À cette saison, les collisions augmentent pour plusieurs espèces. La dispersion des jeunes explique une partie de ce phénomène. Mais elle coïncide aussi avec la reprise de la chasse et des battues, qui provoquent d’importants mouvements de fuite. Alors que la chasse est régulièrement présentée comme un moyen de limiter les collisions, les données nous montrent l’inverse.
Des collisions qui augmentent en automne
Une étude menée entre 2014 et 2019 par l’UMS PatriNat et la Directions Interdépartementales des Routes Ouest (DIR), a permis de collecter 27 945 données de collisions toutes espèces confondues sur 6 ans. Ces données, qui couvrent principalement la Bretagne ainsi qu’une partie des Pays de la Loire, ont permis de mettre en lumière une saisonnalité très marquée des collisions entre véhicules et faune sauvage. Si certaines espèces connaissent des pics au printemps lors du rut ou des déplacements de reproduction, l’automne enregistre une envolée globale des signalements d’animaux tués sur les routes.[1]

L’automne cumule deux déclencheurs majeurs de mouvements incontrôlés : la pression cynégétique et l’émancipation des jeunes.

Sanglier au bord d’une route — photo d’illustration. Photo : Rameshs041 /
Wikimedia Commons —
CC BY-SA 4.0.
Lors de la chasse, les animaux fuient et sont poussés vers les routes
Chez le Sanglier, le nombre de collisions enregistrées s’effondre au printemps, pour exploser littéralement en automne et en hiver. Ce chiffre est ainsi multiplié par 7 à 10 dès le lancement des battues automnales, lorsque les animaux pourchassés débouchent en panique sur la chaussée.[1]

Pour comprendre l’origine de ces accidents, il faut se tourner vers la science du déplacement animal. Les modèles mécanistes développés par les chercheurs en écologie des routes démontrent de façon formelle que la vitesse, la fréquence et la trajectoire des déplacements des animaux constituent le facteur déterminant majeur du risque de collision.[3]
Plus un animal se déplace vite, de façon rectiligne et sur de longues distances, plus sa probabilité de croiser la trajectoire d’un véhicule augmente.[3]

Or, la chasse engendre justement ce type de déplacements. Les battues très bruyantes, les aboiements des meutes de chiens traquant le gibier et les détonations répétées de gros calibres plongent la faune sauvage dans un état de terreur et de stress extrême et provoquent des réactions de fuite. Des suivis télémétriques par GPS révèlent que lors d’une battue, près de 68 % des animaux s’enfuient immédiatement en franchissant les lignes de tir à grande vitesse et selon des trajectoires tendues.[4]
La fréquence et le nombre des coups de feu augmentent directement la distance parcourue par les animaux en fuite.[4]
Même les individus qui tentent d’abord de se tapisser dans la végétation finissent par s’enfuir dès le départ des chasseurs, effectuant des déplacements nets jusqu’à quatre fois supérieurs à leurs mouvements normaux.[4]
Chassés de leur domaine habituel, les animaux s’éloignent de plusieurs kilomètres et peuvent mettre plusieurs jours avant de revenir à leurs habitats[4]. Ils reportent également l’essentiel de leur activité durant la nuit pour échapper au dérangement diurne.[5]
Traqués par les chiens qui les poursuivent parfois jusque sur la route, les animaux affolés franchissent les infrastructures routières en catastrophe, incapables de percevoir le danger des véhicules, provoquant ainsi des suraccidents dramatiques.
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Wikimedia Commons —
CC BY 2.0.
En septembre 2024, à Senlis, un cerf poursuivi par un équipage de chasse à courre a quitté la forêt de Pontarmé, franchi la RD1017 puis rejoint la ville. Haletant, l’animal a finalement trouvé refuge près de la gendarmerie avant de pouvoir regagner la forêt.[6]
Un autre exemple, en décembre 2025 à Saint-Maur dans l’Indre, montre également jusqu’où peut conduire une action de chasse. Un sanglier blessé s’était échappé avant d’être retrouvé au bord d’une route départementale, à quelques mètres des automobilistes. Un chasseur l’a alors abattu depuis le bord de la route. Une enquête judiciaire pour mise en danger d’autrui a été ouverte.[7]
« Réguler » les animaux pour sécuriser les routes ? Le faux alibi cynégétique
Les fédérations de chasse présentent régulièrement la régulation de la faune comme indispensable à la prévention des collisions routières. Pourtant, la chasse peut elle-même accroître le risque d’accident en poussant des animaux affolés vers les routes.[8][9][10][11]
Le 4 février 2026 à Viviers, en Ardèche, une voiture a percuté un sanglier qui venait de surgir d’un champ alors qu’une battue se déroulait à proximité. L’automobiliste n’a pas pu éviter l’animal.[11]
La dispersion des jeunes : un facteur aggravant en automne
À ce dérangement massif causé par les chasseurs s’ajoute un facteur biologique naturel propre à la saison : la dispersion natale des jeunes individus. Nés au printemps précédent, de nombreux jeunes mammifères (renards, blaireaux, hérissons) et oiseaux atteignent leur émancipation entre la fin de l’été et l’automne.[1][12]
Chez le Renard roux, alors que le printemps compte parmi les périodes les plus calmes, l’automne subit également une forte augmentation en octobre. Ce pic correspond précisément à la phase de dispersion des juvéniles et sub-adultes (septembre-novembre) combinée au dérangement par la chasse.[1][12]

Chez les rapaces nocturnes comme la chouette chevêche ou la chouette effraie, les adultes chassent agressivement les jeunes de leur territoire d’origine entre août et novembre afin de réserver les ressources alimentaires pour l’hiver. Les collisions avec les véhicules restent modérées à la fin du printemps, mais s’envolent en automne avec la dispersion des jeunes.[1]
Pour la Chouette effraie, 72 % à 84 % de la mortalité routière annuelle se concentre durant la mauvaise saison : lorsque la dispersion des jeunes inexpérimentés coïncide avec le coucher du soleil et les heures de pointe du trafic routier (17h-20h).[2]

Tous ces jeunes animaux encore inexpérimentés partent à la recherche de leur propre domaine vital, explorant des territoires qu’ils ne connaissent pas encore et traversant parfois des routes qui leur sont totalement inconnues et dont ils ignorent le danger.[13]
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Wikimedia Commons —
CC0 1.0.
Cette inexpérience, associée à une baisse de vigilance durant la recherche de nourriture, les rend extrêmement vulnérables. De plus, en automne, l’allongement de la nuit fait coïncider les pics d’activité de la faune avec les heures de pointe du trafic routier en fin de crépuscule. C’est ainsi que 72 % à 84 % de la mortalité routière annuelle de certaines espèces d’oiseaux nocturnes se concentre durant la mauvaise saison.[2][12]
Un panneau à regarder autrement
À l’automne, redoublons de vigilance, surtout à l’aube, au crépuscule et la nuit, lorsque les animaux sont les plus susceptibles de traverser les routes.
Ce fameux panneau de signalisation, regardons-le différemment.
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Wikimedia Commons.
À force de passer devant, nous finissons par oublier sa signification. Ce panneau nous rappelle pourtant que nous entrons dans une zone où des animaux sont susceptibles de traverser. Et pas seulement des cerfs, comme le suggère le pictogramme, mais toute la faune, petite et grande : chevreuils, sangliers, renards, blaireaux, hérissons, martres, crapauds et bien d’autres encore.
Alors pensons à eux et soyons vigilants.
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Sources et références
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Cahier des Techniques de l’INRA, 2014, N° Spécial: GPS&SIG, pp.159-165. ⟨hal-04695994⟩
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Crédits photographiques
Sanglier au bord d’une route : Rameshs041 — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
Jeune chevreuil victime d’une collision routière : Thomas Kohler — Wikimedia Commons — CC BY 2.0.
Chevêche d’Athéna : Hobbyfotowiki — Wikimedia Commons — CC0 1.0.