Plus de 115 000 hectares avaient déjà été parcourus par les incendies en France à la fin juillet 2026. Derrière les arbres calcinés, le bilan le plus difficile à mesurer reste celui du vivant. Certains animaux meurent pendant le feu, d’autres sont brûlés ou intoxiqués, mais les conséquences les plus durables commencent souvent après : perte des abris et des sites de reproduction, disparition des ressources alimentaires, déplacements forcés vers les zones épargnées et perturbation des populations pendant plusieurs années. Une fois les flammes éteintes, la question n’est donc pas seulement de savoir comment « réparer » la forêt. Il faut surtout se demander comment lui permettre de se reconstruire.
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Survivre aux flammes n’est que le début
Tous les animaux ne peuvent pas fuir un incendie. Oiseaux et grands mammifères disposent parfois d’une capacité de déplacement suffisante ; petits mammifères, reptiles, amphibiens, insectes peu mobiles, jeunes animaux, mais aussi champignons, lichens et organismes du sol sont beaucoup plus exposés. L’incendie du Cap Lardier, dans le Parc national de Port-Cros, les 24 et 25 juillet 2017, qui a parcouru plus de 500 hectares, a justement conduit l’Agence française pour la biodiversité et le CEFE à mettre en place en 2019 un protocole de suivi de la reconquête de la faune et de la flore. Tortue d’Hermann, orthoptères, fourmis et végétation ont été étudiés : preuve qu’un incendie ne s’évalue pas seulement au nombre d’animaux retrouvés morts le lendemain, mais à la capacité des populations à se maintenir puis à recoloniser le territoire.[2]
L’expérience de Fontainebleau rappelle aussi une réalité contre-intuitive : l’absence d’afflux massif d’animaux brûlés dans les centres de soins ne signifie pas que la faune a été épargnée. L’ANVL indique qu’après l’incendie de juillet 2026, comme après les 32 000 hectares brûlés en Gironde en 2022, les centres n’ont pas constaté d’arrivée massive d’animaux directement brûlés. Les animaux mobiles ont pu fuir ; d’autres sont probablement morts sur place. Pour les survivants, le problème devient ensuite celui du territoire : où se cacher, se nourrir, se reproduire lorsque le couvert végétal et une partie des chaînes alimentaires ont disparu ?[3]

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Cette reconstruction se compte en années, voire en décennies. En forêt méditerranéenne, INRAE estime que la plupart des paramètres physicochimiques du sol mettent 15 à 25 ans à retrouver leur niveau initial et qu’environ 50 ans sont nécessaires pour parler de résilience globale de l’écosystème. Sous ce seuil, communautés bactériennes et faune du sol restent moins diversifiées et moins actives.[4]
Forêt brûlée : laisser la nature… et les animaux travailler
Devant un paysage noirci, notre premier réflexe est souvent de « nettoyer », couper et replanter. Mais une forêt n’est pas un bâtiment à reconstruire. Au Cap Lardier, l’approche retenue repose largement sur la régénération naturelle, complétée là où cela est nécessaire par des essences locales diversifiées, avec notamment davantage de chênes que de résineux. L’OFB constate déjà la reprise de la végétation, la limitation de l’érosion et l’installation de nouvelles espèces.[5]
C’est aussi la position défendue depuis plusieurs années par Animal Cross : observer avant d’agir et laisser autant que possible les processus naturels reprendre leur cours. Replanter rapidement une seule essence peut donner l’impression d’une forêt reconstituée, tout en recréant un peuplement homogène et vulnérable. Dans les Landes, par exemple, la transformation d’anciens milieux humides en vastes plantations de pins maritimes du même âge a créé une structure très différente d’une forêt naturelle mêlant essences, âges et strates végétales. La libre évolution permet au contraire aux espèces adaptées au lieu de revenir progressivement et au milieu de retrouver une structure plus complexe.[6]
Et la forêt ne se reconstruit pas uniquement grâce aux arbres. Les animaux participent directement à sa reconquête. Le geai des chênes transporte et enfouit des milliers de glands, parfois à plusieurs kilomètres, devenant un véritable reboiseur naturel. Le sanglier fouille le sol, remet en circulation des graines enfouies et en transporte dans ses soies ; cette dispersion participe à la dynamique végétale après les chablis, les incendies et d’autres perturbations. Article 0 rappelle ainsi une idée fondamentale : les animaux sauvages ne sont pas de simples habitants passifs d’un milieu, ils en sont des acteurs.[7]

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C’est précisément là que libre évolution et chasse deviennent indissociables.
Laisser la végétation repousser tout en supprimant les animaux qui dispersent les graines, déplacent la matière organique, prédatent, fouissent ou recyclent les cadavres revient à prétendre laisser fonctionner un écosystème après lui avoir retiré certains de ses rouages.
Après un incendie, les zones non brûlées deviennent des refuges : pourquoi y chasser ?
Les animaux qui ont fui ne disparaissent pas : ils se concentrent dans les vallons, bosquets, lisières et parcelles que le feu a épargnés. Ces zones refuges fournissent couvert, nourriture et sites de reproduction et constituent les noyaux depuis lesquels les populations pourront ensuite recoloniser les secteurs brûlés. Elles deviennent donc parfois plus importantes écologiquement après le feu qu’elles ne l’étaient avant.[8]
C’est pourquoi interdire la chasse seulement sur les hectares carbonisés n’a pas de sens écologique. Animal Cross avait déjà formulé cette demande après le mégafeu des Corbières de 2025 : protéger les secteurs incendiés et un périmètre tampon autour d’eux, où se réfugient précisément les survivants. La chasse à cet endroit ajoute mortalité, poursuites et dérangement à des populations déjà fragilisées et peut retirer des individus qui participent eux-mêmes à la recolonisation.[8]
Animal Cross demande donc un moratoire d’au moins trois ans sur la chasse et les destructions d’ESOD dans les zones gravement incendiées et les zones refuges périphériques. Trois ans ne signifient pas que la forêt sera restaurée en trois ans : certains processus prennent plusieurs décennies. C’est un minimum de précaution permettant plusieurs cycles de reproduction avant une réévaluation fondée sur l’état réel des habitats et des populations, et non sur le calendrier cynégétique.
Fontainebleau : pourquoi les professionnels du soin n’ont-ils pas été associés ?
L’incendie de Fontainebleau pose une question très concrète sur notre manière de considérer un animal sauvage blessé. Dès le 13 juillet, la LPO demandait aux personnes trouvant un animal blessé à proximité du massif de le conduire directement à Faune Alfort, centre de soins installé au sein de l’École nationale vétérinaire d’Alfort.[9]
Pendant près de trois semaines, Faune Alfort, Chevêche 77, la LPO, l’ANVL et d’autres acteurs locaux ont respecté les interdictions d’accès et se sont tenus prêts à intervenir. Selon la publication de Faune Alfort du 6 août, ces structures avaient jusque-là reçu très peu de signalements nécessitant leur intervention. Puis elles ont appris par une communication de la commune d’Achères-la-Forêt que des animaux présentaient de graves brûlures aux pattes et aux sabots et que, sur arrêté préfectoral, un lieutenant de louveterie menait des opérations sanitaires ciblées sur les animaux considérés comme « trop sévèrement atteints et condamnés ». La communication communale précisait que ces interventions pouvaient se poursuivre jusqu’au 15 septembre ; Faune Alfort indiquait que des tirs avaient déjà été entendus dans le massif.[10]
Faune Alfort ne demande pas de maintenir en vie un animal dont les blessures rendent toute guérison raisonnable impossible. Les centres de soins sont eux-mêmes confrontés à cette décision. Leur question est beaucoup plus précise : qui évalue qu’un animal est condamné ? Entre un animal indemne et un animal irrémédiablement condamné existent des animaux blessés qui peuvent être soignés. Or évaluer les brûlures, la douleur, le pronostic et les possibilités de réhabilitation est précisément le métier de professionnels de la faune sauvage.
Faune Alfort demande donc au préfet de Seine-et-Marne une intervention coordonnée permettant aux professionnels du soin d’accéder, dans un cadre sécurisé, aux secteurs concernés afin d’évaluer les animaux, de prendre en charge ceux qui peuvent être sauvés et d’éclairer la décision lorsque leur état ne laisse réellement aucune possibilité de guérison.[10] Cette demande nous paraît essentielle. Le problème n’est pas l’euthanasie lorsqu’elle est nécessaire pour mettre fin à une souffrance sans issue. Le problème serait de décider qu’un animal est condamné sans donner aux professionnels capables de l’évaluer la possibilité de le faire.
Notre demande
Animal Cross demande qu’après tout incendie majeur soit déclenché un protocole national post-incendie : identifier et protéger les zones refuges et corridors utilisés par la faune ; suspendre pendant au moins trois ans la chasse et les destructions d’ESOD dans les secteurs incendiés et leur périmètre tampon, avec réévaluation scientifique ; privilégier la régénération naturelle et la diversité des essences plutôt que le nettoyage et la replantation systématiques ; et permettre aux vétérinaires et centres de sauvegarde d’évaluer les animaux blessés avant toute mise à mort lorsque les conditions de sécurité le permettent.
Après un incendie, protéger la nature ne consiste pas à la reconstruire à notre image. Il faut aussi savoir nous retirer. La végétation, les sols et les animaux travaillent déjà à la reconstruction du milieu. Leur première nécessité est simple : du temps, de l’espace et de la tranquillité.
Agir
Suspendre la chasse pendant l’été suite aux incendies
Une pétition déposée sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale demande notamment la suspension de la chasse pendant les périodes estivales de très fort risque d’incendie.[11]
« Pas de fusils sur les cendres »
La pétition « Pas de fusils sur les cendres » demande l’interdiction de la chasse dans les massifs incendiés en 2026, un périmètre de protection autour des secteurs brûlés et un moratoire d’au moins trois ans.[12]
Sources et références
« La faune sauvage face aux incendies ».
Consulter la source
« Dynamique de reconquête de la faune et de la flore après incendie du Cap Lardier dans le Parc national de Port-Cros ». Coopération AFB-CEFE.
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« Incendie du Massif de Fontainebleau : les dégâts sur la biodiversité ».
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« Préparer les forêts du futur en Méditerranée ».
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« Réduire l’exposition aux risques naturels par la biodiversité » — retour d’expérience du Cap Lardier.
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« La prévention des incendies doit-elle remettre en cause la libre évolution des forêts ? »
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Article 0, notamment pp. 40-41 (« Le sanglier : des vérités qui pourraient bien vous retourner ») et pp. 156-157 (« Le geai des chênes, reboiseur et sentinelle de la forêt »).Voir également :
« La Libre évolution : une nécessité pour la nature… et pour nous ! »
« Aude 2025 : pourquoi interdire la chasse dans les zones touchées par le mégafeu ».
Consulter l’article
« Incendies à Fontainebleau et faune sauvage ».
Consulter la source
Publication Facebook relative aux animaux blessés à la suite de l’incendie de Fontainebleau et demande d’intervention coordonnée des professionnels du soin.
Consulter la publication
Pétition n°6668 — « Suspendre la chasse pendant l’été suite aux incendies ».
Consulter la pétition
« Pas de fusils sur les cendres ».
Consulter la pétition
Incendie à Trévillach, 4 juillet 2026
— CC BY 4.0.Deus auxius —
Chevreuil Capreolus capreolus (France)
— CC BY-SA 4.0.
Van Der Meulen Christofle —
Le geai des chênes (Finistère)
— CC BY 4.0.