En septembre, on parlera de « l’ouverture de la chasse ». Pourtant, sur certains territoires, elle ne s’est jamais vraiment arrêtée. Ouvertures anticipées, prolongations, sanglier, destruction des ESOD : les possibilités de chasser ou tuer des animaux sauvages s’étendent bien au-delà de la saison générale.

Pour Animal Cross, cette évolution vers une pression presque permanente pose une question essentielle : quand laisse-t-on enfin la faune tranquille ?

Une « saison » de chasse qui s’étend presque toute l’année

En France, la période générale de chasse s’étend principalement de septembre à fin février, avec des dates précises fixées localement. Mais de nombreuses exceptions débordent de ce calendrier : chevreuil et daim peuvent notamment être chassés dès juin sous certaines conditions. Le cas du sanglier est emblématique : la réglementation permet désormais, selon les périodes et les autorisations préfectorales, de le chasser potentiellement du 1er juin au 31 mai suivant.[1]

À cela s’ajoutent les ESOD (espèces susceptibles d’occasionner des dégâts). Renards, corvidés et d’autres animaux peuvent, selon les espèces et les départements, être détruits en dehors de la période générale ; certains peuvent aussi être piégés toute l’année.[2]

Entre période générale, ouvertures anticipées, prolongations et destruction des ESOD, les périodes sans pression cynégétique se réduisent fortement.

Pour Animal Cross, cette accumulation traduit une évolution préoccupante : une chasse de plus en plus permissive et une faune à laquelle on accorde de moins en moins de répit.

Même les animaux qui ne sont pas chassés subissent la chasse

La nature ne fonctionne pas espèce par espèce. Une battue au sanglier ne dérange pas uniquement les sangliers. Dans la même forêt vivent des oiseaux, des mustélidés, des cervidés et de nombreuses autres espèces.

Chiens, tirs et présence humaine peuvent provoquer fuite et modification des déplacements. Une étude menée à Chambord sur des cerfs équipés de GPS a montré qu’après une battue, tous les animaux suivis finissaient par quitter la zone chassée ; quelques heures plus tard, ils se trouvaient à plus de deux kilomètres de celle-ci et restaient éloignés de la zone perturbée presque deux fois plus longtemps qu’en l’absence de chasse.[3]

La pression de chasse ne se résume donc pas au nombre d’animaux tués. Elle affecte aussi ceux qui partagent le territoire chassé, en interrompant notamment déplacements habituels, repos ou alimentation et potentiellement les capacités de reproduction.

Quand ces dérangements se répètent sur une grande partie de l’année: quand ces animaux peuvent-ils simplement se nourrir, se reposer, se reproduire et vivre selon leur nature ?

Dans une nature déjà fragilisée, pourquoi ajouter de la pression ?

Cette évolution intervient alors que la biodiversité subit déjà de nombreuses pressions. En 2024, 18 % des espèces évaluées dans la Liste rouge nationale étaient éteintes ou menacées. En France métropolitaine, les populations d’oiseaux communs spécialistes ont fortement décliné depuis 1989 et celles des chauves-souris communes ont diminué de 43 % entre 2006 et 2021.[4]

La chasse n’est pas la seule responsable de cette situation. Mais pour Animal Cross, plus le vivant est fragilisé par la destruction des habitats, les pollutions ou le changement climatique, plus nous devrions lui garantir de la tranquillité, et ne pas réduire encore ses périodes de répit.

N’oublions pas non plus que les animaux sauvages sont aussi des acteurs de leurs écosystèmes : ils dispersent des graines, fouissent les sols, prédatent, recyclent la matière et participent aux équilibres naturels.

Dès lors, quelle place et quelle possibilité laissons-nous à la nature pour se préserver et se régénérer dans un contexte climatique délétère et d’effondrement de la biodiversité ?

Ce que demande Animal Cross

Cette réflexion n’est pas nouvelle pour Animal Cross. Dans Article 0, l’association dénonçait déjà une chasse qui déborde largement de la période septembre-février et demandait notamment l’arrêt de la chasse au moins deux jours par semaine, dont le dimanche, ainsi que l’arrêt de la chasse des espèces chassables et de la destruction des ESOD de début mars à fin août.[5]

À plus long terme, Animal Cross défend un monde sans chasse de loisir et davantage d’espaces en libre évolution, où les animaux et les processus naturels puissent retrouver de véritables conditions de tranquillité.[5]

Le vivant a besoin de tranquilité de temps sans fusils, sans chiens et sans poursuites.
Laissons-lui du répit.

Sources et références

[1] République française. (2023).
Code de l’environnement, article R. 424-8 : périodes spécifiques de chasse. Légifrance.
Consulter la réglementation sur Légifrance

[2] Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. (2023, 3 août).
Arrêté pris pour l’application de l’article R. 427-6 du Code de l’environnement et fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts. Légifrance.
Consulter l’arrêté sur Légifrance

[3] Chassagneux, A., Calenge, C., Marchand, P., Richard, E., Guillaumat, E., Baubet, E., & Saïd, S. (2020).
Should I stay or should I go? Determinants of immediate and delayed movement responses of female red deer (Cervus elaphus) to drive hunts. PLOS ONE, 15(3), e0228865.
Consulter l’étude

[4] Service des données et études statistiques. (2026).
La biodiversité en France : état des connaissances en 2025. Ministère de la Transition écologique.
Consulter les données

[5] Animal Cross. (2024).
Article 0. Animal Cross. Voir notamment le chapitre 1, « La chasse : une activité autorisée toute l’année », et le chapitre 12, « Première étape : un monde sans chasse de loisir ».