Au 31 juillet 2026, plus de 117 000 hectares avaient déjà été parcourus par les incendies en France. Derrière ce chiffre, il y a ce que l’on voit : arbres brûlés, paysages noirs, fumées–et tout ce que l’on voit beaucoup moins : animaux morts, blessés ou déplacés, sols profondément perturbés, abris détruits, ressources alimentaires disparues.

Et lorsque les flammes s’éteignent, l’urgence écologique ne s’arrête pas. Une autre question commence : que faisons-nous du territoire sinistré et des animaux qui ont survécu ?


Incendie à Trévillach dans les Pyrénées-Orientales en juillet 2026
Incendie à Trévillach (Pyrénées-Orientales), 4 juillet 2026. Photo : Frenchbluesman / Wikimedia Commons – CC BY 4.0.

Tous les animaux ne peuvent pas fuir

L’image des grands animaux courant devant les flammes donne une vision très partielle d’un incendie. Cerfs, chevreuils, sangliers ou oiseaux peuvent parfois échapper au front de feu. Une tortue, un lézard, un amphibien, un jeune animal, un petit mammifère ou de nombreux invertébrés n’ont pas cette capacité.
Mais survivre au passage du feu n’est que la première étape. Un animal rescapé a souvent tout perdu : son habitat/abris, ses repères, ses ressources alimentaires et son point d’eau. Il doit alors se déplacer vers les secteurs épargnés, parfois sur de longues distances, avec davantage de risques de collision avec les voiture, de dérangement et de concurrence avec d’autres animaux. Une zone non brûlée située autour d’un incendie devient donc un territoire refuge qu'il est nécessaire de préserver pour que la faune puisse se remettre de l'incendie. Il est crucial de leur laissé ce répit.

Après l’incendie du Cap Lardier dans le Var, l’Office français de la biodiversité a ainsi étudié l'impact de l'incendie et a observé pendant plusieurs années la recolonisation du site par la faune et la flore. Le constat démontre que si la mortalité directe peut être importante, les incendies peuvent grandement fragiliser certaines populations et mettre en danger leur état de conservation.

Source : Office français de la biodiversité – suivi de la dynamique de reconquête de la faune et de la flore après l’incendie du Cap Lardier.


Chevreuil sauvage photographié en France
Chevreuil photographié en France. Les grands mammifères peuvent parfois fuir les flammes, mais doivent ensuite retrouver nourriture, eau, abris et territoire. Photo : Deus auxius / Wikimedia Commons – CC BY-SA 4.0.

Un animal brûlé doit être soigné quand il peut l’être

L’incendie du massif de Fontainebleau de juillet 2026 a posé très concrètement la question du devenir des animaux blessés. La LPO Île-de-France a demandé que les animaux sauvages blessés découverts à proximité du massif soient orientés vers Faune Alfort, centre de soins spécialisé installé au sein de l’École nationale vétérinaire d’Alfort.
La mission d’un centre de sauvegarde est d'examiner l’animal, poser un diagnostic, le soigner lorsque cela est possible puis préparer son retour dans le milieu naturel. Lorsqu’un animal est atteint de manière irréversible et que ses souffrances ne peuvent être soulagées, une euthanasie peut être nécessaire. Mais cette décision n’est pas anodine.

Début août, une information diffusée localement puis retirée faisait état d’interventions de louveterie destinées à achever des animaux gravement brûlés dans le secteur de Fontainebleau. Les éléments publics disponibles ne permettent pas d’établir si chaque animal avait fait l’objet d’une évaluation vétérinaire préalable. C’est précisément ce qui doit changer. Un animal sauvage gravement blessé ne doit pas être considéré automatiquement comme un animal à abattre. Lorsque les conditions de sécurité le permettent, sa situation doit d’abord être évaluée par un vétérinaire ou un centre de soins compétent. La souffrance de l’animal sauvage mérite la même rigueur que celle de tout autre animal.

Sources : LPO Île-de-France – Incendies à Fontainebleau et faune sauvage ; Faune Alfort – Soigner la faune sauvage.

Vous trouvez un animal sauvage après un incendie : que faire ?

Votre sécurité passe toujours en premier.

  • N’entrez jamais dans une zone en feu ou récemment incendiée dont l’accès est interdit.
  • Respectez les consignes des pompiers, des services de secours et les périmètres de sécurité.
  • Si vous trouvez un animal blessé dans un endroit accessible sans danger,
    placez-le si possible délicatement dans un carton fermé et percé de trous d’aération.
  • Installez-le au calme, à température ambiante.
  • Ne le forcez jamais à boire ou à manger.
  • Contactez rapidement un centre de sauvegarde de la faune sauvage afin d’obtenir des conseils adaptés.


Trouver un centre de soin proche de vous

Et pendant ce temps, peut-on recommencer à chasser ?

Un animal qui vient d’échapper aux flammes a besoin de répit. Il cherche de la nourriture et un abri dans les quelques secteurs épargnés. Quelle justification écologique peut-il y avoir à ajouter immédiatement cette pression à celles que l’animal vient déjà de subir ?
Les incendies ne s’arrêtent pas administrativement aux limites d’une parcelle brûlée. Leur impact s’étend aux zones périphériques vers lesquelles les animaux se réfugient. Interdire la chasse uniquement sur les hectares carbonisés tout en permettant de chasser à quelques centaines de mètres n’a donc que peu de sens si l’objectif est réellement de permettre à la faune de se reconstituer.

Animal Cross a déjà défendu ce principe après le mégafeu des Corbières dans l’Aude en août 2025. Près de 17 000 hectares avaient été parcourus par les flammes. Nous avions demandé l’interdiction de la chasse et des opérations de destruction d’animaux classés ESOD dans les zones sinistrées mais également dans un périmètre tampon, précisément parce que les animaux survivants s’y réfugient. La mobilisation avait fini par obtenir une restriction importante de l’accès aux secteurs boisés incendiés. Ce précédent montre une chose : accorder du répit à la faune après un incendie est possible. Ce qui manque aujourd’hui, c’est une règle nationale qui évite de recommencer le même combat après chaque catastrophe.

À lire : Animal Cross – Aude 2025 : pourquoi interdire la chasse dans les zones touchées par le mégafeu ? ; Victoire d’étape dans l’Aude pour la faune rescapée.

Notre demande

Animal Cross demande que tout incendie majeur déclenche automatiquement une évaluation écologique du territoire et la mise en place de mesures temporaires de protection de la faune. La chasse et les opérations de destruction d’ESOD doivent être suspendues dans la zone incendiée et dans les zones refuges périphériques tant que l’état de la faune et des habitats ne permet pas leur reprise. Ce périmètre et la durée du moratoire doivent être déterminés à partir de critères écologiques – déplacement des animaux, disponibilité des ressources, reproduction, état des habitats – et non uniquement à partir des dates habituelles du calendrier cynégétique.

Nous demandons également qu’un protocole national soit instauré pour les animaux sauvages blessés : orientation vers un centre de soins chaque fois qu’une prise en charge est possible et évaluation vétérinaire ou par un professionnel compétent avant toute euthanasie lorsque les circonstances le permettent. Enfin, la restauration des zones incendiées doit privilégier la régénération naturelle, la conservation du bois mort lorsqu’il ne présente pas de risque pour la sécurité et le maintien d’espèces locales diversifiées.

Le feu est une catastrophe naturelle ou humaine. La chasse après le feu est un choix. Après avoir échappé aux flammes, les animaux sauvages ont besoin d’une chose que nous sommes parfaitement capables de leur offrir : du temps et de la tranquillité.

Deux pétitions pour agir maintenant

Deux mobilisations citoyennes permettent aujourd’hui de demander ce répit. Une pétition déposée sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale demande la suspension de la chasse pendant la période estivale dans le contexte des incendies. Une seconde pétition, « Pas de fusils sur les cendres », demande notamment un moratoire sur la chasse dans les massifs incendiés en 2026 et la protection des zones refuges situées autour des secteurs brûlés.

Pétition officielle de l’Assemblée nationale
« Suspendre la chasse pendant l’été suite aux incendies »

SIGNER LA PÉTITION

Pétition « Pas de fusils sur les cendres »
Demander un moratoire sur la chasse dans les massifs incendiés et protéger les zones refuges.

SIGNER « PAS DE FUSILS SUR LES CENDRES »

Signez et partagez ces pétitions. Les animaux qui viennent de survivre au feu ne devraient pas avoir à survivre ensuite aux fusils.

Incendies : après les flammes, la faune sauvage a besoin de répit, pas de chasse

Sources et références

Crédits photographiques

  • Frenchbluesman – « Incendie Tarerach », Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0.
  • Deus auxius – « Chevreuil Capreolus capreolus (France) », Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.