Les résultats publiés montrent encore une fois l’urgence d’engager des politiques de protection et de restauration à la hauteur de la crise.
Une biodiversité mieux suivie, mais toujours plus fragilisée
Depuis 1992, la directive européenne « Habitats, Faune, Flore » (DHFF) constitue le rempart juridique essentiel de la nature en Europe. Son ambition est vitale : garantir le maintien ou le rétablissement dans un état de conservation « favorable » de 129 habitats naturels et 307 espèces animales et végétales sur le sol français.
En tant que pays abritant une diversité biologique exceptionnelle, la France porte une responsabilité immense. Elle est d’ailleurs la nation européenne réalisant le plus grand nombre d’évaluations scientifiques, avec plus de 1 000 évaluations pour la période 2019-2024.
Pourtant, ce haut niveau d’expertise ne doit pas masquer une réalité brutale : notre patrimoine naturel s’érode sous nos yeux, et les données du 4e rapport DHFF constituent un signal d’alarme que nous ne pouvons plus ignorer.
Une dégradation qui s’accélère
Les derniers indicateurs scientifiques virent au rouge vif. Le constat dressé par nos experts pour la période 2019-2024 témoigne d’une perte d’héritage biologique sans précédent :
- 67 % des évaluations globales sont désormais défavorables, une aggravation par rapport aux 64 % de la période précédente.
- La part du vivant en état « favorable » s’effondre, chutant de 26 % à seulement 22 %.
- 39 % des évaluations affichent une tendance claire au déclin. Si l’on écarte les cas où les données sont insuffisantes, ce chiffre alarmant grimpe à 49 %.

Des espèces fragilisées dans des milieux de plus en plus dégradés
L’analyse de l’état de conservation révèle une fracture entre les espèces et les milieux qui les abritent. Si les premières sont en péril, leurs habitats, eux, sont en train de s’effondrer.
- Espèces : près de 2/3, soit 62 %, des évaluations révèlent un état de conservation défavorable. Seules 24 % des espèces parviennent à se maintenir dans un état satisfaisant.
- Habitats : la situation est catastrophique. 4/5, soit 80 %, des habitats naturels de France sont dans un état de conservation défavorable.
Il existe par ailleurs des zones d’ombre inacceptables. Pour les espèces, 14 % des évaluations restent classées comme « inconnues », notamment pour les lichens.
Des régions encore relativement préservées, d’autres très dégradées
La carte de la biodiversité française montre des visages très différents selon les régions biogéographiques.
- Les derniers refuges : la région Alpine, qui englobe les Alpes et les Pyrénées, demeure le bastion le mieux préservé de l’Hexagone. La région méditerranéenne terrestre parvient également à maintenir un meilleur niveau pour ses espèces, bien que ses milieux de vie soient fragiles.
- Les zones en état d’urgence : les régions Atlantique et Continentale sont les plus sinistrées. Près de 80 % des évaluations y sont défavorables. La zone Atlantique détient le triste record de la région où les habitats sont les plus menacés.
En milieu marin, si l’ignorance domine encore faute de données suffisantes, les informations disponibles sont préoccupantes : la situation est jugée majoritairement défavorable, avec une dégradation particulièrement forte en Méditerranée.
Littoraux, zones humides et milieux agricoles particulièrement fragilisés
L’examen détaillé des écosystèmes montre que certains milieux sont particulièrement fragilisés.
Milieux littoraux et dunaires
Ce sont les plus dégradés. 45 % sont en état « défavorable mauvais » et surtout 36 % sont en déclin actif. Entre assaut climatique et pression touristique incessante, ces milieux étouffent.
Milieux aquatiques et humides
Seuls 11 % sont en état favorable. Les estuaires, les tourbières et les landes humides sont les plus meurtris par les pollutions agricoles et l’artificialisation.
Ce déclin frappe de plein fouet des espèces fragiles comme le sonneur à ventre jaune, la couleuvre à collier de Corse, les tritons, la rainette verte et la cistude d’Europe.

Milieux forestiers et rocheux
Ils présentent une meilleure résilience. La forêt affiche 31 % de « favorable », grâce à des protections anciennes permettant au lynx et au chat forestier de maintenir des dynamiques positives, malgré des pressions persistantes sur les chauves-souris.

Milieux agropastoraux
Écartelés entre intensification et abandon des terres, ils voient disparaître leurs joyaux : les papillons Apollon et Damier de la succise, ainsi que la célèbre Arnica des montagnes.
De nouveaux objectifs européens pour restaurer les écosystèmes
L’espoir réside aujourd’hui dans une législation européenne historique : le règlement sur la restauration de la nature, publié le 24 juin 2024. Ce texte n’est plus une simple recommandation, mais une obligation de résultats pour restaurer les habitats dégradés :
- 30 % des surfaces en mauvais état restaurées d’ici 2030.
- 60 % d’ici 2040.
- 90 % d’ici 2050.
Les données de ce bilan 2026 sont la pierre angulaire du futur Plan national de restauration prévu pour septembre 2026.
Ce plan doit aller au-delà des zones protégées pour ramener la vie partout, du bois mort de nos forêts aux oiseaux de nos campagnes.
Ce que demande Animal Cross
Nous demandons également que les politiques environnementales et de gestion de la faune soient mises en cohérence avec les objectifs européens et avec les connaissances scientifiques disponibles.