Colloque au Palais Bourbon sur la libre évolution : redonner à la nature la liberté d’exister

Colloque au Palais Bourbon sur la libre évolution : redonner à la nature la liberté d’exister

Le 30 septembre 2026, le Palais Bourbon accueillait un colloque consacré à la libre évolution, à l’initiative de Chantal Jourdan, députée de l’Orne. Scientifiques, associations et acteurs de terrain se sont réunis pour explorer une autre manière de protéger la nature : lui permettre de suivre ses propres dynamiques, sans intervention humaine systématique. Au cœur des échanges, une question fondamentale pour Animal Cross : quelle place sommes-nous prêts à laisser aux animaux sauvages ? Car la libre évolution ne concerne pas seulement les forêts, les paysages ou les milieux naturels. Elle concerne aussi les êtres qui les habitent : les grands herbivores, les prédateurs, les oiseaux, les insectes et cette multitude d’espèces souvent invisibles qui participent au fonctionnement des écosystèmes.

Un colloque pour repenser notre rapport au vivant

Ouvert par Chantal Jourdan, députée de l’Orne, et Valérie Thomé, vice-présidente d’Animal Cross et cofondatrice de la Coordination Libre Évolution, ce colloque invitait à questionner notre relation traditionnelle à la nature.

Depuis des siècles, les humains aménagent, exploitent et cherchent à contrôler les espaces naturels. Même les politiques de conservation reposent fréquemment sur des interventions destinées à maintenir les milieux dans un état jugé souhaitable.

La libre évolution propose une autre approche : accepter que les écosystèmes puissent se transformer selon leurs propres dynamiques, sans chercher systématiquement à orienter leur évolution.

Cette démarche n’est pas synonyme d’abandon. Elle repose sur la reconnaissance des capacités d’organisation, d’adaptation et de renouvellement du vivant.

Elle invite également à reconsidérer notre rapport aux animaux sauvages, trop souvent perçus à travers leur utilité, les dommages qu’ils peuvent occasionner ou la nécessité supposée de réguler leurs populations.

La libre évolution nous invite à reconnaître que les humains n’ont pas nécessairement à diriger chaque transformation de la nature.

VIDÉO — Ouverture du colloque

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Chantal Jourdan et Valérie Thomé.

Pourquoi laisser faire la nature ?

La première table ronde réunissait Julie de Saint Blanquat, présidente fondatrice de l’association États sauvages, Annik Schnitzler-Lenoble, professeure honoraire d’écologie forestière à l’Université de Lorraine, et Jean-André Magdalou, chargé de mission scientifique à la Réserve naturelle de la Massane.

Les échanges ont notamment permis d’explorer les dynamiques naturelles, les interactions entre espèces et l’importance de laisser les écosystèmes évoluer sur le temps long.

À Naliboki, les animaux participent eux-mêmes aux équilibres naturels

La forêt de Naliboki, en Biélorussie, constitue un exemple particulièrement éclairant des relations complexes entre les animaux sauvages et leur environnement.

Dans ce vaste ensemble forestier et marécageux, les travaux du chercheur Vadim Sidorovich ont documenté les interactions entre différentes espèces, notamment les castors, les loups, les lynx, les ours et les grands herbivores.

Ces observations montrent à quel point les dynamiques écologiques sont complexes et ne peuvent être réduites à une simple relation entre prédateurs et proies.

Le castor, véritable ingénieur des écosystèmes

Le castor illustre remarquablement la capacité d’une espèce animale à transformer son milieu.

En construisant ses barrages, il modifie la circulation de l’eau, favorise la formation de zones humides et crée de nouveaux habitats pour de nombreuses espèces.

À Naliboki, la recolonisation des anciens canaux de drainage par les castors a contribué à restaurer des milieux aquatiques, favorables notamment aux amphibiens et aux poissons.

Ces transformations bénéficient également à d’autres animaux, dont certains prédateurs.

Sans intervention humaine destinée à aménager les milieux, une espèce peut contribuer à restaurer des conditions écologiques favorables à toute une communauté vivante.

Loups, lynx et ours : des interactions complexes

Les recherches menées à Naliboki montrent également la diversité des relations entre grands prédateurs.

Le loup, le lynx et l’ours brun ne constituent pas trois populations indépendantes. Leurs comportements, leurs territoires, leurs ressources alimentaires et leurs interactions influencent leurs dynamiques respectives.

Le résumé présenté au colloque évoque notamment la prédation exercée par les lynx ou les ours sur de jeunes loups, ainsi que les adaptations comportementales des différentes espèces.

Ces interactions rappellent que la régulation des populations animales ne repose pas uniquement sur les interventions humaines.

La prédation, la compétition, la disponibilité des ressources et les conditions environnementales jouent également un rôle déterminant.

Les grands herbivores ne sont pas de simples proies

Les élans, les bisons, les cerfs et les autres grands herbivores participent eux aussi aux dynamiques écologiques. Leurs déplacements, leur alimentation et leurs comportements de défense influencent les relations entre espèces.

À Naliboki, les observations rapportées soulignent notamment les interactions entre grands herbivores et prédateurs, ainsi que les conséquences de conditions climatiques extrêmes sur certaines populations.

Ces épisodes rappellent qu’un écosystème naturel n’est pas nécessairement stable.

Les populations peuvent augmenter, diminuer fortement, puis se reconstituer au fil du temps. Ces fluctuations font partie des dynamiques du vivant, même si leurs mécanismes et leurs conséquences diffèrent selon les territoires.

La nature n’a pas besoin d’être constamment dirigée

L’exemple de Naliboki invite à interroger une idée profondément ancrée : celle selon laquelle les populations d’animaux sauvages devraient nécessairement être contrôlées par les humains.

Il montre que les interactions entre espèces, les ressources disponibles et les conditions environnementales peuvent contribuer à l’évolution spontanée des populations.

Cela ne signifie pas que tous les écosystèmes disposent aujourd’hui des mêmes capacités d’autorégulation, notamment lorsqu’ils sont fragmentés ou profondément transformés par les activités humaines.

Avant de considérer une intervention humaine comme indispensable, ne devrions-nous pas mieux comprendre les processus naturels déjà à l’œuvre ?

La Massane : une forêt où la vie se poursuit jusque dans le bois mort

La Réserve naturelle nationale de la forêt de la Massane, dans les Pyrénées-Orientales, offre un autre exemple remarquable de l’intérêt de la libre évolution.

Protégée de longue date, cette forêt permet d’étudier les processus écologiques liés au vieillissement naturel des arbres et à leur décomposition.

L’une de ses richesses les plus importantes est aussi l’une des moins visibles : la multitude d’organismes qui dépendent des vieux arbres et du bois mort.

Des milliers d’espèces liées à la forêt vivante

La Massane abrite une biodiversité exceptionnelle, étudiée depuis de nombreuses années. Les arbres âgés, les cavités, les écorces décollées, les branches mortes et les troncs en décomposition offrent une grande diversité de microhabitats. Ils accueillent notamment des coléoptères saproxyliques, des champignons et de nombreux autres organismes. Certains insectes dépendent de conditions extrêmement particulières : une cavité ancienne, une certaine quantité de bois décomposé ou la présence d’un champignon spécifique. Ces habitats peuvent mettre plusieurs décennies, parfois davantage, à se former. Leur disparition ne peut donc pas être compensée rapidement.

Le bois mort est indispensable à la vie

Dans une forêt exploitée, les arbres sont souvent récoltés avant d’atteindre les stades les plus avancés de leur vieillissement. La disparition des vieux arbres et du bois mort réduit alors les habitats disponibles pour de nombreuses espèces spécialisées. La libre évolution permet au contraire de préserver l’ensemble du cycle biologique des arbres : croissance, maturité, vieillissement, mort et décomposition.

Un arbre mort n’est pas un arbre inutile. Il peut devenir le support d’une multitude de vies.

Pour Animal Cross, cette réalité rappelle que la protection animale ne concerne pas uniquement les espèces les plus visibles ou les plus emblématiques.

Elle implique également de préserver les conditions d’existence de cette faune discrète, parfois minuscule, dont dépend une grande partie du fonctionnement des écosystèmes.

VIDÉO — Table ronde 1 : Pourquoi laisser faire la nature ?

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Julie de Saint Blanquat, Annik Schnitzler-Lenoble et Jean-André Magdalou.

La libre évolution existe déjà sur le terrain

La deuxième table ronde était consacrée aux retours d’expérience.

Elle réunissait Eva Bouillard, directrice de l’association Domaine Sauvage le Costil, Coline Rual, responsable du pôle Milieux naturels à l’ASPAS, Lou Beben, coordinatrice du PRELE au Conservatoire d’espaces naturels de Normandie, et Dominique, représentant Animal Cross.

Ces expériences montrent que la libre évolution peut prendre différentes formes et mobiliser une grande diversité d’acteurs.

Elle ne dépend pas nécessairement de l’acquisition de vastes propriétés foncières. Des propriétaires, des collectivités et des associations peuvent s’engager à protéger durablement des espaces naturels, notamment grâce aux obligations réelles environnementales.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, Animal Cross crée les conditions d’une véritable zone de quiétude

Dans les Pyrénées-Atlantiques, Animal Cross a accompagné une démarche de libre évolution avec une petite commune rurale, concrétisée par la signature d’une obligation réelle environnementale en 2025.

Ce projet s’inscrit dans une dynamique de sensibilisation des jeunes, avec notamment l’implication de lycéens de Nay.

L’objectif est de permettre à un espace naturel de suivre ses propres dynamiques, tout en offrant des conditions favorables à la faune sauvage.

Le résumé des interventions décrit un terrain associant une ripisylve, des hautes herbes et une roselière, avec des engagements portant notamment sur l’absence de chasse, de pêche et d’exploitation forestière.

Des pièges photographiques ont permis d’observer la fréquentation du site par différents animaux.

Préserver des espaces naturels, c’est aussi permettre aux animaux de circuler, de s’alimenter et de se reposer avec moins de perturbations humaines.

L’intérêt de ces initiatives ne réside pas uniquement dans la superficie des terrains protégés. Leur multiplication et leur mise en réseau peuvent contribuer à maintenir des habitats et des zones de quiétude dans des paysages fortement transformés par les activités humaines. Plusieurs autres terrains ont été proposés, tandis que des classes des Pyrénées-Atlantiques et des Hautes-Pyrénées commencent à leur tour à s’engager dans des démarches similaires.

VIDÉO — Table ronde 2 : Retours d’expérience

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Domaine Sauvage le Costil, ASPAS, CEN Normandie et Animal Cross.

Des outils juridiques pour protéger durablement les espaces naturels

La libre évolution soulève également des questions juridiques importantes.

Comment garantir qu’un espace pourra évoluer librement pendant plusieurs décennies ? Comment inscrire cette ambition dans les politiques publiques ? Comment permettre aux communes et aux propriétaires de s’engager durablement ?

Les obligations réelles environnementales constituent l’un des outils disponibles.

Elles permettent à un propriétaire de prendre des engagements en faveur de la biodiversité et des fonctions écologiques, attachés au bien immobilier concerné.

Elles peuvent notamment servir à protéger des espaces naturels sans qu’une association ait nécessairement à en devenir propriétaire.

Pour la faune sauvage, ces dispositifs peuvent contribuer à maintenir durablement des habitats et à limiter certaines perturbations, selon les engagements prévus.

L’expérience d’Animal Cross montre l’intérêt de ces outils lorsqu’ils sont associés à une volonté locale et à une mobilisation citoyenne.

VIDÉO — Table ronde 3 : Les enjeux juridiques

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Faut-il avoir peur d’une nature qui nous échappe ?

La dernière table ronde posait une question essentielle : « Faut-il avoir peur ? »

La libre évolution nous confronte à une difficulté profondément culturelle : accepter que la nature ne soit pas entièrement organisée selon nos attentes. Une forêt peut devenir plus dense, un arbre peut mourir et tomber, une population animale peut fluctuer, un prédateur peut recoloniser un territoire. Ces transformations suscitent parfois des inquiétudes, notamment lorsque les activités humaines et la faune sauvage partagent les mêmes espaces.

La libre évolution n’invite pas à ignorer ces difficultés. Elle invite à les examiner sans considérer systématiquement l’intervention humaine comme la seule réponse possible.

Les exemples présentés au cours du colloque montrent l’importance de mieux comprendre les relations entre espèces et les capacités d’adaptation des écosystèmes. Ils invitent également à reconnaître qu’une nature vivante est une nature changeante.

Accepter la libre évolution, c’est accepter que les animaux sauvages ne soient pas uniquement présents aux endroits, aux moments et dans les proportions que nous avons décidés.

VIDÉO — Table ronde 4 : Faut-il avoir peur ?

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Pour Animal Cross, la libre évolution est aussi une question de respect des animaux

Le colloque du Palais Bourbon a permis de rapprocher plusieurs dimensions essentielles de la protection du vivant : les connaissances scientifiques, les expériences concrètes de terrain, les outils juridiques et la réflexion sur notre relation à la nature.

Les exemples de Naliboki et de la Massane montrent que les animaux participent à des dynamiques écologiques complexes, dont nous ne maîtrisons pas tous les mécanismes.

Les expériences de terrain montrent qu’il est possible de préserver des espaces dans lesquels ces dynamiques peuvent davantage s’exprimer.

Pour Animal Cross, ces enseignements rejoignent une conviction fondamentale : les animaux sauvages ne doivent pas être considérés uniquement en fonction de leur utilité pour les humains.

Ils ont leurs propres besoins, leurs comportements, leurs relations avec les autres espèces et leur place dans les milieux naturels.

La libre évolution nous invite à leur accorder davantage de liberté, tout en développant une connaissance rigoureuse des écosystèmes et des conditions de coexistence.

L’enjeu dépasse donc la seule protection de paysages remarquables. Il s’agit de permettre à la nature de vivre et de se transformer, en reconnaissant que les animaux sauvages en sont des acteurs à part entière.

Protéger la nature, ce n’est pas nécessairement intervenir davantage. C’est parfois savoir lui laisser la liberté d’exister. Et cette liberté concerne aussi les animaux qui l’habitent.

En savoir plus sur la Coordination Libre Évolution : coordination-libre-evolution.fr

Animal Cross au Palais Bourbon pour faire avancer la libre évolution

Animal Cross au Palais Bourbon pour faire avancer la libre évolution

Le mercredi 30 septembre 2026, Animal Cross participera au colloque « La libre évolution : pour repenser notre rapport au vivant », organisé au Palais Bourbon à l’initiative de Chantal Jourdan, députée de l’Orne. Scientifiques, juristes, associations et responsables politiques échangeront sur la place laissée aux dynamiques naturelles dans nos territoires. Valérie Thomé, vice-présidente d’Animal Cross, animera la table ronde consacrée aux expériences de terrain. Un rendez-vous essentiel pour mieux faire connaître la libre évolution et identifier les moyens juridiques et politiques de favoriser son développement en France.

Laisser davantage de place à la nature

La libre évolution consiste à permettre à des espaces naturels de se développer spontanément, sans intervention humaine destinée à orienter leur évolution. Elle nous invite à reconsidérer notre manière d’habiter les territoires et de coexister avec les animaux, les végétaux et les milieux naturels.

Cette démarche ne signifie pas délaisser la nature. Elle suppose au contraire de reconnaître la valeur propre des écosystèmes, de respecter leurs dynamiques et d’accepter que tous les espaces ne soient pas nécessairement aménagés, exploités ou entretenus selon des objectifs humains.

Pour Animal Cross, la libre évolution rejoint une conviction fondamentale : les animaux, les végétaux et les milieux naturels ne peuvent être considérés uniquement au regard de leur utilité pour les humains. Nous avons le devoir de préserver des espaces dans lesquels le vivant puisse suivre ses propres trajectoires.

Animal Cross partagera son expérience de terrain

À 15 h 30, Valérie Thomé, vice-présidente d’Animal Cross, animera la table ronde intitulée « La libre évolution sur le terrain : retours d’expérience ! ».

Cette séquence réunira plusieurs acteurs engagés dans la protection et la gestion des espaces naturels. Ils partageront leurs expériences, les difficultés rencontrées et les enseignements tirés de projets menés sur le terrain.

La participation d’Animal Cross permettra de rappeler que la protection des animaux sauvages est indissociable de celle de leurs habitats. Laisser des milieux évoluer plus librement, c’est aussi permettre aux espèces qui les peuplent de vivre avec moins de perturbations imposées par les activités humaines.

Un après-midi pour éclairer le débat public

Le colloque débutera à 14 heures par une ouverture de la députée Chantal Jourdan. Quatre tables rondes rythmeront ensuite l’après-midi :

  • « Pourquoi laisser faire la nature ? »
  • « La libre évolution sur le terrain : retours d’expérience ! »
  • « Cadre juridique : peut-on laisser la nature évoluer librement en France ? »
  • « Faut-il avoir peur de la libre évolution ? »

Des spécialistes de l’écologie forestière, des gestionnaires d’espaces naturels, des juristes et des associations confronteront leurs connaissances et leurs expériences.

Faire une place à la libre évolution dans les politiques publiques

En portant cette réflexion au Palais Bourbon, les organisateurs contribuent à inscrire la libre évolution dans le débat public.

Informations pratiques

Mercredi 30 septembre 2026, de 14 h à 18 h 20

Palais Bourbon – 126 rue de l’Université, Paris

Les places sont très limitées et aucune entrée de dernière minute ne sera possible. Une inscription préalable est donc indispensable.

 

Et si vos élèves contribuaient à protéger un espace de nature en libre évolution ?

Et si vos élèves contribuaient à protéger un espace de nature en libre évolution ?

Enseignants, éducateurs : et si un travail sur la biodiversité conduisait vos élèves jusqu’à une action concrète sur leur territoire ?
Animal Cross met à votre disposition un kit pédagogique consacré à la libre évolution. Il permet aux collégiens et lycéens de comprendre ce qui se passe lorsqu’on laisse davantage d’espace et de temps aux processus naturels, puis d’aller plus loin : rechercher un terrain susceptible d’être préservé, construire une proposition et la présenter aux élus ou au propriétaire concerné. Une manière de passer de la connaissance du vivant à sa protection concrète.

Comprendre la libre évolution… et découvrir comment agir

Érosion de la biodiversité, modification des écosystèmes, exploitation des ressources, conséquences des activités humaines : ces questions trouvent déjà leur place dans différents enseignements.  Comprendre les causes de la dégradation de nos milieux naturels n’est qu’une partie de l’apprentissage : il est aussi possible de leur faire découvrir des solutions et de leur montrer qu’une action locale peut être envisagée.

Le kit pédagogique Animal Cross permet d’aborder ces problématiques sous un autre angle : que se passe-t-il lorsque nous décidons de laisser davantage de place et de temps aux processus naturels ?

La libre évolution consiste à préserver des espaces des activités humaines extractives ou fortement perturbatrices afin que les dynamiques naturelles puissent s’y exprimer.[1] L’objectif est de faire découvrir aux jeunes une manière concrète de protéger les écosystèmes et les espèces qui y vivent : la création d’espaces où faune, flore et autres composantes du vivant disposent davantage de liberté pour évoluer.

Pour Animal Cross, cette approche permet aussi de transmettre une idée essentielle : un espace naturel n’a pas seulement de la valeur par ce que l’être humain peut en tirer. Les animaux, les végétaux et les milieux ont aussi une valeur propre et doivent disposer d’espaces où leurs dynamiques peuvent s’exprimer. 

Un kit utilisable dans un projet pédagogique

Le kit Animal Cross est destiné aux classes de collège et de lycée, mais aussi aux associations d’éducation à l’environnement et aux groupes de jeunes. Le kit propose des vidéos, des activités, des outils pour tester ses connaissances et des activités pédagogiques mettant explicitement en relation le projet avec différentes notions des programmes scolaires.[1][2]

Au collège, le projet peut notamment accompagner un travail sur les écosystèmes, la biodiversité, les impacts des activités humaines ou la gestion des ressources.
Au lycée, il peut être rapproché de notions comme la dynamique des écosystèmes, leur résilience, les interactions entre les êtres vivants ou encore l’étude de solutions de préservation de la biodiversité.[3]

Le kit ne se limite toutefois pas à apprendre ce qu’est la libre évolution. Son originalité est de proposer aux jeunes d’essayer d’en faire une réalité.

De la classe au terrain : les élèves peuvent aussi agir

Le parcours comporte quatre étapes : s’informer, rechercher un espace, convaincre les élus ou les propriétaires, puis contribuer à inscrire sa préservation dans la durée.[1]

Les élèves peuvent rechercher une parcelle publique ou privée autour de leur établissement. À l’échelle communale, Animal Cross propose notamment de préparer un courrier argumenté, de solliciter le maire et la communauté de communes, puis de demander un rendez-vous pour présenter le projet. Le kit aide ensuite les jeunes à préparer leur argumentation et à restituer les échanges.[4][5]

Identifier un terrain ne signifie pas qu’il sera automatiquement placé en libre évolution. La décision appartient au propriétaire ou à la collectivité. Le projet permet en revanche aux élèves de construire une proposition réelle et de la défendre auprès des acteurs locaux.

À Nay, des lycéens ont mené le projet

Le lycée Paul-Rey de Nay, dans les Pyrénées-Atlantiques, montre que cette démarche peut réellement sortir de la salle de classe.

Accompagnés par leur professeure de SVT, Corinne Lamaille, des élèves ont travaillé pendant un an et demi avec Animal Cross en suivant le kit pédagogique. Ils ont ensuite sollicité les maires de communes voisines pour rechercher des terrains. En février 2023, lorsqu’ils ont présenté leur projet sur France Inter, Animal Cross indiquait qu’ils avaient obtenu une dizaine de réponses positives et que trois terrains d’environ 1,5 hectare chacun leur étaient proposés.[6]

L’intérêt de cette expérience est là : ne pas seulement expliquer aux jeunes qu’il faut protéger la biodiversité, mais leur donner les outils pour imaginer et porter eux-mêmes une action locale en faveur du vivant.

Enseignants, éducateurs : lancez le projet

SVT, sciences, éducation au développement durable, projet interdisciplinaire ou action d’éducation à l’environnement : plusieurs portes d’entrée sont possibles.

Animal Cross invite les enseignants et éducateurs à utiliser le kit et propose de les accompagner dans leur démarche.

Téléchargez le kit pédagogique sur la libre évolution et lancez le projet avec vos élèves.

Découvrir le kit pédagogique

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Sources et références

[1] Animal Cross — Kit pédagogique « Être acteur pour la biodiversité ».
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[2] Animal Cross — Étape 1 : s’informer sur la libre évolution et ses avantages.
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[3] Animal Cross — Notions du programme abordées.
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[4] Animal Cross — Étape 2 : rechercher des espaces à mettre en libre évolution.
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[5] Animal Cross — Étape 3 : convaincre les acteurs locaux / propriétaires locaux.
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[6] Animal Cross — Des lycéens du lycée Paul Rey de Nay expliquent la libre évolution de la nature sur France Inter, 16 février 2023.
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La libre évolution : redonner de l’espace au vivant pour enrayer son déclin

La libre évolution : redonner de l’espace au vivant pour enrayer son déclin

Les habitats et les espèces continuent de se dégrader en France.
Notre récent article consacré à la nouvelle évaluation de leur état de conservation dresse ce constat et pose une question : comment restaurer durablement la nature si nous continuons parallèlement à exercer les pressions qui la fragilisent ?
Parmi les réponses possibles, la libre évolution propose un changement de perspective : parfois, protéger et restaurer signifie d’abord moins intervenir, afin de redonner aux écosystèmes du temps, de l’espace et de la tranquillité.
Et chacun peut contribuer à cette démarche, notamment sur son propre terrain.

Restaurer peut commencer par laisser vivre

Notre précédent article l’a montré : la situation reste préoccupante. Sur la période 2019-2024, 62 % des évaluations concernant les espèces d’intérêt communautaire sont défavorables et quatre évaluations d’habitats sur cinq concluent à un état défavorable.[1]

Lire notre article sur l’état de conservation des habitats et des espèces.

Face à ce constat, restaurer la nature ne signifie pas nécessairement multiplier partout les interventions humaines. Lorsque le milieu fonctionne encore, la première action peut être de supprimer ou réduire les pressions qui l’empêchent d’évoluer naturellement.

C’est le principe de la libre évolution.

Redonner du temps, de l’espace et de la tranquillité aux écosystèmes

Il ne s’agit donc pas « d’abandonner » un terrain. La non-intervention est ici un choix de gestion : celui de laisser davantage de place aux processus naturels.

Dans une forêt, un arbre peut ainsi vieillir, mourir et se décomposer sur place. Les cavités des arbres âgés et le bois mort deviennent des habitats pour des champignons, des insectes, des oiseaux ou des mammifères. Animal Cross rappelle que jusqu’à un tiers des espèces forestières dépendent du bois mort ou des microhabitats des arbres âgés à un moment de leur cycle de vie.[2]

La même logique concerne l’eau. Dans une zone humide préservée, l’eau peut circuler et être stockée naturellement. Dans un cours d’eau moins contraint, les sédiments peuvent se déplacer et les berges évoluer.

Les sols, la végétation, les animaux et les champignons ne fonctionnent pas séparément : ce sont leurs interactions qui permettent à l’écosystème de se transformer et de s’adapter.

Les animaux sauvages ne doivent d’ailleurs pas être considérés comme de simples bénéficiaires de ces milieux. Prédateurs, herbivores, oiseaux, insectes, fouisseurs ou disperseurs de graines participent eux-mêmes à leur fonctionnement.[2]

Préserver ce qui fonctionne avant d’avoir à le réparer

Sur un espace en libre évolution, il s'agit de laisser évoluer directement les milieux encore fonctionnels et, lorsque les dégradations sont trop importantes, de réaliser les opérations de restauration nécessaires avant de laisser les processus naturels reprendre leur cours.[4]

Restaurer un écosystème déjà dégradé peut être complexe et incertain. Préserver aujourd’hui ses dynamiques naturelles évite aussi d’avoir à tenter de les reconstruire demain.

Libre évolution : qu’en est-il du risque incendie ?

La présence de bois mort ou d’une végétation spontanée conduit parfois à considérer qu’une forêt laissée en libre évolution serait nécessairement plus exposée aux incendies. Cependant, la réalité est plus complexe.

La diversité des essences et des âges, le maintien d’un couvert forestier, l’humidité des sous-bois, les sols profonds ou encore les gros bois morts peuvent au contraire participer au fonctionnement hydrique et à la résilience d’une forêt.
Même si il faut rester prudents. Car aucune forêt n'est totalement à l'abri des mégafeux que nous connaissons aujourd'hui. [5]

Libre évolution et protection des habitations ne sont pas contradictoires. Il s'agit de respecter les Obligations Légales de Débroussaillement près des zones habitées et de laisser en libre évolution des espaces plus éloignés. 

Et si vous consacriez votre propre terrain à la libre évolution ?

Forêt, prairie, lande, friche ou zone humide : un propriétaire peut décider de réduire les interventions sur tout ou partie de son terrain. Une petite parcelle ne remplace évidemment pas un vaste espace naturel connecté, mais elle peut participer progressivement à un réseau de lieux où le vivant subit moins de pressions humaines.[6]

Et ce choix peut être protégé dans le temps.

Protéger son choix dans le temps avec une ORE

L’Obligation Réelle Environnementale (ORE) est un contrat volontaire permettant d’attacher des engagements environnementaux à un terrain pour une durée pouvant aller jusqu’à 99 ans. Le propriétaire conserve son bien ; pendant la durée du contrat, les obligations continuent de s’appliquer même si le terrain change de propriétaire. Animal Cross peut accompagner les particuliers et collectivités dans cette démarche.[6]

Cette possibilité est déjà devenue concrète. En janvier 2025, Animal Cross a signé une ORE de libre évolution de 99 ans avec une commune dans les Pyrénées-Atlantiques, portant sur 1,5 hectare de bois.[7]

Ce que demande Animal Cross

Animal Cross défend le développement d’un réseau plus ambitieux, durable et autant que possible connecté d’espaces en libre évolution.

Nous demandons aux pouvoirs publics et aux collectivités d’intégrer davantage cette approche aux politiques de protection et de restauration de la nature.
Et nous invitons les propriétaires qui le souhaitent à examiner ce qu’ils peuvent faire sur leurs propres parcelles.

Face au déclin du vivant, agir ne signifie pas toujours faire davantage. Cela peut aussi signifier moins exploiter, moins transformer et redonner aux animaux, aux végétaux et aux écosystèmes l’espace nécessaire pour suivre leurs propres dynamiques.

Vous avez un terrain ? Laissez-le en libre évolution et protégez-le dans la durée.

Je protège mon terrain

Sources et références

[1] Animal Cross — L’état de conservation des habitats et des espèces remarquables continue de se dégrader en France, que fait le gouvernement ? — 8 septembre 2026.
[Lien à ajouter]
[2] Animal Cross — Libre évolution : redonner de l’espace au vivant.
Consulter
[4] Coordination Libre Évolution — Cahier d’acteurs « Agir pour restaurer la nature » — 2026.
[5] Coordination Libre Évolution — Incendies et libre évolution.
Consulter
[6] Animal Cross — Protégez votre terrain en le laissant en libre évolution.
Consulter
[7] Animal Cross — Animal Cross signe sa première ORE de libre évolution dans les Pyrénées — 15 janvier 2025.
Consulter
Après les incendies, les animaux et la forêt ont surtout besoin de temps.

Après les incendies, les animaux et la forêt ont surtout besoin de temps.


Plus de 115 000 hectares avaient déjà été parcourus par les incendies en France à la fin juillet 2026. Derrière les paysages calcinés, une autre catastrophe est beaucoup plus difficile à mesurer : celle vécue par les animaux sauvages. Certains meurent pendant le feu, d’autres sont blessés ou intoxiqués. Pour les survivants commence ensuite une seconde épreuve : retrouver de la nourriture, un abri, un territoire et parfois un partenaire dans un milieu profondément bouleversé. Après un incendie, la priorité ne doit donc pas être de « remettre la forêt en ordre » au plus vite, mais de protéger les survivants et de laisser au vivant le temps de reconstruire ses propres équilibres.
[1]

Incendie de forêt à Trévillach dans les Pyrénées-Orientales en juillet 2026
Incendie à Trévillach (Pyrénées-Orientales), 4 juillet 2026.
Photo : Frenchbluesman /
Wikimedia Commons —
CC BY 4.0.

Survivre aux flammes n’est que le début

Tous les animaux ne réagissent pas de la même façon au feu. Les oiseaux et les grands mammifères peuvent parfois s’éloigner rapidement. Les jeunes animaux, les petits mammifères, les reptiles, les amphibiens et de nombreux invertébrés disposent de possibilités de fuite beaucoup plus limitées. Certains trouvent refuge sous terre, sous des pierres ou dans des secteurs épargnés ; d’autres meurent sous l’effet des flammes, de la chaleur ou des fumées.

Mais compter les animaux retrouvés morts après l’incendie ne suffit pas à mesurer son impact.

Après le feu du Cap Lardier, dans le Parc national de Port-Cros, qui avait parcouru plus de 500 hectares en juillet 2017, l’Agence française pour la biodiversité et le CEFE ont ainsi mis en place un suivi de la reconquête de la faune et de la flore. Tortue d’Hermann, fourmis, orthoptères et végétation ont notamment été étudiés. L’enjeu était précisément de comprendre comment les populations se maintiennent et recolonisent progressivement le territoire après cette perturbation.
[2]

L’expérience récente de Fontainebleau apporte un autre enseignement. L’absence d’arrivée massive d’animaux brûlés dans les centres de soins ne signifie pas que la faune a été épargnée. Les animaux capables de fuir ont pu rejoindre d’autres secteurs ; d’autres sont probablement morts sur place.[3]

Pour les survivants, les difficultés commencent alors : perte du couvert végétal, raréfaction des ressources alimentaires, disparition de sites de repos ou de reproduction, déplacements forcés et concentration dans les secteurs restés intacts.

Les effets ne disparaissent donc pas avec les dernières fumées. Sols, végétation et communautés animales peuvent suivre des trajectoires de récupération très différentes, qui s’étendent de quelques mois à plusieurs décennies.

Chevreuil dans un milieu naturel en France
Chevreuil photographié en France — photo d’illustration. Après un incendie, les animaux survivants peuvent être contraints de rejoindre les secteurs épargnés pour retrouver couvert, nourriture et sites de reproduction.
Photo : Deus auxius /
Wikimedia Commons —
CC BY-SA 4.0.

Une forêt brûlée n’est pas une forêt morte

Face à des arbres noircis, notre réflexe est souvent de vouloir nettoyer, couper puis replanter. Pourtant, une forêt n’est pas un bâtiment détruit qu’il faudrait reconstruire à l’identique.

Le feu modifie brutalement l’écosystème mais ne remet pas nécessairement tous ses processus à zéro. Des arbres survivent, des graines demeurent dans le sol, certaines plantes rejettent depuis leurs racines ou leurs souches. Des insectes, oiseaux et mammifères reviennent progressivement. Les arbres morts et le bois brûlé deviennent eux-mêmes des habitats et participent au fonctionnement du sol.

Au Cap Lardier, l’approche choisie repose ainsi largement sur la régénération naturelle, accompagnée lorsque cela est nécessaire de plantations d’essences locales diversifiées. L’OFB a notamment observé la reprise de la végétation et la réinstallation progressive d’espèces.[5]

Cette approche rejoint la libre évolution défendue par Animal Cross : avant d’intervenir, observer ce que le milieu est encore capable de faire par lui-même.

Le bois mort ne peut pas être réduit à un simple combustible. Lorsqu’il est gros et suffisamment décomposé, il peut retenir beaucoup d’eau. Il contribue aussi à la fertilité des sols, constitue un support de régénération et offre des habitats à une multitude d’organismes.[13]

Cette réalité doit néanmoins être présentée avec nuance. Le petit bois mort sec peut favoriser la propagation des flammes et, lors de sécheresses extrêmes associées à du vent et à des températures élevées, aucune forêt n’est à l’abri. L’UICN et la Société botanique de France indiquent cependant que des forêts anciennes ou en libre évolution peuvent présenter une structure complexe, plusieurs strates et un niveau d’humidité susceptibles de réduire leur vulnérabilité dans certaines conditions.[14]

Libre évolution ne signifie donc ni que le feu devient impossible, ni qu’aucune intervention humaine ne sera jamais nécessaire. Elle signifie que l’intervention ne doit pas être automatique.

Les animaux participent eux-mêmes à la renaissance de la forêt

Après un incendie, on parle beaucoup des arbres et beaucoup moins des animaux. Pourtant, ceux-ci ne sont pas seulement les victimes de la catastrophe : ils participent aussi à la reconstruction du milieu.

Le geai des chênes transporte et enfouit des glands, parfois loin de l’arbre qui les a produits. Une partie de ces réserves oubliées germe et contribue à la dispersion des chênes. Le sanglier, en fouillant le sol, déplace graines et matière organique ; il peut aussi transporter des graines dans ses soies. D’autres animaux pollinisent, dispersent des fruits, recyclent les cadavres ou contrôlent certaines populations.

Cette conception est centrale pour Animal Cross. Un animal sauvage n’est pas seulement un individu qu’il faut préserver parce qu’il peut souffrir : il possède également une place et des relations propres au sein de l’écosystème.[7]

Supprimer des animaux au moment même où le milieu tente de retrouver ses dynamiques revient donc à retirer certains de ses acteurs lorsque leur rôle peut devenir particulièrement important.

Geai des chênes perché sur une branche dans le Finistère
Le geai des chênes joue un rôle majeur dans la dispersion des glands et la régénération naturelle des chênaies.
Photo : Van Der Meulen Christofle /
Wikimedia Commons —
CC BY 4.0.

Les secteurs épargnés deviennent essentiels : pourquoi y ajouter la chasse ?

Après l’incendie, les animaux mobiles se reportent vers les vallons, bosquets, lisières ou parcelles que les flammes ont épargnés. Ces zones refuges leur permettent de retrouver nourriture, couvert et sites de reproduction. Elles peuvent également devenir des points de départ pour la recolonisation progressive des secteurs incendiés.

Protéger seulement les hectares brûlés serait donc insuffisant.

Animal Cross l’avait déjà demandé après le mégafeu des Corbières de 2025 : les secteurs incendiés doivent être accompagnés d’un périmètre tampon protégeant les zones où les survivants se réfugient.[8]

La chasse ajoute à cette période une pression supplémentaire : mortalité directe, poursuites, déplacements et dérangements. Or les individus survivants peuvent être précisément ceux dont dépendront les reproductions suivantes et la recolonisation.

Animal Cross demande un moratoire d’au moins trois ans sur la chasse et les destructions d’animaux classés ESOD dans les secteurs gravement incendiés et leurs zones refuges périphériques.

Cette durée de trois ans est une demande de précaution portée par Animal Cross. Elle ne signifie pas qu’un écosystème est restauré au bout de trois ans : certains processus nécessitent des décennies. Elle permettrait au minimum plusieurs saisons de reproduction avant une réévaluation fondée sur l’état des habitats et des populations.

Fontainebleau : soigner lorsque c’est encore possible

L’incendie du massif de Fontainebleau en juillet 2026 soulève enfin une autre question : que faisons-nous des animaux sauvages blessés ?

Dès le 13 juillet, la LPO invitait les personnes découvrant un animal blessé près du massif à le conduire vers Faune Alfort, centre de soins situé au sein de l’École nationale vétérinaire d’Alfort.[9]

Faune Alfort, Chevêche 77, la LPO, l’ANVL et d’autres structures se sont ensuite tenues disponibles pour intervenir, tout en respectant les restrictions d’accès au massif.

Le 6 août, Faune Alfort indiquait avoir appris qu’après constatation de graves brûlures aux pattes ou aux sabots chez certains animaux, des opérations sanitaires ciblées étaient menées afin d’abattre ceux considérés comme trop sévèrement atteints. L’association demandait que les professionnels du soin puissent participer à l’évaluation des animaux dans un cadre sécurisé.[10]

La question n’est pas de maintenir artificiellement en vie un animal dont les souffrances sont incurables. Les vétérinaires et centres de sauvegarde pratiquent eux-mêmes l’euthanasie lorsqu’elle constitue la seule manière d’éviter une souffrance sans issue.

La question est : comment déterminer qu’un animal ne peut pas être sauvé ?

Entre l’animal indemne et l’animal irrémédiablement condamné existent des individus brûlés ou blessés dont le pronostic nécessite une véritable évaluation. Examiner la profondeur des brûlures, évaluer la douleur, décider si une réhabilitation est possible et déterminer si l’animal pourra retrouver la vie sauvage relèvent de compétences vétérinaires et spécialisées.

Pour Animal Cross, lorsque les conditions de sécurité le permettent, les professionnels du soin de la faune sauvage doivent pouvoir évaluer les animaux avant qu’une décision irréversible ne soit prise.

Après le feu : intervenir moins, protéger davantage

L’approche défendue par États Sauvages apporte ici un éclairage intéressant : le risque incendie ne peut pas être résumé à une opposition entre forêt débroussaillée et forêt en libre évolution. Il faut regarder plus largement notre occupation des territoires, l’urbanisation des interfaces, nos activités et l’origine majoritairement humaine des départs de feu.[15]

Après l’incendie, la même logique devrait prévaloir : ne pas croire que toute trace du feu doit être effacée immédiatement.

Bien sûr, certaines interventions demeurent nécessaires : sécuriser des routes et des habitations, supprimer des arbres présentant un danger immédiat.

Mais ailleurs, la régénération spontanée mérite d’être la première option examinée.

Conserver une partie du bois mort, laisser germer les espèces locales, protéger les zones refuges, réduire les dérangements et observer la trajectoire naturelle du milieu peuvent permettre à la forêt de retrouver progressivement une structure diversifiée et adaptée aux nouvelles conditions.

Notre demande

Animal Cross demande la création d’un protocole national post-incendie pour la faune sauvage et les milieux naturels, reposant sur quatre principes :

  • identifier rapidement les zones refuges et les corridors utilisés par les animaux et les protéger des dérangements évitables ;
  • suspendre pendant au moins trois ans la chasse et les destructions d’ESOD dans les secteurs gravement incendiés et leurs zones périphériques, avant réévaluation scientifique ;
  • privilégier la régénération naturelle et le maintien des processus écologiques plutôt que le nettoyage et la replantation systématiques ;
  • associer vétérinaires et centres de sauvegarde à l’évaluation des animaux blessés avant toute mise à mort lorsque leur intervention est matériellement et humainement possible.
Après un incendie, protéger la nature ne signifie pas reconstruire au plus vite ce que nous pensons qu’elle devrait être. La forêt brûlée reste un milieu vivant. Ses sols, ses végétaux, ses champignons et ses animaux commencent immédiatement une nouvelle histoire. Notre responsabilité est d’aider lorsque cela est nécessaire, mais aussi de savoir leur laisser ce dont ils ont le plus besoin : du temps, de l’espace et de la tranquillité.

Agir

Pétition officielle à l’Assemblée nationale


« Suspendre la chasse pendant trois ans dans les zones gravement touchées par les incendies »

Cette pétition citoyenne déposée sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale demande trois ans de répit pour la faune sauvage après les grands incendies. Elle rejoint directement la demande d’Animal Cross : laisser aux animaux survivants le temps de se reproduire, de retrouver des territoires et de participer à la recolonisation des milieux sinistrés.[16]

SIGNER SUR LE SITE DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE

« Pas de fusils sur les cendres »

La mobilisation « Pas de fusils sur les cendres » demande notamment la suspension de la chasse dans les massifs incendiés en 2026, la protection des secteurs périphériques où se réfugient les animaux et un moratoire d’au moins trois ans.[12]

SIGNER « PAS DE FUSILS SUR LES CENDRES »

Animal Cross invite également les citoyens à demander aux préfectures concernées la mise en place de mesures temporaires de tranquillité pour la faune après les grands incendies.

Sources et références

[1] LPO France — 30 juillet 2026.
« La faune sauvage face aux incendies ».
Consulter la source

[2] Couturier T., Geoffroy D., Jailloux A. & Besnard A. — 2019.
« Dynamique de reconquête de la faune et de la flore après incendie du Cap Lardier dans le Parc national de Port-Cros ». Coopération AFB-CEFE.
Consulter la source

[3] ANVL — 22 juillet 2026.
« Incendie du Massif de Fontainebleau : les dégâts sur la biodiversité ».
Consulter la source

[5] Office français de la biodiversité.
« Réduire l’exposition aux risques naturels par la biodiversité » — retour d’expérience du Cap Lardier.
Consulter la source

[7] Animal Cross — 2024.
Article 0, notamment les parties consacrées au sanglier et au geai des chênes.

Voir également :
« La Libre évolution : une nécessité pour la nature… et pour nous ! »

[8] Animal Cross — 28 août 2025.
« Aude 2025 : pourquoi interdire la chasse dans les zones touchées par le mégafeu ».
Consulter l’article

[9] LPO Île-de-France — 13 juillet 2026.
« Incendies à Fontainebleau et faune sauvage ».
Consulter la source

[10] Faune Alfort — 6 août 2026.
Publication relative aux animaux blessés après l’incendie de Fontainebleau et à la demande d’intervention coordonnée des professionnels du soin.
Consulter la publication

[12] Change.org — juillet 2026.
« Pas de fusils sur les cendres ».
Consulter la mobilisation

[13] Coordination Libre Évolution — 2026.
Article consacré à la résilience des forêts, aux incendies et au rôle du bois mort.
Consulter l’article

[14] Comité français de l’UICN & Société botanique de France — 2023.
Prévention du risque incendie et biodiversité dans les forêts françaises.
Consulter la note

[15] États Sauvages — 2026.
« Libre évolution et prévention des incendies », avec Pauline Vilain-Carlotti et Forêt & Naturalité.
Consulter la source

[16] Assemblée nationale — 30 juillet 2026.
Pétition n°6710 — « Suspendre la chasse pendant trois ans dans les zones gravement touchées par les incendies ».
Consulter et signer la pétition

Dernière vérification documentaire : 20 août 2026.

Une dernière relecture scientifique ou naturaliste est recommandée avant publication, notamment sur les mécanismes de recolonisation post-incendie et sur la présentation du risque incendie en forêt.

Crédits photographiques

Frenchbluesman — Incendie à Trévillach, 4 juillet 2026 — Wikimedia Commons — CC BY 4.0.

Deus auxius — Chevreuil Capreolus capreolus (France) — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Van Der Meulen Christofle — Le geai des chênes (Finistère) — Wikimedia Commons — CC BY 4.0.

SAVE THE DATE – Colloque : La libre évolution, pour repenser notre rapport au vivant

SAVE THE DATE – Colloque : La libre évolution, pour repenser notre rapport au vivant

Le mercredi 30 septembre, la libre évolution  entre au Palais Bourbon.

La députée de l’Orne Chantal Jourdan organise un colloque intitulé « La libre évolution pour repenser notre rapport au vivant ».

Face à l’effondrement du vivant, les méthodes habituelles de gestion de la nature ne suffisent plus. La nature reste pensée comme un espace à contrôler, aménager, exploiter ou entretenir. La libre évolution propose l’inverse : laisser des espaces naturels se développer spontanément, sans intervention humaine.

Elle représente aujourd’hui moins de 1 % du territoire hexagonal.

Trois ambitions :
• clarifier le concept de libre évolution
• mettre en lumière ses bénéfices écologiques, climatiques et sociaux
• identifier les leviers juridiques et politiques pour formuler des propositions concrètes

Un rendez-vous qui concerne les parlementaires, les collectivités, les propriétaires fonciers et forestiers, les juristes, et celles et ceux qui font vivre ces espaces sur le terrain.

Le programme détaillé et les modalités d’inscription seront publiés en septembre.

Illustration : @lucie.roullier
Merci au @Fondsdemainsurterre pour leur soutien.