Indemnisation des dégâts de gibier : un prétexte pour justifier la chasse ?

Indemnisation des dégâts de gibier : un prétexte pour justifier la chasse ?

En lisant les journaux ou en écoutant les syndicats agricoles et les responsables politiques, on pourrait croire que les dégâts causés par les grands ongulés à l’agriculture (cultures, prairies, vignes) sont immenses. Pourtant, ce n’est pas le cas. La grogne des paysans est relayée sans discernement, tandis que les fédérations de chasse se plaignent des indemnisations des dégâts de gibier qu’elles doivent verser. Cet article traite des indemnisations des dégâts causés par les grands ongulés aux cultures.
Il est important de noter que les dommages causés par la “petite faune” ou ceux subis par les forêts ne sont pas couverts par les chasseurs, conformément au Code de l’environnement (article L426-1).

Des indemnisations modestes pour de faibles surfaces

Le montant des dommages indemnisés chaque année par les chasseurs est relativement modeste, s’élevant à environ 42 millions d’euros entre 2017 et 2021. Ce chiffre a augmenté au cours des deux années suivantes en raison de la hausse du coût des céréales, conséquence de la guerre en Ukraine. Cependant, cette hausse reste modérée sur le long terme.

Les dépenses administratives des fédérations de chasse représentent 57 % de frais qui viennent s’ajouter au montant des indemnisations versées au cours des quatre années observées, soit 24 millions d’euros par an. En d’autres termes, pour 100 € remboursés, 57 € supplémentaires sont nécessaires pour couvrir les frais des fédérations de chasse, incluant les estimateurs se déplaçant sur le terrain et le personnel administratif gérant les dossiers. Le CGEDD (Conseil général de l’environnement et du développement durable) estime que l’évaluation de ces frais est « assez peu robuste ».

La part dédiée à la prévention des dégâts est très faible, entre 5 et 6 millions d’euros par an. Le montant des dégâts est relativement stable.


Évolution des surfaces agricoles détruites et indemnisées par type de culture (2017–2021)

Les surfaces agricoles indemnisées sont stables et très faibles au regard des surfaces totales cultivées : 0,8 % des surfaces de maïs cultivées en France, 0,1 % des surfaces de céréales à paille, 0,01 % des surfaces de colza1.

À titre de comparaison, le coût des aléas liés au réchauffement climatique est évalué à 3 milliards d’euros par an2, soit environ 70 fois plus que les dégâts causés par les grands ongulés aux cultures. Tandis que la menace du réchauffement climatique sur l’agriculture est structurelle et omniprésente, celle des grands ongulés est limitée à certains espaces spécifiques.


Indemnisations versées aux agriculteurs, frais de fonctionnement et de prévention (2017–2021)

Des dégâts très concentrés géographiquement

Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, les dégâts sur les cultures, prairies et vignes sont très concentrés. Selon le service grands gibiers et dégâts de la Fédération nationale des chasseurs, concernant le maïs, « il n’est pas rare que 15 communes cumulent à elles seules plus de 50 % des dégâts d’un département. » Cela montre que, dans la plupart des départements, la question de la maîtrise des dégâts de sangliers doit être envisagée à une échelle très réduite, souvent limitée à seulement 10 à 25 communes.

L’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) avait classé en effet les communes de 1 à 5 selon l’importance des indemnisations des cultures, les communes ayant les dégâts les plus importants étant classées 4 et 53.

Les chasseurs échouent devant les juges, mais obtiennent le soutien des politiques

La Fédération nationale des chasseurs a tenté de faire reconnaître comme inconstitutionnelle l’obligation pour les chasseurs d’indemniser les agriculteurs pour les dégâts causés par la faune sauvage, invoquant le principe d’égalité devant les charges publiques. Cependant, le Conseil constitutionnel a jugé que cette indemnisation n’était que la contrepartie de la mission de service public de gestion de la faune sauvage accordée aux fédérations de chasse et a rejeté leur demande5.

En 2023, les chasseurs ont toutefois obtenu 60 millions d’euros sur trois ans pour compenser les dégâts causés par la faune sauvage aux cultures, en particulier en raison de l’augmentation du coût des céréales provoquée par la guerre en Ukraine6. Cette obtention a été facilitée par une communication affirmant que rembourser les dégâts mènerait certaines fédérations à la faillite (Landes, Loiret)7. Le président de la FDC d’Eure-et-Loir déclarait : « Un financement des dégâts par les seuls chasseurs n’est plus tenable et conduira à la faillite de nos structures »8.

La Cour des comptes souligne cependant que « la situation financière des Fédérations départementales des chasseurs et du réseau fédéral n’a fait l’objet d’aucune analyse de la part des services de l’État, au niveau national ou départemental, préalablement à la signature de l’accord du 1er mars 2023 ». Elle observe une situation de trésorerie positive qui aurait dû amener l’État à évaluer l’efficacité de la pression de chasse et de la régulation avant d’accorder des financements supplémentaires9.

De plus, les fédérations de chasse disposent de plusieurs leviers pour augmenter leurs recettes (subventions territoriales, ventes de timbres départementaux grand gibier, etc.)4.

Le chevreuil, offert sur l’autel de la chasse

L’analyse des dégâts imputés à chaque espèce montre que les sangliers seraient responsables d’environ 87 % des dommages, les cerfs 11 % et les chevreuils 2 %10. Le montant des dégâts causés par les chevreuils peut être étonnamment bas, comme le révèle notre analyse dans plusieurs départements (rappel : les dégâts aux forêts ne sont pas comptés).

« La relative faible contribution des chevreuils aux dégâts agricoles peut s’expliquer par leur masse corporelle (leurs besoins énergétiques individuels étant quatre fois inférieurs à ceux du cerf), leur régime alimentaire principalement composé de végétaux ligneux, et leur organisation sociale (vivant soit en solitaire, soit en petits groupes — parfois de taille plus importante en plaine — en été et au début de l’automne). En conséquence, les dommages causés aux cultures par les chevreuils semblent être répartis dans le temps et l’espace. »11

Montant des dégâts par département (chevreuils et cerfs)

Renforcer la protection des cultures, déjà efficace

La réponse communément admise des chasseurs, des agriculteurs et des autorités est de « mettre une pression de chasse adaptée ». Cependant, l’« agrainage dissuasif » souvent préconisé semble aggraver le problème (voir notre article dédié). À long terme, le retour des grands prédateurs est probablement la solution la plus appropriée.

En attendant, des dispositifs tels que les clôtures électriques mobiles ou fixes, les répulsifs et les balises sonores ont démontré leur efficacité. Parmi eux, la clôture électrique apparaît comme la plus efficace pour dissuader les sangliers d’endommager les terrains12. Les sangliers franchissent rarement ces clôtures en sautant (contrairement aux cervidés), mais peuvent les forcer s’ils sont traqués.

Un sondage mené en 2019 auprès de 800 agriculteurs montre que les barrières physiques sont jugées aussi efficaces que la chasse, avec environ 50 % de satisfaction « bonne » et « très bonne », et 20 % de satisfaction « moyenne »13. Reste que l’entretien des clôtures est contraignant et coûteux, surtout sans participation des fédérations de chasse. Les golfs, qui disposent généralement de ressources, devraient être tenus d’assurer la protection de leurs terrains.

Un label pour les agriculteurs “écolos”

Certains agriculteurs trouvent normal que des animaux se servent dans leurs cultures, en laissant une bande de côté non protégée, destinée à la faune sauvage. Ces agriculteurs doivent être salués pour leur altruisme et encouragés.

Animal Cross propose la création d’un label « AGR-AMI-BIO » pour distinguer les agriculteurs qui laissent des cultures, des jachères, des haies pour la grande et petite faune et limitent au maximum les pesticides. Des week-ends de vacances dans des lieux insolites pourraient aussi les récompenser !

Indemnisation : une justification implicite de la chasse

En imposant aux chasseurs d’indemniser les agriculteurs pour les dégâts causés par la grande faune (sangliers, cerfs, chevreuils, daims), la loi justifie le recours à la chasse pour abattre ces animaux. Comme l’a souligné le Conseil constitutionnel, cette indemnisation est l’autre face de leur mission de gestion de la faune sauvage.

Actuellement, la législation impose aux chasseurs la responsabilité d’indemniser les dégâts aux cultures et aux prairies causés par les grands ongulés. La procédure d’indemnisation, amiable ou contentieuse, repose sur l’article 1240 du Code civil (« tout acte d’une personne qui cause un dommage à autrui l’oblige, par sa faute, à le réparer ») — une base curieuse s’agissant d’animaux sauvages considérés comme res nullius. Sans la précision législative, rien ne contraindrait les chasseurs à indemniser des dégâts causés par des animaux qui ne leur appartiennent pas14.

Ce système a assez duré : la proposition d’Animal Cross

Animal Cross propose un nouveau mode d’indemnisation des récoltes : retirer aux chasseurs le soin d’indemniser les agriculteurs.

  • En cas de dégâts, l’exploitant réclame une indemnisation à l’État. Les dossiers sont gérés par l’OFB (Office français de la biodiversité).
  • Les chasseurs versent à l’État (et non aux fédérations) les contributions actuelles, justifiées par le droit de chasser des animaux qui ne leur appartiennent pas.
  • Les schémas départementaux de gestion cynégétique, la fixation des quotas, etc., ne doivent plus être monopolisés par les fédérations de chasse.

Notre demande

  1. Établir un département pilote où les cultures en zone sensible seraient systématiquement protégées des grands ongulés et où les dépenses de protection seraient assurées par l’État (maintenance et réparations à la charge de l’exploitant, qui devient propriétaire des systèmes).
  2. Supprimer immédiatement l’agrainage et l’affouragement, seule manière de diminuer la population de grands animaux.
  3. Protéger toutes les cultures à risque dans les zones sensibles classées 4 et 5, pendant 4 ans.
  4. Mener une étude scientifique indépendante (des agriculteurs et des chasseurs), avec protocole et mesures robustes.
  5. Sur la base de ce test, généraliser l’expérience et ne pas accorder d’indemnisation sans protection dans les zones les plus sensibles (classes 4 et 5). Mettre en place un nouveau système d’indemnisation géré par l’État, retirant aux fédérations la responsabilité légale et l’idée qu’elles gèrent la faune sauvage.
  6. Supprimer l’agrainage sous toutes ses formes.
  7. Créer un fonds pour indemniser les agriculteurs qui laissent une partie de leur exploitation à la faune sauvage, avec un label « AGR-AMI-BIO » pour les récompenser.
Chamois et Isards : quand la chasse met en danger la montagne

Chamois et Isards : quand la chasse met en danger la montagne

La décision récente de la préfecture du Doubs d’autoriser, pour la saison 2025, l’abattage d’un maximum de 451 chamois1 illustre un problème national : en France, les chamois (Rupicapra rupicapra) et les isards (Rupicapra pyrenaica) sont encore largement considérés comme du gibier, alors même qu’ils subissent la pression du changement climatique, des épidémies et de la
fragmentation de leur habitat naturel.

Une souffrance animale largement documentée

La chasse provoque chez ces ongulés un stress physiologique élevé, attesté par des études sur le taux de cortisol (sanguin et pilaire) après tirs et durant la saison de chasse2.
Tous les tirs ne sont pas immédiatement mortels : des travaux sur la chasse à la carabine indiquent qu’environ 7 % des animaux touchés ne meurent pas sur le coup3.
Le constat est plus défavorable avec la chasse à l’arc, où les taux de blessés non retrouvés peuvent atteindre des niveaux très élevés selon les contextes (jusqu’à plusieurs dizaines de %)4.

Des populations déjà sous tension

D’après le rapport officiel de l’OFB, 12 701 chamois et 2 494 isards ont été prélevés en France lors de la saison 2023–20245.
Les chamois voient leurs effectifs chuter de 0,5 % à l’échelle nationale ; localement, la baisse est bien plus marquée,
jusqu’à −22 % dans le Doubs selon les données départementales et la presse locale6.

Outre la pression cynégétique, la gale sarcoptique provoque encore des mortalités massives lors d’épidémies dans les populations de caprinés sauvages7.
Les effets du réchauffement climatique — perte de masse corporelle et perturbation de la reproduction — sont désormais documentés8, 9.

Une « régulation » sans fondement écologique

Contrairement au sanglier ou au cerf, il existe peu d’éléments probants indiquant des dégâts significatifs causés par les chamois et les isards à l’échelle nationale sur les ressources agricoles ou forestières ; les motivations de ces prélèvements relèvent principalement du loisir cynégétique10. Animal Cross dénonce également la pratique consistant à autoriser la chasse en temps de neige, alors que les animaux sont particulièrement vulnérables11.

Animal Cross demande…

  • Un moratoire immédiat sur les abattages massifs, notamment dans les secteurs où la population est en déclin.
  • Une interdiction de la chasse pendant les périodes de neige, de rut, de mise bas et de canicule estivale11.
  • La mise en place de zones de quiétude pérennes dans les massifs.
  • Un objectif « zéro blessé non retrouvé » avec moyens obligatoires (chiens de sang, formation, limitation stricte des distances de tir)4.
  • L’interdiction des munitions au plomb, dont l’impact sur la faune et les écosystèmes est solidement établi12.

Conclusion

Chamois et isards sont des emblèmes de nos montagnes et des équilibres écologiques qu’il nous faut préserver. Maintenir leur chasse dans ce contexte — sans justification scientifique solide — est incompatible avec l’objectif de protection de la biodiversité. Mettons fin à ces tirs de loisir et engageons, dès cette saison, des mesures concrètes de quiétude et un suivi indépendant.

Sources

  1. Préfecture du Doubs — Projet/arrêté plan de chasse chamois 2025–2026 (fourchettes par entité). Voir aussi la couverture locale.
  2. Dziki-Michalska K. et al. (2024) — Cortisol plasmatique chez les cervidés chassés à l’approche ; Tajchman K. et al. (2024) — Cortisol pilaire (mouflon, cerf, sanglier).
  3. Aebischer N.J. et al. (2014) — Précision des tirs et mortalité immédiate à la carabine (cerfs) ; ~7 % non mortels instantanément.
  4. Ditchkoff S.S. et al. (1998) — Taux de blessés non retrouvés en chasse à l’arc (revue d’études) ; voir aussi Pedersen et al. (2014) — comparatif lames fixes/mécaniques.
  5. OFB (2024) — Prélèvements ongulés sauvages — Saison 2023–2024.
  6. Macommune.info (2025) — « Jusqu’à 451 chamois à abattre dans le Doubs » ; voir aussi DDT Doubs (2023) tendances locales 2022–2023.
  7. Turchetto S. et al. (2020) — Gale sarcoptique chez les Caprinés sauvages (revue) ; Obber F. et al. (2022) — Description d’un foyer de gale chez le chamois (2006–2020).
  8. Masoero G. et al. (2024) — Températures de printemps et perte de masse des jeunes chamois (27 ans de données).
  9. Brambilla A. et al. (2024) — Changements de masse corporelle et conséquences démographiques chez un ongulé montagnard.
  10. EFESE / CGDD (2022) — Les ongulés sauvages de France métropolitaine (contexte, pressions et impacts).
  11. Hautes-Pyrénées — Ouvertures/fermetures : mention « chasse en temps de neige autorisée » ; voir aussi l’arrêté préfectoral 2025-2026.
  12. ECHA / Commission européenne — Interdiction du plomb en zones humides (UE, 2023) ; dossier ECHA « Lead in shot, bullets and fishing weights » ; revue scientifique Chiverton et al., 2022.
Ouverture de la chasse : chevreuils en crise, sangliers en excès

Ouverture de la chasse : chevreuils en crise, sangliers en excès

, eux,L’ouverture de la chasse 2025 met en lumière un paradoxe criant : partout en France, les chevreuils déclinent, tandis que les sangliers prolifèrent. Une contradiction qui révèle les effets combinés du climat et des pratiques humaines.

Chevreuils : un déclin préoccupant

Partout sur le territoire, les chevreuils montrent des signes inquiétants de fragilisation.
Selon Sonia Saïd (Office français de la biodiversité), leurs effectifs sont en baisse à l’échelle nationale, conséquence directe du changement climatique et de la compétition avec d’autres herbivores.
La Franche-Comté illustre ce phénomène de manière particulièrement marquée : dans le Doubs et le Territoire de Belfort, les chevreuils sont retrouvés amaigris, parasités ou morts sans signe de tir. Selon les observations locales, la population pourrait avoir chuté de moitié en cinq ans, alors même que les plans de chasse fixent encore des milliers de prélèvements annuels(1).

Le chevreuil souffre d’un régime alimentaire dégradé : la ronce est devenue moins digeste, les glandées sont plus irrégulières, et les chevrettes peinent à élever deux faons. De plus, la date fixe des naissances ne suit pas l’avancée de la végétation (≈2 semaines en 30 ans), ce qui augmente la mortalité des jeunes.
Mais si cette baisse concerne tous les départements, le nombre de chevreuils tués en 2024-2025 varie : certains plafonds baissent (ex. Doubs), d’autres augmentent légèrement (ex. Orne), ou restent stables (ex. Corrèze).

 

Sangliers : une MULTIPLICATION QUI S'EXPLIQUE

À l’inverse, les sangliers se multiplient. Les données du réseau Ongulés Sauvages (OFB–FNC–FDC) indiquent un passage de 35 000 prélèvements annuels dans les années 1970 à 842802 durant la saison 2021-2022(2), soit une multiplication par 24, (3).
La population nationale dépasse aujourd’hui les 2 millions (4) d’individus, selon les chasseurs (qui ont toutefois tout intérêt à donner une perception plus grave qu'elle ne l'est en réalité !).
Les causes ?

  • Le changement climatique, avec des hivers doux, une fructification accrue, et la survie des marcassins.
  • Les pratiques cynégétiques avec des lâchers d’animaux (1960-1980), un agrainage toujours pratiqué, et des chasseurs qui évitent de tirer sur les laies pour préserver la reproduction.
  • L'effet chasse : dans les zones très chassées, les laies se reproduisent dès 1 an (au lieu de 2), ce qui accélère la croissance démographique(4).

Deux dynamiques opposées

Le chevreuil décline, victime du réchauffement et de la compétition alimentaire. Mais les données sur la baisse nationale des chevreuils selon Sonia Saïd ne semblent pas encore incorporées dans tous les plans de chasse départementaux. L’information scientifique existe, mais la traduction dans les quotas ou les prélèvements reste partielle selon les régions.

Le sanglier explose, favorisé par les mêmes changements climatiques et par des pratiques cynégétiques qui entretiennent son abondance. Ce contraste illustre un déséquilibre majeur dans la gestion actuelle de la faune sauvage.

 

Nos recommandations

  • Mettre fin aux pratiques artificielles : interdiction stricte de l’agrainage et des lâchers.
  • Adapter la chasse : réduire drastiquement les quotas de chevreuils en déclin.
  • Réformer l’agriculture : encourager polycultures, haies et clôtures adaptées.
  • Laisser la nature agir : retour des prédateurs (loup, lynx, ours), zones de libre évolution.
  • Changer de regard : reconnaître le rôle écologique du sanglier (dispersion des graines, régulation des larves) et la vulnérabilité du chevreuil.

Notes

  1. Plans de chasse départementaux du Doubs (2025–2026).
  2. Grand gibier : « Bilan des prélèvements nationaux pour la saison 2021/2022 », Réseau Ongulés sauvages - Lettre n°25"
  3. OFB–FNC–FDC, Réseau Ongulés Sauvages, bulletin prélèvements (2021).
  4. https://chroniquescynegetiques.com/2022/09/06/les-chasseurs-ne-sont-pas-responsables-de-laugmentation-des-populations-de-sangliers/
  5. Conférence scientifique, Marlène Gamelon (CNRS), Fondation François Sommer, nov. 2023.

 

Participez aux consultations publiques : défendons les oiseaux menacés avant le 22 août

Participez aux consultations publiques : défendons les oiseaux menacés avant le 22 août

Deux consultations publiques sont actuellement ouvertes jusqu’au 22 août 2025. Elles concernent la tourterelle des bois et l’alouette des champs, deux espèces fragilisées que le gouvernement envisage pourtant de livrer de nouveau aux chasseurs. Animal Cross vous invite à vous mobiliser en déposant un avis défavorable.

Projet d’arrêté ré-ouvrant la chasse de la tourterelle des bois

👉 Participer à la consultation publique

Titre du commentaire : Défavorable au projet d’arrêté encadrant la chasse de la tourterelle des bois

Pourquoi s’y opposer ?

  • Depuis 2021, la chasse à la tourterelle des bois était suspendue chaque année par arrêté ministériel, suite à des décisions du Conseil d’État du 30 décembre 2021 qui ont annulé les arrêtés autorisant sa chasse, sous la menace d’une condamnation du pays par la Cour de Justice de l’Union Européenne. Cette suspension de quelques années a entraîné une amélioration de ses populations.
  • Le projet de réouverture de la chasse est prématuré car l’espèce est encore loin d’avoir retrouvé un état de conservation satisfaisant.
  • Un pays comme le Portugal a quant à lui jugé que c’était trop tôt. Mais pas la France qui se sert de l’avis du CEGA (Comité d’experts sur la gestion adaptative), qu’elle ignore pour les autres recommandations de moratoires et réductions de pressions sur une dizaine d’autres espèces. Il est bien trop tôt pour rouvrir la chasse de la tourterelle des bois. En France, on note une légère augmentation de l’indice annuel du STOC (protocole standard de suivi des populations) en 2024, mais la tendance demeure toujours négative. Dans les pays du nord-ouest de l’Europe (UK, BE, NL, DE), la tendance est stable avec des tailles de population qui demeurent très faibles.Pour ces raisons, je demande à ce que le moratoire sur la chasse de cette espèce en France soit reconduit.

Projet d’arrêté autorisant la chasse traditionnelle de l’alouette aux pantes

👉 Participer à la consultation publique

Titre du commentaire : Défavorable aux projets d’arrêtés relatifs à la capture et au
nombre maximum d’alouette des champs capturées au moyen de pantes

Alouette des champs

Nous vous avions informé en octobre 2024 (ICI) des autorisations expérimentales de capture d’alouettes dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques visant à montrer que les pantes et matoles sont des moyens sélectifs de chasser l’alouette, et ainsi contourner l’opposition de non-sélectivité de ces chasses traditionnelles.

C’est en s’appuyant sur les résultats de ces pseudo-études que le gouvernement a fait les projets d’arrêtés auxquels vous êtes invités à vous opposer.

Pourquoi s’y opposer ?

  • C’est parce qu’un certain nombre de jugements au fond n’ont pas été rendus, que le Ministère de la transition écologique (MTE) s’engouffre une nouvelle fois dans la possibilité d’autoriser les chasses aux pantes et matoles dans le Sud-Ouest alors que les autres chasses illégales (gluaux, tenderies) sont terminées.
  • Le Conseil d’État a pourtant annulé tous les arrêtés autorisant les chasses traditionnelles d’oiseaux sauvages (glu, tenderie, pantes, matoles), mais le Ministère de la transition Ecologique tente de contourner la non-sélectivité de ces modes de chasse en s’appuyant sur une pseudo-expérimentation conduite par les chasseurs depuis fin 2024, qui conclut sans contre-expertise scientifique que ces modes de piégeage respectent le caractère de sélectivité imposé par la directive européenne « Oiseaux »Je suis ainsi opposé à ces nouveaux projets :
  • le texte autorise la capture de près de 100 000 alouettes, un chiffre bien trop élevé en regard de l’état des populations
    les effectifs de l’alouette des champs ont connu, en France, une perte de 20 % en moins de quinze ans, faisant passer son statut en 2016 de « préoccupation mineure » à “quasi menacée»: cette espèce ne devrait plus être chassée et bénéficier du statut d’espèce protégée
  • En 2016, l’espèce est passée du statut de « préoccupation mineure » à quasi menacée. Elle ne devrait plus être chassée, mais protégée.

✍️ Comment agir ?

  1. Cliquez sur chacun des liens ci-dessus pour accéder aux consultations publiques.

  2. Copiez-collez nos argumentaires (ou rédigez vos propres mots).

  3. Publiez votre commentaire avant le 22 août 2025.

Chaque avis compte pour défendre la biodiversité et empêcher le retour de pratiques de chasse destructrices. Merci pour votre mobilisation !

NON au projet de Schéma Départemental de Gestion Cynégétique (SDGC) 2025-2031 de la Haute-Savoie

NON au projet de Schéma Départemental de Gestion Cynégétique (SDGC) 2025-2031 de la Haute-Savoie

La consultation publique sur le projet de SDGC 2025-2031 de la Haute-Savoie est ouverte jusqu’au 29 juillet 2025. Ce document, qui encadre la chasse pour les six prochaines années dans le département, soulève de très sérieuses inquiétudes.

Nous appelons à rejeter ce projet de SDGC

Ce projet ne garantit ni la sécurité, ni la conservation des espèces, ni le respect de l’équilibre écologique. Il s’inscrit dans une vision dépassée de la chasse, au mépris des enjeux climatiques et de biodiversité.

🗓️ La consultation est ouverte jusqu’au 29 juillet 2025.
Exprimez votre opposition dès maintenant !

🔗 Participer à la consultation publique ici

Une validation biaisée

Le document affirme que la Commission Départementale de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS) a donné un avis favorable. Ce qu’il omet de préciser, c’est que cette commission est majoritairement composée de représentants du monde cynégétique, tandis que les associations de protection de l’environnement comme FNE et LPO y sont très minoritaires. Cet avis favorable ne reflète donc pas un consensus écologique, mais un déséquilibre institutionnel.

Voici mes remarques au sujet des différents documents soumis à consultation.

En premier lieu, vous écrivez que la CDCFS a rendu un avis favorable à ce projet ; il faut alors en préciser les modalités, à savoir que les associations de protection de l’environnement, ici la LPO et FNE, sont en très large minorité, et que c’est donc le mode de scrutin qui a pour conséquence la validation du projet.
Sur le plan de la sécurité, l’objectif 10 est beaucoup trop vague ; il faudrait mettre en place de véritables tests de tir, contrôlés par une autorité indépendante de la FDC, et pouvant invalider le permis de chasser. Il conviendrait également d’imposer un certificat médical annuel, comme c’est le cas pour le tir sportif.

Petit gibier de montagne :
Même si la FDC capte des crédits publics pour le suivi du tétras-lyre, de la perdrix bartavelle, du lagopède alpin, de la gélinotte des bois, du lièvre variable et de la marmotte, elle n’est pas crédible dans ces études, qui devraient être confiées à une entité indépendante de la FDC/FNC.
La mesure réglementaire 44 (« …plan de chasse tétras-lyre est obligatoire »), complétée de l’annexe 8 fixant les attributions maximales, décrédibilise totalement ce SDGC au vu du mauvais état de conservation de cette espèce dans les Alpes.
Il en est de même, respectivement, pour le lagopède alpin, le lièvre variable, la perdrix bartavelle et la gélinotte des bois.
Poursuivre la chasse archaïque de la marmotte est également un non-sens. Cette espèce est en déclin et a fait l’objet, fin 2024, d’un projet de loi d’abolition de cette chasse, déposé par 81 parlementaires.
L’agrainage, même réglementé par l’annexe 3, devrait être interdit, car il est finalement utilisé pour maintenir les sangliers sur un territoire et développer les populations de sangliers, alors que chasseurs et agriculteurs se plaignent de leur surpopulation.

Lâchers de gibier d’élevage
Le SDGC doit prendre des mesures pour l’interdiction de lâchers du lièvre d’Europe sur les communes où le lièvre variable est présent. Ce lagomorphe ne reste pas où il est lâché.
Avec le réchauffement climatique, il monte en altitude et entre en compétition avec ce dernier. On constate que la compétition entre les deux espèces s’intensifie et qu’elle est en défaveur du lièvre variable.
De plus, le SDGC ne se positionne pas sur les lâchers de gibier issus d’élevage (faisans, perdrix, lièvres...) qui sont introduits dans la nature dans le seul but d’une chasse à court terme, sans objectifs réels de gestion des populations ou des habitats.
Le département est donc ouvert à toutes les opérations dans ce domaine, encourageant les excès liés à cette activité : conditions d’élevage souvent effroyables, mortalité accrue car les individus sont inaptes à la vie sauvage, risques sanitaires, etc.

Le renard
Il est déjà classé ESOD sur l’ensemble du département. L’orientation donnée par l’objectif 26 montre que l’archaïsme prévaut, et que les services écosystémiques rendus par le renard sont niés.

Oiseaux de passage et gibier d’eau
Le renouvellement du SDGC aurait dû être l’occasion de prendre en compte les oiseaux de passage et le gibier d’eau dont l’état de conservation est mauvais et qui sont, à ce jour, chassables dans le département de la Haute-Savoie, tels que le canard milouin, la bécassine des marais, la bécassine sourde, la caille des blés et l’alouette des champs.
Ces espèces ne commettent aucun dégât agricole ou forestier.

Grands prédateurs et dégâts forestiers
Il convient de mentionner le loup et le lynx dans le SDGC en tant qu’espèces faisant partie de la faune locale, et de prendre en considération leur action bénéfique exercée sur la forêt.
Le SDGC doit tenir compte de la présence des grands prédateurs lors du calcul des attributions du plan de chasse des ongulés, et ne pas simplement mentionner les projets de suivi du loup qui, par le passé, malgré des subventions très importantes, n’ont servi qu’à perturber et tenter de déstabiliser le travail de l’OFB dans ce domaine.

Dérangement de la faune sauvage par les activités humaines (objectif 3)
La problématique du dérangement de la faune sauvage dû aux activités de plein air (sportives et touristiques) est évoquée dans le SDGC.
Ne pas mentionner que l’activité cynégétique — en particulier les battues — est un facteur important de dérangement, et ne pas tenter d’en limiter les effets, est tristement ridicule.

Chasse aux oiseaux en déclin : le gouvernement enterre les protections sous la pression des chasseurs

Chasse aux oiseaux en déclin : le gouvernement enterre les protections sous la pression des chasseurs

Alors que les populations de nombreux oiseaux migrateurs sont en chute libre, le gouvernement français vient de valider un arrêté ministériel qui tourne le dos aux recommandations scientifiques et européennes. Cédant à la pression du lobby cynégétique, les autorités renoncent à des mesures de protection indispensables pour sept espèces gravement menacées. Une décision politique, qui privilégie les intérêts électoraux à la survie des oiseaux.

Sept espèces en danger, toujours chassées

Les chiffres sont accablants. Sept espèces classées en mauvais état de conservation à l’échelle de l’Union européenne continuent d’être chassées en France, malgré une baisse vertigineuse de leurs effectifs :

  • Fuligule milouin : -30 % en 16 ans
  • Canard siffleur : -50 % en 12 ans
  • Caille des blés : -25 % en 10 ans
  • Grive mauvis : -19 % en 10 ans
  • Canard pilet : -34 % en 17 ans
  • Canard souchet : -19 % en 14 ans
  • Sarcelle d’hiver : -21 % en 13 ans

Ces données ont conduit les experts européens à recommander dès 2024 la mise en place de moratoires temporaires pour les espèces les plus en danger, et une réduction de moitié des prélèvements pour les autres.

Une version édulcorée du texte initial

Le 19 juin, un premier projet d’arrêté, proposé par le ministère de la Transition écologique, reprenait en partie ces recommandations :

  • Un moratoire de 3 ans pour le Fuligule milouin
  • Une réduction des périodes de chasse pour d’autres espèces

Un compromis jugé encourageant par les associations de protection de la nature, qui voyaient là un signal d’alignement avec les exigences européennes. Mais face à la fronde des chasseurs et de nombreux responsables politiques, le gouvernement a reculé.

Aucun moratoire, des quotas très élevés

Le 16 juillet, le CNCFS – dominé par les représentants des chasseurs – a donné un avis favorable à un texte très affaibli :

  • Aucun moratoire n’est finalement prévu
  • Plafonds journaliers très élevés, sans base scientifique :
    • 15 cailles des blés par chasseur et par jour
    • 15 canards par jour et jusqu’à 25 par hutte et par nuit

Ces chiffres sont dénoncés par la LPO et France Nature Environnement comme "totalement déconnectés de la réalité écologique".

Une gestion adaptative verrouillée par les chasseurs

Le cas du Fuligule milouin est emblématique : sa chasse dépendra d’un avis d’un comité d’experts, dont la composition est contestée par les associations. Le CNCFS, largement dominé par les chasseurs, conservera l’arbitrage final.

Une application pour… mieux tuer ?

Le gouvernement justifie sa décision par la mise en place d’une application mobile permettant aux chasseurs de déclarer leurs prélèvements. Un faux progrès selon les ONG :

"Quand les populations déclinent, la priorité n’est pas de compter les morts, mais de réduire les tirs", alerte la LPO.

Une victoire pour la FNC, un désastre pour la nature

La Fédération nationale des chasseurs salue ce texte comme un retour au "bon sens". À l’inverse, les associations écologistes dénoncent une nouvelle atteinte à la science, au droit et à la biodiversité.

Animal Cross appelle à la mobilisation

Animal Cross condamne avec force cette décision politique qui sacrifie la biodiversité sous la pression du lobby cynégétique. Nous soutenons pleinement la LPO, France Nature Environnement et toutes les associations qui entameront des actions juridiques pour faire respecter le droit européen.

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Sources :

  • LPO. Chasse : le gouvernement cède aux pressions en bafouant la science et le droit (juillet 2025)
  • Vert. Comment le monde de la chasse a fait pression sur le gouvernement pour continuer à tuer des oiseaux en déclin (juillet 2025)
  • Le Monde. Sous pression, le gouvernement renonce à réduire la période de chasse d’oiseaux migrateurs en déclin, comme la caille des blés ou le canard siffleur (17/07/2025)