Paru début septembre, le 4e rapport de la directive européenne « Habitats, Faune, Flore » dresse un constat préoccupant de l’état de la biodiversité française pour la période 2019-2024. Alors que les connaissances scientifiques progressent, les habitats naturels et de nombreuses espèces continuent de se dégrader.
Les résultats publiés montrent encore une fois l’urgence d’engager des politiques de protection et de restauration à la hauteur de la crise.

Une biodiversité mieux suivie, mais toujours plus fragilisée

Depuis 1992, la directive européenne « Habitats, Faune, Flore » (DHFF) constitue le rempart juridique essentiel de la nature en Europe. Son ambition est vitale : garantir le maintien ou le rétablissement dans un état de conservation « favorable » de 129 habitats naturels et 307 espèces animales et végétales sur le sol français.

En tant que pays abritant une diversité biologique exceptionnelle, la France porte une responsabilité immense. Elle est d’ailleurs la nation européenne réalisant le plus grand nombre d’évaluations scientifiques, avec plus de 1 000 évaluations pour la période 2019-2024.

Pourtant, ce haut niveau d’expertise ne doit pas masquer une réalité brutale : notre patrimoine naturel s’érode sous nos yeux, et les données du 4e rapport DHFF constituent un signal d’alarme que nous ne pouvons plus ignorer.

Une dégradation qui s’accélère

Les derniers indicateurs scientifiques virent au rouge vif. Le constat dressé par nos experts pour la période 2019-2024 témoigne d’une perte d’héritage biologique sans précédent :

  • 67 % des évaluations globales sont désormais défavorables, une aggravation par rapport aux 64 % de la période précédente.
  • La part du vivant en état « favorable » s’effondre, chutant de 26 % à seulement 22 %.
  • 39 % des évaluations affichent une tendance claire au déclin. Si l’on écarte les cas où les données sont insuffisantes, ce chiffre alarmant grimpe à 49 %.
Alors que la science s’affine et que nos connaissances n’ont jamais été aussi précises, la santé de notre environnement continue de se dégrader. Mais la science seule ne peut sauver les espèces : elle doit être suivie de décisions politiques et d’actions de terrain.

Dunes littorales et plage d'Hourtin en Gironde, sur la côte atlantique française
Dunes littorales d’Hourtin, en Gironde. Photo : Anthony Baratier / Wikimedia CommonsCC BY-SA 4.0.

Des espèces fragilisées dans des milieux de plus en plus dégradés

L’analyse de l’état de conservation révèle une fracture entre les espèces et les milieux qui les abritent. Si les premières sont en péril, leurs habitats, eux, sont en train de s’effondrer.

  • Espèces : près de 2/3, soit 62 %, des évaluations révèlent un état de conservation défavorable. Seules 24 % des espèces parviennent à se maintenir dans un état satisfaisant.
  • Habitats : la situation est catastrophique. 4/5, soit 80 %, des habitats naturels de France sont dans un état de conservation défavorable.

Il existe par ailleurs des zones d’ombre inacceptables. Pour les espèces, 14 % des évaluations restent classées comme « inconnues », notamment pour les lichens.

En mer, l’angle mort est particulièrement important : 49 % des évaluations en milieu marin sont classées « inconnues ». Ce manque de données constitue un obstacle majeur à une protection efficace des océans.

Des régions encore relativement préservées, d’autres très dégradées

La carte de la biodiversité française montre des visages très différents selon les régions biogéographiques.

  • Les derniers refuges : la région Alpine, qui englobe les Alpes et les Pyrénées, demeure le bastion le mieux préservé de l’Hexagone. La région méditerranéenne terrestre parvient également à maintenir un meilleur niveau pour ses espèces, bien que ses milieux de vie soient fragiles.
  • Les zones en état d’urgence : les régions Atlantique et Continentale sont les plus sinistrées. Près de 80 % des évaluations y sont défavorables. La zone Atlantique détient le triste record de la région où les habitats sont les plus menacés.

En milieu marin, si l’ignorance domine encore faute de données suffisantes, les informations disponibles sont préoccupantes : la situation est jugée majoritairement défavorable, avec une dégradation particulièrement forte en Méditerranée.

Littoraux, zones humides et milieux agricoles particulièrement fragilisés

L’examen détaillé des écosystèmes montre que certains milieux sont particulièrement fragilisés.

Milieux littoraux et dunaires

Ce sont les plus dégradés. 45 % sont en état « défavorable mauvais » et surtout 36 % sont en déclin actif. Entre assaut climatique et pression touristique incessante, ces milieux étouffent.

Milieux aquatiques et humides

Seuls 11 % sont en état favorable. Les estuaires, les tourbières et les landes humides sont les plus meurtris par les pollutions agricoles et l’artificialisation.

Ce déclin frappe de plein fouet des espèces fragiles comme le sonneur à ventre jaune, la couleuvre à collier de Corse, les tritons, la rainette verte et la cistude d’Europe.

Zone humide naturelle avec végétation et étendue d'eau
Zone humide — photo d’illustration. Photo : Steve Hillebrand, U.S. Fish and Wildlife Service /Wikimedia Commons — domaine public.

Milieux forestiers et rocheux

Ils présentent une meilleure résilience. La forêt affiche 31 % de « favorable », grâce à des protections anciennes permettant au lynx et au chat forestier de maintenir des dynamiques positives, malgré des pressions persistantes sur les chauves-souris.

Lynx boréal marchant dans un environnement boisé
Lynx boréal — photo d’illustration, photographie réalisée en captivité. Photo : Mathias Appel /Wikimedia CommonsCC0 1.0.

Milieux agropastoraux

Écartelés entre intensification et abandon des terres, ils voient disparaître leurs joyaux : les papillons Apollon et Damier de la succise, ainsi que la célèbre Arnica des montagnes.

De nouveaux objectifs européens pour restaurer les écosystèmes

L’espoir réside aujourd’hui dans une législation européenne historique : le règlement sur la restauration de la nature, publié le 24 juin 2024. Ce texte n’est plus une simple recommandation, mais une obligation de résultats pour restaurer les habitats dégradés :

  • 30 % des surfaces en mauvais état restaurées d’ici 2030.
  • 60 % d’ici 2040.
  • 90 % d’ici 2050.

Les données de ce bilan 2026 sont la pierre angulaire du futur Plan national de restauration prévu pour septembre 2026.

Ce plan doit aller au-delà des zones protégées pour ramener la vie partout, du bois mort de nos forêts aux oiseaux de nos campagnes.

Ce que demande Animal Cross

Animal Cross demande que la France accélère réellement la restauration des habitats, protège en priorité les milieux encore fonctionnels et développe un réseau ambitieux d’espaces en libre évolution.
Nous demandons également que les politiques environnementales et de gestion de la faune soient mises en cohérence avec les objectifs européens et avec les connaissances scientifiques disponibles.