Notre récent article consacré à la nouvelle évaluation de leur état de conservation dresse ce constat et pose une question : comment restaurer durablement la nature si nous continuons parallèlement à exercer les pressions qui la fragilisent ?
Parmi les réponses possibles, la libre évolution propose un changement de perspective : parfois, protéger et restaurer signifie d’abord moins intervenir, afin de redonner aux écosystèmes du temps, de l’espace et de la tranquillité.
Et chacun peut contribuer à cette démarche, notamment sur son propre terrain.
Restaurer peut commencer par laisser vivre
Notre précédent article l’a montré : la situation reste préoccupante. Sur la période 2019-2024, 62 % des évaluations concernant les espèces d’intérêt communautaire sont défavorables et quatre évaluations d’habitats sur cinq concluent à un état défavorable.[1]
Lire notre article sur l’état de conservation des habitats et des espèces.
Face à ce constat, restaurer la nature ne signifie pas nécessairement multiplier partout les interventions humaines. Lorsque le milieu fonctionne encore, la première action peut être de supprimer ou réduire les pressions qui l’empêchent d’évoluer naturellement.
C’est le principe de la libre évolution.
Redonner du temps, de l’espace et de la tranquillité aux écosystèmes
Il ne s’agit donc pas « d’abandonner » un terrain. La non-intervention est ici un choix de gestion : celui de laisser davantage de place aux processus naturels.

Dans une forêt, un arbre peut ainsi vieillir, mourir et se décomposer sur place. Les cavités des arbres âgés et le bois mort deviennent des habitats pour des champignons, des insectes, des oiseaux ou des mammifères. Animal Cross rappelle que jusqu’à un tiers des espèces forestières dépendent du bois mort ou des microhabitats des arbres âgés à un moment de leur cycle de vie.[2]
La même logique concerne l’eau. Dans une zone humide préservée, l’eau peut circuler et être stockée naturellement. Dans un cours d’eau moins contraint, les sédiments peuvent se déplacer et les berges évoluer.
Les sols, la végétation, les animaux et les champignons ne fonctionnent pas séparément : ce sont leurs interactions qui permettent à l’écosystème de se transformer et de s’adapter.
Les animaux sauvages ne doivent d’ailleurs pas être considérés comme de simples bénéficiaires de ces milieux. Prédateurs, herbivores, oiseaux, insectes, fouisseurs ou disperseurs de graines participent eux-mêmes à leur fonctionnement.[2]
Préserver ce qui fonctionne avant d’avoir à le réparer
Sur un espace en libre évolution, il s'agit de laisser évoluer directement les milieux encore fonctionnels et, lorsque les dégradations sont trop importantes, de réaliser les opérations de restauration nécessaires avant de laisser les processus naturels reprendre leur cours.[4]
Restaurer un écosystème déjà dégradé peut être complexe et incertain. Préserver aujourd’hui ses dynamiques naturelles évite aussi d’avoir à tenter de les reconstruire demain.

Libre évolution : qu’en est-il du risque incendie ?
La présence de bois mort ou d’une végétation spontanée conduit parfois à considérer qu’une forêt laissée en libre évolution serait nécessairement plus exposée aux incendies. Cependant, la réalité est plus complexe.
La diversité des essences et des âges, le maintien d’un couvert forestier, l’humidité des sous-bois, les sols profonds ou encore les gros bois morts peuvent au contraire participer au fonctionnement hydrique et à la résilience d’une forêt.
Même si il faut rester prudents. Car aucune forêt n'est totalement à l'abri des mégafeux que nous connaissons aujourd'hui. [5]
Et si vous consacriez votre propre terrain à la libre évolution ?
Forêt, prairie, lande, friche ou zone humide : un propriétaire peut décider de réduire les interventions sur tout ou partie de son terrain. Une petite parcelle ne remplace évidemment pas un vaste espace naturel connecté, mais elle peut participer progressivement à un réseau de lieux où le vivant subit moins de pressions humaines.[6]
Et ce choix peut être protégé dans le temps.
Protéger son choix dans le temps avec une ORE
L’Obligation Réelle Environnementale (ORE) est un contrat volontaire permettant d’attacher des engagements environnementaux à un terrain pour une durée pouvant aller jusqu’à 99 ans. Le propriétaire conserve son bien ; pendant la durée du contrat, les obligations continuent de s’appliquer même si le terrain change de propriétaire. Animal Cross peut accompagner les particuliers et collectivités dans cette démarche.[6]
Cette possibilité est déjà devenue concrète. En janvier 2025, Animal Cross a signé une ORE de libre évolution de 99 ans avec une commune dans les Pyrénées-Atlantiques, portant sur 1,5 hectare de bois.[7]

Ce que demande Animal Cross
Animal Cross défend le développement d’un réseau plus ambitieux, durable et autant que possible connecté d’espaces en libre évolution.
Nous demandons aux pouvoirs publics et aux collectivités d’intégrer davantage cette approche aux politiques de protection et de restauration de la nature.
Et nous invitons les propriétaires qui le souhaitent à examiner ce qu’ils peuvent faire sur leurs propres parcelles.
Face au déclin du vivant, agir ne signifie pas toujours faire davantage. Cela peut aussi signifier moins exploiter, moins transformer et redonner aux animaux, aux végétaux et aux écosystèmes l’espace nécessaire pour suivre leurs propres dynamiques.
Vous avez un terrain ? Laissez-le en libre évolution et protégez-le dans la durée.
Sources et références
[Lien à ajouter]
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