Lorsqu'un loup tue un mouton, l'indignation est immédiate. Les syndicats agricoles dénoncent une situation insupportable, les responsables politiques réclament des mesures et l'abattage des loups revient au centre des débats. Pourtant, chaque année, des milliers de moutons meurent en montagne, de maladies, d'accidents ou d'autres causes, dans l'indifférence. Comme si la mort d'un mouton était plus grave lorsqu'elle pouvait être attribuée au loup.

Le loup fait polémique, tandis que des milliers de morts sont passés sous silence

Dans les Pyrénées-Atlantiques, où la présence du loup suscite régulièrement de fortes tensions, le cheptel ovin représente environ 600 000 animaux[1].

Animal Cross estime, pour une année normale, que la mortalité annuelle liée à des causes naturelles, aux maladies ou aux défauts de soins se situe entre 2 et 5 % du cheptel (voir explications ci-dessous), soit 12 000 à 30 000 animaux morts chaque année.

Pourtant, selon les chiffres officiels, seulement 12 décès ont été attribués au loup en 2025 dans le département[2]. Cela représente entre 0,04 et 0,1 % de la mortalité annuelle estimée.

Comment Animal Cross estime-t-elle la mortalité annuelle de 2 à 5 % ?

En l'absence de statistiques publiques consolidées sur la mortalité d'ovins hors prédation, Animal Cross s'appuie sur plusieurs études françaises, notamment réalisées dans des élevages de montagne.

Une étude menée en Ariège en 2015 auprès d'élevages transhumants relève des taux de mortalité de 4 % en Haute-Ariège et 8 % dans le Couserans, hors agneaux et toutes causes confondues[1].

Une autre étude publiée en 2020 par l'Institut de l'élevage et les Chambres d'agriculture analyse les résultats de dix élevages ovins allaitants en agriculture biologique du Massif central, dont cinq en zone herbagère et cinq en montagne. Les taux de mortalité des brebis adultes observés en 2018 varient de 1 à 12 % en zone herbagère et de 1 à 13 % dans les élevages de montagne[2].

Ces résultats sont complétés par une étude de l'INRA publiée en 2014 sur les risques sanitaires propres aux estives[3] et par un rapport interministériel de 2018 évoquant des pertes naturelles en montagne estimées par certains professionnels autour de 3 à 4 %[4].

Sur la base de ces références, Animal Cross retient une estimation prudente de 2 à 5 % de mortalité annuelle, hors abattage et prédation, à défaut de disposer d'un taux officiellement établi pour les troupeaux en montagne.

Sources et références

[1] Chambre d'agriculture de l'Ariège, Groupement de défense sanitaire de l'Ariège et École nationale vétérinaire de Toulouse. (2015). Étude des facteurs de variation de la productivité numérique des troupeaux ovins transhumants en Ariège [Rapport d'étude]. Consulter l'étude.
[2] Miquel, M. (2020, avril). Approche technico-économique des exploitations ovines allaitantes en agriculture biologique du Massif central : 5e année de suivi, résultats de la campagne 2018 et comparaison pluriannuelle. Institut de l'élevage et partenaires du projet BioRéférences (pp. 4 et 9). Consulter l'étude.
[3] Alzieu, J.-P., Brugère-Picoux, J., & Brard, C. (2014). Particularités pathologiques des ruminants domestiques en estive dans les montagnes françaises. INRA Productions Animales, 27(1), 31–40. Consulter l'étude.
[4] Ayphassorho, H., Colas, F., Ruiz, J., & Stefanini-Meyrignac, O. (2018). Propositions d'évolution des mesures d'accompagnement aux éleveurs confrontés à la prédation de l'ours et aux difficultés économiques du pastoralisme : cas des Pyrénées centrales [Rapport interministériel]. Consulter le rapport.

Maladies infectieuses, parasitisme, complications lors des mises bas, accidents, défauts de soins, conditions météorologiques extrêmes… Les causes de mortalité sont nombreuses, en bergerie comme en estive.

À l'échelle nationale, les troupeaux comptent environ 6,6 millions d'ovins[3]. En appliquant le même ordre de grandeur de mortalité, ce sont 132 000 à 330 000 décès estimés chaque année qui passent sous les radars du débat public, contre 11 957 animaux victimes indemnisables du loup en France en 2025[4]. Ces victimes représenteraient ainsi l'équivalent de 3,6 à 9,1 % de la mortalité annuelle estimée.

D'un côté, quelques victimes attribuées au loup, qui provoquent manifestations, déclarations politiques et demandes de tirs. De l'autre, des milliers de morts estimées, qui restent dans l'ombre.

Mais derrière les chiffres et les controverses, il y a des animaux sensibles, capables de ressentir la douleur, la peur et la détresse. Pour Animal Cross, la souffrance animale ne devrait pas dépendre de la cause de la mort.

Un mouton qui succombe à une maladie peut souffrir autant qu'un mouton attaqué par un prédateur. Sa vie n'a pas moins de valeur.

Protéger les animaux, c'est à la fois prévenir les attaques de prédateurs, améliorer les pratiques d'élevage, prévenir les maladies et veiller au bien-être des animaux, en estive comme le reste de l'année.

Le loup, coupable idéal d'un débat qui oublie les animaux

Le loup concentre les colères, il incarne le retour d'un prédateur sauvage dans des territoires façonnés par l'élevage, et parce qu'il est plus facile de désigner un responsable que de s'interroger sur les dysfonctionnements de l'élevage.

Un mouton mort de maladie ne mérite-t-il pas autant notre considération qu'un mouton tué par un loup ?

Pour Animal Cross, l'indignation ne doit pas être sélective et la protection des animaux doit être systématique : prévenir les maladies, améliorer les conditions d'élevage, renforcer la surveillance et les soins, mais aussi développer des moyens efficaces de protection des troupeaux permettant la coexistence avec la faune sauvage.

La réponse à la souffrance des moutons ne peut pas se résumer à tuer des loups.

Si nous voulons réellement défendre les moutons, commençons par nous préoccuper de toutes ceux qui meurent, et pas seulement de celles dont la mort permet de désigner un coupable.

Fièvre catarrhale : quand la prévention devrait être une priorité

Des brebis mortes en estive : pourtant, des vaccins existent

Animal Cross a récemment découvert une vingtaine de brebis mortes sur une estive des Pyrénées-Atlantiques. La fièvre catarrhale ovine (FCO), une maladie pouvant entraîner une forte mortalité chez les ovins, pourrait être en cause.[5] Selon nos informations, ces animaux n’étaient pas vaccinés.

Nous nous interrogeons sur l’absence de vaccination des troupeaux, alors que les Pyrénées-Atlantiques sont particulièrement touchées par la FCO et que des vaccins existent pour protéger les animaux et limiter les conséquences de la maladie.[6]

Mais la vaccination représente aussi un coût pour les éleveurs, environ 5 à 6 € par animal, avec une facture atteignant plusieurs milliers d'euros pour un troupeau important.

En 2025, l'État a financé une partie de la prévention contre la FCO, notamment en mettant gratuitement à disposition des vaccins contre certains sérotypes. Une aide qui doit être prolongée pour garantir une protection accessible à tous les troupeaux.[7]

Animal Cross demande que l'État prenne intégralement en charge la vaccination contre la FCO.

La prévention sanitaire doit devenir une priorité aussi forte que la lutte contre la prédation. Il est difficilement acceptable que des animaux puissent mourir de maladies contre lesquelles nous disposons de moyens de protection, sans que leur sort mobilise autant l'attention.

Sources et références

[1] Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). (2026). Cheptel présent dans les exploitations agricoles en fin d’année 2024 : comparaisons régionales et départementales [Données Agreste]. Consulter les données officielles.
[2] Direction départementale des territoires et de la mer des Pyrénées-Atlantiques. (2026, 7 avril). Bilan départemental des dommages dans les Pyrénées-Atlantiques en 2025 [Extrait de diaporama, séance du 7 avril 2026]. Consulter.
[3] Agreste. (2025). Graph'Agri 2025 : Ovins, caprins, collecte de lait (p. 167–168). Ministère de l'Agriculture. Consulter la publication.
[4] Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement Auvergne-Rhône-Alpes. (2026, 12 mai). Bilan 2025 : données sur les dommages attribués au loup au 31 décembre 2025. Préfecture de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Consulter le bilan officiel (PDF).
[5] Animal Cross. (2026). Observations et témoignages recueillis concernant la mortalité de brebis sur une estive [Informations de terrain non publiées ; cause des décès non confirmée].
[6] Ministère de l’Agriculture. (2024, 4 octobre). Qu’est-ce que la FCO ? Consulter la publication.
[7] Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. (2025, 4 juillet). Fièvre catarrhale ovine (FCO) : lancement de la campagne de vaccination contre les sérotypes 1 et 8. Consulter la publication.