Consultation : dans le 65, un projet d’arrêté préfectoral à charge pour le sanglier

Consultation : dans le 65, un projet d’arrêté préfectoral à charge pour le sanglier

Le projet d’arrêté préfectoral soumis pour l’année 2026 pour le département 65 a pour objectif de « fixer le cadre de l’organisation des mesures administratives au sanglier » : c’est-à-dire d’autoriser, sous certaines conditions, des interventions, notamment par tir, pour réguler les populations de sangliers.

L’argument avancé pour justifier cet arrêté repose sur des critères comme l’ampleur des dégâts que les sangliers pourraient causer (sur les cultures, les biens, les biens des particuliers), ou les risques potentiels à la sécurité des personnes et des biens, y compris la sécurité routière.

Mais, en l’état, l’arrêté proposé contient des dispositions, explicites ou implicites, qui méritent d’être questionnées. 

 

indemnisation dégâts gibier
indemnisation dégâts gibier
indemnisation dégâts gibier

Animal Cross se positionne comme étant défavorable au projet d’arrêté préfectoral visant à encadrer les « mesures administratives » sur le sanglier en 2026. Plusieurs points du texte nous semblent problématiques et contraires à une gestion responsable de la faune sauvage.

❌ Risque d’encouragement au braconnage

L’arrêté ne précise pas si les monoculaires à vision thermique peuvent être fixés sur les armes. Si tel est le cas, cela ouvre la voie à des usages illégaux en dehors du cadre prévu. Les AP concernant le loup, par exemple, encadrent clairement l’usage de ces dispositifs : ce projet ne le fait pas.

❌ Atteinte au droit de propriété

Le texte autorise des battues sur des terrains dont les propriétaires ont pourtant déclaré leur opposition à la chasse. Une contradiction avec le principe même du respect du droit de propriété, souvent invoqué par les chasseurs.

❌ Un vocabulaire partial et scientifiquement infondé

Le terme « malfaisant », utilisé pour qualifier le sanglier, est non seulement inapproprié mais occulte ses rôles écologiques essentiels :
– dispersion des graines,
– aération et fertilisation des sols,
– limitation de certaines espèces ravageuses.

❌ Absence de prise en compte des risques sanitaires

La maladie d’Aujeszky, très présente dans les populations de sangliers du département, est mortelle pour les chiens. Le projet d’arrêté ne prévoit aucune mesure claire pour prévenir la contamination lors des battues ou tirs administratifs.

Ce projet d’arrêté manque de clarté, fragilise la protection de la faune, néglige les enjeux sanitaires et porte atteinte à des principes fondamentaux. Nous appelons à une gestion plus rigoureuse, respectueuse des propriétaires et fondée sur des données écologiques plutôt que sur des considérations idéologiques.

 

Pour en savoir plus sur la consultation 👇​

Pour participer

Envoyez un email à la DDT des Hautes-Pyrénées : dd*********************@******************uv.fr

Voici une une proposition de texte :

Objet : Défavorable au projet d’arrêté préfectoral « FIXANT LE CADRE DE L’ORGANISATION DES MESURES ADMINISTRATIVES AU SANGLIER POUR L’ANNÉE 2026 «

Je suis opposé à ce projet car :

· l'AP ne précise pas si les monoculaires à vision thermique sont adaptables sur la carabine, et si oui, alors il s'agit pour les chasseurs équipés d’une invitation au braconnage, car ils seront amenés à vouloir utiliser l’objet de leur investissement en dehors de cet acte-là ; dans les AP dérogatoires de tir de loup, on précise bien leur objet : « lunettes de tir à visée thermique « .

· les battues peuvent avoir lieu sur des terrains dont le propriétaire a déclaré une opposition à la chasse ; alors que les chasseurs invoquent souvent le caractère sacré du droit de propriété lorsqu’il s’agit d’y chasser.

· le qualificatif "malfaisant" ( Qui fait ou cherche à faire du mal, à nuire, https://www.cnrtl.fr/definition/malfaisant ) dans les considérants, est déplacé. Rappelons ses actions bénéfiques : dispersion des graines (zoochorie), retournement des horizons superficiels des sols (élimination d’espèces herbacées très recouvrantes et compétitives pour l’installation des jeunes semis d’arbres, aération du sol, minéralisation de la matière organique…), destruction d’animaux ravageurs, etc … .

· Risque de dissémination et de contamination des chiens par la maladie d’Aujeszky (elle leur est fatale), très présente dans les populations de sangliers des Hautes-Pyrénées.

 

 

Nous avons jusqu'au 22 décembre.

Merci pour votre participation.

 

Source photos : © Wikimedia Commons, chassepassion.net

Le sanglier, victime ou coupable ?

Le sanglier, victime ou coupable ?

Le sanglier occupe régulièrement les gros titres : dégâts agricoles, collisions routières, envahissement de certaines zones. Mais que sait-on réellement de cet animal ? Pourquoi leur population a-t-elle explosé ces dernières décennies ? Et si la responsabilité humaine était bien plus grande qu’on ne le pense ?

Une population en forte croissance… à cause de l’homme

En France, la population de sangliers a été multipliée par 23 en 50 ans : environ 35 000 individus abattus par an dans les années 1970, contre plus de 800 000 en 2020. Une explosion qui s’explique en grande partie par les activités humaines :

  • Changement climatique : des hivers plus doux augmentent la survie des marcassins et accélèrent la reproduction.
  • Disparition des prédateurs naturels : loups, ours, lynx ont été décimés par la chasse au XXe siècle.
  • Agriculture intensive : les monocultures de maïs, dont les sangliers raffolent, leur offrent un garde-manger quasi illimité.

Mais l’impact majeur vient… des chasseurs eux-mêmes.

Des stratégies cynégétiques qui favorisent la prolifération

Pour garantir la présence de gibier à chasser, certains chasseurs ont :

  • Multiplié les lâchers de sangliers depuis les années 1960.
  • Limité les tirs sur les laies reproductrices et les mâles dominants.
  • Pratiqué l’agrainage (épandage de maïs), qui réduit la mortalité hivernale.
  • Valorisé économiquement les territoires riches en sangliers, augmentant le prix des baux de chasse.

Ironie du sort, cette pression de chasse déclenche un mécanisme de compensation biologique : les femelles se reproduisent plus tôt, avec des portées plus nombreuses. Résultat : plus on chasse, plus la population croît !

Un rôle écologique méconnu

Souvent perçu comme nuisible, le sanglier est aussi un véritable allié des forêts :

  • Il aère les sols, favorise l’humus et la régénération naturelle.
  • Il détruit les larves nuisibles (hannetons, chenilles processionnaires…).
  • Il dissémine les graines et spores via ses déplacements.
  • Il joue un rôle sanitaire en nettoyant les cadavres d’animaux.

Autrefois surnommé « jardinier de la forêt », le sanglier participe activement au bon état écologique des milieux naturels.

Les demandes d’Animal Cross

Face à cette situation, Animal Cross appelle à des mesures concrètes :

  • Interdire les pratiques qui favorisent artificiellement la prolifération, comme l’agrainage.
  • Transformer le modèle agricole intensif ou, à défaut, protéger les cultures par des clôtures adaptées.
  • Encourager le retour des prédateurs naturels : loups, lynx, ours.
  • Développer des zones de Libre Évolution pour laisser les écosystèmes s’autoréguler.
  • Reconnaître et valoriser le rôle écologique du sanglier.

Et si on changeait de regard ?

Plutôt que de désigner le sanglier comme bouc émissaire, interrogeons notre modèle de gestion de la nature. En comprenant les véritables causes de sa surpopulation, nous pourrons envisager des solutions justes, équilibrées et respectueuses du vivant.

Stop aux collisions routières avec la faune sauvage : un plan national s’impose !

Stop aux collisions routières avec la faune sauvage : un plan national s’impose !

Chaque jour en France, des milliers d’animaux sauvages périssent sous les roues des véhicules. On estime à plus d’un million le nombre d’animaux tués chaque année sur les routes françaises, un chiffre largement sous-estimé tant le recensement est lacunaire. Derrière ces collisions se cache une réalité peu visible : une pression permanente sur la biodiversité, avec un impact grave sur les populations déjà fragiles.

🚗 Des collisions nombreuses mais mal documentées

​Contrairement à ce que l’on pourrait croire, très peu de collisions avec la faune sauvage entraînent des accidents corporels. En 2022, seules 120 collisions sur plus de 55 000 accidents corporels recensés en France impliquaient un animal sauvage (soit 0,2 %). Pourtant, cela ne reflète qu’une infime partie de la réalité : la majorité des collisions n’endommagent pas les véhicules et ne sont donc ni déclarées, ni comptabilisées.

🐾 Petits animaux, grandes victimes

Les espèces les plus touchées sont les plus discrètes : oiseaux, hérissons, renards, amphibiens, etc. Sur certaines routes de l’ouest de la France, on recense plus de 3 animaux tués par kilomètre et par an. Et ce chiffre grimpe encore lorsque les données des associations sont prises en compte. Ces espèces ne font pas les gros titres, mais leur disparition progressive affaiblit les écosystèmes.

💸 Un coût économique sous-estimé

Outre l’impact sur la biodiversité, les collisions avec la faune ont aussi un coût économique important. En 2008, on estimait à plus de 300 millions d’euros par an le coût des accidents impliquant des animaux. C’est peu, comparé aux 58 milliards d’euros du coût global de l’insécurité routière, mais cela souligne que ces événements ne sont pas anodins.

🏛️ Une prise de conscience politique encore largement insuffisante

Si la question des collisions routières avec la faune sauvage a été timidement reconnue lors du Grenelle de l’environnement, les avancées politiques restent très limitées. Le concept de Trame verte et bleue, visant à restaurer la continuité écologique des milieux, a mis en lumière le rôle destructeur des routes dans la fragmentation des habitats. Mais dans les faits, les actions concrètes peinent à suivre.

En 2018, la Stratégie nationale pour la biodiversité proposait de traiter une vingtaine de « points noirs » – ces zones où les collisions sont fréquentes – dans chaque région. Pourtant, le chiffre avancé par l’État (environ 10 par région) semble très en deçà de la réalité. À titre d’exemple, la région Auvergne-Rhône-Alpes a identifié 179 tronçons problématiques, dont 44 particulièrement accidentogènes.

Par ailleurs, aucune base de données nationale complète sur les collisions n’existe à ce jour. Les données sont morcelées, disparates, souvent locales, et la plupart des acteurs – assurances, forces de l’ordre, gestionnaires de routes départementales – ne sont pas contraints de transmettre les informations. Une véritable stratégie cohérente et ambitieuse fait cruellement défaut.

🔬 Les scientifiques, en première ligne face à l’urgence

Face à l’inaction politique, les chercheurs sonnent l’alarme. De nombreuses études, menées notamment par l’UMS Patrinat (unité OFB/Muséum national d’Histoire naturelle), ont documenté l’ampleur du phénomène. Selon ces travaux, les infrastructures de transport seraient devenues la première cause humaine de mortalité pour la faune sauvage en Europe.

Des espèces entières sont menacées :

  • Le lynx boréal, espèce protégée, dont la première cause de mortalité en France est la route (150 cas de collisions recensés entre 1982 et 2018) ;

  • La chouette effraie, avec environ 37 000 individus tués chaque année ;

  • La loutre d’Europe, le vison d’Europe, le hérisson, ou encore de nombreux amphibiens font également partie des espèces particulièrement vulnérables.

Le réseau européen IENE (Infrastructure and Ecology Network Europe) alerte depuis plusieurs années sur l’impact massif des routes, lignes électriques, voies ferrées ou encore éoliennes sur les espèces animales. Les scientifiques disposent aujourd’hui de méthodes fiables de suivi, mais leur travail doit être soutenu par des moyens politiques et financiers à la hauteur de l’enjeu.

🌉 Réduire les collisions : des solutions existent

Il existe pourtant des solutions éprouvées pour réduire ces collisions :

  • Les passages à faune (viaducs, tunnels, “crapauducs”) qui permettent aux animaux de traverser en toute sécurité ;

  • Les détecteurs d’animaux, qui préviennent les conducteurs lorsqu’un animal est détecté à proximité de la chaussée ;

  • Les avertisseurs à ultrasons, fixés sur les véhicules, bien que leur efficacité soit encore discutée ;

  • La réduction de la vitesse sur les tronçons accidentogènes.

Dans certaines zones comme en Haute-Savoie ou dans les Pyrénées-Atlantiques, ces dispositifs ont permis de réduire jusqu’à 80 % des collisions. Pourtant, leur mise en place reste marginale.

🔫 La chasse, facteur aggravant

Les données montrent que les collisions avec les sangliers explosent pendant la période de chasse. Effrayés, les animaux fuient et traversent les routes dans la panique. Dans ce contexte, les chasseurs apparaissent faussement comme des “sauveurs” : ils bénéficient d’une forme de légitimité publique en prétendant réguler la faune, alors que leur activité aggrave directement le problème.

 

🧭 Ce que propose Animal Cross

Pour enrayer ce fléau, Animal Cross appelle à des mesures concrètes et urgentes :

  • La création d’une base de données nationale des collisions incluant tous les réseaux routiers ;

  • L’obligation pour les gestionnaires d’infrastructures, assureurs et forces de l’ordre de transmettre les données de collision ;

  • L’affectation d’au moins 1 % du budget routier à la mise en place de dispositifs de protection ;

  • L’interdiction de la chasse à proximité des zones accidentogènes (dans un rayon de 300 m) ;

  • Le soutien aux associations qui réalisent un travail de terrain essentiel.


📣 Ensemble, changeons la donne

Nos routes ne doivent plus être des cimetières à ciel ouvert. Il est temps d’agir pour que la faune sauvage puisse circuler librement et en sécurité, et que nos déplacements ne soient plus synonymes de mort pour des millions d’animaux.

Animal Cross continuera à se mobiliser pour faire de la cohabitation entre humains et animaux une réalité sur l’ensemble du territoire.

Collisions routières avec la faune sauvage : à qui la faute ?

Collisions routières avec la faune sauvage : à qui la faute ?

Nos routes sont de véritables cimetières pour les animaux. Sans doute plus d’un million d’animaux sont victimes chaque année du passage de nos véhicules. À l’heure où l’on cherche à diminuer l’impact humain sur l’environnement, ce sujet, pourtant très important, est passé sous silence.
Cette situation profite aux chasseurs qui apparaissent, pour une partie du grand public, comme le seul recours capable de diminuer les collisions avec la grande faune.

Comparaison du nombre d'accidents corporels de la route et du nombre d'accidents avec la (grande) faune sauvage entre 1997 et 2017 (source : Sécurité routière 2009 FGAO, 2017, estimation pour la faune sauvage).

Les accidents de la route depuis 1972 sont en constante diminution à la suite d’une prise de conscience de la gravité de la situation et d’une batterie de mesures efficaces, quoiqu’impopulaires.
À l’inverse, les collisions entre véhicules et faune sauvage (essentiellement les ongulés sauvages : Sangliers, Chevreuils, Cerfs) n’ont pas cessé d’augmenter, avec 65 000 collisions avec la grande faune en 2009, même si on est frappé de constater qu’aucun chiffre n’existe depuis 2009¹. Le nombre d’animaux tués sur les routes de France n’est pas connu. Sans doute plus d’un million d’animaux sont victimes chaque année du passage de nos véhicules.

Un coût sans doute supérieur à 200 millions d’euros

La population de grands animaux augmente de manière notable en France depuis trente ans, en grande partie du fait d’une attitude irresponsable des chasseurs qui ont introduit une nouvelle espèce de Sangliers plus prolifiques (les « cochongliers »), produis d’une hybridation SanglierXcochon domestique et nourris abondamment pendant toute l’année (agrainage).
Dans le même temps, le territoire des animaux diminue et le trafic routier s’intensifie. Les automobilistes se considèrent comme victimes alors qu’ils sont co-responsables des accidents.
Les sangliers provoquent l'essentiel des 30 000 collisions automobiles avec un animal sauvage enregistrées chaque année en France. Un vrai problème pour le Fonds de garantie automobile, qui évalue ces "chocs" à 20 millions d'indemnisations annuelles. 

Les chasseurs, solution ou cause du problème ?

Dans cette inaction globale, les chasseurs apparaissent comme les seuls sauveurs capables d’apporter une solution simple à une crainte légitime ressentie par de très nombreux conducteurs, en particulier dans les territoires où la faune est la plus abondante. Ils deviennent ainsi investis d’une mission d’intérêt général qui justifie leur droit de tuer. Et comme aujourd'hui le nombre de sangliers est devenu très important, les voilà qui se plaignent et menacent de ne plus réguler !

La chasse, première cause de collisions avec les Sangliers

Collisions avec les Sangliers sur les routes nationales de l'Ouest de la France mois par mois (source : L. Billon)

Les analyses sur les collisions avec les Sangliers sur les routes nationales de l’Ouest de la France montrent une très forte augmentation lors de la période de chasse, de septembre à février³. Les animaux, dérangés, fuient par tous les moyens. Les collisions avec les Chevreuils ont lieu de mars à juin, lors de la dispersion des jeunes.

Et si nous proposions plutôt d’interdire la chasse, qui augmente le nombre de collisions avec les Sangliers, à l’approche de tous les lieux accidentogènes ?

 

Sources

(1) Le changement de mode de prise en charge des sinistres en 2007 explique la différence entre 1997 et 2009. Depuis 2009, le mode d’indemnisation des victimes ayant changé, il n’existe pas de statistiques.
(2) Vignon V., Barbarreau H., 2008, Office de génie écologique/ ONCFS. Collisions entre véhicules et ongulés sauvages : quel coût économique ? Une tentative d’évaluation
(3) L. Billon L., 2018 — Analyse spatiale de la répartition des collisions faune/véhicule relevées de 2014 à 2016 sur le réseau routier de la DIR Ouest, p18

 

 

Le cas du Sanglier : des vérités qui pourraient bien vous retourner

Le cas du Sanglier : des vérités qui pourraient bien vous retourner

Le Sanglier fait la une des actualités à cause des dégâts qu’il occasionne, sur les cultures, dans les forêts ou lors de collisions routières. Mais comment en est-on arrivé là ?
S’il existait, en France, à peine quelques dizaines de milliers de Sangliers dans les années 60, on en dénombre plus de 1 million depuis les années 2000. Une explosion soudaine qui s’explique par de nombreuses raisons.

 

Côté chasseurs d’abord :

Avec la raréfaction des petits animaux de plaine, due en grande partie à l’agriculture intensive, les chasseurs ont renforcé leur intérêt pour les Sangliers.
Des dizaines de milliers de Sangliers d’élevage, croisés avec des porcs, ont été lâchés dans plusieurs départements. Leur poids moyen a fortement augmenté, leur taux de fécondité, au moins doublé, leur taux de croissance a triplé, leur maturité sexuelle s’est trouvée avancée.
Le taux d’accroissement des populations étant d’environ 100 % dans la nature, nous sommes passés de 50 000 Sangliers abattus en 1975 à environ 70 0 000 aujourd’hui (1)…

Les Sangliers ont ensuite été nourris par les chasseurs, on appelle cela l’agrainage. Et cela perdure aujourd’hui. La raison officielle est d’éloigner les Sangliers des cultures. Mais on a vu à maintes reprises que cela ne fonctionne pas vraiment. Le gros intérêt pour les chasseurs est d’avoir des proies à portée de fusil.

Par ailleurs les chasseurs se sont débrouillés pour épargner les femelles reproductrices.
En effet, le prix d’un terrain de chasse est d’autant plus élevé qu’il compte une grande densité de Sangliers… « Sangliers, Chevreuils et Cerfs ne sont pas vraiment les bienvenus dans nos forêts, notamment dans les pépinières ou les parcelles en régénération, mais ils contribuent, via les locations de chasse, à rentabiliser une bonne partie de la forêt privée française », reconnaît cette propriétaire de 150 hectares de chênes, hêtres et résineux dans l’Orne (2). (…) « Dans certaines forêts d’Alsace ou de Sologne, la location du droit de chasse engendre de l’ordre de 25 à 30 % des revenus de la forêt privée, explique Bernard Fischesser, ingénieur forestier au Cemagref.

« La chasse est devenue l’objectif prioritaire, avant la production de bois », poursuit-il. Ce choix implique souvent des aménagements particuliers : clairières, cultures à « gibier » ou taillis pour que les animaux puissent se nourrir, installation de points d’eau, voire nourrissage artificiel – l’agrainage – avec distribution de graines de céréales2. « Sans s’ennuyer avec les chiffres, on peut se faire une idée de l’importance économique et industrielle de la chasse de divertissement en France. On y arrive tout simplement en feuilletant une revue de chasseurs.(…) On comprend facilement, par la quantité et la diversité des marchandises produites et proposées à la vente par les nombreuses industries gravitant autour de la chasse, qu’il faut un minimum « suffisant » de Sangliers à tuer, pour satisfaire tout le monde ; à la fois l’activité récréative des valeureux chasseurs et les nombreuses activités de dimensions industrielles (3). »

Côté agriculteurs ensuite :

Les agriculteurs sont eux aussi à l’origine de la multiplication des sangliers. Le développement des cultures intensives de maïs a profité aux sangliers qui en raffolent. Notons que ces derniers se nourrissent surtout des jeunes pousses, car la plante n’exerce plus d’attraction, pour lui, après sa germination au stade « vert », à moins que le sol ne contienne une nourriture souterraine intéressante, comme des larves par exemple (4) !
Et surtout, les agriculteurs tolèrent les dégâts causés par les sangliers dans les cultures, grâce à l’indemnisation automatique versée par les chasseurs.
Ajoutons à cela le réchauffement climatique, qui permet aux sangliers de mieux résister à l’hiver, et l’éradication de ses prédateurs naturels comme le loup.
Du point de vue réglementation, le sanglier est chassable mais il peut aussi être classé comme espèce pouvant « occasionner des dégâts » par le préfet, après avis du Conseil Départemental de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS).
Trop nombreux certes, et on a compris pourquoi, les sangliers sont-ils réellement des animaux « nuisibles »?

 

Les Sangliers : les jardiniers de la forêt

Ils participent au bon état sanitaire des écosystèmes

Dans les vieux livres naturalistes sur la vie de la forêt, le Sanglier était présenté comme un des « jardiniers de la forêt », un titre véritablement honorifique. Par le simple fait de son activité alimentaire, on en faisait même un « protecteur de la santé des arbres (5) ».
En effet, les Sangliers éliminent de nombreuses larves d’insectes néfastes pour les arbres et les cultures.
Un seul Sanglier peut nettoyer de ses parasites 100 m² de sol par jour. Il s’attaque notamment aux larves de hannetons, très voraces sur les cultures et les racines dont elles se nourrissent goulûment durant 3 ans, ou aux insectes xylophages, comme les chenilles processionnaires dont on a tant de mal à se débarrasser (⁶).
En Pologne, toute chasse au Sanglier est interdite dès que certaines espèces de lépidoptères (insectes) se répandent. « La menace que ces parasites représentent pour les arbres est alors efficacement écartée », indique M. Libois, scientifique à l’université de Liège.
Par ailleurs, comme le Sanglier est nécrophage, il joue un rôle sanitaire en évitant que des cadavres de petits animaux ne viennent polluer les eaux de surface.

Ils régénèrent la nature

En grattant et retournant la terre et aussi par le biais de leurs déjections, ils introduisent de l’humus et de l’azote dans le sol, aèrent la terre et luttent contre son tassement, ce qui favorise notamment la germination et facilite la pénétration de l’eau dans les sols⁶. « Eh oui, … les Sangliers imposent la jachère aux agriculteurs !!!! », explique Dominique Lang dans le journal La Croix (⁷).
On a aussi constaté qu’en consommant les racines des arbres présentes en surface, le Sanglier permet un meilleur développement des racines profondes, rendant les arbres plus résistants au vent.

Ils enrichissent les paysages via la dissémination de graines

Les Sangliers jouent un rôle insoupçonné dans la dynamique forestière en transportant des graines (épizoochorie), participant ainsi à la richesse de nos paysages (⁸). C’est la découverte d’une équipe de chercheurs spécialisés dans l’étude des forêts et rattachée à l’INRA et au IRSTEA (⁹).
Quand les Sangliers creusent leur souille puis s’y roulent, et quand ils se frottent sur les gros troncs, ils se débarrassent de leurs parasites, mais contribuent aussi à disperser des spores et diaspores parfois enfouies il y a des décennies voire des siècles, et qui peuvent avoir conservé leurs propriétés germinatives. Ils jouent donc un rôle dans la résilience écologique de la forêt après les chablis et incendies ou d’autres perturbations.

 

Notre demande

Stopper toute action multipliant les Sangliers : agrainage, lâchers de Sangliers d’élevage, croisements cochons et Sangliers.
Reconnaître le rôle écologique du Sanglier. Il participe au bon état sanitaire des écosystèmes.

 

Sources
(1) Le Courrier de la nature, n°267 de mars 2012. pp. 6-9
par Pierre Jouventin, longtemps Directeur de recherche CNRS en éthologie des animaux sauvages & Directeur du laboratoire CNRS d’écologie, membre du Conseil Scientifique de la Réserve Nationale de Camargue
(2) La Croix – Chasseurs et forestiers vont devoir cohabiter, par Denis Sergent le 15/10/2010
(3) Le sanglier, ennemi du peuple et bête noire du BTP – Jean-Marc Sérékian (2010) sur Carfree le 7/04/2010
(4) La consommation des vers de terre par le sanglier – Revue faune sauvage n°283 janvier 2009 Eric Baubet, Serge Brandt, C. Fournier-Chambrillon ONCFS, CNERA Cervidés-Sanglier.
(5) Bernard Fischesser « La Vie de la Forêt » Ed. Horizon 1970
(6) www.dehondt-desmets.fr Les animaux susceptibles d’être classés nuisibles en France
(7) Dominique Lang « La Croix » le 21 /02 /2017
(8) Sanglier et compagnie/10-1999/SFPNP/état de Geneves.ch
INRA rapport scientifique final agriconnect – Epizoochorie : les sangliers et les cerfs sont utiles à nos forêts – 5 mars 2011
(9) Plant Ecology, février 2011
Do wild ungulates contribute to the dispersal of vascular plants in central European forests by epizoochory? A case study in NE Germany. T. HEINKEN and D. RAUDNITSCHKA. European Journal of Forest Research. 2002 ; 179-194.
Soil seed banks near rubbing trees indicate dispersal of plant species into forests by wild boar. Thilo Heinken, Marcus Schmidt, Goddert von Oheimb, Wolf-Ulrich Kriebitzsch, Hermann Ellenberg. Basic and applied ecology. – 7 (2006), 31 – 44
Wild boars as seed dispersal agents of exotic plants from agricultural lands to conservation areas. G. Dovrat, A. Perevolotsky, G. Ne’eman. Journal of Arid Environments 78 (2012) 49-54
(épizoochorie), participant ainsi à la richesse de nos paysages⁸. C’est la découverte d’une équipe de chercheurs spécialisés dans l’étude des forêts et rattachée à l’INRA et au IRSTEA⁹.
Quand les Sangliers creusent leur souille puis s’y roulent, et quand ils se frottent sur les gros troncs, ils se débarrassent de leurs parasites, mais contribuent aussi à disperser des spores et diaspores parfois enfouies il y a des décennies voire des siècles, et qui peuvent avoir conservé leurs propriétés germinatives. Ils jouent donc un rôle dans la résilience écologique de la forêt après les chablis et incendies ou d’autres perturbations.

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