Nouveau rapport du GIEC : « Sauvegarder la biodiversité et les écosystèmes est fondamental pour un développement résilient au changement climatique »

Nouveau rapport du GIEC : « Sauvegarder la biodiversité et les écosystèmes est fondamental pour un développement résilient au changement climatique »

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publie ce lundi 28 février le deuxième volet de son sixième rapport d’évaluation... Et le bilan sur les impacts, les vulnérabilités et l’adaptation à la crise climatique est effrayant. La nature et l'humanité sont de plein fouet victimes des impacts du réchauffement climatique. Ces effets à forte origine anthropique sont souvent irréversibles et surtout croissants.

La faune, la flore et les écosystèmes subissent des "dégâts substantiels et des pertes de plus en plus irréversibles pour les écosystèmes terrestres, d'eau douce, côtiers et marins". Afin de fuir le réchauffement des températures, la moitié des espèces étudiées migrent vers les pôles Nord et Sud ou montent en altitude. Les scientifiques attestent que "l'étendue et la magnitude des impacts du changement climatique sont plus importantes qu'estimées dans les précédents rapports".

Que retenir du rapport du GIEC au sujet de la biodiversité ?

Voir la fact sheet complète du GIEC (en anglais)

Impacts observés

Selon ce dernier rapport, le réchauffement climatique a eu pour principaux effets sur la biodiversité :

  • l'altération des eaux du monde entier
  • des pertes d’espèces locales
  • une augmentation de maladies
  • une mortalité massive de plantes et d'animaux
  • des extinctions d'espèces
  • une augmentation des superficies brûlées par les feux de forêt
  • des pertes de moyens d’existence de pratiques culturelles et d'activités récréatives dans le monde entier
  • des événements climatiques extrêmes

Risques futurs

"Les menaces pour les espèces et les écosystèmes dans les océans, les régions côtières, et sur la terre, en particulier dans les points chauds de la biodiversité, présentent un risque qui augmentera avec chaque dixième de degré supplémentaire de réchauffement." 

Si nous ne réduisons pas rapidement et profondément nos émissions de CO2, la faune sauvage va devoir faire face à des températures records dans les dix prochaines années. De plus, les écosystèmes sensibles seront rapidement très à risque à cause de la mortalité massive des arbres, du blanchiment des récifs coralliens, de grands déclins d'espèces dépendantes de la glace de mer et d'événements de mortalité massive, à cause des prochaines vagues de chaleur.

Extinction des espèces

En quelques chiffres :

  • 47 % des 976 espèces étudiées ont subi des extinctions de populations locales causées par le climat.
  • Au-delà de 2°C d’ici 2100, les risques d’extinction et d’effondrement des écosystèmes augmentent très rapidement.
  • Le risque d’extinction des espèces augmente avec le réchauffement et le risque est environ dix fois plus grand pour les espèces endémiques (de 1,5 °C à 3°C au-dessus des niveaux préindustriels).
  • Pour les espèces endémiques, ~100% des espèces des îles, ~84% de celles des montagnes, ~12% de celles des continents et ~54% des espèces marines (notamment en Méditerranée) devraient être menacées d’extinction en raison des changements climatiques.

Hotspots de biodiversité

Les activités humaines impactent tous les points chauds de biodiversité, certains plus que d'autres. Au-delà des conséquences des changements climatiques évaluées, les scientifiques dénoncent que ces dernières sont aggravées par d’autres impacts anthropiques, à savoir : la perte et la fragmentation de l’habitat, la chasse, la pêche et ses prises accessoires, la surexploitation, le captage d’eau, l’enrichissement en éléments nutritifs, la pollution, l’introduction d’espèces envahissantes par l’homme, les ravageurs et les maladies, qui réduisent la résilience de l'écosystème.

Selon Animal Cross, les zones de libre évolution peuvent ainsi paraître comme une solution contre ces catastrophes écologiques. Pour en savoir plus sur la libre évolution : cliquez ici.

    Que préconise le GIEC ?

    Sauvegarder la biodiversité et les écosystèmes est fondamental pour un développement résilient au changement climatique, compte tenu des menaces que le changement climatique représente pour eux et de leur rôle dans l’adaptation et l’atténuation.
    Des analyses récentes, s’appuyant sur une série de sources de données, suggèrent que le maintien de la résilience de la biodiversité et des services écosystémiques à l’échelle mondiale dépend de la conservation efficace et équitable d'environ 30 % à 50 % des zones terrestres, d’eau douce et océaniques de la Terre, y compris les écosystèmes naturels actuels.

    La restauration et la sauvegarde des écosystèmes terrestres et océaniques permettra à la faune et à la flore de renforcer leur résilience climatique. Mais les stratégies ne pourront pas se résumer à se reposer passivement sur la nature. Les choix sociétaux ainsi que les actions de la prochaine décennie seront donc décisifs. En effet, ils détermineront l'amélioration de la résilience des écosystèmes face au réchauffement climatique. Afin d'améliorer la résilience climatique, deux actions simultanées sont nécessaires :

    1) Mettre en oeuvre un large éventail d'actions qui réduisent considérablement les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine ;

    2) Un second éventail tout aussi large d'actions qui transforment notre mode de vie et placent la société humaine sur la voie du développement durable (repenser le secteur industriel et énergétique,  ainsi que l'urbanisation).

    Cette seconde action nécessite un soutien des gouvernements accompagné d'une chance équitable de participation aux processus décisionnels, avec des connaissances et revenus suffisants. Sinon, de nombreuses communautés humaines ne pourront aucunement participer à la réduction des émissions ou s'adapter au changement. 

    Face à ce bilan dramatique, Antonio Guterres,  le secrétaire général de l'ONU, dénonce une "abdication de leadership criminelle" et déclare que ce nouveau rapport "est un recueil de la souffrance humaine et une accusation accablante envers l'échec des dirigeants dans la lutte contre les changements climatiques".

    Faisons donc en sorte que notre prochain Président de la République comprenne cette urgence et agisse !

    Consultation publique : non à l’euthanasie des bouquetins du Bargy

    Consultation publique : non à l’euthanasie des bouquetins du Bargy

    Contexte

    Depuis qu’une vache a été atteinte de Brucellose en octobre 2021, les syndicats agricoles et tout particulièrement le Syndicat Interprofessionnel du Reblochon (1), ont multiplié les pressions sur les services de l’Etat afin d’en finir définitivement et radicalement avec la population sauvage réservoir de cette maladie : les bouquetins du massif du Bargy.
    En conséquence, et contre l’avis unanime des membres scientifiques du CNPN (Conseil National de Protection de la Nature) rendu le 27 janvier 2022, le préfet de Haute-Savoie, Alain Espinasse, a produit un projet d’arrêté préfectoral d’abattage sans contrôle sanitaire préalable d’un grand nombre de bouquetins (nous ne pouvons plus écrire indiscriminé car il y a un critère de sélection : ce sont principalement les femelles qui sont visées).
    L’arrêté prévoit pour 2022 l’abattage, en zone coeur du massif, de 170 bouquetins non marqués (lors de campagnes précédentes), et la capture suivie d’euthanasie (pour ceux atteints par la maladie) de 30 individus la première année, puis de 50 par an.
    (1) Le SIR pèse lourd : 636 entreprises productrices, 17000 tonnes de Reblochon par an

    Merci de donner votre avis avant le 7 mars pour sauver ces bouquetins (exemple de texte ci-dessous) !

    Arrêté autorisant sur l’ensemble du massif du Bargy la capture et l’euthanasie de bouquetins séropositifs en vue du contrôle de la brucellose au sein de cette population pour viser l'extinction de l'enzootie de brucellose...

    Mise à jour sur le site de la Préfecture de Haute-Savoie le 14/02/2022 :

    Arrêté autorisant sur l’ensemble du massif du Bargy la capture et l’euthanasie de bouquetins séropositifs en vue du contrôle de la brucellose au sein de cette population pour viser l'extinction de l'enzootie de brucellose au sein de la population de bouquetins ; autorisant des captures, avec euthanasie des éventuels séropositifs dans les massifs de Sous Dine et des Aravis ; dans l'intérêt de la santé publique, pour prévenir les dommages à l'élevage et aux filières agricoles de montagne pour la période 2022-2030

    Voir :
    la note de présentation
    le projet d'arrêté

    ATTENTION, VOUS AVEZ JUSQU'AU 7 MARS 2022 INCLUS POUR ENVOYER VOTRE REPONSE : 

    Les avis devront être réceptionnés avant la date de clôture. Après la clôture, une synthèse des observations reçues, les notifications de la décision et la décision seront mis en ligne pour une durée de 3 mois.

    Voir ces informations sur le site de la Préfecture de Haute-Savoie.

    Nous vous proposons un exemple d'argumentaire afin que vous puissiez vous en inspirer pour répondre à la consultation (sans copier-coller, sous peine que votre réponse ne soit pas prise en compte) :

    La maladie est en voie d’extinction naturelle, avec seulement 4% de prévalence en zone coeur du massif, et presque 0% en zone périphérique. Il aurait donc été possible, en appliquant quelques mesures de biosécurité préconisées par l’ANSES, d’éviter cet abattage massif, qui s’ajoute aux quelques 480 bouquetins qui ont déjà été éliminés.

    Les solutions visant à minimiser encore les voies de contamination des bovins, existent :
    • Séparation réelle des lieux de pâturage entre animaux domestiques et sauvages,
    • Contrôle de la divagation de chiens (par panneaux et mesures dissuasives), car ils constituent le vecteur probable de la maladie,
    • Suppression des pierres à sel
    • Relocalisation des pâturages

    En effet, pour cette dernière mesure, ne pourrait-on pas faire l’effort, alors que l’extinction naturelle de la maladie est quasiment atteinte, de déplacer les troupeaux à risque vers d’autres lieux (https://revue-sesame-inrae.fr/apprendre-a-deshabiter/), d’autant plus que c’est presque l’ensemble du territoire de Haute-Savoie qui permet de satisfaire à l’appellation « Reblochon « ? Rappelons que l’éleveur victime de la Brucellose déplace déjà ses animaux de plus de 40 km pour venir pâturer sur le Bargy, et donc, pourquoi ne pas l’envisager ailleurs ?

    De plus, la mission d’exécution de 170 individus en 2022, confiée à l’OFB, va encore plus désengager ses agents d’autres missions de terrain, déplaçant ainsi son rôle de surveillance, de protection voire de monitoring de la biodiversité vers le monde cynégétique. C’est déjà ce que nous observons dans le cadre de l’estimation des populations de loup.

    Enfin, la non-vaccination des bovins est un principe, dicté en réalité par l’économie. Ce postulat mériterait d'être réexaminé ; en effet, les bovins étaient vaccinés autrefois. Vaut-il mieux ne pas protéger les bovins (par non-vaccination), afin de savoir les tester, plutôt que de les prémunir par vaccination de la Brucellose, sans alors savoir les tester ?

    Les autres arguments, ce sont les experts scientifiques du CNPN qui nous les apportent dans leur avis du 27 janvier 2022 :
    • Le nombre de 170 ne tient pas compte de la très faible prévalence de la maladie en zone périphérique.
    • On va ainsi abattre entre 90 et 100% d’animaux sains.
    • Les faibles moyens humains de l’OFB conduisent à une analyse insuffisante de l’état sanitaire des animaux tués, et ainsi on renonce à une bonne connaissance de la situation.
    • L’augmentation annoncée dans l’arrêté préfectoral de la séroprévalence apparente en zone coeur entre 2020 et 2021, serait fausse.

    Cohabitons avec les bouquetins

    Cohabitons avec les bouquetins

    La brucellose bovine

    Depuis 2013, plus de 480 bouquetins qui ont été éliminés dans le massif du Bargy, en Haute-Savoie. En cause : un foyer de brucellose bovine, une maladie notamment contagieuse entre troupeaux de vaches et bouquetins. Dernièrement, un éleveur laitier de Saint-Laurent (74) a vu ses 224 vaches se faire abattre, contre son gré, sans contrôle sanitaire préalable. 

    Il y aurait 4% de bouquetins porteurs de la brucellose en zone cœur du massif (et donc beaucoup moins sur l’ensemble du massif), ce qui peut créer un risque de contamination pour l’élevage bovin local. Les éleveurs, fromagers fermiers et fromagers industriels craignent ainsi de perdre le caractère « exempt de brucellose » de toute la région (la carte « AOP Reblochon » couvre une bonne partie du département).

    UN combat de longue haleine pour une juste méthode d'éradication de la maladie

    Le tribunal administratif de Grenoble, dans son ordonnance du 20 août 2020, a donné raison à l’association Animal Cross contre l’arrêté préfectoral du 29 mai 2020 (qui ordonnait l’abattage indiscriminé de 60 bouquetins). En effet, la dérogation à la protection d’espèces protégées n’est possible que « s’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante ».

    Or, l'abattage indiscriminé (de tous les individus, mêmes non malades), solution de facilité, est à chaque fois désiré par la Préfecture. Pourtant, d'autres solutions plus justes et sensées sont décrites dans différents rapports du CNPN depuis 2013.

    Lors de cette dernière affaire (voir bouton en bas de page) où la Préfecture de Haute-Savoie veut à nouveau faire abattre des bouquetins du Bargy sans les tester préalablement, le Préfet n'a absolument pas tenu compte de l'avis 100% défavorable du CNPN (ce qui est rare !) et fait lancer la consultation publique réglementaire de 21 jours sur son projet d'arrêté d'abattage sans contrôle sanitaire préalable d'un grand nombre de bouquetins. 

    "Le CNPN insiste une nouvelle fois sur la demande exprimée dans ses précédents avis, de recherche de mesures alternatives visant la conduite des troupeaux en vue d’une plus-value de biosécurité. Cette modalité pourtant présentée comme vectrice d’une forte amélioration de la probabilité de contrôle du foyer quel que soit le scénario (cf. saisine ANSES 2014-SA-0218) n’a jamais été soumise comme mesure complémentaire à évaluer dans les saisines ultérieures et n’est pas documentée dans les bilans sur les mesures sanitaires de maîtrise du foyer."

    Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN)

    Animal Cross avait réussi à faire suspendre l'AP de 2020 à cause de ce déficit de mesures. L'audience au fond a été repoussée au 3 mars. Nous ne savons pas encore si le juge sera sensible à cette lacune.

    Les évaluations de 2015 et 2021 de l'ANSES offraient pourtant l'opportunité d'appliquer les mesures raisonnées qui y sont proposées. Le taux de prévalence des bouquetins infectés atteignant environ 4% dans le cœur du massif a été divisé par 10 en 5 ans, et est estimé à 0% en zones périphériques.
    L'avis du CNPN qui refuse l'abattage sans contrôle sanitaire préalable mentionne "qu'abattre 170 individus non marqués signifie que l’on va abattre en zone périphérique essentiellement des animaux sains, et en zone cœur, 90 % d’animaux sains". Et que "la probabilité d’avoir un succès d’assainissement avec cette mesure est inférieure à 1 chance sur 2, et que cela consisterait donc un pari sans aucune possibilité de savoir ce qu’il se passe après."

    LA COHABITATION FAUNE SAUVAGE ET ÉLEVAGE bovin n'est pas utopique

    Vous l'aurez compris, le but est d’éviter l’abattage des bouquetins non testés séropositifs. Pour cela, l’idée est en résumé de :

    • Réaliser des contrôles périodiques réguliers sur les troupeaux domestiques (et placentas après les naissances), sur le lait et sur les fromages à base de lait cru ;
    • Appliquer une ségrégation spatiale entre animaux domestiques et faune sauvage pour éviter les contaminations (très rares) inter-espèces, ce qui a été maintes fois recommandé par l’ANSES ;
    • Continuer un suivi des bouquetins par des observations visuelles de signes cliniques, mais aussi par des tests indirects de séropositivité, pour évaluer l’impact de l’arrêt des abattages sur la santé de la population de bouquetins ;
    • Demander à l’ANSES une nouvelle étude sur la stratégie vaccinale, même si cette situation du Bargy est unique en France.

    Ces solutions n’apparaissent pas plus coûteuse pour l’Etat que l'abattage sans contrôle sanitaire préalable. Elles évitent aussi la mobilisation massive d’agents sur un terrain difficile d’accès, et les risques encourus, ainsi que le transport très onéreux et complexe des carcasses.

    Ce conflit de cohabitation, au-delà de l'aspect pratique, fait donc également appel à notre éthique. Abattre des animaux de façon indiscriminée est-il sensé alors que des solutions sélectives ou non létales sont possibles ? 

    Libre évolution : les super-pouvoirs des zones humides

    Libre évolution : les super-pouvoirs des zones humides

    Le 2 février, c’est la journée mondiale des zones humides !

    Les zones humides sont des « terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année ». (Art. L.211-1 du code de l'environnement). Les zones humides abritent une biodiversité inestimable ! En effet, 40% de toutes les espèces animales et végétales du monde dépendent des zones humides.

    Des écosystèmes à préserver de toute urgence

    Tout comme pour les friches et les forêts, l’état des zones humides est très préoccupant alors que leur rôle écologique est fondamental pour la préservation de la nature. Voici quelques chiffres sur les zones humides en France (source : zones-humides.org) :

    • Plus de 67% des zones humides ont disparu depuis les années 1970.
    • 62% des zones humides ont cessé d'assurer des services qu'elles étaient susceptibles d'assurer.
    • L'état de 41% des milieux humides s'est dégradé entre 2010 et 2020 (seulement 11% s'est amélioré).

    Cesser de détruire les zones humides est indispensable et le mieux est de les laisser évoluer librement. Par son action de redéveloppement naturel de l'écosystème, la libre évolution favorise la venue et la pérennité d'espèces animales, végétales et fongiques.


    A noter qu'en France :
    💧50 % des oiseaux dépendent des zones humides.
    💧On y trouve 30 % des espèces végétales rares ou menacées d'extinction. (source : SyAGE)

    Les bienfaits des zones humides en libre évolution

     Les flux sont facilités

    Les seuils et barrages forment des obstacles aux processus naturels (courants, méandres, création d’îles, sédimentation, crues, migrations, etc.). Accepter qu’un cours d’eau soit naturellement détourné par un amas de sédimentation sur certains de ses méandres permet au flux de courir au lieu de stagner. La variété de ces paramètres offre une mosaïque de micro-habitats. Les poissons passant de l’océan aux rivières et vice-versa voient leur route migratoire barrée et leurs habitats dégradés. Les digues, polders (marais littoral endigué et asséché) et drains de marais peuvent à ce même titre bloquer les flux. Laisser par exemple un estuaire en libre évolution offre une nourriture importante pour beaucoup d’espèces de poissons, ce qui accroît les chances de survie.

    La dispersion des organismes est nettement facilitée lorsque les zones humides sont en libre évolution.

    Les cours d’eau conservent une meilleure fonctionnalité

    Le tracé naturel des cours d’eau a été perturbé en grande partie à cause des barrages et des nombreuses infrastructures mises en place pour les activités humaines. L’élimination des arbres tombés dans les rivières ou emportés lors d’inondation prive de gîtes de nombreuses espèces aquatiques et empêche l’écosystème de s’enrichir en nutriments. Toutes ces détériorations ont causé d’importantes pertes de biodiversité et d’habitats, ce qui a réduit la biomasse et la diversité spécifique présentes dans ces milieux. 

    Les cours d’eau sauvages s’avèrent très précieux pour la diversité des espèces aquatiques et des espèces des milieux riverains. Les ripisylves et les boisements alluviaux sont associés aux cours d’eau et leur libre évolution va de pair avec celle des rivières.

    Des nutriments sont apportés aux rivières et de nouveaux habitats créés

    Bien que la pensée commune considère une rivière en « bon état » quand l’eau est transparente et les berges rases, un cours d’eau sauvage est bien différent de cette vision. Laisser en place les embâcles naturels, comme les troncs, les branches et les feuilles mortes tombées dans les cours d’eau, permet un apport en nutriments. Ne pas retirer les débris offre aux poissons et autres invertébrés aquatiques nourriture et abri. En aval, des bras ou des îlots peuvent se créer grâce aux embâcles et devenir des habitats pour de nouvelles espèces.

    Bien que les débris de bois nous donnent une impression de bazar, leur présence fait en réalité partie des processus naturels.

    Redonnons de la place au vivant,
    offrons 10% de la France à la nature en libre évolution, sans intervention humaine.

    Agissez dès maintenant !

    • Vous êtes propriétaire d’un espace que vous laissez évoluer librement et vous voudriez concrétiser sa protection sur le long terme ?
    • Vous êtes enseignant et aimeriez travailler sur le sujet de la libre évolution en impliquant vos élèves ?
    • Vous voudriez convaincre vos élus et/ou le maire de votre commune à protéger des espaces naturels ?

    LE SAVIEZ-VOUS ?
    Le castor, espèce “clef de voûte” joue un rôle primordial dans l’écosystème des zones humides bien qu’il ait mauvaise presse à cause des modifications flagrantes qu’il applique sur le paysage. Cet ingénieur apporte plusieurs bénéfices :
    – il crée par ses barrages des plans d’eau temporaires pour toute une faune aquatique (amphibiens, invertébrés, canards) et des zones de végétation herbacée en milieu humide dont vont profiter d’autres espèces (putois, cigogne noire, élan) ;
    – il inonde des parties de forêt en élevant le niveau d’eau et favorise ainsi la production de bois mort ;
    – il augmente la superficie des zones humides et des forêts alluviales qui permettent de réguler les crues et les sécheresses, de purifier l’eau et de servir de puits de carbone...
    En bref, le castor est notre allié dans la libre évolution.

    Le lac du Lauvitel, un exemple de libre évolution sous protection intégrale

    En France, les zones humides sous protection intégrale et donc en libre évolution sont peu nombreuses. Pourtant, le Lauvitel, un lac situé à 1 530 mètres d'altitude dans le Parc National des Ecrins montre l’exemple depuis 1995.

    Le sentier contournant la zone protégée permet aux randonneurs de s’approcher aux abords du lac pour contempler la beauté de ce paysage sauvage. Sa protection intégrale a pour but « le suivi de la dynamique naturelle d’écosystèmes ».

    A l’intérieur de la réserve, les études scientifiques sont autorisées et permettent d’estimer la richesse et la diversité biologique de ce milieu si précieux. Les inventaires naturalistes ont permis de découvrir des espèces inconnues jusqu’ici, comme la guêpe Tachysphex schmideggeri (Le Divelec, publication à paraître), ou encore jamais vues en France. Plus de 3000 espèces ont alors pu être recensées à Bourg d'Oisans. Les experts estiment que 50 % des espèces de la réserve sont encore à découvrir !

    Lac du Lauvitel

    "L'étude des relations entre les niveaux lacustres et les paramètres climatiques permet ainsi de mieux cerner les conséquences du changement climatique dans les Alpes. Suivre à long terme un milieu de haute montagne, c'est d'ailleurs l'un des objectifs de la Réserve intégrale qui couvre largement la partie amont du bassin du Lauvitel (Fonctionnement hydrologique du Lauvitel, Dumas et al.).

    COMPARAISON AVEC DES HABITATS SIMILAIRES
    La réserve étant laissée en libre évolution il est intéressant de comparer sa richesse fongique avec des habitats similaires sur lesquels peuvent s’exercer des pressions humaines (exploitation forestière, aménagements divers, randonnées, pâturage, etc.) afin d’évaluer si ce mode de gestion apporte une diversité spécifique. Pour réaliser une comparaison objective, il faudrait disposer d’un site situé dans les Alpes, de surface équivalente et de milieux comparables, dans lequel l’homme pourrait avoir de l’influence. N’ayant pas prospecté un tel site, nous avons réalisé une comparaison avec des sites présentant des milieux similaires, en été et au printemps, à l’étage subalpin et alpin, dans lesquels il n’existe pas de restriction d’accès. Nous avons ainsi pris les données provenant de deux inventaires d’ascomycètes, l’un réalisé au printemps 2018 sur le secteur de Pralognan-la-Vanoise2, l’autre réalisé en août 2017 dans le Beaufortin3. Ces deux sessions d’étude avaient permis d’inventorier 189 espèces différentes. En comparant, la liste de ces espèces avec celle du Lauvitel, 70 taxons sont présents dans ce dernier et absents de l’autre liste, soit 35 % de non correspondance. Une telle différence peut s’expliquer en partie par des différences de météorologie ayant pu affecter les pousses aux périodes prospectées, une géologie différente (impactant la végétation), la topologie des sites ou d’autres facteurs plus difficiles à maîtriser, mais on peut tout de même formuler l’hypothèse que les conditions de vie dans la réserve du Lauvitel sont plus propices au développement de certaines espèces. Un suivi à plus long terme et des études comparatives mieux calibrées devraient pouvoir confirmer cette hypothèse.

    Extrait de l’inventaire de la réserve du Lauvitel

    https://www.ecrins-parcnational.fr/sites/ecrins-parcnational.com/files/article/19063/ascomycota-rapportlauvitel2020.pdf , https://www.ecrins-parcnational.fr/thematique/reserve-integrale-du-lauvitel

    Une ourse tuée lors d’une battue en Ariège

    Une ourse tuée lors d’une battue en Ariège

    Une ourse suitée, non encore identifiée, a été tuée le samedi 20 novembre sur la commune de Seix, dans la vallée d'Estours (Ariège), lors d'une battue aux sangliers. Ses deux oursons se retrouvent orphelins.

    Pas de chasse sans dégâts collatéraux ?

    Selon certains témoignages, le chasseur a rencontré une ourse qui l'aurait mordu. Celle-ci était accompagnée de ses deux oursons. Le chasseur, âgé de 70 ans, aurait alors riposté avec son fusil, la tuant. L'homme, blessé aux jambes, a été rapidement envoyé à l'hôpital de Toulouse. Le corps de l'animal aurait été retrouvé à quelques mètres en contrebas du lieu de l'accident. Un ours n’attaque jamais un homme sans raison, l’hypothèse la plus probable serait donc que l’ourse ait essayé de protéger ses deux oursons présents lors du drame.

    Un malheur évitable qui se répète

    Ces tragédies auraient pu être évitées si les chasseurs avaient respecté la réglementation : l’arrêté préfectoral du 10/05/2021 pour l’ouverture de la chasse en Ariège mentionne en effet que la détection d’une présence d’ours avérée entraîne la suspension des chasses en battue. Il n'a donc pas été respecté samedi. En effet, les zones à ours sont connues des chasseurs, et la présence d'au moins une ourse avec ces deux oursons avait été détectée dans ce secteur depuis le mois d'octobre par des vidéos de l'OFB.
    L’ourse tuée pourrait être Caramelles, une femelle née dans les Pyrénées en 1997 à qui il est arrivé le même scénario lorsqu’elle était oursonne : sa mère Melba a été tuée par un chasseur lors d’une battue en septembre 1997, laissant Caramelles et son frère Boutxy orphelins à 8 mois.
    Pour la sécurité de tous, nous demandons qu'il n'y ait plus de battue en zone où la présence d’oursons avec leur mère a été récemment détectée. 

    Des circonstances à déterminer

    Une enquête judiciaire a été ouverte afin de connaître le déroulement et les conditions exactes de la battue. Nous attendons que ce rapport étudie dans le détail la version de la victime ainsi que le respect des mesures de sécurité que les chasseurs doivent normalement connaître.

    Deux oursons maintenant voués à eux-mêmes

    Les deux oursons sont maintenant privés de leur mère et leurs chances de survie sont amoindries, même si la période de dormance hivernale va rapidement arriver et qu’ils doivent donc trouver refuge dans leur tanière.
    Nous demandons une précaution particulière de la part des chasseurs pour ne pas effrayer, blesser ou tuer ces deux oursons, encore fragiles à leur âge, notamment en suspendant toute battue dans le secteur. Nous demandons aussi à l’OFB que ces jeunes ours inoffensifs soient particulièrement suivis jusqu’à leur entrée en tanière dans quelques semaines.

    Un accident ne peut pas remettre en cause toute une cohabitation

    Il faut savoir qu'il n'y a pas eu d'attaques sur humain dans les Pyrénées depuis plus de 25 ans. Cet accident malheureux reste exceptionnel, et ne peut remettre en cause la cohabitation qui est voulue et défendue aussi bien par l'Etat, par les associations environnementales, que par la grande majorité des Français.

    L’engagement de l’Etat pour les ours à ne pas omettre

    Nous rappelons que l'Etat s'est engagé, dans le plan Ours 2018-2028, à remplacer les ours tués par la main de l'homme. A ce jour, aucune action n'a été engagée pour remplacer les 3 ours tués en 2020... Nous attendons et demandons la réintroduction de maintenant quatre ours dans les Pyrénées. Il n’y a aujourd’hui qu’une petite soixantaine d’ours dans les Pyrénées, ce qui est extrêmement peu au vu de la superficie de la chaîne montagneuse.