L’arrêté du 10 août 2026, publié au Journal officiel le 21 août, fixe pour chaque département les espèces classées « susceptibles d’occasionner des dégâts », ainsi que les périodes et modalités permettant leur destruction pour les 3 années à venir.[1]
2023-2026 / 2026-2029 : qu’est-ce qui change ?
Les neuf mêmes espèces figurent dans les deux arrêtés, mais leur classement géographique évolue. Voici ce qui évolue, espèce par espèce :
| Espèce | Arrêté initial 2023 | Arrêté 2026 | Évolution du classement | Ce que cela signifie pour l’espèce |
|---|---|---|---|---|
| Renard roux | 88 départements | 91 départements | 3 départements supplémentaires | Situation plus défavorable |
| Fouine | 69 | 69 | Nombre de départements inchangé | Pas d’amélioration globale |
| Martre des pins | 26* | 14 | Moins de départements qu’en 2023, mais retour du classement après son annulation totale en 2025 | Situation plus défavorable qu’après la décision du Conseil d’État |
| Belette | 1 | 1 | Nombre de départements inchangé | Pas d’amélioration globale |
| Corbeau freux | 61 | 61 | Nombre de départements inchangé | Pas d’amélioration globale |
| Corneille noire | 86 | 80 | 6 départements en moins | Amélioration limitée, l’espèce restant classée dans 80 départements |
| Pie bavarde | 50 | 54 | 4 départements supplémentaires | Situation plus défavorable |
| Geai des chênes | 5 | 2 | 3 départements en moins | Amélioration, mais l’espèce reste classée localement |
| Étourneau sansonnet | 34 | 38 | 4 départements supplémentaires | Situation plus défavorable |
* La martre figurait dans 26 départements dans l’arrêté publié en août 2023. En mai 2025, le Conseil d’État a annulé l’ensemble de ces classements. Le chiffre de 26 permet donc de comparer les deux arrêtés au moment de leur publication, mais la situation immédiatement antérieure au nouvel arrêté était différente : la martre n’était plus classée ESOD au titre de cet arrêté.
Une réglementation qui permet encore de tuer toute l’année
Le changement de vocabulaire intervenu il y a plusieurs années (le terme « nuisible » ayant été remplacé par « espèce susceptible d’occasionner des dégâts ») n’a pas fondamentalement changé la logique du système.
La belette, la fouine et la martre peuvent notamment être piégées toute l’année dans les secteurs prévus par l’arrêté. Pour le renard, dans les départements où il est classé ESOD, le piégeage reste possible toute l’année et en tout lieu. Le texte maintient également des possibilités de déterrage et de tir au-delà de la période générale de chasse.[1]
Les corbeaux freux et les corneilles noires peuvent eux aussi être piégés toute l’année et en tout lieu, tandis que d’autres oiseaux disposent de périodes de destruction spécifiques en dehors de la chasse.
La martre à nouveau classée après une victoire devant le Conseil d’État
Le cas de la martre des pins illustre particulièrement bien les limites du système.
En mai 2025, à la suite des recours engagés contre l’arrêté de 2023, le Conseil d’État avait annulé les classements de la martre dans les 26 départements concernés. La décision avait également entraîné plusieurs déclassements concernant d’autres espèces et l’annulation du déterrage du renard dans plusieurs départements.[2]
Cette décision rappelait un principe essentiel : autoriser pendant plusieurs années la destruction d’une espèce sauvage suppose de pouvoir démontrer que son classement est réellement justifié.
Or le nouvel arrêté classe de nouveau la martre dans 14 départements.[1]
Certes, c’est moins que les 26 départements inscrits dans l’arrêté initial de 2023. Mais ce chiffre ne doit pas masquer l’évolution intervenue depuis : après l’annulation complète obtenue devant le Conseil d’État en 2025, la martre redevient ESOD dans 14 départements.
Pour Animal Cross, il ne suffit donc pas de réduire le nombre de départements concernés. C’est la méthode permettant de décider de ces classements qui doit être revue.

Photo : Caroline Legg /Wikimedia Commons — CC BY 2.0.
Lire notre article : le Conseil d’État interdit le piégeage de la martre des pins
Les destructions réduisent-elles réellement les dégâts ?
C’est la question centrale.
En 2023, une expertise scientifique réalisée par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, à la demande de la LPO et de l’ASPAS, avait déjà souligné le manque de connaissances permettant de démontrer que les destructions d’ESOD font effectivement diminuer les dommages attribués à ces espèces.[3]
Une étude publiée en mars 2026 dans la revue Biological Conservation, fondée sur des données françaises, a depuis étudié les relations entre animaux détruits, dégâts déclarés et dynamique des populations. L’étude compare, sur sept années et à l’échelle des départements, le nombre d’animaux détruits avec les dégâts déclarés et, pour les oiseaux, l’évolution des populations.
Ses résultats ne montrent pas qu’une augmentation des destructions entraîne une diminution des dommages.[4]
L’étude estime également le coût annuel des opérations de destruction entre 103 et 123 millions d’euros, pour environ 8 à 23 millions d’euros de dégâts déclarés.[4]
Lire notre analyse de l’étude scientifique publiée en 2026
On comptabilise les dégâts, beaucoup moins les services rendus
Le système ESOD présente un autre angle mort : il considère essentiellement les animaux sous l’angle des dommages qu’ils pourraient provoquer, alors qu’ils remplissent aussi des fonctions écologiques.
Le renard, par exemple, consomme notamment des campagnols et d’autres petits rongeurs. Prédateur mais aussi charognard, il participe au fonctionnement des chaînes alimentaires et au recyclage de matière.

Photo : Bouke ten Cate / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
La martre, la fouine, la belette ou les corvidés occupent eux aussi des places précises dans les écosystèmes. Le travail de fond mené depuis plusieurs années par Animal Cross demande précisément que ces services soient pris en compte dans l’évaluation des classements.
En janvier 2026, Animal Cross s’est ainsi associée à l’ASPAS, AVES, Faune Alfort, FERUS, Focale pour le Sauvage, le Pôle Grands Prédateurs et One Voice pour demander officiellement la sortie du renard de la liste des ESOD.[7]
Découvrir la mobilisation pour sortir le renard de la liste des ESOD

Photo : Caroline Legg /Wikimedia Commons — CC BY 2.0.
Trois ans de mobilisation qui auraient dû faire évoluer le système
Ce nouvel arrêté intervient après plusieurs années de travaux associatifs, scientifiques et juridiques.
En 2023, Animal Cross avait coordonné avec 51 associations de protection de la nature et des animaux une demande d’audit indépendant de la réglementation ESOD. Nous demandions notamment une meilleure vérification des dégâts déclarés, une expertise indépendante, une représentation plus équilibrée dans les instances départementales et la prise en compte des services écosystémiques.[5]
Animal Cross, l’ASPAS et CAP avaient également présenté ces propositions au ministère de la Transition écologique.[6]
En 2025, plusieurs classements ont été annulés par le Conseil d’État. En 2026, de nouveaux résultats scientifiques ont encore renforcé les interrogations sur l’efficacité des destructions. L’ASPAS et la LPO ont elles aussi contesté le dispositif 2026-2029 et demandé des décisions davantage fondées sur les connaissances scientifiques.[8][9]
Ces éléments auraient dû conduire à une remise à plat du système. Ce n’est pas ce qui s’est produit.
Prévenir d’abord, intervenir seulement lorsque c’est nécessaire
Animal Cross ne nie pas l’existence de conflits ponctuels entre certaines activités humaines et la faune sauvage. Un renard ou une fouine peut entrer dans un poulailler ; certains oiseaux peuvent occasionner localement des pertes dans des cultures.
Mais un problème local ne justifie pas automatiquement le classement d’une espèce pendant trois ans à l’échelle de tout ou partie d’un département.
La première réponse devrait être la prévention : sécurisation des poulaillers et des élevages, clôtures adaptées, protection des cultures, dispositifs d’effarouchement ou évolution de certaines pratiques.
Lorsqu’une intervention demeure réellement nécessaire, elle devrait être locale, documentée, proportionnée et contrôlée, après examen des solutions permettant d’éviter la mise à mort.
Notre demande
Animal Cross demande une réforme complète du système ESOD fondée sur :
- des données sur les dégâts fiables, vérifiées et indépendantes ;
- la prise en compte des services écologiques rendus par les espèces ;
- la priorité systématique donnée aux mesures de prévention ;
- une véritable évaluation scientifique de l’efficacité des destructions ;
- la fin du déterrage du renard ;
- la fin des destructions de prédateurs destinées à favoriser artificiellement le petit gibier de chasse ;
- et, lorsqu’un problème précis ne peut être évité autrement, une intervention locale, justifiée et proportionnée.
Sources et références
Arrêté pris pour l’application de l’article R. 427-6 du Code de l’environnement et fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts.
« Le Conseil d’État interdit le piégeage de la martre des pins ».
Travaux relatifs aux fondements scientifiques du classement et de la destruction des espèces dites ESOD.
« ESOD : la science confirme de nouveau l’absurdité d’un massacre inutile et coûteux ».
« 51 associations de protection de la nature et des animaux demandent au ministère de l’Écologie un audit sur la réglementation des ESOD ».
« Animal Cross en rendez-vous au ministère de la Transition écologique ».
« Lancement d’une pétition commune avec 7 associations pour sortir le renard de la liste ESOD ».
Position de l’association sur le projet de classement ESOD 2026-2029.
Position de la LPO sur le classement ESOD 2026-2029.
Arrêté pris pour l’application de l’article R. 427-6 du Code de l’environnement et fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts.
Crédits photographiques
Martre des pins :
Caroline Legg,
Wikimedia Commons,
CC BY 2.0.
Renard roux :
Bouke ten Cate,
Wikimedia Commons,
CC BY-SA 4.0.
Geai des chênes :
Caroline Legg,
Wikimedia Commons,
CC BY 2.0.