L’Ours des Pyrénées : Pourquoi est-il si difficile pour les ours pyrénéens de se rencontrer ?

L’Ours des Pyrénées : Pourquoi est-il si difficile pour les ours pyrénéens de se rencontrer ?

Comment l'aménagement du territoire influence ses déplacements ?

Une étude scientifique majeure publiée en mars 2026 par l'OFB et le Muséum National d’Histoire Naturelle, fait la lumière sur la « connectivité » de notre massif : Le relief pyrénéen naturel et anthropisé permet-il de laisser circuler cette espèce emblématique, toujours aujourd'hui en danger critique d'extinction ?

Une étude inédite pour briser l’isolement

La population d’Ours brun des Pyrénées revient de loin, mais elle reste fragile. Son principal défi aujourd'hui n'est pas seulement le nombre d'individus, ou la faiblesse génétique, mais leur isolement. La population est en effet fragmentée en deux noyaux (l’un à l’ouest et l’autre au centre-est) qui communiquent très peu entre eux : depuis 2016, seuls trois mâles ont réussi à passer d’un groupe à l’autre.

Pour comprendre ce qui bloque la fluidité des déplacements ursins, l'étude « Connectivité fonctionnelle des paysages pyrénéens pour l’Ours brun » (Dumortier et al., 2026) a analysé plus de 45 000 localisations GPS et VHF ainsi que des milliers d'indices de présence sur l'ensemble de la chaîne franco-espagnole et andorrane. L'objectif ? Identifier les « autoroutes » naturelles (les corridors) et les obstacles qui empêchent le brassage génétique indispensable à la survie de l'espèce.

Le relief : entre refuge et barrière physique

Si l’ours est un montagnard agile, il ne grimpe pas n’importe où au hasard. L’étude confirme que le relief joue un rôle déterminant dans ses mouvements :

  • L’étage idéal : Les ours privilégient les altitudes intermédiaires (généralement entre 800 et 1 800 mètres) où ils trouvent le meilleur compromis entre nourriture et tranquillité.
  • Les sommets infranchissables : Les massifs de très haute altitude, comme le Néouvielle ou le Pic du Midi de Bigorre, agissent comme de véritables freins. Les pentes raides (supérieures à 70 %), les falaises et l’absence de forêt pour se cacher rendent ces zones coûteuses en énergie et dangereuses.
  • Le besoin de forêt : Le couvert forestier est essentiel pour les déplacements diurnes et le repos. Les zones trop ouvertes ou rocheuses de haute altitude sont évitées, faute d’abris. Les femelles, plus petites et souvent accompagnées d'oursons, sont d'ailleurs particulièrement dépendantes de ces zones escarpées mais boisées pour leur sécurité.

L’activité humaine : le vrai « mur » pour les ours

Le relief n'explique pas tout. Le développement humain est le principal facteur de fragmentation de l'habitat de l'ours :

  • Les routes, obstacles majeurs : Les axes routiers dans les vallées (comme la route d'Aragnouet-Bielsa ou l'axe Foix-Ax les Thermes) constituent des barrières majeures. Plus le trafic est dense, moins l'ours ose traverser. Dans les zones où les routes sont nombreuses, les ours sont contraints de réduire la taille de leur territoire. Voir un ours près d'axe routier ou traverser des routes la nuit ne démontre pas un comportement déviant. (vidéo ici)
  • L’évitement de l’homme : Les ours perçoivent les activités humaines comme une menace. Ils évitent soigneusement les zones urbanisées et les plaines agricoles intensives. Cette méfiance repousse les ours vers des zones de montagne plus accidentées, limitant ainsi leurs possibilités de rencontre entre les deux noyaux de population.
  • Un enjeu de cohabitation : Pour assurer l'avenir de l'ours, l'étude souligne l'urgence d'aménager le territoire. Cela passe par la création de passages à faune (ponts ou tunnels) et de systèmes d'alerte pour les automobilistes là où les corridors écologiques croisent les routes.

Améliorer la circulation de l'ours, c'est protéger l'ensemble de la biodiversité pyrénéenne.

En tant qu'espèce parapluie, l'ours a besoin de vastes territoires préservés pour se déplacer, se nourrir et se reproduire. Les actions mises en place pour préserver ses habitats et renforcer leur connectivité bénéficient également aux oiseaux, mammifères, insectes, amphibiens et à toute la biodiversité qui partage ces espaces.

Préserver une espèce parapluie, c'est donc protéger un écosystème entier, ce qui en fait un levier essentiel pour la conservation de la nature.

Référence : Dumortier N., Carruthers-Jones J., Sentilles J., Quenette P.-Y., Lemaître P.-L. & Vanpé C. 2026. — Connectivité fonctionnelle des paysages pyrénéens pour l’Ours brun Ursus arctos Linnaeus, 1758. Naturae 2026 (4): 81-105.

Consultation publique ours : Non aux tirs d’effarouchement renforcés !

Consultation publique ours : Non aux tirs d’effarouchement renforcés !

CECI EST UNE CONSULTATION PUBLIQUE MISE EN LIGNE PAR LE MINISTÈRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE


Le gouvernement a lancé une consultation publique sur un projet d'arrêté ministériel visant à modifier les conditions d'effarouchement de l'ours brun dans les Pyrénées pour la saison 2026
. Ce texte prévoit d'étendre la pratique de l'effarouchement renforcé (tirs à double détonation) à des intervenants extérieurs à l'Office français de la biodiversité (OFB), tels que les éleveurs, les bergers et les lieutenants de louveteries. L'objectif affiché est d'accroître la réactivité face aux attaques de troupeaux en permettant des interventions plus rapides.

Un projet alarmant qui ouvre la porte AUx dérives

Ce projet présente de graves lacunes et dangers pour la survie de l'espèce :

  • Incompatibilité avec la conservation : L'ours brun est une espèce strictement protégée. Malgré une légère augmentation, la population pyrénéenne reste fragile et sa diversité génétique est insuffisante pour garantir sa viabilité à long terme. Assouplir les règles d'effarouchement contredit ces objectifs de protection. Les tirs peuvent provoquer stress, fuite désordonnée et un risque d'avortement des mères enceintes.

     

  • Manque d'expertise et risques d'erreurs : Confier des tirs à double détonation à des personnes (bergers ou éleveurs) qui peuvent avoir un a priori négatif sur l'ours est risqué. Il est complexe de distinguer, sur le terrain, une simple présence à proximité d'une véritable attitude de prédation sans ambiguïté.

     

  • Danger pour les oursons : Il existe un risque réel que des tirs assourdissants séparent une femelle de ses oursons, compromettant leur survie, malgré les mentions de précaution dans le texte.  

     

  • Critères flous et incertitude juridique : Les textes sont contradictoires : certains passages exigent une "attitude de prédation" manifeste, tandis que d'autres autorisent le tir dès qu'un ours est repéré à "proximité immédiate". Cette ambiguïté peut mener à des interventions excessives

Mobilisons-nous avant le 29 juin !

Il est crucial de réagir, car une majorité de contributions à la consultation publique sont actuellement favorables au projet. De nombreux participants soutiennent que l'ours doit "réapprendre la crainte de l'homme" pour protéger le pastoralisme.

Si nous ne nous faisons pas entendre, ces mesures dérogatoires pourraient devenir la norme, au détriment de la biodiversité. Vous avez jusqu'au 29 juin 2026 pour déposer votre avis et demander le retrait de ces dispositions dangereuses pour l'avenir de l'ours dans nos montagnes.

pour participer ⬇️​

ÉTAPE 1 : Cliquez sur le lien de la consultation 👇​

ÉTAPE 2 : Descendez en bas de la page de la consultation et cliquez sur ⬇️​

 

ÉTAPE 3 : copier coller le texte ci-dessous "Notre proposition de réponse" (pour l'afficher appuyer le petit + à droite du texte dans l'encadré).

Changez quelques mots et phrases pour que votre réponse soit prise en compte (si tout le monde met le même texte, le commentaire ne sera pas pris en compte).

NOTRE PROPOSITION DE RÉPONSE À ADAPTER AVEC VOS MOTS

1. Une mesure incompatible avec les objectifs de conservation de l’espèce

L’ours brun est une espèce strictement protégée à l’échelle nationale et européenne. Malgré les progrès observés ces dernières années, la population pyrénéenne demeure fragile : ses effectifs restent limités et sa diversité génétique insuffisante pour garantir sa viabilité à long terme. Dans ce contexte, l’extension ou l’assouplissement des dispositifs d’effarouchement apparaît en contradiction avec les objectifs de préservation et de restauration de l’espèce.

2. Une dérogation qui nécessite un encadrement rigoureux

L’effarouchement constitue une mesure dérogatoire au régime de protection de l’ours. À ce titre, sa mise en œuvre doit rester strictement encadrée et confiée à des personnes disposant d’une parfaite connaissance de la réglementation, des conditions d’intervention et des enjeux liés à la conservation de l’espèce.

Il sera difficile à des personnes peu formées (Bergers, éleveurs, personnes du groupement pastoral), ayant, pour certains, un a priori négatif sur la présence de l’ours dans les Pyrénées, de distinguer une  attitude de prédation sans ambiguïté avant d’enclencher des tirs à double détonations.

3. Un risque d’erreurs d’appréciation sur le terrain

L’arrêté prévoit d’élargir le nombre de personnes susceptibles de réaliser des tirs d’effarouchement. Or, il peut être particulièrement difficile pour des intervenants peu ou pas formés (Bergers, éleveurs, personnes du groupement pastoral), et parfois déjà opposés à la présence de l’ours, d’évaluer avec objectivité le comportement de l’animal.

La distinction entre une simple présence à proximité du troupeau,  et une véritable attitude de prédation sur un troupeau regroupé, peut s’avérer complexe, avec un risque accru de déclenchement injustifié des tirs à double détonation. Nous pouvons aussi douter de leur diligence et discernement, dans le cas d’une détection d’une femelle avec un ou plusieurs oursons, à veiller à ce que le tir assourdissant d’un tir à double détonation ne les sépare pas. Pas d’effarouchement envers des femelles suitées.

4. Des critères d’intervention insuffisamment précis

Les conditions autorisant le recours aux tirs d’effarouchement demeurent ambiguës et laissent une large place à l’interprétation. Alors que le paragraphe 6° de l’article 1 précise que l’intervention ne doit avoir lieu que lorsque l’ours se dirige « sans ambiguïté » vers le troupeau dans une attitude de prédation, le paragraphe 1° indique qu’il suffit qu’un ours soit repéré « à proximité immédiate » d’un troupeau regroupé pour la nuit. Cette contradiction crée une incertitude juridique et opérationnelle susceptible de conduire à des interventions excessives ou inappropriées.

Protégeons nos ours pyrénéens 
OURS : un premier bilan 2025 et les perspectives

OURS : un premier bilan 2025 et les perspectives

Cette année 2026 est marquée par le 30e anniversaire du premier lâché d'ours : mais que d’évènements depuis !

La population est factuellement en constante augmentation chaque année (96 ours en 2024 et + 11 % en moyenne depuis 2006), et les dernières observations visuelles et les analyses partielles de l’OFB sur l’année 2025 laissent présager encore une évolution positive de la population d’ours dans les Pyrénées :

-Des portées ont été détectées (à minima 6 avec 9 oursons)

-Le vieil ours NERE a encore été détecté en Ariège et plus récemment en octobre 2025 dans les Hautes-Pyrénées.

Une population en hausse, mais les problèmes génétiques persistent

Tout porterait à croire que  maintenant "c'est gagné", et que l'espèce est saine et viable ; ce sont souvent les arguments repris par leurs détracteurs afin de pousser l’état à réguler l’espèce !

La population d’ours brun dans les Pyrénées fait face à des problèmes génétiques substantiels qui menacent sa viabilité à moyen ou long terme en raison de sa petite taille et de son historique de gestion. Le problème génétique le plus notable est le niveau élevé et croissant de consanguinité au sein de la population :

  • Le coefficient moyen de consanguinité (F) de la population pyrénéenne a plus que doublé entre 2006 (0,063) et 2020 (0,132) .
  • Cette forte consanguinité résulte principalement de la monopolisation de la reproduction par le mâle dominant Pyros jusqu'à sa disparition supposée en 2018.
  • Les accouplements entre individus apparentés sont fréquents, incluant 13 accouplements entre père et fille4 entre frère et sœur et un entre demi-frère et demi-sœur, détectés durant la période d'étude jusqu'en 2020.
  • Ce niveau de consanguinité représente un risque potentiel élevé de dépression de consanguinité (réduction du succès de reproduction et/ou de la survie des individus).

Une étude démo-génétique est actuellement, menée par le Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN), l'OFB et le SLU (Université suédoise des sciences agricoles), afin de quantifier précisément les effets de cette consanguinité sur la démographie des ours dans les Pyrénées. Les résultats complets de cette thèse sont attendus pour la fin de l'année 2026, et nous espérons que l’état tiendra compte des conclusions et lâchera enfin des ours afin de renouveler le patrimoine génétique de la population ursine des Pyrénées.

Consultation : une révision inquiétante des mesures de conditionnement aversif des ours

Consultation : une révision inquiétante des mesures de conditionnement aversif des ours

Un nouveau projet d’arrêté, actuellement soumis à consultation publique, vise à modifier le cadre permettant aux préfets de mettre en place des mesures de conditionnement aversif à l’encontre des ours bruns dans les Pyrénées.

Principaux Changements

Changement de dénomination : Le terme « ours à problème » est remplacé pour se concentrer sur le comportement ponctuel de l'animal plutôt que sur l'individu lui-même.
Retrait de la « surprédation » : Les cas d'attaques répétées sur le bétail ne sont plus traités par ce protocole, mais par un cadre distinct (effarouchements simples et renforcés), car ces dommages sont souvent le fait de plusieurs ours et non d'un seul.
Simplification administrative : Un nouvel arrêté cadre permet aux préfets de mettre en œuvre des mesures de conditionnement sans attendre l'avis systématique du CSRPN (Conseil scientifique régional du patrimoine naturel), ce qui accélère l'intervention.

Comportements ciblés

Le protocole définit deux catégories de comportements justifiant une intervention :
1. La familiarité : Absence de fuite devant l'homme, présence diurne répétée dans des zones habitées, ou alimentation régulière via des ressources liées aux activités humaines.
2. L'agressivité : Grognements, charges d'intimidation non provoquées, ou attaques directes contre l'homme.

Mesures d'Intervention : Le Conditionnement Aversif

Le texte se concentre particulièrement sur l'étape 2 du protocole : le conditionnement aversif.

Méthode : Elle consiste à créer un réflexe de peur chez l'ours en associant un stimulus négatif à son comportement. Cela inclut des tirs de balles en caoutchouc vers l'arrière-train de l'animal et l'usage de munitions à double détonation pour l'effrayer sans le blesser durablement,,.
Exécution : Seuls les agents formés de l'Office français de la biodiversité (OFB) sont autorisés à mener ces opérations,.
Précautions : Une attention particulière est portée aux femelles accompagnées d'oursons pour éviter leur séparation.

Notre association est favorable, sur le principe, au recours au conditionnement aversif en tant qu’outil de gestion de la faune sauvage, lorsqu’il vise à restaurer chez l’ours brun un comportement de fuite naturel face à l’être humain.

Toutefois, nous émettons un avis défavorable sur le projet d’arrêté et le protocole qui lui est associé, en raison de nombreuses lacunes, imprécisions et zones d’ambiguïté. Ces insuffisances rendent son application incertaine, sujette à des interprétations divergentes, et risquent, à terme, de produire des effets contre-productifs pour la conservation de l’espèce. 

1. Flou dans les critères de déclenchement

Le projet d’arrêté repose sur les notions d’« interactions négatives » et de « comportement anormal ou dangereux » (article 2), dont la définition demeure trop imprécise.
Ces termes, excessivement larges, peuvent recouvrir des situations très différentes, allant de la simple présence de l’ours sans dommage à de réels risques pour les biens ou les personnes.
Cette absence de critères clairs et objectivables ne garantit ni une application proportionnée ni une cohérence dans le recours au conditionnement aversif. Il est indispensable de définir des seuils précis et gradués, fondés sur des données éthologiques explicites.

2. Affaiblissement du processus décisionnel

Le nouveau protocole affaiblit le cadre de consultation et de décision.

D’une part, la notion de « partenaires locaux » mentionnée à l’article 2 n’est pas définie, ce qui ne garantit pas l’association systématique des organisations de protection de l’ours, pourtant détentrices d’une expertise scientifique et de terrain essentielle. Cette imprécision ouvre la voie à des décisions insuffisamment étayées sur les plans biologique et éthologique.

D’autre part, le protocole remplace l’obligation faite au préfet de réunir les acteurs concernés par une simple faculté (« peut réunir »). Cette évolution constitue une régression majeure : elle supprime le caractère collégial et obligatoire de la consultation préalable à une décision dérogatoire lourde de conséquences, au détriment de la transparence et de la légitimité du dispositif.

Conclusion

Nous demandons que le projet d’arrêté et le protocole soient révisés afin :

  • de définir de manière objective et graduée les situations justifiant le recours au conditionnement aversif
  • de rétablir l’obligation formelle de consultation collégiale de l’ensemble des services de l’État et des partenaires, y compris les associations de protection, avant toute décision.

Ces garanties sont indispensables pour assurer une application rigoureuse du dispositif, compatible à la fois avec la sécurité des personnes et la conservation durable de l’ours brun dans les Pyrénées.

Pour en savoir plus sur la consultation 👇​

Pour participer

Allez tout en bas de la consultation et cliquez sur : 

Voici une une proposition de texte :

Objet : Défavorable au projet d’arrêté préfectoral

Je suis opposé à ce projet car le protocole doit être révisé afin :

  1. de définir de manière objective et graduée les situations justifiant le recours au conditionnement aversif ;
  2. de rétablir l’obligation formelle de consultation collégiale de l’ensemble des services de l’État et des partenaires, y compris les associations de protection, avant toute décision.

Ces garanties sont indispensables pour assurer une application rigoureuse du dispositif, compatible à la fois avec la sécurité des personnes et la conservation durable de l’ours brun dans les Pyrénées.

 

Nous avons jusqu'au 30 décembre.

Merci pour votre participation.

 

Les sénateurs veulent en finir avec le loup !

Les sénateurs veulent en finir avec le loup !

 A la demande du groupe « Les Républicains » a eu lieu le 16 janvier 2024 au Sénat un débat sur le thème : « Face à la prédation du loup, comment assurer l'avenir du pastoralisme ? » (1). Ou plutôt, une série de questions/réponses des sénateurs, au nombre de seize, à Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et connu pour être un ardent défenseur de la chasse, et cela en l’absence de tout contrepoids du ministère de l’Environnement.

UN DEBAT CONTRE LE LOUP

Ce débat s’inscrit dans le cadre d’une charge récurrente (2) contre le statut d’espèce strictement protégée du loup, orchestrée par des parlementaires (et des syndicats d’élevage), et qui existe depuis plusieurs années. Cette offensive a pris un coup d’accélérateur depuis que Mme Ursula von der Leyen, après la mort de son poney semble-t-il attribuée à un loup, a décidé en septembre 2023 de lancer une demande de changement de statut de protection auprès de la Commission Européenne. 

Les sénateurs présents ont déroulé les mêmes poncifs que la présidente de la Commission Européenne, à savoir que le loup est la cause des difficultés de l’élevage en France, que la pression de prédation est insupportable, tout comme la détresse des éleveurs, que l’on ne peut protéger les troupeaux d’ovins, bovins, équidés, etc …. etc … .

Nous avons souvent répondu dans ces colonnes à ces différents arguments, et rappellerons seulement qu’en dépit d’une population de loups qui a fait plus que doubler ces cinq dernières années, les dommages sont restés stables, ce qui montre que la politique de protection des troupeaux commence à montrer son efficacité.

UN SEUL BUT : EN FINIR AVEC LE LOUP

Mais le dernier Plan National d’Actions sur le loup et les activités d’élevage 2024-2029 (PNA) qui facilite encore l’accès aux tirs dérogatoires, et fait des tirs létaux l’unique réponse aux difficultés de cohabitation loup-élevage, ne suffit pas à nos parlementaires : ils veulent, sans l’exprimer ainsi bien entendu, en finir avec le loup. Seul le sénateur de l’Isère, totalement isolé, a tenté d’expliquer que les difficultés de la filière ovine avaient une autre origine, et ses arguments lui ont valu de se faire sévèrement tacler par le ministre de l’Agriculture.

Quelques extraits des interventions des Sénateurs lors du débat :

Le loup est déjà largement tiré en France (207 loups tués officiellement en 2023), sans compter le braconnage, sport national ; les quelques 2500 tirs dits de défense simultanés sur le territoire français ne suffisent pas, on s’achemine vers une exécution massive de loups, sans contrainte de protection des troupeaux, une chasse ouverte et permanente qui sera présentée comme conforme à la réglementation, et au statut visé d’ «  espèce protégée ». Un comble.

Prochaines étapes de l’initiative de déclassement : Conseil Environnement (formellement Conseil des ministres de l’Environnement de l’Union européenne) qui se tiendra fin janvier 2024 (scrutin : à la majorité simple), puis vote des états membres de la Convention de Berne (scrutin : à la majorité aux deux tiers).

(1) https://videos.senat.fr/video.4293847_65a679bf2fc18.seance-publique-du-16-janvier-2024-apres-midi?timecode=11461000

(2) https://questions.assemblee-nationale.fr/q16/16-329QG.htm

Consultation publique : dites non à la simplification des conditions de destruction du loup

Consultation publique : dites non à la simplification des conditions de destruction du loup

Le ministère de la Transition écologique s’apprête à déposer un nouvel arrêté qui prévoit de simplifier les conditions dans lesquelles des dérogations aux interdictions de destruction de loups peuvent être accordées par les préfets, avec l’objectif de faciliter et de multiplier les abattages.

Il est évident que nous sommes formellement opposés à cette simplification des conditions de destruction du loup.

 Une consultation publique est ouverte jusqu’au 7 décembre inclus. Animal Cross vous invite à vous opposer à ce projet d’arrêté.

Proposition d’argumentaire (attention vous ne pouvez pas copier-coller, sinon votre commentaire ne sera pas pris en compte) :

Ce projet d'arrêté confirme en tous points la politique de gestion du loup, centrée exclusivement sur leur abattage, au lieu de privilégier et d'encourager les solutions de cohabitation basées sur la protection des troupeaux. Comme le souligne le CNPN dans son avis de 2023, aucun bilan de la gestion du loup n'a été tiré pour la période précédente, et la réponse basée sur les tirs apportée par les ministères est inadéquate. 

La note d'introduction mentionne une fois de plus le " seuil de viabilité démographique fixé à 500 individus", alors que la taille en-dessous de laquelle la population de loups n'est pas viable, est de 500 individus reproducteurs, ce qui correspondrait pour la France à 2000 à 2500 individus.

On peut noter parmi les modifications en regard de l'arrêté ministériel d'octobre 2020:

  • article 2 : le loup continue à être détruit toute l'année, sans trêve pour la période de reproduction
  • articles 7 et 8 : l'effarouchement en tant que préalable aux tirs létaux a malheureusement disparu depuis des années. Il devrait être restauré, et interdit dans toutes les réserves, et pas seulement les réserves naturelles nationales
  • article 10 : une prédation pour laquelle on ne fait que supposer la responsabilité du loup est un motif de déclenchement de tirs létaux; une action létale sur la base d'une incertitude est une aberration.
  • article 11 : la suppression de la limitation de l’usage des caméras thermiques aux seuls lieutenants de louveterie, agents de l’OFB, et chasseurs, laisse penser qu'on autorise l'assistance de tierces personnes pour détecter les loups, ce que nous refusons. On laisse ainsi la porte ouverte à de véritables organisations incluant des détecteurs, et des tireurs équipés ou non de d'armes à détection thermique, ce qui explique la disparition de l'obligation d'éclairer la cible, sans doute jugée peu efficace.
  • article 15 :  le tir de défense simple, comme son nom l'indique, prévoyait un seul tireur à proximité du troupeau; cédant à la pression des chasseurs et éleveurs, on va encore plus loin en autorisant 2 à 3 tireurs. Pire, la condition préalable d'octroi du tir passe de 3 attaques (en 1 an) sur un troupeau à 3 attaques sur la commune, ce qui abaisse encore considérablement le seuil de déclenchement des tirs. Ainsi, en jouant sur le nombre de tireurs et sur les conditions préalables, le nombre de tirs, actuellement d'environ 2500 au plan national, va encore augmenter !
  • article 16 : les conditions d'octroi des tirs de défense renforcés (TDR) sont encore facilitées, et surtout les tirs ne sont pas interrompus après l'abattage d'un loup, ce qui peut conduire à des situations localement incontrôlées, et au dépassement du nombre plafond de loups pouvant être exécutés. Le passage de TDS à TDR peut être très rapide, sans que le préfet n'ait eu le temps de le contrôler. Tout ceci, avec l'appui de l'article 17, conduit à des situations de tirs tous azimuts et sans contrôle effectif.

Au plan de ce qui existait déjà dans l'arrêté de 2020, nous contestons:

  •  la notion de troupeau non protégeable, une spécificité française purement politique et non fondée sur une réalité, permet de supprimer des loups dans des zones très importantes, et contrevient aux deux conditions dérogatoires "il n’existe pas d’autres solutions satisfaisantes et que les opérations ne nuisent pas à l’état de conservation de la population de loups.".
  • les tirs de prélèvement, certes de moins en moins utilisés, devraient être retirés de l'arsenal létal car ils sont déconnectés des actes de prédation. Assortis des articles 20 et 21, la possibilité d'une chasse au loup  est encore poussée plus loin, sans préalable de protection des troupeaux ni de celle de tirs plus contrôlés
  • la politique visant à clairement empêcher l'installation de loups en dispersion, en les tirant sans autre forme de procès, de façon à cantonner les loups aux massifs alpins

Toutes ces mesures, à l'évidence dictées par le Ministère de l'Agriculture, installent la France en tant que destructeur de faune sauvage, et pays méprisant les avis scientifiques et détournant les traités de protection du vivant qu'il a signés.

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