Enseignants, éducateurs : et si un travail sur la biodiversité conduisait vos élèves jusqu’à une action concrète sur leur territoire ?
Animal Cross met à votre disposition un kit pédagogique consacré à la libre évolution. Il permet aux collégiens et lycéens de comprendre ce qui se passe lorsqu’on laisse davantage d’espace et de temps aux processus naturels, puis d’aller plus loin : rechercher un terrain susceptible d’être préservé, construire une proposition et la présenter aux élus ou au propriétaire concerné. Une manière de passer de la connaissance du vivant à sa protection concrète.
Comprendre la libre évolution… et découvrir comment agir
Érosion de la biodiversité, modification des écosystèmes, exploitation des ressources, conséquences des activités humaines : ces questions trouvent déjà leur place dans différents enseignements. Comprendre les causes de la dégradation de nos milieux naturels n’est qu’une partie de l’apprentissage : il est aussi possible de leur faire découvrir des solutions et de leur montrer qu’une action locale peut être envisagée.
Le kit pédagogique Animal Cross permet d’aborder ces problématiques sous un autre angle : que se passe-t-il lorsque nous décidons de laisser davantage de place et de temps aux processus naturels ?
La libre évolution consiste à préserver des espaces des activités humaines extractives ou fortement perturbatrices afin que les dynamiques naturelles puissent s’y exprimer.[1]L’objectif est de faire découvrir aux jeunes une manière concrète de protéger les écosystèmes et les espèces qui y vivent : la création d’espaces où faune, flore et autres composantes du vivant disposent davantage de liberté pour évoluer.
Pour Animal Cross, cette approche permet aussi de transmettre une idée essentielle : un espace naturel n’a pas seulement de la valeur par ce que l’être humain peut en tirer. Les animaux, les végétaux et les milieux ont aussi une valeur propre et doivent disposer d’espaces où leurs dynamiques peuvent s’exprimer.
Un kit utilisable dans un projet pédagogique
Le kit Animal Cross est destiné aux classes de collège et de lycée, mais aussi aux associations d’éducation à l’environnement et aux groupes de jeunes. Le kit propose des vidéos, des activités, des outils pour tester ses connaissances et des activités pédagogiques mettant explicitement en relation le projet avec différentes notions des programmes scolaires.[1][2]
Au collège, le projet peut notamment accompagner un travail sur les écosystèmes, la biodiversité, les impacts des activités humaines ou la gestion des ressources.
Au lycée, il peut être rapproché de notions comme la dynamique des écosystèmes, leur résilience, les interactions entre les êtres vivants ou encore l’étude de solutions de préservation de la biodiversité.[3]
Le kit ne se limite toutefois pas à apprendre ce qu’est la libre évolution. Son originalité est de proposer aux jeunes d’essayer d’en faire une réalité.
De la classe au terrain : les élèves peuvent aussi agir
Le parcours comporte quatre étapes : s’informer, rechercher un espace, convaincre les élus ou les propriétaires, puis contribuer à inscrire sa préservation dans la durée.[1]
Les élèves peuvent rechercher une parcelle publique ou privée autour de leur établissement. À l’échelle communale, Animal Cross propose notamment de préparer un courrier argumenté, de solliciter le maire et la communauté de communes, puis de demander un rendez-vous pour présenter le projet. Le kit aide ensuite les jeunes à préparer leur argumentation et à restituer les échanges.[4][5]
Identifier un terrain ne signifie pas qu’il sera automatiquement placé en libre évolution. La décision appartient au propriétaire ou à la collectivité. Le projet permet en revanche aux élèves de construire une proposition réelle et de la défendre auprès des acteurs locaux.
À Nay, des lycéens ont mené le projet
Le lycée Paul-Rey de Nay, dans les Pyrénées-Atlantiques, montre que cette démarche peut réellement sortir de la salle de classe.
Accompagnés par leur professeure de SVT, Corinne Lamaille, des élèves ont travaillé pendant un an et demi avec Animal Cross en suivant le kit pédagogique. Ils ont ensuite sollicité les maires de communes voisines pour rechercher des terrains. En février 2023, lorsqu’ils ont présenté leur projet sur France Inter, Animal Cross indiquait qu’ils avaient obtenu une dizaine de réponses positives et que trois terrains d’environ 1,5 hectare chacun leur étaient proposés.[6]
L’intérêt de cette expérience est là : ne pas seulement expliquer aux jeunes qu’il faut protéger la biodiversité, mais leur donner les outils pour imaginer et porter eux-mêmes une action locale en faveur du vivant.
Enseignants, éducateurs : lancez le projet
SVT, sciences, éducation au développement durable, projet interdisciplinaire ou action d’éducation à l’environnement : plusieurs portes d’entrée sont possibles.
Animal Cross invite les enseignants et éducateurs à utiliser le kit et propose de les accompagner dans leur démarche.
Téléchargez le kit pédagogique sur la libre évolution et lancez le projet avec vos élèves.
[4] Animal Cross — Étape 2 : rechercher des espaces à mettre en libre évolution. Consulter la source
[5] Animal Cross — Étape 3 : convaincre les acteurs locaux / propriétaires locaux. Consulter la source
[6] Animal Cross — Des lycéens du lycée Paul Rey de Nay expliquent la libre évolution de la nature sur France Inter, 16 février 2023. Consulter la source
Les habitats et les espèces continuent de se dégrader en France. Notre récent article consacré à la nouvelle évaluation de leur état de conservation dresse ce constat et pose une question : comment restaurer durablement la nature si nous continuons parallèlement à exercer les pressions qui la fragilisent ? Parmi les réponses possibles, la libre évolution propose un changement de perspective : parfois, protéger et restaurer signifie d’abord moins intervenir, afin de redonner aux écosystèmes du temps, de l’espace et de la tranquillité. Et chacun peut contribuer à cette démarche, notamment sur son propre terrain.
Restaurer peut commencer par laisser vivre
Notre précédent article l’a montré : la situation reste préoccupante. Sur la période 2019-2024, 62 % des évaluations concernant les espèces d’intérêt communautaire sont défavorables et quatre évaluations d’habitats sur cinq concluent à un état défavorable.[1]
Face à ce constat, restaurer la nature ne signifie pas nécessairement multiplier partout les interventions humaines. Lorsque le milieu fonctionne encore, la première action peut être de supprimer ou réduire les pressions qui l’empêchent d’évoluer naturellement.
C’est le principe de la libre évolution.
Redonner du temps, de l’espace et de la tranquillité aux écosystèmes
Il ne s’agit donc pas « d’abandonner » un terrain. La non-intervention est ici un choix de gestion : celui de laisser davantage de place aux processus naturels.
Dans une forêt, un arbre peut ainsi vieillir, mourir et se décomposer sur place. Les cavités des arbres âgés et le bois mort deviennent des habitats pour des champignons, des insectes, des oiseaux ou des mammifères. Animal Cross rappelle que jusqu’à un tiers des espèces forestières dépendent du bois mort ou des microhabitats des arbres âgés à un moment de leur cycle de vie.[2]
La même logique concerne l’eau. Dans une zone humide préservée, l’eau peut circuler et être stockée naturellement. Dans un cours d’eau moins contraint, les sédiments peuvent se déplacer et les berges évoluer.
Les sols, la végétation, les animaux et les champignons ne fonctionnent pas séparément : ce sont leurs interactions qui permettent à l’écosystème de se transformer et de s’adapter.
Les animaux sauvages ne doivent d’ailleurs pas être considérés comme de simples bénéficiaires de ces milieux. Prédateurs, herbivores, oiseaux, insectes, fouisseurs ou disperseurs de graines participent eux-mêmes à leur fonctionnement.[2]
Préserver ce qui fonctionne avant d’avoir à le réparer
Sur un espace en libre évolution, il s'agit de laisser évoluer directement les milieux encore fonctionnels et, lorsque les dégradations sont trop importantes, de réaliser les opérations de restauration nécessaires avant de laisser les processus naturels reprendre leur cours.[4]
Restaurer un écosystème déjà dégradé peut être complexe et incertain. Préserver aujourd’hui ses dynamiques naturelles évite aussi d’avoir à tenter de les reconstruire demain.
Libre évolution : qu’en est-il du risque incendie ?
La présence de bois mort ou d’une végétation spontanée conduit parfois à considérer qu’une forêt laissée en libre évolution serait nécessairement plus exposée aux incendies. Cependant, la réalité est plus complexe.
La diversité des essences et des âges, le maintien d’un couvert forestier, l’humidité des sous-bois, les sols profonds ou encore les gros bois morts peuvent au contraire participer au fonctionnement hydrique et à la résilience d’une forêt. Même si il faut rester prudents. Car aucune forêt n'est totalement à l'abri des mégafeux que nous connaissons aujourd'hui. [5]
Libre évolution et protection des habitations ne sont pas contradictoires. Il s'agit de respecter les Obligations Légales de Débroussaillement près des zones habitées et de laisser en libre évolution des espaces plus éloignés.
Et si vous consacriez votre propre terrain à la libre évolution ?
Forêt, prairie, lande, friche ou zone humide : un propriétaire peut décider de réduire les interventions sur tout ou partie de son terrain. Une petite parcelle ne remplace évidemment pas un vaste espace naturel connecté, mais elle peut participer progressivement à un réseau de lieux où le vivant subit moins de pressions humaines.[6]
Et ce choix peut être protégé dans le temps.
Protéger son choix dans le temps avec une ORE
L’Obligation Réelle Environnementale (ORE) est un contrat volontaire permettant d’attacher des engagements environnementaux à un terrain pour une durée pouvant aller jusqu’à 99 ans. Le propriétaire conserve son bien ; pendant la durée du contrat, les obligations continuent de s’appliquer même si le terrain change de propriétaire. Animal Cross peut accompagner les particuliers et collectivités dans cette démarche.[6]
Cette possibilité est déjà devenue concrète. En janvier 2025, Animal Cross a signé une ORE de libre évolution de 99 ans avec une commune dans les Pyrénées-Atlantiques, portant sur 1,5 hectare de bois.[7]
Ce que demande Animal Cross
Animal Cross défend le développement d’un réseau plus ambitieux, durable et autant que possible connecté d’espaces en libre évolution.
Nous demandons aux pouvoirs publics et aux collectivités d’intégrer davantage cette approche aux politiques de protection et de restauration de la nature. Et nous invitons les propriétaires qui le souhaitent à examiner ce qu’ils peuvent faire sur leurs propres parcelles.
Face au déclin du vivant, agir ne signifie pas toujours faire davantage. Cela peut aussi signifier moins exploiter, moins transformer et redonner aux animaux, aux végétaux et aux écosystèmes l’espace nécessaire pour suivre leurs propres dynamiques.
Vous avez un terrain ? Laissez-le en libre évolution et protégez-le dans la durée.
[1] Animal Cross — L’état de conservation des habitats et des espèces remarquables continue de se dégrader en France, que fait le gouvernement ? — 8 septembre 2026. [Lien à ajouter]
[2] Animal Cross — Libre évolution : redonner de l’espace au vivant. Consulter
[4] Coordination Libre Évolution — Cahier d’acteurs « Agir pour restaurer la nature » — 2026.
[5] Coordination Libre Évolution — Incendies et libre évolution. Consulter
[6] Animal Cross — Protégez votre terrain en le laissant en libre évolution. Consulter
[7] Animal Cross — Animal Cross signe sa première ORE de libre évolution dans les Pyrénées — 15 janvier 2025. Consulter
Plus de 115 000 hectares avaient déjà été parcourus par les incendies en France à la fin juillet 2026. Derrière les paysages calcinés, une autre catastrophe est beaucoup plus difficile à mesurer : celle vécue par les animaux sauvages. Certains meurent pendant le feu, d’autres sont blessés ou intoxiqués. Pour les survivants commence ensuite une seconde épreuve : retrouver de la nourriture, un abri, un territoire et parfois un partenaire dans un milieu profondément bouleversé. Après un incendie, la priorité ne doit donc pas être de « remettre la forêt en ordre » au plus vite, mais de protéger les survivants et de laisser au vivant le temps de reconstruire ses propres équilibres.[1]
Incendie à Trévillach (Pyrénées-Orientales), 4 juillet 2026.
Photo : Frenchbluesman / Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
Survivre aux flammes n’est que le début
Tous les animaux ne réagissent pas de la même façon au feu. Les oiseaux et les grands mammifères peuvent parfois s’éloigner rapidement. Les jeunes animaux, les petits mammifères, les reptiles, les amphibiens et de nombreux invertébrés disposent de possibilités de fuite beaucoup plus limitées. Certains trouvent refuge sous terre, sous des pierres ou dans des secteurs épargnés ; d’autres meurent sous l’effet des flammes, de la chaleur ou des fumées.
Mais compter les animaux retrouvés morts après l’incendie ne suffit pas à mesurer son impact.
Après le feu du Cap Lardier, dans le Parc national de Port-Cros, qui avait parcouru plus de 500 hectares en juillet 2017, l’Agence française pour la biodiversité et le CEFE ont ainsi mis en place un suivi de la reconquête de la faune et de la flore. Tortue d’Hermann, fourmis, orthoptères et végétation ont notamment été étudiés. L’enjeu était précisément de comprendre comment les populations se maintiennent et recolonisent progressivement le territoire après cette perturbation. [2]
L’expérience récente de Fontainebleau apporte un autre enseignement. L’absence d’arrivée massive d’animaux brûlés dans les centres de soins ne signifie pas que la faune a été épargnée. Les animaux capables de fuir ont pu rejoindre d’autres secteurs ; d’autres sont probablement morts sur place.[3]
Pour les survivants, les difficultés commencent alors : perte du couvert végétal, raréfaction des ressources alimentaires, disparition de sites de repos ou de reproduction, déplacements forcés et concentration dans les secteurs restés intacts.
Les effets ne disparaissent donc pas avec les dernières fumées. Sols, végétation et communautés animales peuvent suivre des trajectoires de récupération très différentes, qui s’étendent de quelques mois à plusieurs décennies.
Chevreuil photographié en France — photo d’illustration. Après un incendie, les animaux survivants peuvent être contraints de rejoindre les secteurs épargnés pour retrouver couvert, nourriture et sites de reproduction.
Photo : Deus auxius / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
Une forêt brûlée n’est pas une forêt morte
Face à des arbres noircis, notre réflexe est souvent de vouloir nettoyer, couper puis replanter. Pourtant, une forêt n’est pas un bâtiment détruit qu’il faudrait reconstruire à l’identique.
Le feu modifie brutalement l’écosystème mais ne remet pas nécessairement tous ses processus à zéro. Des arbres survivent, des graines demeurent dans le sol, certaines plantes rejettent depuis leurs racines ou leurs souches. Des insectes, oiseaux et mammifères reviennent progressivement. Les arbres morts et le bois brûlé deviennent eux-mêmes des habitats et participent au fonctionnement du sol.
Au Cap Lardier, l’approche choisie repose ainsi largement sur la régénération naturelle, accompagnée lorsque cela est nécessaire de plantations d’essences locales diversifiées. L’OFB a notamment observé la reprise de la végétation et la réinstallation progressive d’espèces.[5]
Cette approche rejoint la libre évolution défendue par Animal Cross : avant d’intervenir, observer ce que le milieu est encore capable de faire par lui-même.
Le bois mort ne peut pas être réduit à un simple combustible. Lorsqu’il est gros et suffisamment décomposé, il peut retenir beaucoup d’eau. Il contribue aussi à la fertilité des sols, constitue un support de régénération et offre des habitats à une multitude d’organismes.[13]
Cette réalité doit néanmoins être présentée avec nuance. Le petit bois mort sec peut favoriser la propagation des flammes et, lors de sécheresses extrêmes associées à du vent et à des températures élevées, aucune forêt n’est à l’abri. L’UICN et la Société botanique de France indiquent cependant que des forêts anciennes ou en libre évolution peuvent présenter une structure complexe, plusieurs strates et un niveau d’humidité susceptibles de réduire leur vulnérabilité dans certaines conditions.[14]
Libre évolution ne signifie donc ni que le feu devient impossible, ni qu’aucune intervention humaine ne sera jamais nécessaire. Elle signifie que l’intervention ne doit pas être automatique.
Les animaux participent eux-mêmes à la renaissance de la forêt
Après un incendie, on parle beaucoup des arbres et beaucoup moins des animaux. Pourtant, ceux-ci ne sont pas seulement les victimes de la catastrophe : ils participent aussi à la reconstruction du milieu.
Le geai des chênes transporte et enfouit des glands, parfois loin de l’arbre qui les a produits. Une partie de ces réserves oubliées germe et contribue à la dispersion des chênes. Le sanglier, en fouillant le sol, déplace graines et matière organique ; il peut aussi transporter des graines dans ses soies. D’autres animaux pollinisent, dispersent des fruits, recyclent les cadavres ou contrôlent certaines populations.
Cette conception est centrale pour Animal Cross. Un animal sauvage n’est pas seulement un individu qu’il faut préserver parce qu’il peut souffrir : il possède également une place et des relations propres au sein de l’écosystème.[7]
Supprimer des animaux au moment même où le milieu tente de retrouver ses dynamiques revient donc à retirer certains de ses acteurs lorsque leur rôle peut devenir particulièrement important.
Le geai des chênes joue un rôle majeur dans la dispersion des glands et la régénération naturelle des chênaies.
Photo : Van Der Meulen Christofle / Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
Les secteurs épargnés deviennent essentiels : pourquoi y ajouter la chasse ?
Après l’incendie, les animaux mobiles se reportent vers les vallons, bosquets, lisières ou parcelles que les flammes ont épargnés. Ces zones refuges leur permettent de retrouver nourriture, couvert et sites de reproduction. Elles peuvent également devenir des points de départ pour la recolonisation progressive des secteurs incendiés.
Protéger seulement les hectares brûlés serait donc insuffisant.
Animal Cross l’avait déjà demandé après le mégafeu des Corbières de 2025 : les secteurs incendiés doivent être accompagnés d’un périmètre tampon protégeant les zones où les survivants se réfugient.[8]
La chasse ajoute à cette période une pression supplémentaire : mortalité directe, poursuites, déplacements et dérangements. Or les individus survivants peuvent être précisément ceux dont dépendront les reproductions suivantes et la recolonisation.
Animal Cross demande un moratoire d’au moins trois ans sur la chasse et les destructions d’animaux classés ESOD dans les secteurs gravement incendiés et leurs zones refuges périphériques.
Cette durée de trois ans est une demande de précaution portée par Animal Cross. Elle ne signifie pas qu’un écosystème est restauré au bout de trois ans : certains processus nécessitent des décennies. Elle permettrait au minimum plusieurs saisons de reproduction avant une réévaluation fondée sur l’état des habitats et des populations.
Fontainebleau : soigner lorsque c’est encore possible
L’incendie du massif de Fontainebleau en juillet 2026 soulève enfin une autre question : que faisons-nous des animaux sauvages blessés ?
Dès le 13 juillet, la LPO invitait les personnes découvrant un animal blessé près du massif à le conduire vers Faune Alfort, centre de soins situé au sein de l’École nationale vétérinaire d’Alfort.[9]
Faune Alfort, Chevêche 77, la LPO, l’ANVL et d’autres structures se sont ensuite tenues disponibles pour intervenir, tout en respectant les restrictions d’accès au massif.
Le 6 août, Faune Alfort indiquait avoir appris qu’après constatation de graves brûlures aux pattes ou aux sabots chez certains animaux, des opérations sanitaires ciblées étaient menées afin d’abattre ceux considérés comme trop sévèrement atteints. L’association demandait que les professionnels du soin puissent participer à l’évaluation des animaux dans un cadre sécurisé.[10]
La question n’est pas de maintenir artificiellement en vie un animal dont les souffrances sont incurables. Les vétérinaires et centres de sauvegarde pratiquent eux-mêmes l’euthanasie lorsqu’elle constitue la seule manière d’éviter une souffrance sans issue.
La question est : comment déterminer qu’un animal ne peut pas être sauvé ?
Entre l’animal indemne et l’animal irrémédiablement condamné existent des individus brûlés ou blessés dont le pronostic nécessite une véritable évaluation. Examiner la profondeur des brûlures, évaluer la douleur, décider si une réhabilitation est possible et déterminer si l’animal pourra retrouver la vie sauvage relèvent de compétences vétérinaires et spécialisées.
Pour Animal Cross, lorsque les conditions de sécurité le permettent, les professionnels du soin de la faune sauvage doivent pouvoir évaluer les animaux avant qu’une décision irréversible ne soit prise.
Après le feu : intervenir moins, protéger davantage
L’approche défendue par États Sauvages apporte ici un éclairage intéressant : le risque incendie ne peut pas être résumé à une opposition entre forêt débroussaillée et forêt en libre évolution. Il faut regarder plus largement notre occupation des territoires, l’urbanisation des interfaces, nos activités et l’origine majoritairement humaine des départs de feu.[15]
Après l’incendie, la même logique devrait prévaloir : ne pas croire que toute trace du feu doit être effacée immédiatement.
Bien sûr, certaines interventions demeurent nécessaires : sécuriser des routes et des habitations, supprimer des arbres présentant un danger immédiat.
Mais ailleurs, la régénération spontanée mérite d’être la première option examinée.
Conserver une partie du bois mort, laisser germer les espèces locales, protéger les zones refuges, réduire les dérangements et observer la trajectoire naturelle du milieu peuvent permettre à la forêt de retrouver progressivement une structure diversifiée et adaptée aux nouvelles conditions.
Notre demande
Animal Cross demande la création d’un protocole national post-incendie pour la faune sauvage et les milieux naturels, reposant sur quatre principes :
identifier rapidement les zones refuges et les corridors utilisés par les animaux et les protéger des dérangements évitables ;
suspendre pendant au moins trois ans la chasse et les destructions d’ESOD dans les secteurs gravement incendiés et leurs zones périphériques, avant réévaluation scientifique ;
privilégier la régénération naturelle et le maintien des processus écologiques plutôt que le nettoyage et la replantation systématiques ;
associer vétérinaires et centres de sauvegarde à l’évaluation des animaux blessés avant toute mise à mort lorsque leur intervention est matériellement et humainement possible.
Après un incendie, protéger la nature ne signifie pas reconstruire au plus vite ce que nous pensons qu’elle devrait être. La forêt brûlée reste un milieu vivant. Ses sols, ses végétaux, ses champignons et ses animaux commencent immédiatement une nouvelle histoire. Notre responsabilité est d’aider lorsque cela est nécessaire, mais aussi de savoir leur laisser ce dont ils ont le plus besoin : du temps, de l’espace et de la tranquillité.
Agir
Pétition officielle à l’Assemblée nationale
« Suspendre la chasse pendant trois ans dans les zones gravement touchées par les incendies »
Cette pétition citoyenne déposée sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale demande trois ans de répit pour la faune sauvage après les grands incendies. Elle rejoint directement la demande d’Animal Cross : laisser aux animaux survivants le temps de se reproduire, de retrouver des territoires et de participer à la recolonisation des milieux sinistrés.[16]
La mobilisation « Pas de fusils sur les cendres » demande notamment la suspension de la chasse dans les massifs incendiés en 2026, la protection des secteurs périphériques où se réfugient les animaux et un moratoire d’au moins trois ans.[12]
Animal Cross invite également les citoyens à demander aux préfectures concernées la mise en place de mesures temporaires de tranquillité pour la faune après les grands incendies.
Sources et références
[1] LPO France — 30 juillet 2026.
« La faune sauvage face aux incendies ».
Consulter la source
[2] Couturier T., Geoffroy D., Jailloux A. & Besnard A. — 2019.
« Dynamique de reconquête de la faune et de la flore après incendie du Cap Lardier dans le Parc national de Port-Cros ». Coopération AFB-CEFE.
Consulter la source
[3] ANVL — 22 juillet 2026.
« Incendie du Massif de Fontainebleau : les dégâts sur la biodiversité ».
Consulter la source
[5] Office français de la biodiversité.
« Réduire l’exposition aux risques naturels par la biodiversité » — retour d’expérience du Cap Lardier.
Consulter la source
[7] Animal Cross — 2024. Article 0, notamment les parties consacrées au sanglier et au geai des chênes.
[8] Animal Cross — 28 août 2025.
« Aude 2025 : pourquoi interdire la chasse dans les zones touchées par le mégafeu ».
Consulter l’article
[9] LPO Île-de-France — 13 juillet 2026.
« Incendies à Fontainebleau et faune sauvage ».
Consulter la source
[10] Faune Alfort — 6 août 2026.
Publication relative aux animaux blessés après l’incendie de Fontainebleau et à la demande d’intervention coordonnée des professionnels du soin.
Consulter la publication
[13] Coordination Libre Évolution — 2026.
Article consacré à la résilience des forêts, aux incendies et au rôle du bois mort.
Consulter l’article
[14] Comité français de l’UICN & Société botanique de France — 2023. Prévention du risque incendie et biodiversité dans les forêts françaises.
Consulter la note
[15] États Sauvages — 2026.
« Libre évolution et prévention des incendies », avec Pauline Vilain-Carlotti et Forêt & Naturalité.
Consulter la source
[16] Assemblée nationale — 30 juillet 2026.
Pétition n°6710 — « Suspendre la chasse pendant trois ans dans les zones gravement touchées par les incendies ».
Consulter et signer la pétition
Dernière vérification documentaire : 20 août 2026.
Une dernière relecture scientifique ou naturaliste est recommandée avant publication, notamment sur les mécanismes de recolonisation post-incendie et sur la présentation du risque incendie en forêt.
Crédits photographiques
Frenchbluesman — Incendie à Trévillach, 4 juillet 2026 — Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
Deus auxius — Chevreuil Capreolus capreolus (France) — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
Van Der Meulen Christofle — Le geai des chênes (Finistère) — Wikimedia Commons — CC BY 4.0.
Le mercredi 30 septembre, la libre évolution entre au Palais Bourbon.
La députée de l’Orne Chantal Jourdan organise un colloque intitulé « La libre évolution pour repenser notre rapport au vivant ».
Face à l’effondrement du vivant, les méthodes habituelles de gestion de la nature ne suffisent plus. La nature reste pensée comme un espace à contrôler, aménager, exploiter ou entretenir. La libre évolution propose l’inverse : laisser des espaces naturels se développer spontanément, sans intervention humaine.
Elle représente aujourd’hui moins de 1 % du territoire hexagonal.
Trois ambitions :
• clarifier le concept de libre évolution
• mettre en lumière ses bénéfices écologiques, climatiques et sociaux
• identifier les leviers juridiques et politiques pour formuler des propositions concrètes
Un rendez-vous qui concerne les parlementaires, les collectivités, les propriétaires fonciers et forestiers, les juristes, et celles et ceux qui font vivre ces espaces sur le terrain.
Le programme détaillé et les modalités d’inscription seront publiés en septembre.
La semaine dernière, nous vous parlions de notre terrain de 1 ha en libre évolution, dans le 64.
C'est avec joie et émotion que nous avons découvert les premières images capturées par nos caméras, installées pour documenter discrètement les habitants du lieu : Blaireaux, chevreuils, possiblement un chat forestier, mustélidés : la vie est bien là, riche et foisonnante.
Sur seulement 1 ha, il n’est pas rare d’observer le passage de plusieurs espèces : un territoire de blaireaux peut s’étendre sur quelques hectares, un chevreuil peut parcourir plusieurs dizaines d’hectares, et les mustélidés, très discrets, occupent eux aussi ces espaces riches en biodiversité.
Ces images sont une preuve précieuse que lorsqu'on laisse un espace évoluer librement, sans chasse, sans exploitation, sans perturbation humaine, la nature reprend ses droits.
Nous allons continuer à observer, documenter, pour vous faire découvrir ces habitants discrets, leurs habitudes, leurs histoires…
Un voyage au cœur du sauvage, que nous sommes heureux de partager avec vous.
La libre évolution, est un concept de protection de la nature qui consiste à laisser des espaces se développer spontanément, sans intervention humaine directe sur les processus naturels (la ballade sur les sentiers et les études scientifiques restent possibles). Concrètement, il s'agit de laisser les dynamiques écologiques faire leur travail de résilience et de création de vie, en abandonnant toute activité extractive (coupe de bois, agriculture), intrusive (activité touristique, hors ballades sur les sentiers) ou délétère (chasse, pêche) . Dans ces milieux, la nature n'est ni exploitée, ni aménagée, ni gérée : les arbres morts sont par exemple laissés sur place pour s'intégrer au cycle naturel.
C'est un espace de régénération où la vie reprend ses droits.
POURQUOI EST-CE ESSENTIEL ?
L'objectif majeur de la libre évolution est de restaurer la biodiversité et de retrouver des écosystèmes complets et fonctionnels. En laissant les processus écologiques spontanés s'exprimer, ces espaces permettent le retour d'une grande diversité d'espèces animales, végétales et fongiques, notamment celles qui dépendent de la maturité des écosystèmes.
Plus un milieu est riche et diversifié, plus il devient résistant et résilient face aux aléas climatiques et aux pathogènes. Par exemple, une forêt non exploitée abrite une quantité importante de bois mort et de vieux arbres à cavités, qui sont essentiels à la survie de nombreuses espèces : jusqu'à un tiers des espèces forestières dépendent du bois mort, et 41 % des espèces d'oiseaux forestiers en France métropolitaine ont besoin de ces cavités pour se reproduire.
Les milieux ouverts en libre évolution explosent également de vie : la richesse végétale peut être fortement réduite par le pâturage intensif.
Pourquoi l'absence d'activité humaine sur ces espaces ?
Pour que la nature puisse exprimer son plein potentiel, il est impératif d'y proscrire les activités humaines, car même celles qui semblent anodines perturbent profondément les écosystèmes :
L'exploitation forestière : Les coupes de bois entraînent une perte d'habitat considérable en éliminant les vieux arbres et le bois mort. Le passage des engins mécanisés tasse les sols, les appauvrit en nutriments, et le sol mettra ensuite des centaines d'années pour retrouver ses conditions écologiques antérieures.
L'agriculture et le pastoralisme : Le surpâturage par le bétail bouleverse les processus écologiques, appauvrit drastiquement la flore, et réduit fortement la diversité de l'entomofaune (les insectes).
La chasse et la pêche : Au delà du problème éthique de tuer des animaux, la chasse et la pêche engendrent un stress immense et une dépense d'énergie nuisible aux animaux, ce qui affaiblit leur condition physique et fait baisser leur taux de reproduction. La chasse pollue également les sols et l'eau à cause du plomb des munitions.
La surfréquentation humaine : Même la simple présence humaine, à travers les loisirs et le tourisme hors des sentiers, a un impact. Le dérangement régulier peut modifier le comportement des animaux, les rendant parfois plus nocturne, ce qui modifie les chaînes alimentaires. Le piétinement détruit la couverture végétale ainsi que les processus microbiens du sol.
Les espaces en libre évolution ne doivent pas occuper tout l'espace bien évidemment mais cohabiter avec d'autres systèmes de gestion. Et dans ces espaces en libre évolution, on peut accepter des balades contemplative sur les sentiers et des études scientifiques.
Le cycle de la nature et le retour de la forêt
Nous avons filmé un terrain en libre évolution dans le 64, un petit havre de paix pour la faune et la flore, qui a fait l'objet d'une ORE* signée entre la commune et Animal Cross.
A première vue on peut observer une végétation qui peut sembler désordonnée, et beaucoup d'espaces dominés par les ronces. Cependant, il est essentiel d'expliquer que ce stade, appelé la "friche", est une étape transitoire tout à fait normale et vitale vers le retour de la forêt.
La friche : une étape mal comprise
Après l'arrêt de l'exploitation humaine (la déprise), la terre entre dans une phase de transition : la friche. Loin d’être un abandon, c’est un milieu vivant, riche et en pleine transformation.
Elle est souvent colonisée par ce que l'on appelle à tort les "mauvaises herbes" ou les broussailles. Parmi elles, la ronce, fréquemment perçue comme envahissante, est en réalité une formidable alliée du vivant. Telle une "pieuvre végétale", elle étend ses tiges et occupe rapidement l’espace.
Ce faisant, elle joue un rôle protecteur essentiel : elle forme un couvert dense qui attire de nombreux insectes, sert de refuge aux petits et grands mammifères, et surtout, protège les jeunes pousses d'arbres de la dent des herbivores.
Accompagnée d'autres espèces pionnières comme le prunellier ou le genêt, la ronce prépare le terrain et accélère la dynamique forestière. À l'abri de ces épines, les jeunes arbres peuvent grandir en toute sécurité. Petit à petit, ils finissent par dépasser les ronces, les privant de lumière, et la forêt reprend ses droits.
Le temps, élément essentiel au retour de la vie
Le retour à une forêt véritablement mature et sauvage est un processus de temps très long. Si les premiers arbres peuvent former un boisement en quelques décennies, le sol lui-même a besoin de plusieurs dizaines et jusqu'à des centaines d'années pour se remettre des coupes et de l'exploitation passée.
On considère qu'un boisement devient une "forêt ancienne" lorsque le sol a connu une continuité boisée sans modification d'usage depuis plusieurs siècles.
Enfin, pour que la forêt accomplisse la totalité de son cycle biologique naturel et devienne ce que l'on appelle une "vieille forêt" (avec ses très gros arbres, son bois mort au sol et sa naturalité maximale), il faut compter entre 300 et 400 ans. C'est un travail patient, têtu et serein que seule la nature peut accomplir, à condition qu'on lui en laisse le temps et l'espace.
Mais ce temps long ne signifie pas qu’il ne se passe rien. Bien au contraire.
Dès les premières années, les changements sont visibles : les plantes sauvages recolonisent les sols, les insectes reviennent, les oiseaux réapparaissent. La vie s’installe à nouveau, rapidement, dès que la pression humaine disparaît.
Puis, au fil des décennies, les milieux se structurent, se diversifient, deviennent plus riches et plus stables. Les arbres poussent, les habitats se complexifient, les équilibres se recréent.
Les centaines d’années concernent les stades les plus avancés — les forêts anciennes, les écosystèmes pleinement matures. Mais les bénéfices, eux, commencent immédiatement.
La vie ne tarde pas à revenir. Elle attend seulement qu’on lui laisse la possibilité de le faire.
Exemple de bois mort utilisé par différentes espèces : champignons, insectes, végétaux etc.
Alors agissons dès maintenant !
La libre évolution, cela commence dans son jardin
Découvrez les actions concrètes que vous pouvez appliquer
*L'ORE (Obligation Réelle Environnementale) est un outils juridique de protection de la biodiversité. C'est un dispositif foncier impliquant des personnes morales de droit privé comme public ainsi que des personnes physiques. Ce dispositif permet à tout propriétaire d’un bien immobilier de mettre en place, s’il le souhaite, une protection environnementale attachée à ce bien. Une solution particulièrement utile afin d’en garantir la protection d'un espace naturel sur une période pouvant aller jusqu’à 99 ans.
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