NON à ce projet d’arrêté qui conduit à l’exécution facilitée de toujours plus de loups !

NON à ce projet d’arrêté qui conduit à l’exécution facilitée de toujours plus de loups !

Animal Cross invite tout un chacun à dire NON au projet d’arrêté ministériel modifiant l’arrêté du 21 février 2024 fixant les conditions et limites dans lesquelles des dérogations aux interdictions de destruction peuvent être accordées par les préfets concernant le loup. La consultation publique est ouverte jusqu'au 17 janvier 2025.

Pour cela, rendez-vous sur le site de la consultation publique et déposez un commentaire défavorable à ce projet d’arrêté en invoquant divers arguments, tels que   :

Sur l'article 5 modifié : 

Sur autorisation du préfet, les lieutenants de louveterie pourraient dorénavant prendre en charge le cadavre d’un loup ou faire la recherche d’un loup blessé. Malheureusement nous avons pu constater des actes illégaux de la part de lieutenants de louveterie, comme par exemple l’un d’entre eux qui en Haute-Savoie a dissimulé un cadavre de loup, découvert dans son garage par l’OFB, ou encore des actes illégaux d’appâtage.
Cette nouvelle disposition ouvrirait inutilement la porte à des modifications de scène de tir, et empêcherait l’OFB d’effectuer un contrôle a posteriori de l’environnement du tir et de ses modalités d'exécution. Elle retire une nouvelle fois une prérogative de l’OFB au profit du monde cynégétique auquel appartiennent les louvetiers.

 Concernant l'article 6 modifié :

L’expression « réduction de vulnérabilité » est moins ambitieuse et engageante que la « protection des troupeaux », et devrait donc être bannie. Cette sémantique peu exigeante participe du détricotage du statut de protection du loup.
La possibilité donnée au préfet de reconnaître des troupeaux d’ovins et caprins comme étant non protégeables est la porte ouverte à des excès, sous la pression des organisations syndicales agricoles, car selon les conseils en protection de la DDTM, il est toujours possible de mettre en place des éléments de protection, comme nous le constatons sur les alpages ou estives les plus pentus, vallonnés, rocailleux ou parsemés d’arbustes favorables à l’approche du loup, même si c’est au prix d’un surcroît de travail pour l’éleveur ou le berger.
Le chapitre IV souligne qu’il n’existe pas de référentiel de protection pour les bovins/équins. D’une part, il n’existe pas encore, en dépit d’un groupe de travail du GNL dédié, parce que les syndicats d’élevage sont arc-boutés au fait de déclarer leurs troupeaux non-protégeables. D’autre part, l’étude de « parangonnage sur la politique publique du loup » conduite par les inspections IGEDD/CGAAER (juillet 2023) indique justement que des moyens de protection des troupeaux bovins sont utilisés dans d'autres pays européens et sont efficaces.
La 6e recommandation du rapport IGEDD/CGAAER porte précisément sur l'abandon de la notion de non-protégeabilité pour les bovins.
De plus, le tir pourra être autorisé dès que l’on constate une prédation (« loup non-exclu »)  au cours des 12 derniers mois. Il s’agit d’un seuil bien trop bas. Le régime dérogatoire prévoit que la dérogation ne peut être accordée que pour des dommages importants ou récurrents. Aussi, cette disposition fixant le seuil à une seule prédation n’est pas conforme à la réglementation européenne.

S'agissant enfin de l'article 14 modifié :

La prédation sur ovins/caprins s’est en partie déplacée vers les bovins, avec la montée en puissance globale des protections sur ovins et caprins. Au lieu de faire de même avec les bovins, l’Etat décide de faciliter encore les tirs à proximité de ces derniers, plutôt que d’encourager les éleveurs à protéger comme cela a été fait avec un certain succès pour les ovins/caprins. C’est incompréhensible, sauf à souhaiter une réduction des populations de loups cohérente avec le positionnement de la France au sujet du déclassement européen de leur statut.

Le Conseil National de Protection de la Nature s’est prononcé sur ce projet. Sans surprise, il a rendu un avis défavorable, ce qui devrait alerter le législateur.

Haute-Savoie : des loups tirés à proximité des troupeaux peu ou pas protégés

Haute-Savoie : des loups tirés à proximité des troupeaux peu ou pas protégés

En Haute-Savoie, la cohabitation entre loups et troupeaux révèle des dysfonctionnements préoccupants dans l’application des mesures de protection. Les conditions dérogatoires encadrant les tirs de défense sont régulièrement contournées, et ce, au détriment des loups abattus chaque année sur les mêmes exploitations où la protection des troupeaux reste lacunaire.

Protection des troupeaux lacunaire depuis plusieurs années

Saint-Gervais : Depuis 2022, plusieurs loups ont été blessés ou tués dans cette commune. Pourtant, le troupeau concerné présente des manquements graves :

  • Des brebis oubliées hors du parc de nuit.
  • Des parcs mal entretenus, parfois non électrifiés ou ouverts.
  • Des chiens de protection inactifs face aux intrusions.

En parallèle, à quelques centaines de mètres, un autre troupeau de taille équivalente, bénéficiant de protections correctement appliquées, n’a plus subi d’attaques depuis 2021.

Manigod : Là encore, les protections affichées sur le papier contrastent avec la réalité observée. Des brebis laissées hors des parcs de nuit, des parcs non fermés ou encore l’absence du berger sont des pratiques qui persistent malgré les attaques répétées (jusqu’à 22 en 2022).

Une gestion déséquilibrée

Attribuer des tirs de défense dans de telles conditions pose question. L’octroi de tirs renforcés, comme celui autorisant jusqu’à dix tireurs simultanés, ne devrait pas être attribué en vue de compenser des carences humaines.

Des solutions existent

Les exemples de troupeaux correctement protégés démontrent que des pratiques rigoureuses permettent de réduire les attaques sans avoir recours à des tirs. Ces réussites devraient inspirer une gestion plus éthique et respectueuse des loups, tout en protégeant efficacement les troupeaux.

Ces constats, étayés par des observations de terrain (Animal Cross et d'autres contributeurs sillonnent le terrain depuis des années) et des vidéos documentées, ont été transmis aux autorités compétentes pour un nécessaire réajustement des pratiques. La protection des troupeaux passe avant tout par une réelle mise en œuvre des mesures contractuelles et subventionnées, et non par une systématisation des tirs.

Agissez pour la protection du loup !

Agissez pour la protection du loup !

L'heure est grave pour le loup dans toute l'Europe !
La Commission européenne a soumis à la Convention de Berne une demande d'abaissement du statut de protection des loups (demande datée du 17.09.2024). Cette décision pourrait avoir des effets dévastateurs sur la conservation des espèces dans toute l'Europe (voir notre article du 23 septembre 2024).

Cette décision sera délibérée et prise entre le 4 et le 6 décembre 2024.

 

Ne laissons pas passer une telle décision. Agissons !

Adressez par email une plainte auprès de la Convention de Berne pour vous opposer à l'abaissement du statut de protection des loups en France.

Comment faire ?

  • Remplissez le formulaire de plainte ci-joint que nous avons pré-rempli pour vous, avec vos données personnelles. Adaptez-le si vous le jugez nécessaire.
  • Adressez-le à la Convention de Berne  par mail à l'adresse suivante : bern.convention@coe.int. Chaque voix compte pour envoyer un signal fort en faveur de la protection des espèces.
  • Objet du message : plainte contre la Commission européenne au sujet du projet de déclassement du statut de protection des loups en France
  • Exemple de corps de message : Bonjour, je suis opposé au projet en cours de déclassement du statut de protection des loups, et vous adresse en tant que citoyen(ne) français le formulaire joint de plainte auprès du secrétariat de la Convention de Berne, selon la procédure prévue par la convention. Vous en souhaitant bonne réception, avec mes meilleures salutations. Signature.
  • après avoir choisi "Télécharger le Word", choisir dans Word "télécharger le fichier"
  • dans la fenêtre "téléchargements", choisir "ouvrir un fichier"
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Affaiblissement du statut des loups : une décision scandaleuse

Affaiblissement du statut des loups : une décision scandaleuse

Le 25 septembre dernier, le Conseil de l’Union Européenne a validé une proposition visant à réduire le statut de protection du loup passant de « strictement protégé » (annexe 4 de la Directive Habitats) à seulement « protégé » (annexe 2 de la Directive Habitats). Cette décision n’a rien de scientifique, mais est purement politique. En ignorant l’appel de plus de 300 organisations et de centaines de milliers de citoyens, les États membres ont choisi de céder face à la pression de certains lobbies au détriment de la biodiversité et de notre sécurité.

Le statut actuel du loup :

Le loup est actuellement classé espèce strictement protégée selon la Directive Habitats de 1992 qui reprend les dispositions de Berne de 1979. Concrètement les destructions du loup ne sont possibles que dans des conditions strictes : les possibilités de dérogations doivent être justifiées par l'absence d'alternatives satisfaisantes, ne pas nuire à la survie de l'espèce et répondre à l'un des 5 objectifs mentionnés (protection de la faune et de la flore sauvages et conservation des habitats naturels, prévention des dommages importants aux cultures, à l'élevage..., santé et sécurité publiques, recherche et éducation, détention d'un nombre limité de certains spécimens desdites espèces)

Les conséquences pour la protection du loup :

La protection des loups serait probablement focalisée sur ses habitats via la création de zones spéciales de conservation (ZSC) au sein du réseau Natura 2000. Des ZSC pourraient être créées dans les régions où le loup est présent (Alpes, Cévennes etc) pour protéger ses habitats critiques (zones de reproduction et d'alimentation). Dans ces zones, les conditions de dérogations prévues par la Directive Habitats et le Code de l’environnement continueraient de s'appliquer. Mais en dehors de ces zones, les possibilités de destruction seraient assouplies. Les tirs de loups ne seraient probablement plus limités aux cas d'attaques de troupeaux protégés, qui connaissent déjà des exceptions puisque des tirs sont décrétés sans préalable de prédation.

Les étapes à venir :

La décision du Conseil de l’UE sera soumise au vote lors du Comité permanent de la Convention de Berne en décembre 2024. Si deux tiers des États contractants votent en faveur du déclassement, l’UE et les États membres pourront appliquer ce changement. La France suivra, bien entendu, et ajustera sa législation. Mais il reste une lueur d’espoir : la Suisse, à plusieurs reprises, a vu ses demandes similaires refusées en 2006, 2012 et 2022. Nous espérons que ce même scénario se répètera cette fois encore.

Un coup dur pour l’espèce, la biodiversité et notre sécurité :

Les conséquences d’une telle décision seront désastreuses :

  • Une catastrophe pour l’espèce : faciliter les tirs de loup, c’est ouvrir la voie à une véritable régulation de l’espèce (toujours dans un état de conservation défavorable selon UICN) et mettre en péril la population de loup, qui a déjà commencé à décliner sur notre territoire.  
  • Un équilibre écologique en péril : Le loup est un régulateur naturel indispensable. Sa présence maintient sous contrôle les populations de cerfs et de sangliers, évitant la prolifération d’ongulés qui sont source de dommages aux forêts et aux cultures En affaiblissant le loup, c’est toute la biodiversité qui vacille.

Pourquoi devons-nous réagir immédiatement ?

L’affaiblissement du statut de protection du loup serait une erreur historique, un retour en arrière injustifiable. Il ne s'agirait pas simplement d'une question de faune sauvage, mais d'une menace directe pour la biodiversité, l'équilibre écologique et la sécurité de nos campagnes. L'Europe a investi des moyens considérables pour encourager la coexistence entre les loups et les éleveurs, avec des solutions non létales et des méthodes de protection efficaces. Les ignorer maintenant serait trahir ces progrès et anéantir des décennies de conservation, d’autant plus que l’effet des tirs sur le niveau de déprédation n’a jamais été démontré.

Nous devons agir avant qu'il ne soit trop tard. Les conséquences ne se limiteront pas au loup : si ce déclassement passe, cela créera un dangereux précédent pour d'autres espèces protégées. Animal Cross est active sur ce dossier depuis 15 ans par sa présence engagée en Comité départemental loup.

Restons unis et déterminés. Ensemble, nous avons le pouvoir de stopper cette machine destructrice et de protéger notre précieuse faune sauvage.

 

Protection stricte du loup : 300 ONG européennes co-signent une déclaration commune

Protection stricte du loup : 300 ONG européennes co-signent une déclaration commune

À l’heure du débat, au sein de l’Union européenne, sur la proposition de rabaisser le niveau de protection des loups, plus de 300 organisations européennes, dont Animal Cross, manifestent leur opposition à ce projet rétrograde, dans une déclaration commune publiée le 19 septembre à l’initiative du Bureau européen de l’environnement (BEE).

L’UE doit maintenir la protection stricte des loups et renforcer les efforts de coexistence : ne réduisez les progrès faits en matière de conservation !

Les organisations de la société civile et de protection des animaux soussignées appellent les États membres de l’UE à rejeter la proposition de la Commission européenne visant à affaiblir le statut de protection des loups dans le cadre de la Convention de Berne. Nous vous demandons instamment d’intensifier les efforts pour parvenir à la coexistence avec les grands carnivores, tels que les loups et les ours.

Le loup est une espèce strictement protégée et doit le rester selon les preuves scientifiques. Autrefois presque disparus en raison des persécutions, de la chasse et de la destruction de leur habitat, les loups ont fait un retour remarquable dans les paysages européens, grâce à la protection juridique accordée par le droit international et européen, ainsi qu’aux efforts des autorités environnementales compétentes, des agriculteurs, des scientifiques, des ONG et des communautés locales. Cependant, leurs populations sont encore loin d’être dans un état de conservation bon et viable (1). La dernière évaluation de l’UICN montre que six des neuf populations transfrontalières de loups de l’UE sont vulnérables ou quasi menacées. Abaisser leur niveau de protection aujourd’hui exposerait l’espèce à un risque accru et compromettrait l’obligation légale de l’Union européenne de parvenir à des populations de loups viables et stables.

À l’heure actuelle, aucune base scientifique ne permet de justifier une modification de la législation existante à l’échelle de l’UE. Le rétablissement du loup est toujours en cours et les principaux objectifs de la convention de Berne et de la directive « Habitats » (à savoir assurer la restauration et la conservation des espèces menacées) n’ont pas encore été atteints. En outre, et comme le confirme l’analyse approfondie de la Commission, il n’existe aucune preuve scientifique que l’abattage réduise effectivement la déprédation des animaux d’élevage. L’objectif de la proposition de la Commission est de réduire la déprédation causée par les loups, mais il n’existe aucune preuve scientifique de l’efficacité de l’abattage pour y parvenir. En fait, il pourrait même être contre-productif et augmenter les attaques sur les animaux d’élevage car il risque de perturber la structure sociale des loups.

La proposition de la Commission intervient à un moment où des efforts sont déployés pour assurer la coexistence entre les communautés locales et les populations de loups. Au cours des dix dernières années, l’Union européenne et ses États membres ont consacré beaucoup de temps et de ressources à l’amélioration de la coexistence. Cette démarche est facilitée par plusieurs plateformes européennes et régionales, ainsi que par des projets réussis financés par LIFE, qui présentent des solutions mutuellement bénéfiques à court et à long terme. La proposition visant à réduire la protection des loups compromet tous ces efforts et investissements. Elle s’éloignerait de l’objectif de l’UE de parvenir à une coexistence harmonieuse entre l’homme et les grands carnivores.

Nous sommes conscients des défis que pose le retour du loup dans certaines régions de l’UE et de l’impact qu’il peut avoir sur les agriculteurs et les propriétaires d’animaux. Il est donc essentiel de redoubler d’efforts pour rendre les mesures de prévention existantes (telles que les clôtures, les chiens de garde et le renforcement de la présence humaine) plus accessibles aux propriétaires d’animaux et de les aider en leur fournissant les outils de prévention appropriés. Les efforts doivent être maintenus pour adapter les solutions existantes à leurs besoins. S’éloigner d’une approche de coexistence pour abaisser le niveau de protection du loup reviendrait à ignorer tous les éleveurs qui ont investi et protègent avec succès leurs troupeaux contre les loups depuis des années.

Il est essentiel de reconnaître que la sauvegarde des loups en Europe va au-delà de la protection d’une seule espèce ; elle implique la préservation de la biodiversité et la promotion d’une cohabitation équilibrée avec la nature. Les loups jouent un rôle essentiel dans la stabilité des écosystèmes. Leur retour dans des régions où ils avaient été éradiqués constitue une avancée significative en matière de conservation. Dans le contexte actuel de crise mondiale de la biodiversité, nous ne pouvons pas risquer de compromettre ces progrès.

Des enquêtes récentes indiquent que le public des États membres est très favorable au maintien de mesures de protection strictes et à la promotion de la coexistence avec les loups, même au sein des communautés rurales les plus touchées par la présence des grands carnivores. Les loups font partie intégrante de notre patrimoine et de nos paysages européens communs.

Plutôt que de réduire la protection des loups, l’Union européenne devrait au contraire :

  • Maintenir et renforcer les efforts visant à promouvoir la coexistence entre les loups et les communautés locales, en mettant l’accent sur les mesures de prévention visant à réduire les déprédations sur les animaux d’élevage et en améliorant les systèmes d’indemnisation. De nombreux États membres devraient mieux utiliser les informations existantes sur les mesures de coexistence, les exemples de bonnes pratiques et les possibilités de financement de l’UE.
  • Veiller à l’application correcte de la protection juridique offerte par la directive « Habitats » dans tous les États membres et mettre fin à la chasse illégale aux loups. Les États membres doivent dissuader les crimes contre l’environnement et non les légaliser, comme l’a confirmé la Cour de justice de l’Union européenne dans une affaire récente (2).
  • Soutenir les initiatives visant à sensibiliser les citoyens et à leur fournir des informations précises et scientifiquement fondées sur les loups, notamment sur les avantages écosystémiques et socio-économiques apportés par les grands carnivores et sur le comportement à adopter en cas de rencontre. Les citoyens de l’UE ont le droit d’être bien informés.
  • Respecter le processus scientifique en bonne et due forme inscrit dans la législation européenne relative à la conservation de la nature. Conformément à l’article 17 de la directive « Habitats », les États membres présenteront leur évaluation de l’état de conservation en 2025. Toute discussion sur le statut de protection doit se fonder sur ces rapports et non sur des pressions politiques.

L’abaissement des protections juridiques pour le loup n’entraverait pas seulement les efforts de conservation, mais irait également à l’encontre du fort soutien du public et des preuves scientifiques en faveur de la conservation du loup en Europe. En outre, la proposition de la Commission européenne, motivée par des considérations politiques, risque fort de créer un précédent pour d’autres espèces et d’ouvrir la voie à d’autres modifications des lois européennes sur la nature. Cela entraînerait une incertitude juridique et ferait reculer des années d’efforts de conservation efficaces sur l’ensemble du continent. Une telle décision ternirait gravement la réputation de l’UE en tant que leader dans le domaine de la protection de l’environnement.

  1. Les populations de loups de l’UE sont dans un état de conservation défavorable ou inadéquat dans six des sept régions biogéographiques, selon les évaluations les plus récentes réalisées en vertu de l’article 17 de la directive « Habitats ».  
  1. Arrêt du 11 juillet 2024, WWF Österreich et autres, affaire C-601/22, ECLI:EU:C:2024:595. 
Agissez pour la protection du loup !

Le loup doit rester une espèce strictement protégée : Lettre au Ministre Christophe Béchu

Animal Cross et plusieurs associations de protection des animaux, membres du collectif CAP Loup, interpellent le ministre de la Transition Écologique et de la Cohésion des territoires au travers d'une lettre envoyée par la députée Corinne Vignon. Nous pointons du doigt l'assouplissement des tirs d'abattage et regrettons fortement que la France soutienne la Commission Européenne dans son projet de retirer au loup son statut d'espèce strictement protégée. Découvrez le contenu de la lettre ci-dessous :

Monsieur le Ministre,

Par la présente, nous, organisations membres du collectif CAP Loup et députés soucieux de la préservation des espèces, souhaitons vous interpeler concernant la politique du gouvernement visant à renforcer les tirs d’abattage de loups en France et à soutenir l’affaiblissement de cette espèce menacée sur la scène internationale.

En effet, nous déplorons que, bien que soit déjà autorisée en France la destruction de 19 à 21% de la population de loups gris chaque année, le gouvernement entende davantage assouplir les autorisations de tirs d’abattage par la mise en œuvre d’un nouveau Plan National d’Action Loups encore plus permissif.

Nous regrettons également que la France plaide activement auprès de la Commission européenne pour voir le statut de protection du loup affaibli au niveau européen, arguant du danger non maitrisable que représente cette espèce pour les troupeaux au pâturage.

Cette politique anti-loup, qui met à mal des années d’efforts de conservation, va à l’encontre des avis scientifiques du Conseil National pour la Protection de la Nature (CNPN) défavorables à la politique d’abattage jusqu’à présent mise en place en France, et est d’autant plus incompréhensible qu’elle contrevient à l’engagement pris par la France dans sa Stratégie Nationale Biodiversité 2030, laquelle prévoit notamment de renforcer la protection et inverser le déclin des espèces menacées (mesure 26).

Fondée sur aucune évaluation scientifique permettant d’affirmer l’efficacité de la chasse aux loups en faveur d’une meilleure protection des troupeaux, cette demande a malheureusement été entendue par la présidente de la Commission européenne qui a proposé, en décembre dernier, que la protection du loup soit révisée et affaiblie dans le cadre de la Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe, dite Convention de Berne (propositions identiques rejetées en 2006, 2018 et 2022, à défaut, justement, de base scientifique légitimant ce changement de statut de protection).

Pourtant, dans le même temps, la Commission européenne publiait un rapport confirmant une série de constats régulièrement pointés pour dénoncer cette politique déraisonnée :

  • La France est le pays qui abat le plus de loups proportionnellement à la population estimée sur son territoire qui est d'environ 1000 loups, population bien inférieure à celle de l'Espagne, de la Roumanie, de la Pologne ou de l'Italie qui en comptent 2 à 3 fois plus ;
  • La France est le pays qui dépense le plus pour les mesures de protection des troupeaux (32,7 millions d'euros en 2022 et 175 millions d'euros prévus sur la période 2023-2029) ;
  • Pourtant, la France est le pays, après l'Espagne, qui comptabilise le plus d'attaques mortelles de loups sur les troupeaux (avec un taux de mortalité restant cependant faible, soit 0,22% du cheptel ovin français) et qui dépense le plus d'argent public en indemnisation des dommages causés par les loups (4,1 millions d'€ pour 12 526 animaux tués en 2022).

La Commission rappelle également que les loups ont un rôle écologique non négligeable et que les études menées en France ne permettent pas de démontrer l'efficacité de la politique d'abattage mise en place.

Le gouvernement français alloue en effet des budgets colossaux à la protection des troupeaux et à l’indemnisation des éleveurs en cas d’attaques sur leurs troupeaux, sur simple déclaration, sans s’assurer que les troupeaux attaqués sont effectivement protégés par les moyens de prévention subventionnés (4,2 % de contrôles de terrain en 2021). Pour autant, vous allez mettre en place un nouveau Plan National d’Actions (2024-2029), qui assouplit les autorisations de tirs et déclarera certaines zones nouvellement concernées par la présence du loup, comme des « zones non protégeables » donnant droit à des indemnisations alors même qu’aucun effort de protection n’a été mis en place.

Par ces nouvelles mesures, vous confirmez la volonté du gouvernement de détruire les nouvelles populations de cette espèce menacée, plutôt que de généraliser la protection des troupeaux et d’adapter les mesures préventives et modes d’élevages aux zones concernées par la présence du loup.

Cette notion de « zone non protégeable », qui ne repose sur aucune réalité de terrain, créera par ailleurs un déséquilibre injuste entre les éleveurs « historiquement » concernés par la présence du loup, qui ont fait l’effort d’adapter leurs pratiques et de mettre en place des moyens de protection des troupeaux, et les éleveurs de ces nouvelles zones, lesquels n’auront pas à s’adapter à la présence du loup mais bénéficieront d’indemnisations sur simple déclaration. 

La protection des loups en Europe n'est pas seulement une question d'importance écologique, mais aussi le reflet de notre engagement en faveur de la conservation de la biodiversité et des valeurs de coexistence et de tolérance. Les loups font partie intégrante du patrimoine naturel de l'Europe, jouant un rôle essentiel dans le maintien de l'équilibre des écosystèmes et de la biodiversité, soutenu par l’opinion publique.

En effet, dans un sondage réalisé en novembre 2023 dans 10 Etats membres de l’Union européenne¹ interrogeant les populations rurales sur leur rapport aux grands carnivores, celles-ci se prononçaient majoritairement en faveur du maintien de la protection stricte des loups et d’autres grands carnivores (lynx, ours). 75% des ruraux français estimaient que les loups ont le droit d’exister dans l’Union européenne et 74% se déclaraient en faveur du maintien d’une protection stricte pour garantir leur survie à long terme.

Nous avons parfaitement conscience des challenges que représente la cohabitation entre les populations de loups et les activités humaines. Cependant, nous vous appelons, Monsieur le Ministre, à prendre en compte la voix des scientifiques et l’attente des Français, en évaluant les actions mises en place ces dernières années, en développant une ingénierie de protection avec toutes les parties prenantes et en structurant la politique française de cohabitation entre loups et élevage, afin d’optimiser les moyens engagés et de minimiser le recours aux procédés létaux.

Dans l’attente d’une réponse de votre part, nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.

 

Députés Signataires :

Corinne VIGNON, députée de Haute-Garonne et Présidente du groupe d’études condition et bien-être des animaux

Anne-Laurence PETEL, députée des Bouches-du-Rhône et Vice-Présidente du groupe d’études

Vincent LEDOUX, député du Nord et Vice-Président du groupe d’études

Anne-Laure BABAULT, députée de Charente-Maritime

Yannick HAURY, député de Loire-Atlantique

Thierry FRAPPÉ, député du Pas-de-Calais

Andy KERBRAT, député de Loire-Atlantique

Pascal DURAND, député européen

 

Organisations Signataires :

Collectif CAP Loup

Fondation Brigitte Bardot - Christophe MARIE, Directeur adjoint

Animal Cross - Benoît THOMÉ, Président

ASPA Vosges - Nicolas SIMONET, Responsable du dossier Loup

Association Justice Animaux Savoie (AJAS) - Pauline DI NICOLANTONIO, Présidente

AVES - Sylvie CARDONA, Responsable du dossier Loup

Education Ethique Animale - Marie-Laure LAPRADE, Présidente

FERUS - Bertrand SICARD, Président

Focale pour le Sauvage - Sébastien TESTA, Président

Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) - David GERMAIN-ROBIN, Directeur

FRANE - Monique et Hervé BOCQUET, Délégués faune sauvage

LAEO France - Noëlle SAUGOUT-SEPTIER, Fondatrice

Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) - Allain BOUGRAIN DUBOURG, Président

Mille Traces - Jean-Marc OUARY, conseiller Loup

One Voice - Muriel ARNAL, Présidente

Pôle Grands Prédateurs - Michèle BUDNA CHAUDERON, Présidente

¹Sondage Savanta – novembre 2023 : Attitudes towards large carnivores in rural communities