il sert réellement à protéger et retrouver un chien. Mais nous refusons que la sécurité apportée par cet outil masque deux questions essentielles : pourquoi exposer ces animaux à autant de dangers en les lançant à la poursuite de la faune sauvage ? Et cet outil peut-il devenir, dans les faits, un facilitateur de la chasse ?

Nous sommes également opposés à l’élargissement de l’utilisation des chiens, de la battue et de la traque pour le chamois, l’isard et le mouflon.

La faune sauvage subit déjà de nombreuses pressions humaines. À notre sens, cette pression supplémentaire peut avoir des répercussions sur l’ensemble de l’écosystème en multipliant, pour les animaux, les situations de stress, les dépenses d’énergie et les interruptions de repos ou d’alimentation.

Animal Cross s’inquiète de mesures de plus en plus permissives en matière de chasse, alors que le vivant a cruellement besoin de repos et de tranquillité, d’autant plus après les conditions climatiques exceptionnelles subies cet été.

Sources et références

[1] Ministère de la Transition écologique — 25 juin 2026.
Arrêté du 25 juin 2026 modifiant l’arrêté du 1er août 1986 relatif à divers procédés de chasse, publié au Journal officiel du 9 juillet 2026 et applicable à compter du 10 juillet. Il modifie les règles relatives à la localisation des chiens et abroge le II de l’article 8.
Consulter la source sur Légifrance
[2] Légifrance — Arrêté du 1er août 1986, version applicable avant le 10 juillet 2026.
Articles 7 et 8 : ancienne réglementation concernant les dispositifs de localisation et restrictions relatives au chamois, à l’isard et au mouflon.
Consulter la source sur Légifrance
[3] Animal Cross — juillet 2024.
Article 0, chapitre 5 « Les chiens de chasse, des armes au service des hommes », notamment p. 76-81. Animal Cross y documente les risques auxquels sont exposés les chiens à la chasse — blessures infligées par le gibier, obstacles, éclats de plomb et accidents routiers — et défend à terme la limitation de leur utilisation à la recherche d’animaux blessés.
Découvrir Article 0 sur le site d’Animal Cross
[4] Græsli A. R. et al. — 2020.
Physiological and behavioural responses of moose to hunting with dogs, Conservation Physiology, vol. 8, coaa122. Étude menée sur huit femelles élans en Scandinavie lors de poursuites réelles ou expérimentales avec chiens ; elle met en évidence des réponses physiologiques, comportementales et énergétiques à la poursuite.
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