Grand Tétras et Lagopède alpin enfin protégés : la liste des espèces chassables doit continuer à évoluer

Grand Tétras et Lagopède alpin enfin protégés : la liste des espèces chassables doit continuer à évoluer

À l’heure où s’ouvre une nouvelle saison de chasse, une bonne nouvelle mérite d’être saluée. Depuis le 9 septembre 2026, le Grand Tétras et le Lagopède alpin ne sont plus des espèces chassables en France : deux arrêtés publiés au Journal officiel le 8 septembre 2026 les inscrivent désormais parmi les oiseaux protégés !

Deux oiseaux de montagne enfin protégés

Les arrêtés publiés au Journal officiel le 8 septembre 2026 changent le statut du Grand Tétras (Tetrao urogallus) et du Lagopède alpin (Lagopus muta) : les deux oiseaux sont désormais inscrits à la liste nationale des espèces protégées et retirés de la liste des espèces pouvant être chassées en France.
Une victoire essentielle pour ces oiseaux dont l’état de conservation est jugé défavorable.[1][2]

Cette décision est l’aboutissement de plusieurs années de mobilisations associatives, de recours juridiques et d’alertes sur la dégradation de leurs populations.

Grand Tétras mâle photographié dans la Réserve d'Orlu dans les Pyrénées
Grand Tétras mâle dans la Réserve d’Orlu. Photo : Réserve d’Orlu / Pierre Guiton —
Wikimedia Commons
CC BY-SA 4.0.

En 2022, le Conseil d’État avait déjà imposé la suspension de la chasse du Grand Tétras pour cinq ans, en raison de son mauvais état de conservation.[3] Pourtant, malgré cette décision, le Grand Tétras est resté inscrit pendant quatre années supplémentaires sur la liste des espèces chassables.[5]

Une suspension des prélèvements ne fait donc pas automatiquement disparaître une espèce de la liste des espèces chassables.

En mars 2026, il a également ordonné la suspension de la chasse du Lagopède alpin, estimant que les données scientifiques ne permettaient plus de la considérer comme compatible avec sa conservation.[4]

En avril 2026, le Gouvernement a proposé d’aller plus loin en classant définitivement les deux oiseaux parmi les espèces protégées. Le projet concernant le Grand Tétras a notamment été examiné par le Conseil national de la chasse et de la faune sauvage le 18 avril 2026 qui a rendu un avis défavorable.[5] Les consultations publiques organisées cet été ont recueilli une majorité d’avis favorable. [6]

La décision de septembre transforme donc des interdictions temporaires (moratoires) en une protection durable essentielle pour ces deux oiseaux.

Un moratoire ne fait que suspendre la chasse pour quelques années, tandis que le classement comme espèce protégée retire durablement l’animal de la liste des espèces pouvant être chassées.[1][2]
Lagopède alpin dans un milieu rocheux de haute montagne
Lagopède alpin dans l’Oberland bernois, Suisse — photo d’illustration. Photo : Chme82 —
Wikimedia Commons
CC BY-SA 4.0.

Cette avancée est d’autant plus importante que leur situation reste fragile : le Grand Tétras est classé « Vulnérable » sur la Liste rouge nationale et le Lagopède alpin «Quasi menacé».[7]

Leur protection marque donc une victoire clé, mais elle montre aussi combien il peut être long de faire évoluer le statut juridique d’une espèce dont l’état de conservation s’est dégradé.

Une liste des espèces chassables héritée de 1987

En France, la réglementation repose sur l’arrêté du 26 juin 1987 fixant la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée. Il répartit les espèces entre gibier sédentaire, gibier d’eau et oiseaux de passage.[9]

Si le texte a connu quelques ajustements ponctuels, comme le Mouflon de Corse qui en a été retiré et protégé en 2019[10], il reste un texte datant de 39 ans qui ne prévoit aucune révision régulière de l’ensemble de la liste fondée sur l’évolution de l’état de conservation de chaque espèce.[9]

Le droit européen impose pourtant un cadre strict. Comme l’a rappelé le Conseil d’État dans l’affaire du Grand Tétras, la chasse d’un oiseau dont l’état de conservation est défavorable doit être suspendue si les données scientifiques ne garantissent pas le maintien de sa population.[3]

Ainsi, si le droit permet de suspendre les prélèvements lorsque la situation l’exige, cette interdiction temporaire ne provoque pas automatiquement le retrait de l’espèce de la liste nationale du gibier chassable.

Être sur la Liste rouge ne protège pas juridiquement une espèce

La Liste rouge de l’UICN est un outil scientifique d’évaluation du risque de disparition, mais n’a aucune portée réglementaire. Une espèce peut donc être considérée comme « vulnérable », « en danger » ou « quasi menacée » tout en restant légalement chassable.[7]

Pour Animal Cross, aucune espèce menacée ou quasi menacée sur la Liste rouge nationale ne devrait figurer parmi les espèces chassables.[8]

Les populations animales et leurs habitats évoluent rapidement sous l’impact du changement climatique, de l’artificialisation des sols, des pollutions, du dérangement, de la pression de la chasse ou d’autres mortalités. Ces facteurs peuvent profondément modifier leur état de conservation en quelques décennies.

Notre demande : faire évoluer la liste avec l’état réel des espèces

Nous demandons une révision périodique, transparente et scientifique de la liste des espèces chassables, fondée sur les données scientifiques disponibles : état de conservation, évolution des populations, capacité de reproduction et ensemble des pressions subies.

La protection du Grand Tétras et du Lagopède alpin montre que le droit peut évoluer. Il ne devrait pas être nécessaire d’attendre qu’une population soit déjà extrêmement fragilisée, ou que les associations multiplient les procédures, pour adapter la réglementation à la réalité de l’état de conservation.

Cette avancée doit maintenant servir de précédent. Soutenons et partageons cette demande : l’état de conservation des espèces doit devenir un critère central de la détermination des espèces pouvant encore être chassées en France.

Sources et références

[1] Ministère de la Transition écologique et ministère de l’Agriculture — Arrêté du 3 septembre 2026 modifiant l’arrêté du 29 octobre 2009 et inscrivant le Grand Tétras parmi les oiseaux protégés, JORF du 8 septembre 2026.
Consulter sur Légifrance.
[2] Ministère de la Transition écologique et ministère de l’Agriculture — Arrêté du 12 août 2026 inscrivant le Lagopède alpin parmi les oiseaux protégés, JORF du 8 septembre 2026.
Consulter sur Légifrance.
[3] Conseil d’État — Décision n°453232 du 1er juin 2022 relative à la suspension de la chasse du Grand Tétras.
Consulter la décision.
[4] Conseil d’État — Décision n°497460 du 2 mars 2026 relative à la suspension de la chasse du Lagopède alpin.
Consulter sur Légifrance.
[5] Ministère de la Transition écologique — Consultation publique 2026 sur le classement du Grand Tétras parmi les espèces protégées.
Consulter le dossier.
[6] Animal Cross — 16 juillet 2026 — « Consultation publique : protégeons enfin le Lagopède alpin ».
Lire l’appel à mobilisation.
[7] UICN France, MNHN, LPO, SEOF et ONCFS — 2016 — La Liste rouge des espèces menacées en France : Oiseaux de France métropolitaine. Grand Tétras : VU ; Lagopède alpin : NT.
Consulter la Liste rouge.
[8] Animal Cross – 2024 – Article 0, chapitre « Espèces chassables : la France, cancre de l’Europe ».
Découvrir Article 0.
[9] Arrêté du 26 juin 1987 fixant la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée, version en vigueur depuis le 9 septembre 2026.
Consulter sur Légifrance.
[10] Arrêté du 1er mars 2019 relatif au statut du Mouflon de Corse en collectivité de Corse.
Consulter sur Légifrance.

Crédits photographiques
Grand Tétras : Reserve Orlu / Pierre Guiton — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.
Lagopède alpin : Chme82 — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0 — photographie prise dans l’Oberland bernois, Suisse.

Donnez votre avis sur les quotas de prélèvement du Grand Tétras, du Lagopède alpin et et de la Perdrix grise AVANT le 4 septembre

Donnez votre avis sur les quotas de prélèvement du Grand Tétras, du Lagopède alpin et et de la Perdrix grise AVANT le 4 septembre

Une consultation publique est organisée concernantle prélèvement maximum autorisé et fixant les modalités et la définition des quotas de prélèvements de galliformes de montagne en Ariège.

Vous pouvez formuler vos observations en utilisant le formulaire en ligne : cliquer ici

Comment faire ?

Votre avis global sur le projet de décision :

Il y a trois réponses possibles à cocher. Pour nous, ce sera défavorable.

Et puis cinq arguments à développer avec chacun 500 caractères maximum.

 

Arguments à reprendre

Voici des exemples d’arguments, ne pas faire de copier-coller, modifier quelques mots :

1) La population de grand tétras ne cesse de régresser dans les Pyrénées depuis 1960 et elle a perdu 75% de ses effectifs en cinquante ans. La situation est désormais très inquiétante. Pour cette raison, au niveau du massif, les arrêtés de chasse spécifiques à cet oiseau ont été régulièrement contestés depuis 2008 par plusieurs associations, notamment en Ariège. Au final, c’est 46 procédures consécutives devant les juridictions administratives qui leur ont donné raison ou ont débouté l’Etat.

2) Depuis 2010, les indices de reproduction pour le grand tétras sont très mauvais pratiquement chaque année à l’Ouest et à l’Est de l’Ariège, à savoir en Haute Garonne et dans les Pyrénées Orientales. Quant aux indices de reproduction ariégeois, ils ne sont pas fiables du tout du fait des comptages intentionnellement fantaisistes de la FDC 09 qui n’ont d’ailleurs pas été pris en compte en 2018 par l’OGM, ce qui fait que l’indice de reproduction sur toute la chaine des Pyrénées s’est effondré.

3) Le prélèvement de 17 à 25 grand tétras, comme envisagé dans  l’arrêté, est totalement exclu, l’espèce étant déjà soumise à de très nombreux facteurs de régression. D’ailleurs, depuis 10 ans, tous les arrêtés de quotas de prélèvement pour l’Ariège ont été annulés par le T.A. de Toulouse  et la CAA de Bordeaux. Le Conseil d’Etat lui-même a tranché en rejetant le pourvoi du ministre Nicolas Hulot en faveur de la FDC 66 pour le prélèvement d’un seul grand tétras dans les Pyrénées Orientales.

4) Concernant le lagopède alpin, tout quota de prélèvement doit être exclu également, étant donné que pour cet oiseau, il n’y a aucun indice d’abondance, aucun indicateur de tendance et que les indices de reproduction sont toujours extrêmement faibles. En Ariège d’ailleurs, ils n’ont pas été pris en compte non plus en 2018 par l’OGM, étant donné les comptages intentionnellement fantaisistes de la FDC 09. Depuis 10 ans, tous les arrêtés de quotas ont été annulés pour le Lagopède dans le 09.

5) Concernant la perdrix grise de montagne, le prélèvement maximum autorisé de vingt oiseaux par chasseur et par saison de chasse est une absurdité étant donné que le nombre de carnets de prélèvements Galliformes distribué chaque année permet à 750 chasseurs au moins de tirer chacun vingt perdrix grises, ce qui autorise en fait à détruire 15 000 oiseaux de cette espèce tout à fait légalement en Ariège, c’est-à-dire plus que la population nord-pyrénéenne dans son ensemble, estimée à 3000 couples.

6) Pour le grand tétras, la chasse est un facteur négatif qui se rajoute à bien d’autres, tels que la modification et la fragmentation de l’habitat, le braconnage, les dérangements liés à la fréquentation humaine en montagne et notamment en hiver l’activité dans et autour des stations de ski, les randonnées en raquettes ou à ski, mais aussi en toutes saisons les collisions de plus en plus nombreuses avec des câbles ou des clôtures pastorales, les « nouveaux » prédateurs comme le sanglier…

7) En Ariège, comme dans les Hautes-Pyrénées d’ailleurs, le plan de gestion cynégétique du grand tétras tel qu’il est conçu favorise le braconnage et les prélèvements de poules par des incompétents, ou les tirs dans des secteurs hors  plan de gestion puisque 200 chasseurs environ ont l’autorisation légalement de prélever une vingtaine de tétras pour tout le département, ce qui rend les contrôles très difficiles.

8) Le Lagopède alpin est une espèce qui voit son aire de distribution menacée par le réchauffement climatique en France, cette aire se rétrécira inéluctablement dans les années à venir, ce qui a déjà commencé sur certains massifs. De plus, les Pyrénées sont en limite Sud de répartition géographique de l’espèce au niveau européen, et de ce fait les indices de reproduction pour cet oiseau sont particulièrement faibles. Dans ces conditions, Il est impensable d’envisager de le chasser.

9) La pression de chasse sur la perdrix grise de montagne est forte en Ariège, puisque  plusieurs centaines de chasseurs s’y adonnent et malgré cela, on observe tendanciellement une baisse générale des prélèvements, et ce depuis plus de trois décennies au moins, ce fait indique clairement que les populations de cet oiseau sont en déclin en Ariège, étant donné que le prélèvement maximum autorisé par chasseur, lui n’a pas varié, et qu’il est considérable (20 oiseaux par chasseur et par saison)