À Brême, un “permis” est désormais obligatoire pour avoir un chien : une idée à suivre en France ?

À Brême, un “permis” est désormais obligatoire pour avoir un chien : une idée à suivre en France ?

Depuis le 1er juillet 2026, les personnes qui acquièrent un chien dans le Land de Brême, en Allemagne, doivent démontrer qu’elles possèdent les connaissances nécessaires pour s’en occuper correctement. Ce « Hundeführerschein », souvent traduit par « permis pour chien », comprend un examen théorique avant l’acquisition et une épreuve pratique avec l’animal dans l’année qui suit. Une mesure intéressante pour prévenir les erreurs de détention, les abandons et certaines situations dangereuses. Mais contrairement à ce que l’on peut parfois lire, elle ne concerne pas toute l’Allemagne.
Chien tenu en laisse, illustration du permis de détention instauré à Brême en Allemagne
Chien tenu en laisse — photo d’illustration. Source : Wikimedia Commons — licence CC BY-SA 4.0.

À Brême, avoir un chien suppose désormais de prouver ses compétences

La nouvelle législation du Land de Brême change profondément la logique habituelle : il ne suffit plus de vouloir acquérir un chien pour être considéré comme suffisamment préparé à en prendre la responsabilité.

Depuis le 1er juillet 2026, les nouveaux détenteurs doivent obtenir un certificat de compétence, le Hundeführerschein.[1]

L’examen comporte deux étapes. La première est théorique et doit être réussie avant l’arrivée du chien. Elle porte notamment sur les besoins et le comportement du chien, les règles de protection animale et la capacité à anticiper des situations potentiellement dangereuses.

La seconde est pratique. Elle doit être passée dans l’année suivant l’acquisition, lorsque le chien a au moins douze mois. Le détenteur doit montrer qu’il sait comprendre son animal, le conduire correctement et prévenir les situations problématiques.[1][2]

Particularité importante : l’épreuve pratique doit être renouvelée avec chaque nouveau chien, car les autorités considèrent que chaque animal possède son propre comportement et ses propres besoins.

L’objectif : agir avant que les problèmes apparaissent

Le gouvernement de Brême explique cette réforme par un constat assez simple : aimer les chiens ne signifie pas nécessairement savoir répondre à leurs besoins.

Une mauvaise compréhension du comportement canin peut conduire à une éducation inadaptée, à des conditions de vie insuffisantes, à des conflits ou à des comportements devenus difficiles à gérer. Dans certains cas, le chien finit abandonné ou confié à un refuge.

La législation cherche donc à intervenir en amont, plutôt qu’une fois l’animal en difficulté.

Un chien n’est ni un objet que l’on apprend à utiliser après l’achat, ni un animal dont les besoins se résument à être nourri et promené. C’est un individu sensible, avec des besoins comportementaux, sociaux, physiques et médicaux qui devront être satisfaits pendant parfois quinze ans.

Non, toute l’Allemagne n’impose pas encore ce permis

L’Allemagne est un État fédéral et les règles concernant les chiens varient fortement selon les Länder. Il n’existe actuellement aucun Hundeführerschein obligatoire pour tous les propriétaires de chiens à l’échelle nationale.

En Basse-Saxe, les personnes qui acquièrent leur premier chien doivent déjà, depuis 2013, passer une épreuve théorique avant l’acquisition puis une épreuve pratique pendant la première année de détention.[4]

À Berlin, en revanche, le Hundeführerschein reste en principe facultatif pour les chiens ordinaires et permet notamment d’obtenir une dérogation à certaines obligations de tenue en laisse.[5]

Lors d’une audition publique du Bundestag en avril 2026, l’éducateur canin Martin Rütter a demandé qu’une preuve de compétence soit exigée avant toute détention d’un chien.[6] Il s’agit à ce stade d’une proposition et non d’une décision fédérale.

Et en France ?

Depuis octobre 2022, toute personne acquérant pour la première fois un chien doit signer en France un certificat d’engagement et de connaissance, remis au moins sept jours avant l’acquisition.[7]

C’est utile. Mais il existe une différence fondamentale avec Brême : le futur détenteur français n’a aucune connaissance à démontrer.

Il lit et signe un document. Il n’y a ni examen théorique, ni mise en situation pratique, ni vérification ultérieure de sa capacité à comprendre et conduire son chien.

Chien pendant une séance d’apprentissage avec un humain

En Allemagne, plusieurs Länder imposent déjà aux nouveaux détenteurs de chiens de démontrer leurs connaissances. Photo d’illustration.

Séance d’apprentissage entre un chien et un humain — photo d’illustration. Photo : Ellen Levy Finch / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0.

Notre demande : passer de l’information à une véritable compétence

Le certificat français constitue une première étape, mais son principe pourrait être renforcé.

Animal Cross propose d’étudier la mise en place, pour les nouveaux détenteurs de chiens, d’un véritable parcours de connaissance préalable : une formation accessible, suivie d’une validation des connaissances essentielles sur le comportement, la santé, les besoins physiologiques et la protection de l’animal.

Une partie pratique pourrait ensuite permettre de vérifier que la relation entre le chien et son détenteur s’établit dans de bonnes conditions.

Former les humains avant que les animaux n’en subissent les erreurs : voilà probablement la leçon la plus intéressante à retenir de l’expérience de Brême.

Sources et références

[1] Land de Brême — 2026. Hundeführerschein ab 1. Juli 2026.
[2] Land de Brême — 2025-2026. Bremisches Gesetz über das Halten von Hunden, § 3.
[4] Ministère de l’Agriculture de Basse-Saxe — 2026. Informationen zum Hundegesetz.
[5] Land de Berlin. FAQ Hundegesetz.
[6] Deutscher Bundestag — 13 avril 2026. Audition sur la réforme du droit de la protection animale.
[7] Ministère français de l’Agriculture. Certificat d’engagement et de connaissance.
Maladies raciales : plus de 100 vétérinaires ont signé notre tribune !

Maladies raciales : plus de 100 vétérinaires ont signé notre tribune !

135 vétérinaires ont signé notre tribune pour soutenir notre proposition de loi contre les maladies raciales d'origine génétique

Une étape majeure vient d'être franchie dans notre lutte contre la souffrance animale. À l'initiative des associations Quatre pattes, Animal Cross et Convergence Animaux Politique, une tribune d'une ampleur inédite a été publiée dans le journal « Le Monde », marquant un tournant dans la prise de conscience nationale sur la maltraitance génétique.

Un ralliement massif des professionnels de santé

Ce n'est pas seulement un cri d'alarme associatif, mais une véritable expertise de terrain qui s'exprime aujourd'hui. Plus de 100 vétérinaires et une vingtaine de ASV (assistante vétérinaire) ont co-signé notre appel pour exiger la fin de la sélection génétique qui dégrade la santé des chiens et des chats.

Ces praticiens, répartis sur tout le territoire, témoignent d'une réalité quotidienne insoutenable : celle d'animaux dont la vie est rythmée par la douleur en raison de critères esthétiques "mignons" ou "originaux". En signant ce texte, ils dénoncent une « hérésie » biologique qui les place dans une position morale impossible.

Le malaise des vétérinaires au cœur du débat

Un aspect qui est souvent ignoré : le malaise éthique profond des professionnels de la santé animale. Les vétérinaires signataires refusent désormais d'être les simples « réparateurs » de malformations délibérément programmées par l'humain pour répondre à des effets de mode.

Cette mobilisation massive souligne que :

  • La souffrance de ces animaux n'est pas une fatalité biologique, mais le résultat de pressions de sélection délibérées.
  • Le métier de vétérinaire subit un véritable épuisement professionnel face à la répétition de ces pathologies évitables.
  • La science et la morale imposent aujourd'hui de placer la santé avant l'apparence.

Un écho médiatique pour porter La proposition de loi

Cette tribune dans la presse nationale offre une visibilité cruciale à notre combat. Elle vient valider scientifiquement l'urgence de la proposition de loi du Sénateur Daniel Salmon enregistrée au Sénat le 11 mai dernier.

En recevant le soutien de plus d'une centaine de vétérinaires et de grandes fédérations internationales, nous démontrons que la France peut et doit s'aligner sur les dernières connaissances scientifiques pour interdire la reproduction d'animaux porteurs de traits handicapants.

Nous tenons à remercier chaleureusement les signataires et tous ceux qui nous rejoignent chaque jour. Ensemble, nous mettrons fin à la maltraitance programmée.

Alerte canicule : comment protéger nos animaux

Alerte canicule : comment protéger nos animaux

Face à l'intensification des épisodes de canicule, nos animaux de compagnie se retrouvent en première ligne. Contrairement à une idée reçue, ils ne sont pas "armés" comme nous pour affronter la chaleur, et ce qui peut nous sembler être un simple inconfort peut devenir pour eux une urgence vitale en quelques minutes seulement

Téléchargez notre guide pratique
pour protéger votre animal ➡️

Pourquoi nos animaux sont-ils plus vulnérables que nous ?

La principale différence réside dans la gestion de la température corporelle. Alors que l'être humain transpire sur l'ensemble du corps pour évacuer la chaleur, le chien et le chat ne possèdent des glandes sudoripares qu'au niveau des coussinets et de la truffe. Ce mécanisme est très marginal et insuffisant pour refroidir l'organisme.

Pour réguler leur température (située normalement entre 38°C et 39°C), ils comptent principalement sur le halètement. En respirant rapidement la gueule ouverte, ils favorisent l'évaporation de la salive, ce qui refroidit le sang circulant dans la langue.
Cependant, ce système a ses limites : si l'air ambiant dépasse 41°C, l'animal inspire un air qui réchauffe son corps au lieu de le refroidir
.
Certains animaux sont encore plus à risque :
  • Les races brachycéphales (museau plat comme les Bouledogues, Carlins, Persans) : leur anatomie entrave la circulation d'air nécessaire à l'évaporation, les enfermant dans un cercle vicieux mortel.
  • Les NAC (lapins, rongeurs) : Ils ne peuvent pas haleter efficacement et ne transpirent pas du tout. Le lapin, par exemple, utilise uniquement la vasodilatation des vaisseaux de ses oreilles pour évacuer un peu de chaleur.
  • Les animaux fragiles : Les jeunes, les seniors, les animaux en surpoids ou cardiaques décompensent beaucoup plus vite.

Les bons gestes de prévention

Pour protéger votre compagnon, l'anticipation est la clé :

  • Hydratation constante : Laissez plusieurs gamelles d'eau fraîche (mais non glacée) à disposition et renouvelez-les régulièrement. Astuce : pour les chiens peu enclins à boire, ajoutez un peu de bouillon de bœuf sans sel, et pour les chats, un peu de jus de thon.
  • Aménagement de l'habitat : Gardez les volets fermés aux heures chaudes. Privilégiez les pièces carrelées et utilisez des ventilateurs ou des tapis rafraîchissants.
  • Adaptation des activités : Ne sortez votre animal que tôt le matin ou tard le soir. Testez le bitume avec votre main : s'il est trop chaud pour vous, il brûlera les coussinets de votre animal.
  • Soins spécifiques aux NAC : Évitez les cages en plexiglas qui emprisonnent la chaleur et préférez les barreaux. Placez des bouteilles d'eau congelée enveloppées dans un linge dans leur enclos.

Ce qu'il ne faut JAMAIS faire

  • Ne jamais laisser un animal seul dans une voiture : Même pour quelques minutes, même avec les fenêtres entrouvertes ou à l'ombre. L'habitacle peut dépasser les 50°C en moins de 10 minutes, transformant le véhicule en fournaise mortelle.

  • Ne pas raser son animal : C'est une erreur majeure. Le pelage n'est pas qu'une protection contre le froid ; il sert d'isolant thermique en créant un coussin d'air protecteur. Le raser expose la peau aux brûlures solaires et augmente la température corporelle. Privilégiez un brossage approfondi pour retirer les poils morts.

  • Ne pas utiliser d'eau glacée : Refroidir brutalement un animal avec de l'eau glacée peut provoquer un choc thermique ou une vasoconstriction qui emprisonne la chaleur à l'intérieur du corps.

Reconnaître les signes d'alerte (Coup de chaleur)

Le coup de chaleur est une urgence vétérinaire absolue. Soyez attentif aux symptômes suivants : 
  1. Halètement frénétique, bruyant et persistant.
  2. Muqueuses (gencives, langue) rouge brique ou violacées.
  3. Hypersalivation ou présence de mousse à la gueule.
  4. Fatigue soudaine, léthargie, démarche instable (l'animal titube).
  5. Troubles digestifs (vomissements, diarrhées parfois sanglantes).
  6. Convulsions ou perte de connaissance.

Que faire si votre animal se sent mal ?

"Refroidir d'abord, transporter ensuite" est la règle d'or.

  • Déplacez-le immédiatement à l'ombre dans un endroit ventilé.

  • Mouillez-le progressivement avec de l'eau tiède ou fraîche (20-22°C), en commençant par les pattes, le ventre et le cou.

  • Placez-le devant un ventilateur pour accélérer l'évaporation.

  • Appelez les urgences vétérinaires sans délai, même si l'animal semble aller mieux. Des lésions internes (notamment rénales) peuvent apparaître jusqu'à 72 heures après l'épisode.

Procédure si vous trouvez un chien enfermé dans une voiture

  1. Recherchez le propriétaire : Faites passer une annonce si vous êtes sur le parking d'un magasin.
  2. Appelez les forces de l'ordre : Seule la police ou la gendarmerie est habilitée par le Code Rural (Art. L214-23) à ouvrir un véhicule en cas de danger.
  3. Si l'urgence est vitale : Si l'animal est en détresse imminente et que les secours tardent, vous pouvez briser la vitre. Pour être protégé par l'état de nécessité (Art. 122-7 du Code pénal), vous devez :
    • Prendre une vidéo de l'animal en détresse avant d'agir.
    • Avoir un témoin qui vous filme, voire deux  pour attester de l'urgence.
    • Contacter la police immédiatement après l'action.
    • Sortir l'animal, le mettre à l'ombre et le rafraîchir en attendant les secours.

 

Le propriétaire risque jusqu'à 750 € d'amende pour mauvais traitement, voire des peines de prison en cas de décès de l'animal.

Déposition d’une proposition de loi au Sénat pour lutter contre les maladies héréditaires chez les chiens et les chats

Déposition d’une proposition de loi au Sénat pour lutter contre les maladies héréditaires chez les chiens et les chats

Pau, le 26 mai 

Une proposition de loi visant à lutter contre les maladies héréditaires et les dérives de sélection chez les chiens et les chats a été déposée par sénateur Daniel Salmon d'Ille-et-Vilaine (Bretagne), groupe EELV,  afin de renforcer la protection du bien-être animal et d’encadrer plus strictement la reproduction des animaux de compagnie.

des souffrances largement documentées

Le texte part d’un constat simple : certaines pratiques de sélection ont conduit au développement de races exposées à des pathologies graves et prévisibles, générant des souffrances chroniques parfois incompatibles avec une vie normale, pour des centaines de milliers de chien. Difficultés respiratoires chez les races brachycéphales, dysplasies articulaires, maladies cardiaques, troubles neurologiques ou dermatologiques : ces atteintes ne relèvent plus de cas isolés mais de prédispositions largement documentées par la littérature scientifique et vétérinaire.
Une maltraitance génétique s’est institutionnalisée.

La situation actuelle, comptant sur la bonne volonté des acteurs des filières (éleveurs, clubs de race, Société centrale canine - SCC et Livre Officiel des Origines Félines - LOOF) est très insuffisante, certains éleveurs pratiquant des sélections responsables alors que d’autres s’en affranchissent. Ce texte traite en même temps des animaux de race et d’apparence pour éviter que les obligations pesant sur les races ne créent un développement des animaux d’apparence (chiens et chats issus des races mais sans être inscrits au livre généalogique), revendication principale de la SCC et du LOOF.
Il place le vétérinaire au cœur du système car lui seul peut déterminer si les chiens et chats sont à faible risque de maladie héréditaire, l’absence de risque n’existant pas. On peut estimer qu’au moins 600 000 chiens sont concernés (LOF et chiens d’apparence) et des dizaines de milliers de chats.

Les principales mesures de la proposition de loi :

La proposition de loi prévoit notamment :

  • l’interdiction de la commercialisation et de l’importation d’animaux de compagnie issus sélection génétique à risque
  •  l’interdiction de la reproduction de chiens et chats lorsque les croisements ne permettent pas de réduire au minimum les risques de souffrance liés aux maladies héréditaires ;
  • l’interdiction des races dans une impasse génétique ;
  • l’inscription sur le livre généalogique seulement des chiens et chats à risque minime de maladies héréditaires ;
  • la délivrance du certificat de cession vétérinaire, certificat existant déjà, uniquement pour les chiots et chatons issus d’un croisement minimisant les risques  de  maladies héréditaires;
  • l’obligation de faire figurer dans les annonces de cession les résultats des tests de dépistage ;
  • l’interdiction à terme de l’appellation chiens et chats “d’apparence”, les chiens et chats d’apparence  ne pouvant plus se revendiquer d’une race;
  • l’interdiction de la publicité pour des races à risque ;
  • la possibilité pour les associations de protection animale de recourir en justice contre les élevages pratiquant la maltraitance génétique.

L’adoption récente d’un règlement européen sur le bien‑être des chiens et des chats applicable à partir de 2030 demeure insuffisante, le texte ne couvrant pas pleinement les animaux d’apparence et ne prévoyant pas de modalités de contrôle adaptées. 

 

CONTACT 

 

Benoît Thomé

benoit@animal-cross.org

Maladies raciales d’origine génétique : Une 1ère en France, Animal Cross porte plainte contre l’État

Maladies raciales d’origine génétique : Une 1ère en France, Animal Cross porte plainte contre l’État

L’association Animal Cross dépose un recours contre L’État pour non-contrôle des maladies héréditaires dans deux élevages de chiens dans un contexte général de lacune généralisée de contrôle des élevages (une fois tous les 25 ans).

Identification des élevages à problèmes

L’association Animal Cross a passé en revue des centaines d’annonces de cession de chiots entre juin 2025 et janvier 2026 pour des races à problème de dysplasie de hanche (ex. berger australien, labrador, golden retriever, cane corso, dogue de Bordeaux, bouledogue continental), de coude (ex. chow chow), d’affections cardiaques (cavalier king charles, les annonces ne mentionnant pas l’échographie cardiaque), de maladies monogéniques (ex. welsh corgi, colley).

L’association a vérifié sur le site de la Société centrale canine Lof select si les chiens avaient été dépistés sur les maladies génétiques concernées et si le croisement minimisait le risque de problème de santé.

47 DDPP contactées : la probabilité pour un éleveur d’être contrôlé est une fois tous les 25 ans

Sur cette base, Animal Cross a envoyé un courrier à 47 Directions Départementales de la Protection des Populations dans toute la France  afin de savoir si les élevages ayant procédé à  des reproductions à risque avaient été contrôlés entre 2020 et 2025.

Le résultat est sans appel : 35 DDPP ont répondu (certaines après recours à la CADA),7 élevages ont été contrôlés en 5 ans, soit 20%, ou 4% par an.

En d’autres termes, même parmi les élevages à risque, la probabilité d’être contrôlé est une fois tous les 25 ans. De plus, sur les 7 élevages contrôlés, il n’est relevé aucune sélection génétique à risque.

Devant cet état de fait, l’association dépose un recours contre l’État pour carence fautive des services de l’État dans le contrôle de deux élevages canins.

Premier recours

Dans le premier cas, il s’agit d’un élevage de type grand chien. De 2023 à 2025, 9 reproductions ont été constatées pour des chiens (reproducteur 1/reproducteur 2) avec

  • Dysplasie du coude * (sévère/moyenne, deux fois, sévère/absente, deux fois, moyenne/absente, trois fois),
  • Dysplasie de hanche (sévère/absente, deux fois, moyenne/absente une fois)
  • Affections cardiaques et rénales (un reproducteur non testé 5 fois)

Au sein de cette race, les maladies cardiaques et rénales sont très préoccupantes et des causes importantes de la faible espérance de vie de 8 ans. Une femelle a reproduit 4 fois en 22 mois (le maximum est de 3 fois en 24 mois). 57 chiots sont nés de ces reproductions à risque.

Le club de race recommande de ne pas faire reproduire des chiens non dépistés, en particulier pour les maladies cardiaques ou rénales, ou deux reproducteurs ayant des dysplasies moyennes à sévères (HD-D ,ED-2, et plus). Les reproductions avec des chiens avec des dysplasies sévères (HD-E, ED-3) mettent aussi à risque la descendance.

Deuxième recours

Pour le deuxième cas, il s’agit d’un élevage de chien type retriever.

De 2023 à 2025, 5 reproductions ont été constatées pour des chiens avec dysplasie de hanche (reproducteur 1/reproducteur 2): dysplasie sévère/dysplasie moyenne (deux fois), dysplasie sévère/non testé, dysplasie moyenne/dysplasie légère (deux fois). 13 chiots en sont nés.

Le club de race recommande de ne pas faire reproduire des chiens avec dysplasie moyenne ou sévère (HD-D, HD-E) ou non testée.

Animal cross décide d'agir et porte plainte contre l'État pour non contrôle : une première en France

Les DDPP des deux départements ont répondu à Animal Cross que ces élevages n’ont pas été inspectés de 2020 à 2025.

L’association Animal Cross considère que la carence des  DDPP dans l’exécution de leurs missions constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l’État.

C’est la première fois en France qu’une association met en cause la responsabilité de l’État pour défaut de contrôle des maladies héréditaires.

Rappelons que « La sélection des animaux de compagnie sur des critères de nature à compromettre leur santé et leur bien-être ainsi que ceux de leurs descendants est interdite » (Code rural 214-23).
La loi rend très difficile le fait pour une association de porter plainte directement contre un élevage sur la base de cet article, d’où le choix de cette stratégie juridique indirecte.

* Rappel
  • Premier  élevage : dysplasie du coude: ED-3/ED-2, deux fois, ED-3/ED-0, deux fois, ED-2/ED-0, trois fois,de hanche : HD-E/HD-A, deux fois, HD-D/HD-A une fois
  • Deuxième élevage : HD-E/HD-C (deux fois), HD-E/non testé, HD-D/HD-C (deux fois). 13 chiots en sont nés.
  • HD dysplasie de hanche HD-C : léger, HD-D : modéré, HD-E : sévère. ED dysplasie du coude, 1 : léger, 2 : modéré, 3 : sévère)
  • HD-E/HD-C (deux fois), HD-E/non testé, HD-D/HD-C (deux fois). 13 chiots en sont nés.
  • Absente : pas de contrôle de la dysplasie
Émission Sur le Front : Une remise en cause des dépistages des maladies héréditaires au sein d’une race à faible espérance de vie

Émission Sur le Front : Une remise en cause des dépistages des maladies héréditaires au sein d’une race à faible espérance de vie

Animal Cross était interviewé sur le sujet des maladies génétiques, dans l'émission "Sur le Front" de Hugo Clément diffusée le Le 25 mai.

Dans le reportage une éleveuse de Dogues de Bordeaux remet en cause le bien-fondé des dépistages des maladies héréditaires chez cette race, dont l'espérance de vie est de moins de 8 ans, estimant en savoir plus en regardant ses chiens qu’en lisant des tests.

Voici des informations complémentaires pour vous permettre de vous faire une opinion.

Comment l’élevage a-t-il été identifié ?

L’élevage a été repéré par Animal Cross à partir des petites annonces des portées en vente. L’association a vérifié sur le site de la Société centrale Canine Lof select, si les chiens avaient été dépistés sur les maladies d’intérêt et si le croisement minimisait le risque de problème de santé. L’élevage a été contacté en amont du film pour vérifier certaines informations.

Quel est l’état de santé des reproducteurs de cet élevage ?

Les parents de la portée n’ont pas été testés pour les affections cardiaques et rénales.

Le père souffre de dysplasie sévère de la hanche, pas du coude (HD-E, ED-0).  Aucun des grands-parents, ou arrière-grands-parents ne sont testés car ils sont issus d’élevage d’Europe de l’Est.

Du côté de la mère, elle n’est pas testée pour les dysplasies.

3 des 6 parents et arrière-grands-parents sont testés. Sur 14 ascendants, 4 seulement sont testés dont 4 avec test de maladie : dysplasie sévère de la hanche ou HD-E (2 fois), dysplasie légère de la hanche ou HD-C(1 fois)  ou dysplasie sévère du coude ou ED-3 (1 fois).  11 ascendants sont sans test ou information.

Le père, et non la mère, a été testé pour la keratose plantaire.

Juste après notre visite la fiche du père a été enlevé du site Lofselect. Néanmoins, nous en avions réalisé une copie avant notre visite de l’élevage.

Quelle est la position du club de race ?

Le Club de race en France souligne l’importance de la détection et du fait d’enlever de la reproduction tout individu porteur d’une maladie cardiaque, de maladie rénale ou de kératose plantaire.

Les croisements avec des chiens non testés à la dysplasie ne sont pas non plus recommandés.

Source : site de la Société centrale canine.

https://www.centrale-canine.fr/sites/default/files/2023-11/18.01.01%20conseil%20%2B%20%20TGI.pdf

https://www.centrale-canine.fr/lofselect/articles/dogue-de-bordeaux-informations-sur-la-sante

Que peut-on dire de l’état des maladies héréditaires chez le dogue de Bordeaux ?

Au sein de la race du Dogue de Bordeaux, les maladies cardiaques et rénales sont particulièrement préoccupantes et constituent des causes majeures de la faible espérance de vie, estimée autour de 8 ans [1][2].

La sténose aortique sous-valvulaire (SAS) est la maladie cardiaque génétique la plus largement documentée chez le Dogue de Bordeaux [3][4].

Dans l’étude de cohorte française de Vachet (2018), les néphropathies représentaient 8,8 % des décès chez la race, tandis que les cardiopathies représentaient 13,2 % des causes de mortalité, se classant comme la deuxième cause de mortalité après le cancer (29,4 %) [1]. La durée moyenne de vie du panel était de 7,6 ans [1], faisant du Dogue de Bordeaux l’une des races canines à l’espérance de vie la plus courte.

Les chiens gravement atteints de SAS présentent une espérance de vie fortement réduite ; les formes sévères sont associées à une mortalité précoce et à un risque important de mort subite [3][4]. Aucun traitement n’a démontré de manière définitive une amélioration significative de l’espérance de vie ou de la qualité de vie dans les formes sévères de SAS, ce qui souligne le lourd impact de cette maladie pour les chiens et leurs propriétaires [3].

La kératodermie plantaire du Dogue de Bordeaux est une affection douloureuse à transmission autosomique récessive. Les chiens atteints développent un épaississement hyperkératosique sévère et des fissures des coussinets, apparaissant généralement entre 10 semaines et 1 an, provoquant boiteries, douleurs à la marche et infections secondaires [5].

Chez le Dogue de Bordeaux, la prévalence de la dysplasie de la hanche était d’environ 32 % en 2023 et 45 % en 2024 selon les statistiques publiées par la SCC [6]. Ces données sont sous-estimées car elles n’estiment que la dysplasie des hanches des chiens que les éleveurs ont bien voulu faire tester. Par comparaison, la dysplasie du coude est estimée à environ 20% par la SCC alors qu’une étude sur l’ensemble des chiens l’estime à 32% [3].

Le dogue de Bordeaux  est sur le podium des races les plus touchées en France pour la dysplasie de la hanche et du coude, sur plus de 300 races.

Sources

  1. Vachet, A. (2018). Étude de cohorte sur les causes de mortalité et l’espérance de vie du Dogue de Bordeaux en France. Étude citée dans les travaux vétérinaires français sur la race.
  2. PuppyLongevity. (s. d.). Dogue de Bordeaux lifespan and health statistics. PuppyLongevity. 
  3. Ohad, D. G., Avrahami, A., Waner, T., & David, L. (2013). The occurrence and suspected mode of inheritance of congenital subaortic stenosis and tricuspid valve dysplasia in Dogue de Bordeaux dogs. The Veterinary Journal, 197(2), 351-357. https://doi.org/10.1016/j.tvjl.2013.01.012
  4. Universities Federation for Animal Welfare (UFAW). (s. d.). Dogue de Bordeaux – Aortic stenosis. UFAW.  UFAW
  5. Murgiano, L., et al. (2016). A recessively inherited footpad hyperkeratosis associated with an FAM83G variant in the Dogue de Bordeaux. Canine Genetics and Epidemiology, 3(1).
  6. Société Centrale Canine (SCC). (2023–2024). Statistiques officielles de dépistage de la dysplasie de la hanche et du coude chez le Dogue de Bordeaux. SCC LOF Select / statistiques de santé raciale.
  7. Genevois, J. P., et al. (2008). Prevalence of elbow dysplasia according to official radiographic screening in France. Veterinary and Comparative Orthopaedics and Traumatology, 21(1), 21-24.

 

L’élevage a-t-il été contrôlé par la DDPP ?

DDPP : Direction Départementale de la Protection des Populations

À la demande d’Animal Cross, la DDPP a répondu que cet élevage n’avait pas été contrôlé de 2020 à 2025.