7 Nov 2018
Ubiquistes, opportunistes et très adaptables, les corbeaux et les corneilles sont pourtant chassables et classés « nuisibles ». On estime qu’il existe en France 800 000 à 1.3 million de couples de corneilles noires (2009-2012), avec un effectif stable (STOC 2002-2015). La population de corbeaux freux est estimée, elle, entre 200 000 et 350 000 couples (2009-2012), sur le déclin à hauteur de 45 % depuis 1989 (Issa et Muller 2015). Des centaines de milliers de corbeaux freux et plusieurs millions de corneilles noires sont tirés et piégés chaque année en France (source LPO). Classés « susceptibles d’occasionner des dégâts » dans 84 départements pour la corneille noire et dans 58 départements pour le corbeau freux, ils sont chassés et piégés toute l’année.
Pourquoi ?
Une ancestrale réputation d’oiseaux de malheur leur colle aux ailes, ils ont même donné leur nom aux dénonciateurs anonymes.

Corneille
Les corneilles sont très consommatrices d’œufs d’oiseaux nicheurs, chassables ou non, comme de petits mammifères sauvages (jeunes lièvres) et de basse-cour ; elles peuvent capturer des poussins. Autant de raisons qui en font l’ennemi juré des chasseurs qui voient en elles des concurrents directs à leur chasse loisir.
On lui reproche surtout les dégâts sur les cultures notamment lors des semis. Or il existe des solutions pour éviter ces problèmes. Un semis effectué immédiatement
après le travail du sol et enfoui suffisamment profondément leur échappera. De plus, des haies proches des cultures favorise la présence des rapaces et contribue à éloigner les corvidés.

Corbeau
Les corbeaux freux sont, eux, plus la cible des agriculteurs pour les dégâts qu’ils occasionnent sur le maïs, le blé, le tournesol ou les jeunes pousses.
Oiseaux très intelligents, les corneilles et les corbeaux freux sont des opportunistes qui s’adaptent remarquablement aux changements ; c’est pourquoi ils se dirigent en masse vers les villes où la nourriture y est abondante. On notera par exemple qu’une de leur capacité à s’adapter est l’hybridation de la corneille noire avec la corneille mantelée qui, elle, est protégée.

Evolution de l’indice d’abondance de la population nicheuse de Corneille noire Corvus corone et du corbeaux freux corvus frugilegus en France (Jiguet 2016)
Sont-ils mieux accueillis par les citadins ?
Dans les villes, il n’est malheureusement pas rare d’assister, suite à l’intervention de riverains, à des opérations de destruction des nids par les services municipaux réalisées par l’ACCA locale ou en battue administrative sous la responsabilité d’un commandant de louveterie.
Plusieurs centaines de villes en France ont recours à ces méthodes ; les motifs évoqués pour justifier ces opérations sont souvent les mêmes : les nuisances sonores au printemps, à la naissance des petits et l’abondance de fientes. Il faut savoir que la perception humaine du bruit est subjective. Des mesures de niveau sonore réalisées à Berne ont montré que les valeurs émanant des corbeaux freux sont nettement inférieures au niveau sonore du trafic.
Qu’en est-il dans le monde rural ?
La manière dont sont traités les oiseaux capturés (et le plus souvent détruits) échappe à tout contrôle : négligence des piégeurs, tortures et souffrances inutile, empoisonnement, exposition de cadavres, etc.
Un rôle pourtant majeur dans les écosystèmes
Un rôle d’équarrisseur et de nettoyeur
Comme charognard, la corneille, outre son régime principal de fruits et de déchets, joue un rôle d’équarrisseur clé dans le cycle alimentaire naturel. Dans l’agriculture, elle accomplit même une tâche prépondérante en qualité d’agent sanitaire : des animaux sont régulièrement tués lors du fauchage de la moisson. Il peut s’agir de lièvres, de chevreuils, d’oiseaux nichant directement au sol, de campagnols. Les corneilles repèrent très vite ces cadavres et contribuent naturellement à leurs rapides disparitions. Elles empêchent de cette manière la contamination de l’herbe coupée et préviennent donc la souillure des aliments destinés aux bétails.
Ce sont nos vautours à nous. Elles nettoient nos routes et autoroutes des milliers de victimes du trafic routier (oiseaux, mammifères, insectes, batraciens, etc…).
Dans les campagnes, les corneilles se nourrissent aussi des parasites sur le dos des animaux des vaches et moutons et évitent la propagation de ceux-ci.
Au Puy du Fou, mis en confiance par leurs partenaires humains, 6 corbeaux freux assurent tous les jours le ramassage des mégots et des déchets du parc.
Un rôle de protecteur des cultures
Un agriculteur avisé sait reconnaître les services rendus par les corbeaux freux car ils détruisent bon nombre d’insectes « indésirables pour les récoltes agricoles », de petits rongeurs destructeurs de récoltes comme les campagnols et autres micromammifères qui sont une grande source de protéines pour les jeunes.
Une des nourritures des corbeaux freux, et dont ils nourrissent leurs jeunes, sont les gros vers blancs encore inactifs, qui donnent ultérieurement naissance aux hannetons, ennemis si nets de la culture qu’en certains endroits, comme on le sait, ils sont détruits au moyen d’épandages de produits nocifs non sélectifs, au détriment des précieux auxiliaires agricoles que sont les passereaux et autres oiseaux.
Un rôle de dissémination des graines
En dehors de la période de reproduction, les corbeaux freux ont une alimentation essentiellement végétarienne. Ils participent ainsi activement à la dissémination des graines et au repeuplement naturel des espèces végétales. Au stade où l’on sait que la pollinisation devient délicate, le rôle de zoochorie de l’avifaune est et reste important.
Vers une conciliation entre les maires et les corvidés ?
Le souhait, formulé par l’association des Eco Maires de préserver la biodiversité devait favoriser une meilleure gestion de certains corvidés considérés trop souvent nuisibles dans l’espace urbain.
En avril 2013 par exemple, le maire de Rochefort, convaincu par la LPO, a annulé une battue aux corbeaux en y substituant une nouvelle campagne d’effarouchement (diffusion de sons stridents sur un CD) et un élagage des arbres après la période de nidification. La ville a également consenti à favoriser l’installation desdits oiseaux sur d’autres secteurs pour que les corbeaux puissent y trouver un site de nidification de substitution.
En avril 2015, la ville de Saintes a annulé ses travaux d’élagage qui devaient avoir lieu en période de reproduction des corvidés. Le maire a opté pour des méthodes alternatives.
En Alsace, un programme d’actions a été mis en place, pour une période de trois ans, par la ville d’Haguenau en partenariat avec l’Association Protection Réintroduction Cigognes en Alsace (APRECIAL). Ce programme inclut notamment des méthodes d’effarouchements.
Ces exemples montrent qu’il est possible de mettre fin aux nuisances provoquées par les corvidés sans les tuer.
Source LPO : https://www.lpo.fr/images/mission_juridique/faq/article_conciliation_maires_corvides.pdf
Des oiseaux beaucoup mieux acceptés à l’étranger
Les paysans britanniques estiment que les dégâts aux cultures sont en quelque sorte compensés par le nombre d’insectes nuisibles et petits rongeurs capturés par les oiseaux.
En Suisse, seuls des dégâts importants sont pris en compte. Les plaignants ne demandent pas le tir des oiseaux, mais exigent des méthodes d’effarouchement efficaces.
En Allemagne dans les environs immédiats de grandes colonies de corbeaux freux comptant plusieurs centaines de nicheurs, les pertes n’ont jamais dépassé 0,6 % des semences.
En Belgique, ces espèces sont protégées, sauf dérogation locale et limitée.
Les corvidés : des oiseaux géniaux !
Dans un article de Trends in Cognitive Sciences , les compétences les plus singulières qui sont repérées chez les corvidés sont celles dont nous pensons à tort qu’elles nous sont réservées :
- la permanence de l’objet (un objet qui est retiré de la vue, continue d’exister),
- la patience (parvenir à différer une récompense pour qu’elle soit plus importante, contrôle inhibiteur de l’impulsion),
- le voyage mental dans le temps (la possibilité de se déplacer dans le passé ou l’avenir pour anticiper ou retrouver des événements, formes de « mémoire du futur »),
- le raisonnement (la capacité d’inférer une solution à partir d’éléments partiels isolés et disjoints),
- la métacognition (savoir que l’on sait),
- la reconnaissance dans le miroir (l’identification du soi dans l’image que renvoie le miroir),
- la théorie de l’esprit (l’attribution à autrui d’un point de vue ou de connaissances spécifiques)
- l’apprentissage vocal (apprendre des vocalisations en provenance de sa propre espèce ou d’autres espèces).
Animal Cross demande que les corbeaux et les corneilles sortent de la liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts »
Bibliographie :
Source LPO, Aspas
https://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/06/16/les-villes…
vogelwarte.ch
Ludivine Janssens de la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux
Le Chasseur Français N°662 Avril 1952 Page 202
article de Trends in Cognitive Sciences : « Cognition without cortex » (la cognition sans le cortex), Onur Güntürkün et Thomas Bugnyar, respectivement de Bochum (RFA) et Vienne (AUT) font le bilan des études ayant porté sur les facultés cognitives des oiseaux, notamment les plus étudiés : les corvidés (Grand Corbeau, Corneille, Pie…) et perroquets. Le résultat est impressionnant.
29 Oct 2018
Le classement d’une espèce dans la catégorie “nuisible” ou plutôt “susceptible d’occasionner des dégâts” est aujourd’hui justifié par 4 arguments :
- Les dégâts engendrés sur les activités agricoles ; forestières et aquacoles
- Les risques pour la santé et la sécurité publique
- La mise en danger des écosystèmes
- et l’atteinte à d’autres formes de propriété (notion spécialement introduite pour la fouine !)
La liste des nuisibles varie entre les pays et à travers le temps. Par exemple, la martre ou le putois sont inscrits à la liste des nuisibles en France alors que d’autres pays d’Europe encouragent des plans de réintroduction ou de protection de ces animaux en raison de leurs intérêts écologiques. L’ajout d’espèces à la liste des nuisibles paraît donc subjective et guidée par des arguments discutables et toujours anthropocentrés.
Mais la distinction entre les espèces jugées “utiles” et celle jugées “nuisibles” est heureusement dépassée en écologie. Les espèces co-évoluent dans les écosystèmes eux-mêmes changeants où les “bons” et les “mauvais » n’existent pas (Rigaud, P ; 2017). Il est temps de changer de vision et de montrer comment ces animaux peuvent être utiles à la nature.
Prenons l’exemple des mustélidés potentiellement classés espèces “susceptibles d’occasionner des dégâts” en France par arrêtés ministériels triennaux.
Ami des agriculteurs pour la protection des cultures, aide pour limiter l’expansion du rat surmulot et du rat musqué, nettoyeur efficace de la nature, partenaire dans la lutte contre la myxomatose, le putois est pourtant encore classé nuisible dans 2 départements français.
-> Lire l’article consacré à l’utilité du putois
Partenaire idéale pour les agriculteurs, la fouine réalise d’importants prélèvements dans les populations de petits rongeurs responsables de nombreux dégâts agricoles. Elle joue un rôle de dératisation et de police sanitaire des écosystèmes.
-> Lire l’article consacré à l’utilité de la fouine
La martre est classée « nuisible ». Et pourtant, sa nourriture de base reste les micromammifères et surtout des campagnols que les agriculteurs combattent à coup de produits chimiques néfastes…
-> Lire l’article consacré à l’utilité de la martre
Prédateur des souris et des rats, la belette a une alimentation très spécialisée. Elle ne devrait donc pas être classée parmi les espèces nuisibles.
-> Lire l’article consacré à l’utilité de la belette
Consulter la liste des animaux classés « susceptibles d’occasionner des dégâts » par département : cliquer ici
Inscrivons les mustélidés sur la liste des mammifères protégés !
Depuis une vingtaine d’années, plusieurs pays européens protègent l’ensemble des mustélidés.
Dans une note de 2010 adressée à la CDCFS de l’Eure, la DREAL de Haute-Normandie considère qu’un arrêté « nuisible » ne peut être pris à l’encontre des mustélidés comme le putois, la fouine, la belette ou la martre car les bénéfices apportés par la présence de ces espèces sont bien supérieurs aux dégâts qui leur sont soi-disant attribués.
« Les mustélidés sont des prédateurs naturels des ravageurs des cultures », explique-t-elle. « Assurant ce rôle de régulation des populations, sans intervention humaine, leur service écologique est un service gratuit non valorisé. Leur destruction par le piégeage constitue un gâchis écologique et une perte financière.
Cependant, en détruisant les prédateurs, le piégeage rompt ce cycle naturel. Libérés de cette prédation, les ravageurs ont une durée de vie supérieure à leur durée de vie normale. Ils occasionnent donc des dégâts supplémentaires estimés à 40% de la production agricole primaire consommée.
L’intérêt des mustélidés en terme économique y est même exactement chiffré. Dans le département de l’Eure, le fait de piéger les mustélidés coûte 105.000 Euros à l’agriculture du fait de la protection indirecte des « ravageurs » des cultures par destruction de leurs prédateurs que sont les belettes, fouines, martres, … »(…)
Ils concluent que :
1/ La santé et la sécurité publique ne sont pas menacées par les mustélidés.
2/ Non seulement les dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles ne sont pas prouvés, mais il est démontré que les bénéfices apportés par la présence de ces espèces sont bien supérieurs aux dégâts qui leur sont soi-disant attribués.
3/ Les mustélidés ne portent atteinte ni à la faune, ni à la flore. Bien au contraire, en régulant les populations des ravageurs de cultures, ils assurent un rôle de protection et participent à l’équilibre général de l’environnement.
Le classement de ces espèces en « animaux nuisibles » serait donc contraire aux textes de Loi. L’Arrêté Préfectoral de classement des nuisibles pourrait donc ne pas avoir l’assise juridique suffisante pour supporter une action en justice introduite par une association de protection de la nature.
Demandons à notre tour la suppression des mustélidés du classement des espèces nuisibles de France !
A SAVOIR : Qui sont les animaux "susceptibles d'occasionner des dégâts" ?
Le décret, pris en application de l’article L. 427-8 du Code de l’Environnement, prévoit, aux niveaux national et local, les modalités selon lesquelles des catégories d’espèces sont classées parmi les espèces nuisibles ou sont susceptibles d’être classées comme telles, ainsi que les motifs justifiant ces classements :
• une première catégorie comprend des espèces envahissantes, qui sont classées nuisibles par arrêté ministériel, sur l’ensemble du territoire métropolitain ;
• une deuxième catégorie concerne des espèces qui sont classées nuisibles par arrêté ministériel triennal, sur proposition du Préfet, après avis de la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (cela concerne ces 4 espèces de mustélidés et le renard, etc.)
• une troisième catégorie est relative aux espèces qui, figurant sur une liste ministérielle, peuvent être classées nuisibles par arrêté préfectoral annuel (ex. le sanglier.)
Et les arrêtés ministériels fixant ces listes d’espèces précisent les conditions de destruction qui peuvent être mises en œuvre.
Le décret interdit en outre l’usage des produits toxiques pour la destruction d’animaux d’espèces nuisibles. |
29 Oct 2018

Belette
La belette est un animal protégé en Italie, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg.
En France, on ne sait pas très bien combien il y a de belettes. Il n’existe pas de méthode validée permettant de les dénombrer. La belette est une espèce pour laquelle les données restent rares du fait de sa petite taille et son comportement très discret. Pourtant, les belettes sont classées espèce chassable et « nuisible », même si personne ne sait très bien qui tire ou piège les belettes non plus.
On notera aussi que la belette n’héberge aucun parasite transmissible à l’homme.
Mais que lui reproche-t-on alors ?
La belette peut être à l’origine de prédations sur les élevages avicoles (poussins et pigeons) et cunicoles (lapereaux) et dans les basses-cours de particuliers. Mais là encore, c’est très vague, parce que très difficile à quantifier, ou méconnu, ou marginal, et aussi parce qu’on ne sait pas très bien si c’est du à la belette ou à une autre espèce… Et il est aisé de protéger les petits élevages d’une incusion de belette en y plaçant un fin grillage !
Une aide précieuse pour les cultures
La belette est » inféodée aux petits rongeurs et, en particulier, sous nos contrées, aux campagnols des champs… Les petits rongeurs représentent presque la totalité des proies consommées (58 à 99 %) » explique-t-on dans le Bulletin mensuel n° 98 de l’Office National de la Chasse.
Sa réussite tient principalement aux effectifs de campagnols ; ce qui peut entraîner d’importantes variations dans la population des belettes.
Une belette consomme environ 630 rongeurs chaque année.
Et la DREAL de Haute-Normandie de confirmer : « La belette est un prédateur des souris et des rats (qui s’attaquent à la volaille, au gibier et aux oiseaux), elle détruit des quantités énormes de campagnols et de rongeurs nuisibles (qui s’en prennent aux cultures). Au vu de son alimentation spécialisée, la belette ne devrait donc pas être classée parmi les espèces nuisibles. Un déclassement de la liste des nuisibles serait même fortement souhaitable.
Malheureusement, certains chasseurs ou piégeurs ignorent les travaux scientifiques sur l’alimentation de la belette et continuent de croire aux vieux préjugés. »
Sortons la belette de la catégorie « nuisibles ». Inscrivons la belette sur la liste des animaux protégés dans tous les départements !
Le 29/10/2018
Bibliographie
Rapport Lang, 2009
Etude 2009 du Dr vétérinaire B. Béfort à la fédération de Chasse du 76 sur les « nuisibles de Seine-Maritime »
Dréal Haute-Normandie 2010 – Note sur l’intérêt économique de certaines espèces dites « nuisibles » en Haute Normandie
Bulletin mensuel n° 98 de l’Office National de la Chasse.
29 Oct 2018

Martre
La martre est une proche cousine de la fouine. Nous n’avons pas pour elle de données plus fiables que pour la fouine. Il est donc impossible d’avoir une idée précise des densités de martres et donc de l’impact du piégeage sur celles-ci. Et l’on confond souvent, plus ou moins volontairement, putois, vison, martre et fouine.
Que lui reproche-t-on ?
Les dommages attribués aux martres concernent des cas de prédation sur les élevages avicoles et cunicoles. Pourtant, des études prouvent que les lapins et les lièvres ne représentent que 0,3 à 3,2 % du régime selon les régions de France.
Ce que les chasseurs craignent en fait, c’est qu’elle s’attaque aux faisans d’élevage relâchés par les chasseurs. Pourtant, Le gibier est pratiquement absent du régime. Elle serait également à l’origine de déprédations sur des ruchers.
Une aide pour les agriculteurs
La nourriture de base de la martre reste les micromammifères (80% des mammifères capturés) qui sont chassés toute l’année : il s’agit surtout des campagnols (roussâtre, agrestre surtout), des mulots, mais aussi des musaraignes.
Sa ration alimentaire de 150 grammes par jour est comparable à celle de la fouine.
Sortons la martre de la liste des « nuisibles ». Inscrivons la martre sur la liste des animaux protégés dans tous les départements !
Bibliographie de la martre
Dréal Haute-Normandie 2010 – Note sur l’intérêt économique de certaines espèces dites « nuisibles » en Haute Normandie
Marchesi, 1985 ; Baudvin et al, 1985 ; Baud, 1981 ; Mouchès, 1983)
Le gibier est pratiquement absent du régime : moins de 0,1% du régime dans l’étude de Baudvin et al, 1985 ; 0,5% dans l’étude de Barataud, 1991.
29 Oct 2018
Son habitat anthropophile fait de la fouine le mustélidé le plus piégé de France. 14 938 individus l’ont été en 2007-2008. Aucune donnée ne permet actuellement de mesurer l’effectif des fouines, ni l’impact de ces prélèvements sur les populations de fouines. Il est cependant probable que ses effectifs baissent.
Il est dit par les chasseurs que la fouine cause des dommages aux habitations puisqu’elle recherche les environnements la mettant à l’abri des variations thermiques tels que les combles des maisons et des édifices, les tas de pailles, les ruines ou les terriers abandonnés. Elle peut ainsi occasionner des dégâts dans les habitations (aux matériaux d’isolation, parfois aux véhicules) et est également accusée de nuisance sonore et mauvaises odeurs notamment à la période du rut et de l’élevage des jeunes.
Des dommages aux élevages avicoles sont également imputés à la fouine. Par manque d’outil simple permettant de quantifier les pertes et sans reconnaissance fiable des prédateurs, on évalue mal ces dommages. Et l’on confond souvent, plus ou moins volontairement, putois, vison, martre et fouine.
Des arguments parfaitement choisis pour que la fouine soit classée au rang des espèces considérées comme nuisibles.
Quel dommage puisqu’au contraire la fouine présente des intérêts non négligeables pour les activités agricoles, les écosystèmes et la santé publique.
La fouine, intéressante pour les agriculteurs, les écosystèmes et la santé publique
Une partenaire idéale pour les agriculteurs
La fouine réalise d’importants prélèvements dans les populations de petits rongeurs responsables de nombreux dégâts agricoles.
Les espèces les plus souvent capturées sont les campagnols, les mulots, les musaraignes et le surmulot qu’elle est l’un des rares carnivores proches de l’homme à attaquer avec succès.
Un rôle de dératisation
La fouine assure également une hygiène sanitaire autour des habitations du fait de ses préférences alimentaires pour les rongeurs, et de sa prédation exercée sur le “rat d’égout”. A l’époque romaine, elle était d’ailleurs adoptée pour capturer les souris et dératiser les habitations.
Une police sanitaire des écosystèmes
Le régime alimentaire extrêmement varié, quasi omnivore de ce petit mustélidé lui confère un rôle de police sanitaire au sein des écosystèmes. La fouine consomme des insectes, des vers de terre et toutes sortes de déchets divers abandonnés par les hommes. Elle réalise également un rôle de nettoyeuse des fèces présents dans la nature ne laissant que la partie humus, ce qui permet ainsi d’éviter la contamination du sol en pathogènes.
Sortons la fouine de la catégorie « nuisibles ». Inscrivons la fouine sur la liste des animaux protégés dans tous les départements !
Le 29/10/2018
Bibliographie de la fouine
Lang (2009) – Rapport de l’étude sur la notion d’espèce nuisible
http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/mammiferes/carnivores/petits/FS295_albaret_petit_carnivore_2008.pdf
LIBOIS R. (1991) – La fouine. Encyclopédie des carnivores de France. S.F.E.P.M., 53 p.
http://www.naturemp.org/Fouine.html
Nicole Lâchât Feller (1993) – (Thèse) Eco-éthologie de la fouine (Martes foina Erxleben, 1777) dans le Jura suisse
http://www.humanite-biodiversite.fr/document/la-fouine-un-petit-predateur
Waechter A (1975) – Ecologie de la fouine en Alsace.
Delibes M (1978). Interspecific competition and the habitats of the stone marten in Europe.
Poitevin (1981) – La fouine dans le parc regional du Haut-Languedoc: évaluation des densités et impact alimentaire.
Amores (1980). Feeding habits of the stone martens (M foina E) in south western Spain.
Clement et Saint Girons (1982). Le régime de la fouine Martes foine dans l’agglomération nantaise et en milieu rural.