La justice met fin aux abattages indiscriminés de bouquetins dans le Bargy

La justice met fin aux abattages indiscriminés de bouquetins dans le Bargy

La Cour administrative d’appel de Lyon a confirmé le 14 octobre 2025 l’annulation de l’arrêté préfectoral du 17 mars 2022 qui autorisait l’abattage indiscriminé de bouquetins dans le massif du Bargy (Haute-Savoie).

Cette décision, désormais définitive, constitue une avancée importante pour la protection des bouquetins du Bargy.

 

Une ordonnance importante

Par une ordonnance du 14 octobre 2025, la Cour administrative d’appel a constaté le désistement d’office de la ministre de la Transition écologique, qui avait fait appel du jugement rendu en novembre 2023 par le Tribunal administratif de Grenoble. L’arrêté du 17 mars 2022, qui autorisait des abattages de bouquetins sans test sanitaire préalable pour la période 2022-2030, et prévoyait 20 tirs chaque année jusqu'en 2030 est donc annulé une fois pour toutes : le préfet de Haute-Savoie perd tout droit de relancer les tirs prévus. 

 UN contexte sanitaire et scientifique complexe

La brucellose, maladie bactérienne affectant bovins et bouquetins, a été détectée dans le massif du Bargy en 2012.
Depuis, des campagnes de capture, de tests et d’euthanasie des individus positifs ont reduit la prévalence (voir notre dossier complet sur le bouquetin).

L’ANSES a souligné à plusieurs reprises la nécessité d’une stratégie ciblée et proportionnée.
De son côté, le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a rappelé que les dérogations au statut d’espèce protégée
devaient être strictement encadrées (voir notre mobilisation lors de la consultation publique).

 

Un combat collectif

Depuis plus de dix ans, Animal Cross, FNE, la LPO et l’ASPAS se sont unis pour défendre les bouquetins du Bargy. Ensemble, nous avons multiplié les recours juridiques et mobilisé l’opinion publique (toutes nos actualités sur le sujet).

 

Octobre 2025 restera comme une étape décisive : la justice a protégé les bouquetins du Bargy face à des mesures injustifiées. Mais ce succès ne clôt pas le dossier. Animal Cross, aux côtés de ses partenaires, poursuivra son action pour que les autorités privilégient enfin des solutions efficaces et respectueuses de la biodiversité.

 

Halte au « choc de régulation » : classer les cervidés en ESOD, et puis quoi encore ?

Halte au « choc de régulation » : classer les cervidés en ESOD, et puis quoi encore ?

Une solution extrême pour un problème non scientifiquement démontré

Un rapport conjoint des inspections générales (CGAAER et IGEDD) , qui a pour objectif d’évaluer la mise en œuvre du contrat État – Office national des forêts (ONF) 2021-2025 et de proposer des perspectives pour l’élaboration du prochain contrat couvrant la période 2026-2030[1], a récemment jeté un pavé dans la mare en proposant des mesures ultra-radicales pour rétablir le soi-disant équilibre sylvo-cynégétique dans les forêts domaniales[2].
Ce rapport, publié en mai 2025, évalue la mise en œuvre du contrat État–ONF 2021-2025 et propose des perspectives pour l’avenir.
Au cœur de ses recommandations : le classement, certes temporaire et localisé, des cerfs et chevreuils en Espèces Susceptibles d’Occasionner des Dégâts (ESOD), ainsi qu’un véritable « choc de régulation des ongulés sauvages », comme régulièrement préconisé par l’ONF.
Et cela bien que les effectifs de chevreuils soient en chute[3].

L’Office national des forêts (ONF) identifie le déséquilibre forêt-ongulés comme un risque majeur[4], constatant que les zones en déséquilibre dans les forêts domaniales sont passées de 38 % en 2019 à 50 % en 2023.
Cependant, en dépit de l’urgence invoquée pour justifier ce classement ESOD et ces abattages massifs, l’absence flagrante de deux éléments fondamentaux rend ce projet non seulement disproportionné, mais potentiellement écologiquement irresponsable : l’absence d’études scientifiques sérieuses et l’ignorance totale du rôle de la prédation naturelle par le loup.

Les termes employés dans le rapport, évoquant un « plan d’action de crise » et des mesures comparables à celles mises en place en 2019 pour lutter contre la peste porcine africaine (PPA) dans les « zones blanches », font froid dans le dos.
Une telle approche, calquée sur une urgence sanitaire pour traiter une problématique écologique complexe, révèle une vision simpliste de l’écosystème forestier.

L’absence de justification scientifique démontrée

Le rapport préconise des actions extrêmement brutales, notamment le classement temporaire en ESOD et l’augmentation significative des tirs, y compris sur les groupes matriarcaux (biches et faons). Pourtant, les sources elles-mêmes soulignent que le dialogue sur l’équilibre forêt-ongulés est perturbé par des désaccords concernant les indicateurs de dommage et de régénération.

Il est essentiel de rappeler que l’ONF et les forestiers en général ont été incapables, dans certains cas récents (comme dans la Réserve naturelle des Hauts Plateaux du Vercors), de présenter des documents sérieux concernant l’impact réel des cerfs sur la forêt. Les ongulés sauvages, dont les cerfs et chevreuils, consomment naturellement la régénération.
Ce sont donc des études solides sur les dommages en matière de régénération forestière à long terme et sur les impacts économiques qui doivent étayer toute demande d’intensification de la pression de tir, et non de simples constats d’abroutissement (phénomène naturel en présence d’herbivores).

Le rapport reconnaît d’ailleurs que les expérimentations actuelles pour rétablir l’équilibre sont jugées insuffisantes et trop limitées. Il est demandé à l’ONF de produire des « dossiers d’alerte » argumentés et étayés pour objectiver les dégâts dans les régénérations et les jeunes peuplements, en s’appuyant sur des outils comme enclos/exclos (par exemple en forêt de Schirmeck, dans le Bas-Rhin) ou le protocole IRSTEA[5]. Néanmoins, même des outils reconnus, comme les Indicateurs de Changement Écologique (ICE), nécessitent un suivi d’au moins trois ans pour fournir une représentation fiable de l’évolution des dégâts.
Imposer un « choc de régulation » avant des diagnostics partagés et robustes interroge sur la priorité donnée à une résolution rapide plutôt qu’à une gestion durable fondée sur des données incontestables.

Le silence assourdissant sur le loup en tant que solution

L’aspect le plus troublant du projet de « choc de régulation » réside dans l’omission totale de la prédation par le loup comme facteur régulateur des populations d’ongulés. Bien que le rapport reconnaisse implicitement que la surabondance d’ongulés sauvages a été favorisée, entre autres, par la diminution du nombre de grands prédateurs depuis les années 1970 (loup, lynx, ours), il n’évoque à aucun moment la régulation naturelle par le loup, ni l’intérêt qu’il y aurait à réduire les tirs de loups afin de rétablir l’équilibre forêt-faune.

La mission conjointe recommande une série d’actions coercitives menées par les préfets, incluant des abattages massifs et potentiellement la classification ESOD. Sachant pertinemment que la classification ESOD actuelle des espèces interroge déjà quant à la reconnaissance des services rendus par la faune sauvage, le rapport ne dit mot de la prédation naturelle du loup et de ses effets sur les chevreuils et les cerfs.
Comment l’État peut-il envisager un plan d’action d’une telle ampleur, axé sur la restauration de l’équilibre des écosystèmes forestiers, tout en ignorant l’un des mécanismes naturels les plus puissants pour contrôler les populations de cervidés ?

La présence du loup (effets de dispersion, de stress, et de prélèvement sur les ongulés) est un facteur de résilience des écosystèmes qui, s’il était pris en compte, pourrait réduire la nécessité de recourir à des plans d’abattage administratifs et coûteux.
Le maintien de la biodiversité et la résilience des écosystèmes forestiers font partie des objectifs majeurs de l’ONF et de l’État, mais ce « choc de régulation » ignore la contribution écologique des grands prédateurs à cet objectif.

Conclusion : une démarche administrative contre-nature

Le projet de classement des cerfs et chevreuils en ESOD dans certaines forêts domaniales, et le recours à un « choc de régulation », constituent une réponse administrative alarmante face aux défis écologiques. Cette stratégie est doublement défaillante : d’une part, elle s’appuie sur des constats de déséquilibre dont la gravité n’est pas toujours appuyée par des études sérieuses et incontestées (souvent de simples indicateurs ou diagnostics controversés) ; d’autre part, elle écarte l’unique force capable d’assurer une régulation naturelle et durable des ongulés : le loup.

Avant d’exiger des « tirs de nuit encadrés » et des « abattages massifs » comparables à la lutte contre la PPA, l’État et l’ONF doivent impérativement faire preuve de transparence et de rigueur scientifique.
Nous exigeons que la gestion des populations, si elle doit avoir lieu, soit basée sur des données scientifiques robustes et qu’elle intègre les dynamiques naturelles de prédation, pour une gestion forestière véritablement durable et écologique.
En l’état, le classement ESOD et le « choc de régulation » s’apparentent davantage à une opération de communication qu’à un plan de gestion crédible.

 

Sources

    1. Rapport CGAAER n° 24100, IGEDD n° 015934-01 —téléchargement (agriculture.gouv.fr)
    2. Le Chasseur Français — « Cerfs et chevreuils bientôt classés “nuisibles” dans les forêts domaniales ? » — lire l’article
    3. Animal Cross — « Ouverture de la chasse : chevreuils en crise, sangliers en excès » — lire l’article
    4. Rapport CGAAER n° 24100, IGEDD n° 015934-01 (p. 15) — voir le document
    5. Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture
Consultation publique : Non à l’assouplissement des règles de protection des espèces

Consultation publique : Non à l’assouplissement des règles de protection des espèces

La consultation publique sur le « projet de décret portant diverses dispositions relatives aux mesures de protection des espèces » (NOR : TECL2525502D) est ouverte jusqu’au 14 octobre 2025. Derrière une « mise en cohérence » du Code de l’environnement (L.411-1, L.411-2, R.411-3), le texte introduit la notion de « modalités de mise en œuvre » des interdictions applicables aux espèces protégées. Concrètement, cela ouvre la porte à des assouplissements et à davantage de dérogations, au risque d’augmenter les destructions — notamment du loup — à rebours de l’objectif d’état de conservation favorable.
Animal Cross demande le retrait ou la révision de ces dispositions et invite chacun(e) à déposer un avis défavorable sur la plateforme officielle.Participation ouverte jusqu’au Accéder à la consultation officielle – Déposer votre commentaire sur le site de la consultation officielle.

Objet :

Projet de décret portant diverses dispositions relatives aux mesures de protection des espèces animales non domestiques et végétales non cultivées (NOR : TECL2525502D) – Demande de retrait ou de révision de la mesure menaçant la protection stricte des espèces.

Argumentaire

Préciser : DEFAVORABLE AU DECRET

Actuellement, l’article R. 411-3 du code de l’environnement confie aux ministres (chargés théoriquement de la protection de la nature et de l’agriculture) la compétence de préciser uniquement la « nature » et la durée des interdictions applicables aux espèces protégées, en application de l’article L. 411-1. Le projet de décret modifie l’article R. 411-3 pour y ajouter que les arrêtés interministériels
devront également préciser les « modalités de mise en œuvre » de ces interdictions.

Bien que cette modification soit présentée comme une mise en cohérence avec l’article L. 411-2 et vise à "assurer un état de conservation favorable des populations des espèces concernées et permettre leur coexistence avec les activités économiques existantes", elle introduit un glissement dangereux cat tout est dans la mise en œuvre, nous le voyons bien avec une facilitation des tirs depuis 20 ans.

Le risque concret d’augmentation des destructions

L’introduction du terme « modalités de mise en œuvre » permet d’assouplir les règles. Ce risque est particulièrement palpable concernant le loup (Canis lupus), dont le statut a récemment été modifié au niveau international, passant d’espèce « strictement protégée » (annexe II de la Convention de Berne) à « protégée » (annexe III), et de l’annexe IV à l’annexe V de la directive « Habitats, faune, flore ».

Dans le cas spécifique du loup, l’ajout des « modalités de mise en œuvre » pourrait permettre aux futurs arrêtés d’élargir la définition de la « défense des troupeaux ».
Ceci aurait pour conséquence directe d’augmenter significativement le nombre de tirs de loups.

Une telle augmentation des destructions irait directement à l’encontre de l’objectif affiché par le dispositif, qui est d’assurer un état de conservation favorable des populations. L’adaptation de la réglementation nationale ne doit pas se faire au détriment de la préservation effective des espèces, dont la conservation est justifiée par leur rôle essentiel dans l’écosystème.

Conclusion
Je demande la révision ou le retrait des dispositions du projet de décret qui introduisent les « modalités de mise en œuvre » dans l’article R. 411-3, afin d’éviter un affaiblissement du cadre juridique français en matière de protection des espèces, tel qu’il est redouté car favorisant le risque d’augmentation des tirs.

Ouverture de la chasse : chevreuils en crise, sangliers en excès

Ouverture de la chasse : chevreuils en crise, sangliers en excès

, eux,L’ouverture de la chasse 2025 met en lumière un paradoxe criant : partout en France, les chevreuils déclinent, tandis que les sangliers prolifèrent. Une contradiction qui révèle les effets combinés du climat et des pratiques humaines.

Chevreuils : un déclin préoccupant

Partout sur le territoire, les chevreuils montrent des signes inquiétants de fragilisation.
Selon Sonia Saïd (Office français de la biodiversité), leurs effectifs sont en baisse à l’échelle nationale, conséquence directe du changement climatique et de la compétition avec d’autres herbivores.
La Franche-Comté illustre ce phénomène de manière particulièrement marquée : dans le Doubs et le Territoire de Belfort, les chevreuils sont retrouvés amaigris, parasités ou morts sans signe de tir. Selon les observations locales, la population pourrait avoir chuté de moitié en cinq ans, alors même que les plans de chasse fixent encore des milliers de prélèvements annuels(1).

Le chevreuil souffre d’un régime alimentaire dégradé : la ronce est devenue moins digeste, les glandées sont plus irrégulières, et les chevrettes peinent à élever deux faons. De plus, la date fixe des naissances ne suit pas l’avancée de la végétation (≈2 semaines en 30 ans), ce qui augmente la mortalité des jeunes.
Mais si cette baisse concerne tous les départements, le nombre de chevreuils tués en 2024-2025 varie : certains plafonds baissent (ex. Doubs), d’autres augmentent légèrement (ex. Orne), ou restent stables (ex. Corrèze).

 

Sangliers : une MULTIPLICATION QUI S'EXPLIQUE

À l’inverse, les sangliers se multiplient. Les données du réseau Ongulés Sauvages (OFB–FNC–FDC) indiquent un passage de 35 000 prélèvements annuels dans les années 1970 à 842802 durant la saison 2021-2022(2), soit une multiplication par 24, (3).
La population nationale dépasse aujourd’hui les 2 millions (4) d’individus, selon les chasseurs (qui ont toutefois tout intérêt à donner une perception plus grave qu'elle ne l'est en réalité !).
Les causes ?

  • Le changement climatique, avec des hivers doux, une fructification accrue, et la survie des marcassins.
  • Les pratiques cynégétiques avec des lâchers d’animaux (1960-1980), un agrainage toujours pratiqué, et des chasseurs qui évitent de tirer sur les laies pour préserver la reproduction.
  • L'effet chasse : dans les zones très chassées, les laies se reproduisent dès 1 an (au lieu de 2), ce qui accélère la croissance démographique(4).

Deux dynamiques opposées

Le chevreuil décline, victime du réchauffement et de la compétition alimentaire. Mais les données sur la baisse nationale des chevreuils selon Sonia Saïd ne semblent pas encore incorporées dans tous les plans de chasse départementaux. L’information scientifique existe, mais la traduction dans les quotas ou les prélèvements reste partielle selon les régions.

Le sanglier explose, favorisé par les mêmes changements climatiques et par des pratiques cynégétiques qui entretiennent son abondance. Ce contraste illustre un déséquilibre majeur dans la gestion actuelle de la faune sauvage.

 

Nos recommandations

  • Mettre fin aux pratiques artificielles : interdiction stricte de l’agrainage et des lâchers.
  • Adapter la chasse : réduire drastiquement les quotas de chevreuils en déclin.
  • Réformer l’agriculture : encourager polycultures, haies et clôtures adaptées.
  • Laisser la nature agir : retour des prédateurs (loup, lynx, ours), zones de libre évolution.
  • Changer de regard : reconnaître le rôle écologique du sanglier (dispersion des graines, régulation des larves) et la vulnérabilité du chevreuil.

Notes

  1. Plans de chasse départementaux du Doubs (2025–2026).
  2. Grand gibier : « Bilan des prélèvements nationaux pour la saison 2021/2022 », Réseau Ongulés sauvages - Lettre n°25"
  3. OFB–FNC–FDC, Réseau Ongulés Sauvages, bulletin prélèvements (2021).
  4. https://chroniquescynegetiques.com/2022/09/06/les-chasseurs-ne-sont-pas-responsables-de-laugmentation-des-populations-de-sangliers/
  5. Conférence scientifique, Marlène Gamelon (CNRS), Fondation François Sommer, nov. 2023.

 

Aude 2025 : pourquoi interdire la chasse dans les zones touchées par le mégafeu

Aude 2025 : pourquoi interdire la chasse dans les zones touchées par le mégafeu

Après un feu géant qui a parcouru ≈ 16–17 000 ha dans les Corbières, déclaré “maîtrisé” le 10 août et éteint le 28 août 2025, nous demandons un arrêté préfectoral interdisant toute action de chasse (y compris de régulations) dans les zones incendiées, et un périmètre tampon pour la saison 2025-2026, avec réexamen annuel. [1–4]

Pourquoi cette interdiction s’impose

Donner un répit écologique aux populations survivantes

Après un grand incendie, les études montrent que, durant les une à quatre années suivantes, les populations animales baissent nettement. Les zones peu ou pas brûlées servent de refuges et aident la nature à repartir, mais comme les animaux s’y regroupent, ils sont très sensibles au moindre dérangement : suspendre la chasse pendant cette période évite d’ajouter des morts et du stress au pire moment [5–9]. De plus, dans un milieu dégradé où les effectifs ont chuté, chaque animal tué par la chasse s’ajoute aux morts naturelles (faim, maladies, prédation) et accélère encore le déclin, comme le montrent des expériences sur les lagopèdes et des revues sur les oiseaux ; pour l’Aude, c’est le scénario le plus probable [10–12].

Proteger les Zones intactes des sur-prélèvements

Après l’incendie, les animaux se regroupent dans les zones restées intactes et le long des lisières. Ces endroits sont faciles à repérer. Si la chasse y est autorisée, tirs et battues peuvent enlever beaucoup trop d’animaux dans ces noyaux essentiels à la reprise des populations. [7–9]

respecter les Obligations juridiques (Natura 2000)

Une partie significative des zones brûlées dans les Corbières recoupe des sites Natura 2000 (Le périmètre ZPS “Corbières orientales” inclut notamment Durban-Corbières, Coustouge, Jonquières, Fontjoncouse, Quintillan, Villeneuve-les-Corbières, etc. (liste DREAL dans le DOCOB). Or ces communes figurent parmi les zones touchées par l’incendie d’août 2025).
L’article 6(2) de la directive “Habitats” 92/43/CEE oblige les États à éviter la détérioration des habitats naturels et la perturbation significative des espèces dans les sites Natura 2000. La directive “Oiseaux” 2009/147/CE, dont l’objet est la protection, la gestion et la régulation des espèces, réglemente l’exploitation, dont la chasse, de façon à ce qu’elle reste compatible avec la conservation des espèces visées et des habitats.
La Commission européenne précise, via ses orientations sur l’article 6, que la chasse peut être restreinte ou suspendue localement si elle risque de contrarier le rétablissement écologique après un sinistre grave comme un incendie. Ainsi après un incendie, la suspension temporaire de la chasse peut s’imposer pour respecter les objectifs européens de conservation.

 

ET la vigne, comment la protéger ?

Plus de 900 hectares de vignes ont été complètement détruits et environ 600 hectares affectés (échauffés, impactés par les fumées ou les agents retardants). Pour protéger la vigne maintenant, le plus efficace est de mettre des clôtures électriques robustes (ce que les chasseurs financent déjà partiellement dans l'Aude, et c'est très bien) et de bien les entretenir.
Après un incendie, les sangliers participent à la recolonisation des sols en fouillant et en dispersant des graines, favorisant la régénération des forêts et garrigues. Organiser une battue après un tel incendie ne toucherait pas seulement les sangliers mais l'ensemble de la faune, déjà très stressée. Ce serait à la fois un problème écologique et un problème tout simplement d'éthique. Laisser faire la nature permettrait une régulation par les ressources disponibles, sans ajouter une pression humaine supplémentaire.

 

Ce que nous demandons

  • Prendre un arrêté préfectoral qui suspend toute chasse (y compris les opérations de destruction des ESOD (ex-nuisibles)) dans les zones brûlées et une zone tampon pour la saison 2025-2026, avec révision chaque année sur la base d’indicateurs écologiques (retour d’habitats clés, indices de reproduction). 
  • Cartographier finement les secteurs brûlés / lisières / refuges et mettre en place un suivi faunistique coordonné (OFB, équipes scientifiques, sciences participatives).

Comment agir ?

  • Soutenir la demande de suspension de la chasse dans l’Aude en signant cette pétition citoyenne :  Change.org

  • Relayer l’information locale (presse régionale) sur la nécessité d’un moratoire pour la saison 2025-2026. [19] : Le Journal Toulousain

Notes et références

[1] Le MondeIncendie dans l’Aude : le feu… est « maîtrisé », annonce la préfecture (11 août 2025). Le Monde.fr
[2] Le MondeL’incendie dans l’Aude est désormais éteint, annonce la préfecture (28 août 2025). Le Monde.fr
[3] La DépêcheAprès trois semaines, le grand incendie dans l’Aude est enfin éteint (28 août 2025). ladepeche.fr
[4] Préfecture de l’AudeFERMETURE DES MASSIFS 2025 (arrêtés DFCI). Conseil Départemental de l'Aude
[5] Fontaine & Kennedy (2012), Ecological Applications – Méta-analyse (≤ 4 ans) oiseaux & petits mammifères post-feu. PMC
[6] Puig-Gironès et al. (2023), Forest Ecology & Management – Effets temporels des feux sur les oiseaux forestiers. ScienceDirect
[7] Meddens et al. (2018), BioScienceFire refugia : rôle pour la persistence et la recolonisation. Oxford Academic
[8] US Forest Service / Meigs et al. (2018)Ecosystem legacies across burned landscapes (refugia). US Forest Service
[9] Puig-Gironès et al. (2023) – Version PDF (Université de Barcelone). Diposit UAB
[10] Sandercock et al. (2011), Journal of Animal Ecology – Expérimentation de prélèvement (lagopède, additivité partielle). BES Journals
[11] Péron (2013), Journal of Animal EcologyCompensation vs additivité de la mortalité anthropique. PubMed
[12] Cooch et al. (2014), Wildfowl – Revue : effets du harvest sur les populations (incertitudes & additivité). wildfowl.wwt.org.uk
[13] ONFAprès un incendie, l’ONF sécurise, accompagne et reconstruit (chablis, fermetures). Office national des forêts
[14] Ministère de l’AgricultureL’ONF, au cœur de la prévention des incendies de forêt (rôle DFCI). Ministère de l'Agriculture
[15] EUR-LexDirective 92/43/CEE (« Habitats »), art. 6(2) : obligation de non-détérioration. EUR-Lex
[16] EUR-LexDirective 2009/147/CE (« Oiseaux ») : protection, gestion, régulation et exploitation encadrée. EUR-Lex
[17] Préfecture des Bouches-du-RhôneInterdiction de toute action de chasse 2 ans – Montagnette (06/10/2022). Bouches-du-Rhône
[18] TF1info (AFP)Montagnette : interdiction d’accès prolongée jusqu’au 30/06/2025 (sécurité post-feu). TF1 INFO
[19] Le Journal ToulousainLe Parti animaliste demande une interdiction après les incendies (27 août 2025). Le Journal Toulousain
[20] Change.orgSuspendre la chasse dans les zones touchées par le mégafeu de l’Aude. Change.org

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Baisse de l’espérance de vie des loups en France

Baisse de l’espérance de vie des loups en France

Un taux de survie en forte baisse

Un article récent co-signé par trois scientifiques du CNRS et de l’OFB (1) montre que le taux de survie annuelle des loups est passé de 71% pendant la période 2014-2018 à 62% depuis 2019. Cela signifie qu’un loup n’a que 62% de chances d’être encore vivant un an plus tard, et qu’ainsi son espérance de vie après avoir passé l’âge de 6 ans est extrêmement faible.

Des quotas de tirs relevés et un braconnage massif

Cela est dû au relèvement du plafond de loups pouvant être tirés à titre dérogatoire, qui est passé en 2019 de 10% à 19% de la population estimée de loups en France, après une étape à 17% (2). Mais aussi à un niveau de braconnage très important, qui a été mis en lumière, entre autres, par un groupe de naturalistes constitué en « Groupe Loup PPAlpes ». Ce groupe, composé d’une quarantaine de naturalistes suivant 38 meutes dans les Alpes, Préalpes et massifs provençaux français, conclut dans son dernier rapport (3), après une analyse fouillée, qu’il y a « probablement 150 à 200 loups tués, chaque année par braconnage en France ». Ce qui porte le nombre total de loups potentiellement détruits en 2025, officiellement ou par braconnage, dans un intervalle situé entre 342 et 392 individus, pour une population estimée à 1013, étant donné que cette année le plafond de loups pouvant être tués a été porté à 192 (4).

L’importance de la qualité des estimations

Cela nous renvoie à l’importance de la qualité d’estimation de loups effectuée par le réseau loup-lynx animé par l’Office Français de la Biodiversité (5), dont les résultats et méthode ont subi maintes fois les critiques des fédérations de chasse, ainsi que des syndicats d’élevage (6).

L’article mentionné en introduction rappelle que c’est toujours la méthode « capture-recapture » (mais pas celle du loup !) qui est utilisée, en s’appuyant essentiellement sur la collecte d’indices de présence sur l’ensemble du territoire. C’est un calcul statistique de probabilité de détection des individus, développé dans l’article, qui permet de conduire à un intervalle de confiance, ici entre 920 et 1125 individus. Même s’il peut paraître large, cet intervalle s’est considérablement réduit grâce à l’adoption d’un maillage de recherche de 10 km sur 10 km sur toute l’aire de répartition du loup, et en fixant des objectifs chiffrés définissant le nombre d’indices à trouver, dans chaque maille.

Une conservation en trompe-l’œil

A la lumière du nombre de loups qui seront probablement tués cette année (légalement ou pas), et après le constat de stagnation de la population de loups depuis 3 ans (aux incertitudes près), de leur quasi-maintien à l’est du Rhône et sur les massifs montagneux, on ne peut que s’étonner de la constance qu’a l’État à prétendre que les loups sont en France dans un état de conservation tellement favorable (7) que l’on peut continuer à les tuer à hauteur de 19% à 21% de leur population ! Et cela risque de s’aggraver encore à la suite des nouvelles dispositions qui vont résulter de la déclassification de protection du loup au niveau européen.

Références
(1) Cyril Milleret, Christophe Duchamp, Olivier Gimenez. Mise à jour des estimations
démographiques et des effectifs de la population de loups en France lors de l’hiver
2023/2024. CNRS; OFB. 2025. hal-05016361(https://hal.science/hal-05016361v1/file/rapport-suivi-de%CC%81mographique-et-effectifs-loups-2023-24.pdf)
(2) https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000038827469
(3) https://drive.google.com/file/d/1M-hviOtahhhc2uenZno__wOj5BL3-29b/view
(4) https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000050730647
(5) https://professionnels.ofb.fr/fr/reseau-loup-lynx
(6) https://www.animal-cross.org/des-fonds-dedies-au-suivi-biologique-des-loups-detournes-dans-le-but-de-les-tuer/
(7) C’est ce que l’on peut lire dans tous les mémoires en réplique de l’Etat lors de nos recours contentieux

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