10 Oct 2019
Les chiens de chasse ? « Ils sont nés pour ça ! » « La chasse ne fait qu’utiliser leur instinct naturel. » Est-ce vraiment le cas ? D’où viennent ces races de chiens, utilisées pour repérer, courser, marquer l’arrêt, rapporter, voire tuer les animaux sauvages ? Issues de l’évolution naturelle ou artefacts créés par les hommes pour servir leurs viles passions ?
D’où viennent les chiens de rue ?
En regardant les chiens cherchant leur nourriture dans les décharges de Mexico, de Casablanca, ou Bombay, beaucoup d’entre nous penseraient : « ce sont des chiens de rue, des bâtards, des croisés ». L’idée sous-jacente est que les chiens de race sont les ancêtres des chiens de village. De nombreuses personnes ont tendance à penser que si un chien ne ressemble pas à un chien de race d’une société canine, alors c’est un hybride ou un bâtard.
En réalité, les races de chiens sont issues d’une sélection génétique artificielle pratiquée par l’homme.
Avant 1861, l’absence d’uniformité
En 1755, Buffon, célèbre scientifique naturaliste, écrivait que « dans un même pays, un chien diffère beaucoup d’un autre, et entre les climats, les espèces semblent changées. De ce fait, le nombre et le mélange des races sont si grands qu’il est presque impossible de les reconnaître ou de les énumérer¹».
« Les variétés de chien sont extrêmement nombreuses et, comme elles sont apparemment produites par les croisements, il y a à peine de limite au nombre qui peut être décrit2», note un des auteurs les plus connus en Angleterre en 1859. Les termes utilisés sont « variété de chien », « sorte », « type »,
« tribu », « race ». « À l’intérieur de ces groupes, la variation de forme était normale et attendue, avec des étendues de taille, couleur et autres caractéristiques. La fonction du type de chien était liée à la forme, avec des capacités, un caractère et un tempérament caractéristiques (…) Il n’y avait pas d’attente d’uniformité dans les variétés³.»
Les races de chien, une création récente pour fixer artificiellement des caractéristiques qu’on fait ensuite passer pour « naturelles »
« La “fixation” des caractères, indissociable de la notion de standard, n’est réellement apparue qu’à partir du XVIe siècle pour les chiens de chasse. Elle s’est poursuivie aux XVIIe et XVIIIe siècles avec un essai sur l’arbre généalogique des races de Buffon et, surtout au XIXe siècle, avec l’essor de la cynophilie (passion pour les chiens NDLR), consacrée par les premières expositions canines de Londres en 1861, puis de Paris en 1863⁴». Une classe moyenne citadine s’est développée et a pris le chien comme animal de compagnie. S’en est suivie la recherche de critères esthétiques, alors que les races plus anciennes étaient davantage sélectionnées selon l’utilité des animaux, pour la conduite des troupeaux, la garde ou la chasse.
Les variations à l’intérieur d’une race ont ensuite diminué, avec de plus en plus de chiens qui se rapprochaient du standard de la race, créant une uniformité. Le standard lui-même demeurait en évolution selon les types de chien, mais le principe de l’uniformité par rapport au standard se maintenait⁵.
Au XIXème siècle, l’idée de progrès comme domination et maîtrise de la nature était importante, et développer des races de chien était en accord avec la pensée ambiante. Des chiens relativement proches étaient croisés ensemble pour sélectionner des génotypes et phénotypes spécifiques. Il ne faut en effet pas plus de 5 à 8 générations de chien, soit quelques dizaines d’année seulement, pour parvenir à des races ayant les caractéristiques recherchées, exprimant certains gènes au détriment des autres.
L’exposition internationale de 1915 présente les races de chien existant à cette époque
On cherchait à « améliorer les races7 », comme l’écrit encore aujourd’hui la Société Centrale canine. En termes plus basiques, on peut dire qu’on cherchait à maîtriser la génétique des animaux pour livrer des caractéristiques correspondant à ce qui était recherché : le flair, l’endurance, la taille des animaux, l’aboiement etc. pour les chiens de chasse par exemple. Ainsi, dire que les setters marquent naturellement l’arrêt revient à constater que les sélections génétiques pour fixer cette caractéristique chez cette race de chien ont bien fonctionné.
Les races de chiens de chasse ont permis et permettent toujours d’asservir les animaux en remplaçant les caractéristiques et l’instinct naturel par les caractéristiques et l’instinct de la race.
C’est comme si on avait croisé ensemble dans un groupe d’athlètes les marathoniens avec les marathoniens, les sauteurs en hauteur avec les sauteurs en hauteur et les lanceurs de marteau avec les lanceurs de marteau. Au bout de plusieurs générations, le résultat correspond à des types d’hommes et de femmes spécialement adaptés à courir le marathon, sauter en hauteur, lancer le marteau.
Il n’est pas surprenant dans ces conditions que des chercheurs américains, spécialistes des études génétiques, aient récemment pu identifier chez les chiens de chasse des gènes très spécifiques expliquant leurs performances sportives, y compris la fonction cardiaque, l’appareil musculaire, les fonctions neurologiques⁷.
« La différence entre avant et après les races peut être comparée à la manière dont les couleurs apparaissent dans un arc-en-ciel et dans une sélection des couleurs pantone. L’arc-en-ciel a différentes couleurs mais elles se mélangent entre elles. La sélection de couleurs Pantone est un jeu de couleurs distinct, séparé et uniforme. Le faible nombre de races au début du XIXème siècle sont comme les 7 couleurs de l’arc-en-ciel alors que les 204 races maintenant reconnues par le Kennel club anglais (équivalent de la société canine française) sont comme autant de couleurs Pantone⁸.
Parmi les races de chiens de chasse, certaines sont plus anciennes et ont été améliorées au XIXème siècle, d’autres ont été créées après
Ainsi parmi les chiens anglais, qui sont dominants à la chasse, les Pointers, Setters et Spaniels sont des types de chiens déjà présents au début du XIXème siècle.
Au sein d’un type de chien, une grande variété existait. Par exemple, un auteur de l’époque écrivait à propos des Cockers (Spaniels) qu’il y a tellement de variétés « qu’il est impossible d’en donner une description spécifique⁹».
Comparé à son ancêtre espagnol, le Pointer anglais avait déjà été « amélioré ». La variété anglaise avait une forme, des jambes et des pieds très différents. Le chien choisi pour être le prototype du Pointer, un chien nommé Major, était exceptionnellement grand pour un Pointer, dans le but d’être plus efficace à la chasse10.
Le Retriever est apparu au XIXème siècle, en même temps que la chasse à la battue. Sa principale caractéristique devait être de ne pas abîmer le « gibier »11.
Le chien courant suisse (exemple le Lucernois) est apparu dans les années 1930.
Alors que le Braque allemand serait issu de croisements au Moyen Age, ses caractéristiques ont été fixées plus récemment, en 1897. Il aurait ensuite été croisé dans les années 1920 à 1930 avec le Doberman et le Pointer pour donner sa forme actuelle.
Les races ont multiplié les problèmes de santé chez les chiens

Basset Hound aujourd’hui
Les chiens trapus et longs, essentiellement les chiens courants, en offrent un bon exemple12.
Les races de chiens officiellement reconnues sont classées en 10 groupes distincts, eux-mêmes divisés en sections, créés en fonction des origines, des comportements et spécificités de chaque race. Les chiens trapus et longs, comme les chiens courants pour la chasse, sont sélectionnés pour leurs aptitudes morphologiques, olfactives, psychiques et de train (endurants et rapides). Sur les dix groupes, ils constituent le 6ème groupe, avec 74 races de chiens courants et de recherche au sang dans le monde. Les plus recherchés sont le Basset hound et le Beagle.
De nombreuses tares génétiques apparaissent, car la sélection dans les élevages se fait surtout sur des critères de race hyper typées avec une forte consanguinité.
On favorise à la fois des caractères recherchés mais on sélectionne aussi des allèles récessifs désavantageux pour l’espèce. Les maladies génétiques sont normalement rares mais si elles apparaissent, elles sont la plupart du temps dues à des allèles récessifs. Et si l’allèle dominant, dit « normal » est présent, la maladie ne s’exprime pas. Mais si seuls les allèles déficients récessifs sont présents, l’anomalie génétique s’exprime et l’individu ne pourra transmettre à sa descendance que cet allèle déficient. En résumé, si les caractères recherchés deviennent fréquents, il en est de même pour les maladies génétiques dont l’origine est la présence unique d’allèles déficients (on dit que l’individu est homozygote pour un gène). Parmi les problèmes génétiques les plus souvent rencontrés chez les chiens de chasse, celui des chiens courants est récurrent.Les chiens courants ont une homogénéité de type morphologique. Ils souffrent de pathologies du squelette (retrognathisme, dépassement de la mandibule) et d’affections de l’oeil et de l’oreille.
Le bassetisme, raccourcissement du corps par rapport au modèle original, est dû à des mutations génétiques qui modifient le développement des os pendant la vie intra-utérine : cette pathologie s’appelle l’achondroplasie. La sélection a fixé ce caractère pathologique chez les Bassets.
Le Basset hound, en raison de sa morphologie particulière, de ses longues oreilles et de ses yeux tombants, est sujet à la dysplasie du coude et de la hanche13, à des problèmes oculaires (entropion, ectropion : enroulement des paupières qui entraine des conjonctivites, glaucomes, cataractes), à des otites dues à un manque d’aération des oreilles, des chondrodysplasies, des hernies discales et des hernies inguinales.

Teckel aujourd’hui
Le Basset artésien présente de l’anxiété paroxystique avec des troubles cardio-pulmonaires de transmission héréditaire.
Le Beagle souffre lui aussi des complications liées aux déformations du squelette de ces races achondroplasiques. Il est souvent sujet à des crises d’épilepsie, et la hernie ombilicale et la sténose pulmonaire sont fréquentes.
L’évolution du dernier siècle a accentué certaines caractéristiques comme le bassetisme chez le Basset hound et le Teckel, qui appartiennent au 4ème Basset hound groupe de chiens de race 14.
Quelles solutions pour les chiens de race ?
Force est de constater que les sélections des races diminuent la santé, le confort et l’espérance de vie de ses compagnons.
Au minimum, réduire les problèmes de santé
La sélection des races doit être durable, en tenant compte de la diversité génétique et en empêchant les problèmes liés à l’hérédité.
Certains pays l’ont déjà pris en compte.
La loi norvégienne sur le bien-être animal stipule que la sélection des races doit conduire à des animaux robustes et en bonne santé. La sélection des races ne doit pas être utilisée pour :
– changer les traits héréditaires en affectant les fonctions physiques ou mentales des animaux de manière négative, ou poursuivre une sélection qui a développé ces traits,
– diminuer la capacité de l’animal à avoir un comportement normal. Les animaux diminués ne doivent pas pouvoir se reproduire.
Dans la Déclaration Universelle des droits de la Terre-Mère, rédigée en Bolivie en 2008, chaque être vivant a le droit « de ne pas être génétiquement modifié ou transformé d’une façon qui nuise à son intégrité ou à son fonctionnement vital et sain » (article 2).
Cette même idée est reprise par l’article 6 de la Déclaration des droits de l’animal, rédigée par la Ligue Française des Droits de l’Animal (LFDA) : « Aucune manipulation ou sélection génétique ne doit avoir pour effet de compromettre le bien-être ou la capacité au bien-être d’un animal sensible. »
Notre demande
Introduire dans le Code rural, sur le modèle de la loi norvégienne, des limitations à la sélection génétique engendrant les races de chiens. La sélection des races de chien ne doit pas être utilisée pour :
– changer les traits héréditaires en affectant les fonctions physiques ou mentales des animaux de manière négative, ou poursuivre une sélection qui a développé ces traits,
– diminuer la capacité de l’animal à avoir un comportement normal. Les animaux diminués ne doivent pas pouvoir se reproduire.
Chez les chiens de chasse, stopper les naissances des races de chiens courants, les plus touchés, par exemple.
Systématiser le dépistage des chiens en mauvaise santé du fait de problèmes génétiques, de manière à les empêcher de se reproduire.
Dernière minute
Un article du Journal La chasse d’octobre 2019 confirme tout à fait nos dires sur les chiens de chasse
Il s’agit d’une revue écrite par des chasseurs pour des chasseurs.
L’article s’intitule « Sommes-nous à la hauteur de nos chiens ? ».
« si un très grand nombre d’entre nous avons une excellente attitude vis-à-vis de nos chiens, cela n’empêche pas d’observer sur le terrain des choses parfaitement condamnables et indignes[…] la plupart de nos contacts ont préféré témoigner anonymement,[….]ce qui en dit long sur la sensibilité à ce sujet. »
« Dans le monde du chien courant, est pointé de manière récurrente le fait que les chiens sont devenus, notamment avec les meutes dédiées au sanglier, « de véritables consommables » à durée de vie limitée. En cause, les affrontement avec le sanglier qui causent de lourdes pertes. Selon Fabrice « les piqueux* recherchent des chiens « de contact » que la sélection a rendu globalement peu prudents et qui favorisent le ferme * parfois un peu pour le plaisir du spectaculaire ». Sur le terrain, cela se traduit par des chiens mutilés dont bon nombre chaque année ne se relèvent pas et une espérance de vie globale des chiens de sanglier très réduite… » Le même Fabrice cité dans l’article constate des meutes mal nourries, ou mal soignées. Il renchérit : « on ne peut pas nourrir une meute avec des carcasses de poulets récupérés auprès des abattoirs ».
Un autre témoin Julien, chasseur gardois « déplore de voir des chiens peu entrainés [au moment de la chasse ] après 7 mois de chenil sans sorties, qui attaquent la chasse dans un état physique déplorable »
A propos des chiens d’arrêt, l’auteur de l’article note « la course à la performance et la recherche de chiens de issue de champions trialers montre aussi ses limites, toujours au détriment du chien. Les setters anglais en sont un bon exemple. En raison d’une sélection qu’impose un rythme contestable recherché en field *, ils deviennent souvent très nerveux, psychologiquement instables, voire fragiles, une fois remis dans les mains des chasseurs qui confondent hélas de plus un être vivant et un outil . Et quand ces chasseurs pressés d’obtenir un chien efficace ont entre leur mains des colliers électriques ils achèvent de « blinker »* des chiens dégoûtés de la chasse dont ils se débarrassent âgés de quelques mois à peine au motif « qu’ils n’arrêtent pas », relate Laurent Pagouapé, dresseur de chiens d’arrêts. Cela est lamentable et pourtant bien réel. Combien d’excellents chiens payent de leur vie la médiocrité de leur maître ? »
L’auteur de l’article appelle les chasseurs à être vigilants quand ils voient ces situations au cours des chasses.
‘* les piqueux mènent les meutes de chien. « le ferme »=le contact avec les sangliers, « en field » sans doute en plaine, « blinker » avec les colliers électriques les chasseurs envoient des décharges électriques au chien
Sources
(1) The invention of the modern dog. Michael Worboys, Julie-Marie Strange, Neil Pemberton. John Hopkins University Press. 2018. Traduction Animal Cross – p. 2
(2) The invention of the modern dog. Michael Worboys, Julie-Marie Strange, Neil Pemberton. John Hopkins University Press. 2018. Traduction Animal Cross – p. 52
(3) The invention of the modern dog. Michael Worboys, Julie-Marie Strange, Neil Pemberton. John Hopkins University Press. 2018. Traduction Animal Cross – p. 26
(4) https://www.wikichien.fr/tout-sur-mon-chien/encyclopedie-du-chien/les-chiens-dhier-a-aujourdhui/origines-evolution-chien/
(5) The invention of the modern dog. Michael Worboys, Julie-Marie Strange, Neil Pemberton. John Hopkins University Press. 2018. Traduction Animal Cross – p. 87
(6) La race est une «population animale prise au sein d’une espèce, caractérisée par un génotype moyen particulier conduisant à la manifestation d’un phénotype intéressant la morphologie (conformation), la robe et une certaine tendance d’aptitude (physiologie et psychologie) pouvant varier en fonction des conditions de milieu dans lequel sont exploités les animaux» (Théret, 1981).
(7) https://www.pnas.org/content/115/30/E7212
(8) The invention of the modern dog. Michael Worboys, Julie-Marie Strange, Neil Pemberton. John Hopkins University Press. 2018. Traduction Animal Cross – p. 2
(9) The invention of the modern dog. Michael Worboys, Julie-Marie Strange, Neil Pemberton. John Hopkins University Press. 2018. Traduction Animal Cross – p. 44
(10) The invention of the modern dog. Michael Worboys, Julie-Marie Strange, Neil Pemberton. John Hopkins University Press. 2018. Traduction Animal Cross – p. 83
(11) The invention of the modern dog. Michael Worboys, Julie-Marie Strange, Neil Pemberton. John Hopkins University Press. 2018. Traduction Animal Cross – p. 45
(12) Thèse vétérinaire Alain Mondon, 2001, Université de Toulouse
(13) Voir aussi le site scientifique anglais https://www.ufaw.org.uk/dogs/basset-hound-elbow-dysplasia
(14) https://dailygeekshow.com/races-chiens-evolution/5/
19 Sep 2019
Le Sanglier fait la une des actualités à cause des dégâts qu’il occasionne, sur les cultures, dans les forêts ou lors de collisions routières. Mais comment en est-on arrivé là ?
S’il existait, en France, à peine quelques dizaines de milliers de Sangliers dans les années 60, on en dénombre plus de 1 million depuis les années 2000. Une explosion soudaine qui s’explique par de nombreuses raisons.
Côté chasseurs d’abord :
Avec la raréfaction des petits animaux de plaine, due en grande partie à l’agriculture intensive, les chasseurs ont renforcé leur intérêt pour les Sangliers.
Des dizaines de milliers de Sangliers d’élevage, croisés avec des porcs, ont été lâchés dans plusieurs départements. Leur poids moyen a fortement augmenté, leur taux de fécondité, au moins doublé, leur taux de croissance a triplé, leur maturité sexuelle s’est trouvée avancée.
Le taux d’accroissement des populations étant d’environ 100 % dans la nature, nous sommes passés de 50 000 Sangliers abattus en 1975 à environ 70 0 000 aujourd’hui (1)…
Les Sangliers ont ensuite été nourris par les chasseurs, on appelle cela l’agrainage. Et cela perdure aujourd’hui. La raison officielle est d’éloigner les Sangliers des cultures. Mais on a vu à maintes reprises que cela ne fonctionne pas vraiment. Le gros intérêt pour les chasseurs est d’avoir des proies à portée de fusil.
Par ailleurs les chasseurs se sont débrouillés pour épargner les femelles reproductrices.
En effet, le prix d’un terrain de chasse est d’autant plus élevé qu’il compte une grande densité de Sangliers… « Sangliers, Chevreuils et Cerfs ne sont pas vraiment les bienvenus dans nos forêts, notamment dans les pépinières ou les parcelles en régénération, mais ils contribuent, via les locations de chasse, à rentabiliser une bonne partie de la forêt privée française », reconnaît cette propriétaire de 150 hectares de chênes, hêtres et résineux dans l’Orne (2). (…) « Dans certaines forêts d’Alsace ou de Sologne, la location du droit de chasse engendre de l’ordre de 25 à 30 % des revenus de la forêt privée, explique Bernard Fischesser, ingénieur forestier au Cemagref.
« La chasse est devenue l’objectif prioritaire, avant la production de bois », poursuit-il. Ce choix implique souvent des aménagements particuliers : clairières, cultures à « gibier » ou taillis pour que les animaux puissent se nourrir, installation de points d’eau, voire nourrissage artificiel – l’agrainage – avec distribution de graines de céréales2. « Sans s’ennuyer avec les chiffres, on peut se faire une idée de l’importance économique et industrielle de la chasse de divertissement en France. On y arrive tout simplement en feuilletant une revue de chasseurs.(…) On comprend facilement, par la quantité et la diversité des marchandises produites et proposées à la vente par les nombreuses industries gravitant autour de la chasse, qu’il faut un minimum « suffisant » de Sangliers à tuer, pour satisfaire tout le monde ; à la fois l’activité récréative des valeureux chasseurs et les nombreuses activités de dimensions industrielles (3). »
Côté agriculteurs ensuite :
Les agriculteurs sont eux aussi à l’origine de la multiplication des sangliers. Le développement des cultures intensives de maïs a profité aux sangliers qui en raffolent. Notons que ces derniers se nourrissent surtout des jeunes pousses, car la plante n’exerce plus d’attraction, pour lui, après sa germination au stade « vert », à moins que le sol ne contienne une nourriture souterraine intéressante, comme des larves par exemple (4) !
Et surtout, les agriculteurs tolèrent les dégâts causés par les sangliers dans les cultures, grâce à l’indemnisation automatique versée par les chasseurs.
Ajoutons à cela le réchauffement climatique, qui permet aux sangliers de mieux résister à l’hiver, et l’éradication de ses prédateurs naturels comme le loup.
Du point de vue réglementation, le sanglier est chassable mais il peut aussi être classé comme espèce pouvant « occasionner des dégâts » par le préfet, après avis du Conseil Départemental de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS).
Trop nombreux certes, et on a compris pourquoi, les sangliers sont-ils réellement des animaux « nuisibles »?
Les Sangliers : les jardiniers de la forêt
Ils participent au bon état sanitaire des écosystèmes
Dans les vieux livres naturalistes sur la vie de la forêt, le Sanglier était présenté comme un des « jardiniers de la forêt », un titre véritablement honorifique. Par le simple fait de son activité alimentaire, on en faisait même un « protecteur de la santé des arbres (5) ».
En effet, les Sangliers éliminent de nombreuses larves d’insectes néfastes pour les arbres et les cultures.
Un seul Sanglier peut nettoyer de ses parasites 100 m² de sol par jour. Il s’attaque notamment aux larves de hannetons, très voraces sur les cultures et les racines dont elles se nourrissent goulûment durant 3 ans, ou aux insectes xylophages, comme les chenilles processionnaires dont on a tant de mal à se débarrasser (⁶).
En Pologne, toute chasse au Sanglier est interdite dès que certaines espèces de lépidoptères (insectes) se répandent. « La menace que ces parasites représentent pour les arbres est alors efficacement écartée », indique M. Libois, scientifique à l’université de Liège.
Par ailleurs, comme le Sanglier est nécrophage, il joue un rôle sanitaire en évitant que des cadavres de petits animaux ne viennent polluer les eaux de surface.
Ils régénèrent la nature
En grattant et retournant la terre et aussi par le biais de leurs déjections, ils introduisent de l’humus et de l’azote dans le sol, aèrent la terre et luttent contre son tassement, ce qui favorise notamment la germination et facilite la pénétration de l’eau dans les sols⁶. « Eh oui, … les Sangliers imposent la jachère aux agriculteurs !!!! », explique Dominique Lang dans le journal La Croix (⁷).
On a aussi constaté qu’en consommant les racines des arbres présentes en surface, le Sanglier permet un meilleur développement des racines profondes, rendant les arbres plus résistants au vent.
Ils enrichissent les paysages via la dissémination de graines
Les Sangliers jouent un rôle insoupçonné dans la dynamique forestière en transportant des graines (épizoochorie), participant ainsi à la richesse de nos paysages (⁸). C’est la découverte d’une équipe de chercheurs spécialisés dans l’étude des forêts et rattachée à l’INRA et au IRSTEA (⁹).
Quand les Sangliers creusent leur souille puis s’y roulent, et quand ils se frottent sur les gros troncs, ils se débarrassent de leurs parasites, mais contribuent aussi à disperser des spores et diaspores parfois enfouies il y a des décennies voire des siècles, et qui peuvent avoir conservé leurs propriétés germinatives. Ils jouent donc un rôle dans la résilience écologique de la forêt après les chablis et incendies ou d’autres perturbations.
Notre demande
Stopper toute action multipliant les Sangliers : agrainage, lâchers de Sangliers d’élevage, croisements cochons et Sangliers.
Reconnaître le rôle écologique du Sanglier. Il participe au bon état sanitaire des écosystèmes.
Sources
(1) Le Courrier de la nature, n°267 de mars 2012. pp. 6-9
par Pierre Jouventin, longtemps Directeur de recherche CNRS en éthologie des animaux sauvages & Directeur du laboratoire CNRS d’écologie, membre du Conseil Scientifique de la Réserve Nationale de Camargue
(2) La Croix – Chasseurs et forestiers vont devoir cohabiter, par Denis Sergent le 15/10/2010
(3) Le sanglier, ennemi du peuple et bête noire du BTP – Jean-Marc Sérékian (2010) sur Carfree le 7/04/2010
(4) La consommation des vers de terre par le sanglier – Revue faune sauvage n°283 janvier 2009 Eric Baubet, Serge Brandt, C. Fournier-Chambrillon ONCFS, CNERA Cervidés-Sanglier.
(5) Bernard Fischesser « La Vie de la Forêt » Ed. Horizon 1970
(6) www.dehondt-desmets.fr Les animaux susceptibles d’être classés nuisibles en France
(7) Dominique Lang « La Croix » le 21 /02 /2017
(8) Sanglier et compagnie/10-1999/SFPNP/état de Geneves.ch
INRA rapport scientifique final agriconnect – Epizoochorie : les sangliers et les cerfs sont utiles à nos forêts – 5 mars 2011
(9) Plant Ecology, février 2011
Do wild ungulates contribute to the dispersal of vascular plants in central European forests by epizoochory? A case study in NE Germany. T. HEINKEN and D. RAUDNITSCHKA. European Journal of Forest Research. 2002 ; 179-194.
Soil seed banks near rubbing trees indicate dispersal of plant species into forests by wild boar. Thilo Heinken, Marcus Schmidt, Goddert von Oheimb, Wolf-Ulrich Kriebitzsch, Hermann Ellenberg. Basic and applied ecology. – 7 (2006), 31 – 44
Wild boars as seed dispersal agents of exotic plants from agricultural lands to conservation areas. G. Dovrat, A. Perevolotsky, G. Ne’eman. Journal of Arid Environments 78 (2012) 49-54
(épizoochorie), participant ainsi à la richesse de nos paysages⁸. C’est la découverte d’une équipe de chercheurs spécialisés dans l’étude des forêts et rattachée à l’INRA et au IRSTEA⁹.
Quand les Sangliers creusent leur souille puis s’y roulent, et quand ils se frottent sur les gros troncs, ils se débarrassent de leurs parasites, mais contribuent aussi à disperser des spores et diaspores parfois enfouies il y a des décennies voire des siècles, et qui peuvent avoir conservé leurs propriétés germinatives. Ils jouent donc un rôle dans la résilience écologique de la forêt après les chablis et incendies ou d’autres perturbations.
3 Sep 2019
Rappelons tout d’abord quelques principes.
Comment la gestion adaptative des espèces est-elle censée fonctionner ?
La gestion adaptative consiste à redéfinir cycliquement la gestion d’une espèce, ou de ses prélèvements, selon l’état de cette population et des connaissances de son fonctionnement (source : ONCFS). Cette gestion est censée s’appuyer sur l’avis d’un conseil d’experts scientifiques.
Qui sont ces experts scientifiques ?
Le gouvernement s’est appuyé, selon ses propres termes, sur « L’avis minoritaire des 6 experts désignés par la Fédération nationale des chasseurs » pour prendre sa décision. Vous avez bien lu ! Ces experts ont été retenus parce qu’ils défendent la chasse, et non pour leurs compétences propres conformément à l’arrêté constitutif.
Soit. Voici donc leurs recommandations concernant les 3 premières espèces soumises à la gestion adaptative :
- la Tourterelle des bois : mise en place temporaire de quotas de chasse à zéro,
- le Courlis cendré : aucun prélèvement sur l’ensemble du territoire national,
- Barge à queue noire : fixation d’un quota de 210 individus de la sous-espèce islandaise en novembre et décembre.
Quelles sont les décisions prises pour la prochaine saison de chasse au final ?

Tourterelle des bois
Malgré les recommendations du Conseil des experts (pourtant chasseurs !), le projet d’arrêté ministériel prévoyait initialement de tuer 30 000 Tourterelles de bois, une espèce d’oiseau classée « vulnérable » en France et en Europe par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ! Le ministère de la Transition écologique a finalement signé un arrêté qui fixe le quota de chasse à 18.000 Tourterelles des bois pendant la saison 2019-2020, soit cinq fois moins que le nombre chassé jusqu’à présent. « Avant cet arrêté, aucun quota n’était fixé, ce qui conduisait à un prélèvement estimé à 92.000 oiseaux par an », souligne le ministère dans un communiqué.
Certes, c’est moins que l’an dernier. Mais il faut savoir que la population de Tourterelles des bois a chuté de 80% en Europe ces 40 dernières années.
La LPO a dénoncé la décision sur la Tourterelle des bois, « qui en dit long sur la persistance du lobby cynégétique en France« , selon l’ONG.

Courlis cendré
Pour le Courlis cendré, les scientifiques recommandaient un moratoire. Le ministère avait pourtant fixé un quota de 6.000 animaux pouvant être tués pendant la saison de chasse ! Le Conseil d’Etat, saisi par la Ligue de protection des oiseaux (LPO), a suspendu l’arrêté ministériel il y a quelques jours, provoquant la colère des chasseurs.
Un troisième arrêté a reconduit la suspension de la chasse à la barge à queue noire.
28 Juin 2019
Battues très bruyantes, chasse à courre avec multiples allées et venues de la meute, des cavaliers et des suiveurs, divagation des chiens de chasse, tirs en tous genres, la chasse tue la faune mais pas seulement. Elle est à l’origine d’une profonde perturbation de l’ensemble de la faune sauvage.
Une appréciation de la distance de fuite considérablement augmentée
Pour assurer sa survie lors des parties de chasse, les animaux sauvages n’ont d’autres choix que de s’éloigner. Leurs distances de fuite sont variables selon les individus et les espèces. Certains ont une distance de fuite assez faible. Ce sont des proies faciles pour les chasseurs. D’autres ont intégré le danger de mort lié à la présence humaine, ce qui les conduit à fuir dès qu’ils perçoivent un signe de leur présence.
Roger Mathieu, naturaliste, affirme que « Contrairement à une idée largement répandue, la plupart des espèces animales sauvages sont naturellement peu farouches et il suffit pour s’en persuader d’observer le comportement de ces espèces dans les grandes réserves non chassées. La chasse effectue sur toutes les espèces une sélection artificielle en éliminant prioritairement les individus peu sensibles à la présence humaine (très vulnérables au tir…) et en favorisant les individus très farouches : ceux qui statistiquement ont une bien meilleure chance d’échapper aux chasseurs. Ce ne sont pas les animaux qui sciemment « apprennent » à se méfier des hommes (explication classique mais erronée), mais bien une sélection (ici artificielle), de type darwinien : seuls survivent les individus inapprochables au détriment du génotype calme et tolérant, progressivement éliminé par le tir. » (…)
« Dans la rade de Genève, non-chassée depuis plus de 25 ans, la distance de fuite des canards, tout à fait sauvages, comme les nettes rousses, nyrocas, milouins… est souvent de quelques mètres (ce qui fait la joie de tous les promeneurs). En France, par exemple sur les bords du Rhône, ces mêmes espèces s’enfuient dès qu’on essaie de les approcher à moins de 150 m. Les hérons cendrés, encore persécutés chez nous (malgré leur protection officielle) sont très farouches et s’envolent à plus de 200 m ; dans les canaux hollandais, où la protection est ancienne et respectée, ces oiseaux s’approchent à quelques mètres des hommes. Pour le chamois, le fait de le chasser multiplie par 10 ou 20 les distances de fuites. » [1]
Cette sélection et « fabrication » d’animaux stressés et peureux n’est pas sans conséquence pour l’espèce. Roger Mathieu affirme que « La traduction biologique est une population fragilisée et démographiquement peu dynamique. ».
Une augmentation de l’énergie dépensée, une baisse de la reproduction
La chasse déclenche chez les animaux sauvages des activités coûteuses en énergies (multiplication des envols et déplacements, surveillance, etc.). Parallèlement, elle diminue le temps accordé aux activités permettant d’acquérir de l’énergie (repos, nourrissage, etc.). Les estimations ou simulations de ces pertes peuvent atteindre 25 % de la dépense énergétique journalière. Elle a pour conséquence l’affaiblissement de la condition physique des animaux et de façon indirecte la baisse de leur taux de reproduction, y compris chez les espèces non chassées.
Selon le rapport « Effets du dérangement par la chasse sur les oiseaux d’eau, 2003 »[2], synthèse d’une soixantaine d’études et ouvrages scientifiques, « les fuligules milouins stationnés sur une réserve en Irlande consacrent en moyenne 3,5 fois moins de temps diurne à l’alimentation pendant la période de chasse (autour de la réserve) que lorsque la chasse est fermée. », « la dépense énergétique engendrée par les dérangements sur les Bernaches cravants du Norfolk (GB) augmente de 11 à 38% selon les cas [3]. Les simulations indiquent une augmentation de l’ordre de 25% de la dépense énergétique journalière pour un dérangement total inférieur à 50 minutes par jour » et « chez les canards, l’accroissement de vigilance pendant le sommeil à cause des dérangements pourrait, en sus des conséquences physiologiques d’une privation de sommeil, avoir également un impact sur la balance énergétique. »
L’impact de ces dérangements peut aussi se manifester par l’abandon d’une couvée ou nichée. Or on sait que les périodes d’incubation des œufs et de couvée des jeunes sont particulièrement sensibles. La survie des jeunes dépend essentiellement des soins apportés par les parents.
Un changement du rapport au temps, une modification des chaines alimentaires
Une nouvelle étude parue dans la revue Science en juin 2018 montre que l’homme, qui exerce principalement ses activités le jour, dérange les animaux diurnes qui deviennent ainsi plus nocturnes.
Pour mieux comprendre les modifications de l’activité des mammifères en réponse à la présence humaine, les chercheurs de l’université de Berkeley ont réalisé une méta-analyse. Ils ont compilé 76 études portant sur 62 espèces réparties sur les six continents, incluant des données recueillies de différentes manières : observations directes, caméras, colliers radio, GPS…
Les chercheurs ont comparé la vie nocturne des animaux lorsqu’ils étaient peu dérangés ou beaucoup dérangés par les humains. En moyenne, ils devenaient plus nocturnes quand ils étaient perturbés par l’Homme : un animal qui répartit de façon égale son activité entre le jour et la nuit augmente son activité nocturne de 68 % à cause de la présence humaine.[4]
Les chercheurs ont trouvé que chez différentes espèces de mammifères, allant des coyotes aux cerfs, aux tigres, ou aux sangliers, les animaux deviennent plus nocturnes à proximité des humains.
Ce changement a plusieurs conséquences : leur régime alimentaire peut être perturbé parce qu’ils ne se nourrissent plus des mêmes proies ou ils risquent de devenir plus vulnérables aux prédateurs. Des chaînes alimentaires sont donc perturbées, des communautés écologiques entières sont donc susceptibles d’être transformées.[5]
D’autres espèces apeurées par les hommes et leurs infrastructures réduisent purement et simplement leur activité et passent plus de temps au « repos » que pour la recherche de nourriture, ou des activités qui favorisent un bon état physique.
Le dérangement des animaux par la chasse a aussi pour conséquence de modifier les dates de migration des oiseaux.
Une étude menée sur un ensemble de sites finlandais exploités comme étapes migratoires par des canards de surface, montre que le dérangement provoque un départ anticipé de 75 % des oiseaux dès l’ouverture de la chasse, départ qui n’est pas compensé par l’augmentation des stationnements sur les sites protégés (Väänänen, 2001). [6]
A l’inverse, lors de la migration prénuptiale, cela se traduit souvent par une arrivée plus tardive sur les lieux de reproduction. Les animaux ont de moins bonnes conditions physiologiques (diminution de la masse corporelle, graisse et muscles, liée aux pertes d’énergie), ont un stress accru et sont bien entendu moins nombreux puisque la mortalité est augmentée. En conséquence, le nombre d’individus aptes ou enclins à se reproduire diminue, et les conditions de reproduction sont dégradées (ponte tardive et moindre pour les espèces migratrices, reproducteurs fragilisés, etc.).
Une modification de la distribution géographique et des effectifs locaux
La chasse induit une modification de la distribution géographique des espèces, particulièrement visible chez les oiseaux d’eau.
Sur les sites chassés, les densités des espèces d’oiseaux sont généralement 5 à 50 fois inférieures aux autres sites. Les scientifiques Frikke et Laursen ont montré que la présence d’un seul chasseur pour 1 km de côte (ou moins de 50 coups de fusil par heure), entraine l’abandon du site par les canards de surface. Tamissier et Saint Gérand ont observé que dans les départements où s’exerce la chasse de nuit des oiseaux d’eau, les effectifs de canards sont environ 10 fois inférieurs aux autres départements côtiers. Au lac du Bourget (Savoie), « les effectifs ont augmenté d’un facteur 2,1 pour les canards de surface et d’un facteur 5,0 pour les fuligules en relation avec l’extension des réserves de chasse […]. Sur le lac de Grand-lieu (Loire-atlantique), la fermeture provisoire de la chasse en janvier 2000 (mise en place en lien avec les dégâts occasionnés par l’échouage du pétrolier l’Erika) s’est traduit par un accroissement de 55 à 65% des effectifs par rapport à ceux observés en janvier 1998 et 1999 respectivement ; dans le même temps, le nombre d’espèces est passé à 23, contre 14 et 19 respectivement » indique le rapport cité précédemment.
A l’inverse, nous avons donc, en période de chasse, des populations d’oiseaux augmentant de façon significative sur les zones non chassées. Ces modifications de la distribution géographique et des effectifs locaux des populations ne sont pas sans conséquence pour les milieux et les espèces. Cela provoque notamment une sous-exploitation des zones chassées et, réciproquement, une surexploitation trophique des espaces non-chassés. La modification de la taille des populations et la création de fortes concentrations d’individus peut également nuire à l’espèce (apparition d’épizooties, manque de ressources, etc.). [7]
De graves problèmes de santé
La chasse a également un impact négatif non négligeable l’état de santé des espèces chassées.
Le site « Conservation de la nature » fait état d’environ 250 millions de cartouches tirées par les chasseurs sur le territoire français chaque année (une cartouche possède en moyenne 30 g de plomb). Les cartouches à grenailles de plomb sont responsables d’intoxications et d’un nombre conséquent de cas de saturnisme aviaire. Selon l’EChA, un à deux millions d’oiseaux meurent chaque année de saturnisme, soit en picorant les grenailles, soit, pour les rapaces, carnivores, en se nourrissant d’animaux intoxiqués.[8] [9]
Des pics de collisions avec les véhicules
En automne, l’augmentation des activités cynégétiques engendre des mouvements d’animaux et peut expliquer certains pics comme ceux observés chez le renard et le sanglier.[10]
Collisions avec des véhicules :

La peur, le stress, la mémoire de la perte de leurs congénères
Peter Wohlleben, dans son ouvrage La vie secrète des animaux explique bien les conséquences de la chasse sur les animaux : peur, stress, mémoire de la perte de leurs congénères. « Quand la chasse a été interdite à Genève, les chevreuils, les cerfs et les sangliers ont changé de comportement. Comme ils n’ont plus peur, ils se montrent désormais toute la journée. Mais les sangliers genevois ne sont pas les seuls à se comporter différemment. Tout autour, y compris dans la France voisine, on tire encore à qui mieux mieux. Alors quand la chasse est ouverte, notamment lors des battues automnales avec leurs meutes de chiens, les sangliers révèlent leurs talents de nageurs. Dès que l’écho du cor retentit et que les premières détonations se font entendre, les cochons sauvages quittent en nombre la rive française pour rejoindre le canton de Genève en traversant le Rhône à la nage. Là, ils sont en sécurité et peuvent faire un pied de nez aux tireurs français.
Ces sangliers nageurs montrent 3 choses. D’une part qu’ils identifient le danger et se rappellent la chasse de l’année précédente, durant laquelle des membres de la famille furent blessés ou abattus sous une pluie de plombs. D’autre part, que la peur est indispensable, car c’est elle qui les pousse à quitter le territoire sur lequel ils se sont sentis si bien tout l’été. Enfin, qu’ils se souviennent qu’ils seront en sécurité dans le canton de Genève. Sur une période longue de plus de quatre décennies, c’est devenu une tradition, qui se perpétue de génération en génération chez les sangliers : en cas de danger, on va mettre à l’abri de l’autre côté du fleuve. »
« Il est parfaitement évident pour mes collègues comme pour les chasseurs que le gibier engrange des expériences. Voici comment une harde de cervidés vit la mise à mort d’un congénère : une détonation retentit et, tout à coup, ça sent le sang. Souvent, le tir, imparfait, n’a fait que toucher l’animal qui, pris de panique, peut encore courir quelques mètres avant de s’effondrer en gigotant. Ce spectacle, associé à l’odeurs d’hormones du stress, se grave profondément dans la conscience des membres de la harde. Aussi, quand ils entendent des craquements en provenance du mirador, dont le chasseur descend pour récupérer le gibier abattu, les animaux, qui sont intelligents font le lien. Les fois suivantes, ils se méfient et regardent en direction du mirador avant de pénétrer dans la percée, pour vérifier s’il y a quelqu’un là-haut. » [11]
« L’intrusion de l’homme dans l’habitat du gibier est source de stress » explique encore Dr Petrak, « la part du temps qu’il consacre à vérifier qu’il est en sécurité passe de cinq à plus de trente pour cent quad un bipède fait de fréquentes incursions dans le secteur. » [12]
Le deuil, comme peuvent le ressentir les humains
Que peuvent ressentir les animaux sauvages qui ont perdu tout ou partie de leur famille après une journée de chasse ?
Des animaux peuvent-ils connaître des émotions comme la tristesse, le déni ou le découragement à la perte d’un proche ? La question intéresse de plus en plus de chercheurs et a même donné naissance à une discipline appelée thanatologie comparée.
L’été dernier, les images d’une orque de la côte ouest transportant son bébé mort-né ont fait le tour de la planète. La femelle J35, surnommée Tahlequah par les observateurs, a mis bas fin juillet après 17 mois de gestation. Le bébé est mort à la naissance. Malgré cela, la mère a continué à garder son petit à la surface de l’eau pendant 17 jours, plongeant pour le récupérer quand il s’enfonçait dans les flots. Un exercice si épuisant que les scientifiques qui observent cette population d’épaulards ont craint pour sa vie.[13]
Peter Wohlleben raconte le deuil chez la biche. « Il arrive que la biche dominante vive un drame : la mort de son faon. « Jadis, cette mort était surtout le fait d’une maladie ou d’un loup venu apaiser sa faim, mais de nos jours, c’est souvent le coup de fusil d’un chasseur qui est en cause. Chez les cerfs commence alors le même processus que chez nous, les hommes. C’est d’abord un incroyable désarroi, puis le deuil commence. Le deuil ? Les cerfs peuvent-ils éprouver quelque chose de tel ? Non seulement ils le peuvent, mas ils n’ont pas le choix : le deuil les aide à faire leurs adieux. Le lien qui unit la biche à son petit est si fort qu’il ne peut se dénouer d’un instant à l’autre. Il faut d’abord que la biche comprenne doucement que son faon est mort et qu’il lui faut se séparer du petit corps. Elle ne cesse de revenir sur les lieux du drame et appelle son petit, même si le chasseur l’a déjà emporté… »
Les autres animaux vivent la même douleur. Une jument peut veiller son petit mort-né des heures durant. Un chevreau peut pleurer sa maman des semaines durant, les grands singes peuvent se réunir autour d’un membre décédé et le toucher comme pour essayer de le réveiller. Les pies s’appellent et se regroupent autour du cadavre de leur congénère en chantant et certaines le couvrent ou l’entourent de brins d’herbe. Les éléphants peuvent emmener leurs morts avec eux en les traînant pendant des jours, ou se réunir autour du cadavre, le sentir et le recouvrir de feuilles. Et on peut aussi parler de Koko, un gorille qui a appris le langage des signes et qui a dû faire le deuil de son ami chat.
Sources :
[1] Roger Mathieu, Livre blanc sur la chasse LPO Auvergne Rhône-Alpes – 2011 https://auvergne-rhone-alpes.lpo.fr/images/chasse/livre_blanc_sur_la_chasse.pdf p 59
[2] Effets du dérangement par la chasse sur les oiseaux d’eau, Revue d’écologie, 2003
[3] Riddington et al., 1996
[4] Gaynor et al., « The influence of human disturbance on wildlife nocturnality », Science, Vol 360, pp 1232-1235, June 2018
[5] http://lemondeetnous.cafe-sciences.org/2018/07/limpact-de-lactivite-humaine-sur-la-vie-sauvage/
[6] Effets du dérangement par la chasse sur les oiseaux d’eau revue de littérature A. Tamisier, A. Béchet, G. Jarry , J-C. Lefeuvre & Y. Le maho
[7] France sans chasse – rapport Chasse et Biodiversité
[8] https://echa.europa.eu/fr/-/echa-identifies-risks-to-terrestrial-environment-from-lead-ammunition
[9] Baron M., 2001. Suppression de l’utilisation de la grenaille de plomb de chasse dans les zones humides exposant les oiseaux d’eau au saturnisme. Rapport MEDD, 20p
[10] Rapport d’analyse de la répartition des collisions faune/véhicule DIR Ouest – Données récoltées de 2014 à 2016 Mars 2018 – SPN 2017 – 102 Lucille BILLON
[11] La vie secrète des animaux, Peter Wohlleben, ed Les arènes, 2016.
[12] Dr Petrak, M. « Rotwild als erlebarres Wildtier : Folgerungen aus dem Pilotproject Monschau-Elsenborn für den Nationalpark Eifel », in Von der Jagd zur Wildbestandregulierung », NUA, cahier n°15, p. 18-24,NUA, mai 2004
[13] Gaëlle Lussiaà-Berdou – Radio Canada – https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1151412/deuil-animaux-baleines-singes-reaction-mort-humain-maman-bebe-recherche
20 Juin 2019
Le geai des chênes est un oiseau qui vit en milieu forestier, avec une prédilection pour les forêts de feuillus, mêlées ou non avec des conifères. L’hiver toutefois, il n’hésite pas à s’inviter dans notre jardin pour profiter de la mangeoire ou sautiller dans l’herbe pour se nourrir au sol. [1] [3] [4].
Le geai des chênes est présent sur l’ensemble du territoire français, à de rares exceptions près, mais il n’existe pas de recensement précis des effectifs. Les densités peuvent varier de 1 à 15 couples au km2, selon les régions [6]. La population nicheuse serait comprise entre 400 000 et 1 million de couples [3].
Le geai des chênes a un régime omnivore à dominante végétale, basé essentiellement sur la consommation de glands [1]. Les glands sont consommés toute l’année et peuvent représenter 70% à 80 % de son alimentation [5].
Il a une prédilection marquée pour les fruits des vergers et les graines, auxquels il ajoute souvent des œufs d’oiseaux, des petits rongeurs, des insectes et des lézards [1] [2].
Considéré comme « susceptible d’occasionner des dégâts » dans 4 départements français, il peut être détruit à tir mais aussi piégé dans les vergers et les vignobles. Concurrent des chasseurs car il est prédateur d’oiseaux, le geai des chênes provoque quelques dégâts sur les cultures.
Pourtant, il est aisé de le tenir à distance des vergers et arboricultures en utilisant les moyens classiques d’effarouchement, durant les périodes sensibles où les fruits arrivent à maturité : techniques visuelles (épouvantails, objets mobiles) ou sonores (diffusion de cris de détresse). Des filets peuvent aussi être utilisés pour protéger les arbres, lorsque les surfaces sont faibles.
Le geai des chênes, premier reboiseur européen
Oiseau typiquement forestier, le geai des chênes entretient des relations privilégiées avec le chêne. L’arbre fournit la nourriture à l’oiseau qui, en retour, assure sa régénération sur plusieurs kilomètres. Lorsque l’espèce est protégée, l’impact sur les régénérations naturelles est énorme.
Par son choix alimentaire, notre oiseau favorise le chêne par rapport aux autres espèces forestières telles que les hêtres et les noisetiers. De plus, dans son alimentation, le geai ingère une grande quantité de chenilles défoliatrices. Seuls les glands mûrs, sains et résistants aux attaques fongiques sont transportés par le geai. Le gland est disposé en-dessous de la litière de la forêt, ce qui protège les agents de la fonte des semis et dans un terrain meuble facilitant son enracinement. Les caches sont toujours dans des zones de transition de la végétation. Cette situation évite les couverts denses empêchant toute possibilité de survie des plantules. Ces conditions de protection limitent les invasions de chenilles défoliatrices et les attaques des herbivores comme les cervidés ou les lapins. Cet abri léger assure aussi une meilleure croissance des jeunes plants.
Chaque oiseau disperse annuellement 4600 glands et lorsque l’espèce est protégée strictement, les forêts accueillent un couple tous les 5 hectares. Dans ce cas, l’impact sur les régénérations naturelles est énorme. Les semis effectués par notre oiseau sont facilement reconnaissables car ils laissent une marque en forme de V sur le péricarpe. Grâce à cette empreinte, Bossema a montré que dans l’ensemble des régénérations naturelles contrôlées, 59% au moins des plantules sont issues de glands semés par le geai…
Cette relation geai-chêne est à avantages réciproques. Le chêne fournit la nourriture de son hôte et le geai assure la régénération du chêne. Les deux espèces ont co-évolué pour aboutir à un système où chacune d’elle est adaptée à l’autre.
L’action du geai sur les forêts est double : il contribue d’une part à assurer la pérennité des chênaies et d’autres part à les étendre en rendant possible leur installation dans les friches. [7]
La sentinelle de la forêt
Le geai des chênes est un oiseau guetteur, dont le cri strident est réputé alerter ses congénères, mais aussi une partie des animaux des sous-bois et de la forêt, à l’approche d’un prédateur ou d’un intrus.
L’écureuil roux, le renard savent exploiter ces informations. C’est pourquoi on le surnomme La sentinelle de la forêt. [2]
Animal Cross demande que devant le peu de dégâts commis et les avantages qu’il apporte à nos écosystèmes, le geai soit retiré de la liste des nuisibles.
Sources :
[1] Muséum National d’Histoire Naturelle, « Inventaire de la faune de France », éditions Nathan, 1992.
[2] D. Collin et D. Le Dantec, « Le geai des chênes », Oiseaux.net, 2012 (www.oiseaux.net/oiseaux/geai.des.chenes.html)
[3] J. Roché, Y. Muller et J.-Ph. Siblet, « Une méthode simple pour estimer les populations d’oiseaux communs nicheurs en France », Alauda, no 81, 2013.
[4] D. Yeatman-Berthelot et G. Jarry, « Atlas des oiseaux nicheurs de France 1985-1989 », Société ornithologique de France, Paris, 1994.
[5] P. Orsini et G. Cheylan, « La faune sauvage des chênaies (les vertébrés terrestres) », Forêt méditerranéenne, vol. 17, no 3, 1996.
[6] G. Olioso, « Corbeaux et corneilles », éditions Delachaux et Niestlé, 2012.
[7] Extrait d’un article d’Alexis DUCOUSSO et Rémy PETIT, chercheurs à l’INRA, dans le journal Forêt-entreprise » n°68.
19 Juin 2019
Des centaines de milliers de corbeaux freux et plusieurs millions de corneilles noires sont tirés et piégés chaque année en France. Classés « susceptibles d’occasionner des dégâts » dans 84 départements pour la corneille noire et dans 58 départements pour le corbeau freux, ils sont chassés et piégés toute l’année. Pourquoi ?
Une ancestrale réputation d’oiseaux de malheur leur colle aux ailes. Ils ont même donné leur nom aux dénonciateurs anonymes.
Les corneilles sont très consommatrices d’œufs de grives, de faisans et de perdrix, de petits mammifères sauvages (jeunes lièvres) et d’animaux de basse-cour; elles peuvent tuer des bécasseaux en vol. Autant de raisons qui en font l’ennemi juré des chasseurs qui voient en elles des concurrentes directes à leur chasse loisir.
Les corbeaux freux sont plutôt la cible des agriculteurs pour les dégâts qu’ils occasionnent sur le maïs, le blé, le tournesol ou les jeunes pousses.
Oiseaux très intelligents, les corneilles et les corbeaux freux sont des opportunistes qui s’adaptent remarquablement aux changements ; c’est pourquoi ils se dirigent en masse vers les villes où la nourriture y est abondante.
Sont-ils mieux accueillis par les citadins ?
Malheureusement, dans les villes, il n’est pas rare d’assister, suite à l’intervention de riverains, à des opérations de destruction des nids par les services municipaux, réalisées par l’ACCA locale ou en battue administrative sous la responsabilité d’un lieutenant de louveterie.
Plusieurs centaines de villes en France ont recours à ces méthodes ; les motifs évoqués pour justifier ces opérations sont souvent les mêmes : les nuisances sonores au printemps, à la naissance des petits, et l’abondance de fientes (1).
Il faut savoir que la perception humaine du bruit est subjective. Des mesures de niveau sonore réalisées à Berne en Suisse ont montré que les valeurs émanant des corbeaux freux sont nettement inférieures au niveau sonore du trafic (2).
Un rôle pourtant majeur dans les écosystèmes
Un rôle d’équarrisseur et de nettoyeur
Comme charognard, la corneille joue un rôle d’équarrisseur clé dans le cycle alimentaire naturel. Dans l’agriculture, elle accomplit même une tâche prépondérante en qualité d’agent sanitaire. Lors du fauchage de la moisson, des animaux sont régulièrement tués. Les corneilles repèrent très vite ces cadavres et les mangent. Il peut s’agir de lièvres, de chevreuils, d’oiseaux nichant directement au sol, de campagnols. Elles empêchent de cette manière la contamination de l’herbe coupée et préviennent donc la souillure des aliments destinés au bétail.
Les corneilles sont nos vautours à nous. Elles nettoient aussi nos routes et autoroutes des milliers de victimes du trafic routier (oiseaux, mammifères, insectes, batraciens, etc…) (3).
Dans les campagnes, les corneilles se nourrissent aussi des parasites présents sur le dos des animaux des vaches et moutons et évitent leur propagation.
Au Puy du Fou, mis en confiance par leurs partenaires humains, 6 corbeaux freux assurent tous les jours le ramassage des mégots et des déchets du parc (4).
Un rôle de protecteur des cultures
Un agriculteur avisé sait reconnaître les services rendus par les corbeaux freux, car ces derniers détruisent bon nombre d’insectes nuisibles, de petits rongeurs destructeurs de récoltes comme les campagnols et les taupes.
Les corbeaux freux nourrissent principalement leurs jeunes avec de gros vers blancs, qui donnent ultérieurement naissance aux hannetons, ennemis si importants de la culture qu’en certains endroits, comme on le sait, ils sont détruits au moyen d’épandages de produits nocifs, au détriment de tous les petits oiseaux (5).
Un rôle de dissémination des graines
En dehors de la période de reproduction, les corbeaux freux ont une alimentation essentiellement végétarienne. Ils participent ainsi activement à la dissémination des graines et au repeuplement naturel des espèces végétales.
Vers une conciliation entre les maires et les corvidés ?
Le souhait, formulé par l’association Les Eco Maires, de préserver la biodiversité devait favoriser une meilleure gestion de certains corvidés considérés trop souvent nuisibles dans l’espace urbain.
En avril 2013 par exemple, le maire de Rochefort, convaincu par la LPO, a annulé une battue aux corbeaux en y substituant une nouvelle campagne d’effarouchement (diffusion de sons stridents sur un CD) et un élagage des arbres après la période de nidification. La ville a également consenti à favoriser l’installation desdits oiseaux sur d’autres secteurs, pour que les corbeaux puissent y trouver un site de nidification de substitution.
– En avril 2015, la ville de Saintes a annulé ses travaux d’élagage qui devaient avoir lieu en période de reproduction des corvidés. Le maire a opté pour des méthodes alternatives.
– En Alsace, un programme d’actions vient d’être mis en place, pour une période de trois ans, par la ville d’Haguenau en partenariat avec l’Association Protection Réintroduction Cigognes en Alsace (APRECIAL). Ce programme inclut notamment des méthodes d’effarouchements (6).
Ces exemples montrent qu’il est possible de mettre fin aux nuisances provoquées par les corvidés sans les tuer.
Des oiseaux beaucoup mieux acceptés à l’étranger
Les paysans britanniques estiment que les dégâts aux cultures sont en quelque sorte compensés par le nombre d’insectes nuisibles et petits rongeurs capturés par les oiseaux.
En Suisse, seuls des dégâts importants sont pris en compte. Les plaignants ne demandent pas le tir des oiseaux, mais exigent des méthodes d’effarouchement efficaces.
En Allemagne dans les environs immédiats de grandes colonies de corbeaux freux comptant plusieurs centaines de nicheurs, les pertes n’ont jamais dépassé 0,6 % des semences.
En Belgique, ces espèces sont protégées (4).
Les corvidés : des oiseaux géniaux !
Dans un article de Trends in Cognitive Sciences (7), les compétences les plus singulières qui sont repérées chez les corvidés, sont celles dont nous pensons à tort qu’elles nous sont réservées :
- la permanence de l’objet (un objet qui est retiré de la vue, continue d’exister),
- la patience (parvenir à différer une récompense pour qu’elle soit plus importante, contrôle inhibiteur de l’impulsion),
- le voyage mental dans le temps (la possibilité de se déplacer dans le passé ou l’avenir pour anticiper ou retrouver des événements, formes de « mémoire du futur »),
- le raisonnement (la capacité d’inférer une solution à partir d’éléments partiels isolés et disjoints),
- la métacognition (savoir que l’on sait),
- la reconnaissance dans le miroir (l’identification du soi dans l’image que renvoie le miroir),
- la théorie de l’esprit (l’attribution à autrui d’un point de vue ou de connaissances spécifiques)
- l’apprentissage vocal (apprendre des vocalisations en provenance de sa propre espèce ou d’autres espèces).
Notre demande
Animal Cross demande que les corbeaux et les corneilles sortent de la liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ».
Sources :
- (1) Le Monde- Les villes font abattre quantité de corbeaux – Sylvie Burnouf https://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/06/16/les-villes…
- (2) vogelwarte.ch, T Fankhauser, 2013
- (3) Ludivine Janssens de la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux
- (4) Blog Puydufou.com, 8/08/2018
- (5) Le Chasseur Français N°662 Avril 1952 Page 202
- (6) Source LPO : https://www.lpo.fr/images/mission_juridique/faq/article_conciliation_maires_corvides.pdf
- (7) Bochum (RFA) et Vienne (AUT) font le bilan des études ayant porté sur les facultés cognitives des oiseaux, notamment les plus étudiés : les corvidés (Grand Corbeau, Corneille, Pie…) et perroquets. Le résultat est impressionnant.