Les routes tuent plus d’animaux qu’on ne l’imagine et nous sommes directement concernés…
En France, notre réseau routier est parmi les plus vastes et denses d’Europe : près de 1,1 million de kilomètres sillonnent le pays. Autant de trajets possibles… et autant de risques de collisions pour la faune sauvage. Qui n’a jamais aperçu un animal mort sur le bord d’une route ?
Ces victimes visibles ne représentent pourtant qu’une infime partie du drame. Et si, après la destruction des habitats, la pollution et l’agriculture intensive, les routes étaient devenues la deuxième grande cause de mortalité de notre biodiversité ?
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Des chiffres alarmants : une mortalité massive et sous-estimée
C’est ce que révèlent les travaux d’Annaëlle Bénard de 2023-2025, menés en partenariat avec la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO). Des chiffres faramineux, bien loin des quelques cadavres que nous apercevons au bord des routes. Une hécatombe silencieuse, bien plus massive qu’on ne l’imagine.
Selon ses travaux, le nombre total d’animaux sauvages tués chaque année sur nos routes se situe entre 10,8 millions et plus de 395 millions d’individus, avec une médiane estimée à 40 millions d’animaux sauvages tués.
Ce sont les petits oiseaux de moins de 20g les plus touchés avec une estimation de 37,5 millions par an. D’autres espèces sont également largement touchées comme le hérisson d’Europe, espèce pourtant protégée, avec environ 907 300 animaux tués.
Ces estimations inédites demeurent cependant prudentes et probablement sous-estimées car ils n’incluent ni les animaux projetés dans les fossés, ni ceux coincés dans les calandres, ni les blessés allant mourir plus loin dans la nature.
Estimation du nombre d’animaux sauvages tués sur les routes (source Annaëlle Bénard)
| Groupe d’espèces | Fourchette Basse | Estimation Retenue (Médiane) | Fourchette Haute |
|---|---|---|---|
| Petits oiseaux (< 20g) | 10 000 000 | 37 500 000 | 384 500 000 |
| Hérissons d’Europe | 235 000 | 907 300 | 3 710 800 |
| Mammifères carnivores (Renards, Blaireaux, Martres/Fouines) | 104 200 | 431 700 | 1 903 800 |
| Reptiles (Serpents, Lézards et Cistude d’Europe) | 65 557 | 223 515 | 627 675 |
| Rapaces (Nocturnes et Diurnes) | 77 696 | 202 025 | 508 738 |
| Autres Mammifères (Chevreuils, Sangliers, Lièvres, autres petits carnivores…) | ~ 48 400 | 199 007 | ~ 883 500 |
| Autres Oiseaux (Merles, Grives, Corvidés, Colombidés, Pics…) | ~ 207 900 | 687 700 | ~ 2 616 000 |
| TOTAL GÉNÉRAL ESTIMÉ | ~ 10,8 millions | ~ 40 millions | ~ 396,3 millions |
Cas particulier du Lynx : en 2022, 24 lynx on été tués sur les routes, sachant que l’on estime entre 108 et 173 le nombre d’individus. Les collisions routières constituent la menace principale pour le Lynx boréal en France, représentant à elles seules 60 % de la mortalité détectée chez cette espèce.
Schéma explicatif du nombre d’animaux tués sur les routes (effet iceberg) et les plus touchés
Pourquoi les fourchettes d’estimation sont-elles aussi larges ?
- La disparition “éclair” des cadavres : Les petites carcasses (comme les passereaux de moins de 20 grammes) disparaissent de la route en moins de 30 minutes à cause du trafic, du vent et des charognards.
- La très faible détectabilité : Depuis un véhicule roulant à 80 ou 90 km/h, un conducteur ne détecte qu’environ 3 % des petits animaux ou de ceux au pelage sombre. Un expert à pied repère 34 fois plus d’animaux qu’un automobiliste lambda.
- Le taux de signalement citoyen : Les données reposent en grande partie sur le volontariat (sciences participatives), et l’on estime que seul un tiers des animaux aperçus est réellement signalé.
Quels sont les facteurs influençant les collisions ?
Les facteurs influençant les collisions entre les véhicules et la faune sauvage sont multiples et s’articulent autour de quatre dimensions principales : les caractéristiques de l’infrastructure, le trafic, le milieu environnant (paysage) et la biologie propre à chaque espèce animale.
- L’infrastructure et le trafic : La vitesse est le facteur aggravant principal, le risque explose au-delà de 90 km/h. La densité du trafic augmente le risque jusqu’à un certain seuil (estimé selon les sources entre 2 500 et 10 000 véhicules/jour), au-delà duquel un effet barrière se produit : le bruit et le mouvement dissuadent les animaux de la traverser. Les clôtures mal entretenues ou discontinues (près des échangeurs) peuvent également piéger les animaux sur les voies.
- Les facteurs paysagers : Les routes traversant des lisières de forêts, longeant des cours d’eau ou coupant des corridors écologiques concentrent les “points noirs”.
- Les comportements biologiques : Les amphibiens migrent en masse et se figent face aux phares (“pausers”), les reptiles s’exposent sur le bitume chaud pour thermoréguler, tandis que la chasse automnale pousse les sangliers paniqués sur les routes.
- Le moment de la journée et l’année : Le risque culmine la nuit, et particulièrement au crépuscule et à l’aube, ainsi qu’au printemps (rut, migrations) et en automne (dispersion des jeunes).
Schémas des facteurs influençant les collisions
Quels impacts sur la biodiversité ? (Une cause de mortalité majeure)
- Un prélèvement aveugle : Contrairement à la prédation naturelle qui cible les individus faibles, la route tue indifféremment les individus les plus vigoureux, accélérant le déclin démographique.
- L’effet “Puits” (Sink effect) : Les bords de route attirent les insectes et rongeurs, attirant à leur tour leurs prédateurs (renards, rapaces) qui se font écraser. Ces animaux tués laissent des territoires vides qui attirent de nouveaux individus, lesquels sont tués à leur tour, créant un phénomène d’épuisement continu des populations adjacentes.
- La fragmentation et l’isolement : En plus de tuer, les routes agissent comme une barrière (totale ou partielle) qui empêche les animaux d’accéder à des ressources vitales (nourriture, partenaires, zones de reproduction). L’isolement des populations sur de petites “zones” d’habitat limite le brassage génétique, provoquant une consanguinité, ce qui fragilise la viabilité des population et la survie à long terme.
- Entrave à l’adaptation au changement climatique : Les infrastructures routières, en multipliant les obstacles et les points de mortalité, constituent un frein majeur à la capacité de déplacement vers des zones plus propices aux populations.
- Déséquilibres écosystémiques : La perte de diversité induite par les collisions perturbe les équilibres trophiques (relations proies-prédateurs) et les services écosystémiques associés. Par exemple, la disparition massive d’amphibiens lors de migrations saisonnières interrompues par une route peut compromettre la survie locale de l’ensemble de leur population et affecter les prédateurs qui en dépendent.
Schémas des impacts du réseau routier sur la biodiversité
Quelle place laisser au vivant ?
Entre la fragmentation des territoires, la destruction de leurs habitats, la pollution et l’intensification de nos activités agro-industrielles, liées à une activité humaine toujours plus dense et intense, quelle place souhaitons-nous laisser au vivant dans cette course effrénée vers la croissance ?
Nous avons bien plus besoin du vivant qu’il n’a besoin de nous. N’est-il pas temps de repenser notre manière d’interagir avec le vivant, de l’intégrer pleinement dans nos comportements et notre façon de vivre ?
Préserver le vivant devient une nécessité et cela demande de changer nos habitudes : accepter de ralentir sur certaines routes à des périodes clés, accepter qu’un tronçon soit temporairement fermé pour permettre la migration des batraciens, ou encore adapter nos déplacements aux rythmes de la nature.
Les animaux, pour survivre, doivent sans cesse s’adapter à notre monde. Ils modifient leurs itinéraires pour éviter nos routes, nos zones de chasse, nos villes. Nous les acculons dans des espaces toujours plus restreints, toujours plus fragmentés. Cela a un impact bien plus important que nous le pensons.
Car tout est lié : sans insectes ni batraciens, les oiseaux disparaissent. Sans oiseaux, les petits mammifères et les mustélidés déclinent à leur tour. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que les campagnes, autrefois bouillonnantes de vie, deviennent désertiques et silencieuses.
Pourtant, nous pouvons agir, changer nos comportements sur les routes, prendre conscience du danger que nous représentons et intégrer dans nos habitudes ces moments de vigilance et de respect qui peuvent permettre de laisser plus de place à cette faune sauvage que nous apprécions tant.
Comment agir ?
Nous pouvons avoir un impact concret à notre échelle :
🟢Être plus prudent et attentif sur la route :surtout la nuit, à l’aube et au crépuscule, période où l’activité animale est la plus forte. Mais également en zone forestière, proche de cours d’eau ou lors des saisons critiques (printemps, automne, jours de pluie).
🟢 Réduire sa vitesse : cela permet d’augmenter notre vigilance et surtout, cela offre le temps de réaction nécessaire pour éviter le choc autant pour l’automobiliste que pour l’animal.
🟢 Sensibiliser : Parlez-en autour de vous. Informer les autres conducteurs des risques pour la faune est une action essentielle pour faire changer les comportements.
🟢 Participer aux sciences participatives : vous pouvez signalez les animaux morts que vous croisez via des applications gratuites comme NaturaList ou sur le portail Faune-France. Ces données permettent aux scientifiques et aux associations de prouver l’existence de “points noirs” et d’exiger des pouvoirs publics la construction d’aménagements protecteurs (passage à faune, crapauducs, panneaux de signalisation lumineux etc.).
Que faire lorsque vous percutez un animal sur la route ou êtes témoin d’une collision ?
En amont
- Renseignez-vous sur le Centre de Soins pour la Faune Sauvage le plus proche. S’il est trop loin, vous pouvez leur demander quelle la clinique vétérinaire de référence de votre département.
- Ayez le matériel dans votre voiture pour porter secours de manière efficace.
Enfilez un gilet jaune et placez un triangle de signalisation
Étape 2 : Évaluer la situation, si l’animal est mort ou blessé
Étape 3 : Si l’animal est mort, déplacez le corps vers le bord de la route, en prenant vos précautions avant de toucher l’animal
N’hésitez pas à témoigner une marque de respect.
Un vétérinaire, s’il a la compétence, peut aussi prendre en charge un animal sauvage blessé pour les premiers soins
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à télécharger et à placer dans votre boîte à gant !


