Sondage : les Français sont nettement favorables au remplacement des ours tués par l’homme dans les Pyrénées

Sondage : les Français sont nettement favorables au remplacement des ours tués par l’homme dans les Pyrénées

Enfin une mesure populaire … !
Le gouvernement peut être rassuré : son engagement de remplacer tout ours mort de cause humaine dans les Pyrénées est nettement soutenu par les Français.
Le sondage réalisé par l’IFOP (1)pour quatorze associations impliquées en faveur de l’ours dans les Pyrénées est clair : les Français sont nettement favorables au principe de remplacer les ours tués par l’homme dans les Pyrénées.
C’est la première fois qu’un sondage est réalisé sur cette question spécifique, et il en ressort :

  • Une nette approbation du principe de remplacement : 59 %, y compris dans les Pyrénées (58%), et ce malgré un taux élevé de réponse « Ne sait pas »
  • Une très faible opposition radicale, les personnes « tout à fait opposées » n’étant que 9 %Résumons :1. Le gouvernement s’est engagé dans le Plan d’action Ours brun 2018-2028 (2) à « remplacer tout ours mort de cause humaine » ;

    2. La France a l’obligation de restaurer une population viable d’ours dans les Pyrénées. La Commission Européenne vient de le lui rappeler et lui demande de suivre les recommandations des scientifiques qui préconisent le lâcher urgent de plusieurs ours ;

    3. Les Français soutiennent clairement cette mesure de remplacement des ours tués de la main de l’homme.
    Le gouvernement doit donc lancer dès maintenant la procédure et la préparation de ces nouveaux lâchers. A défaut, il devra en répondre devant les Français et les tribunaux, nationaux et européen. Les associations y veilleront.

 

Contact presse : co*****@**********ss.org

1 Sondage réalisé par l’IFOP les 17 et 18 novembre 2020 auprès d’un échantillon de 1007 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
2 Plan d’action Ours brun, p19

Il y a maintenant 2 ours à remplacer dans les Pyrénées

Il y a maintenant 2 ours à remplacer dans les Pyrénées

CP de CAP – Ours Coordination Associative Pyrénéenne pour l’Ours

L’ours Cachou retrouvé mort © Photo : Conselh Generau d’Aran

Selon nos informations, un agent de l’Environnement du Val d’Aran, chargé du suivi des ours, vient d’être inculpé pour trois chefs d’accusation, dont l’empoisonnement de l’ours Cachou, découvert mort en avril dernier. On ne peut que saluer l’aboutissement de cette enquête en Catalogne, alors que les sanctions des exactions des anti-ours en France restent lettre morte.

La mort de Cachou du fait de l’homme se confirme donc, loin de l’explication d’un décès par combat entre mâles, trop rapidement avancée par les autorités aranaises.

Avec l’ours abattu illégalement par balles à Ustou en juin dernier, et suivant les engagements du plan ours 2018-2028, 2 ours doivent donc être remplacés dans les Pyrénées, car « morts prématurément de causes anthropiques » pour reprendre les termes de ce document.

Rappelons que chaque ours n’est pas inféodé à un pays, mais à une population transfrontalière. De fait, Cachou fréquentait les deux versants du massif.

Rappelons aussi que la Catalogne a été financée par L’Europe pour un programme Life Ours concernant la protection de cette espèce, et que l’Espagne doit répondre aux mêmes obligations que la France quant à la restauration de la population.

La population d’ours pyrénéenne restant classée « en danger critique d’extinction », nos associations veilleront au respect des engagements européens des deux pays, notamment au remplacement rapide de ces deux ours.

Les associations membres de CAP – Ours :

Altaïr Nature, Animal Cross, Association Nature Comminges (ANC), Comité Écologique Ariégeois (CEA), Conseil International Associatif pour la Protection des Pyrénées (CIAPP), FERUS (Groupe Loup France/ARTUS), Fonds d’Intervention Eco- Pastoral – Groupe Ours Pyrénées (FIEP), France Nature Environnement (FNE), France Nature Environnement Hautes Pyrénées (FNE 65), France Nature Environnement Midi- Pyrénées (FNE Midi-Pyrénées), Nature en Occitanie, Pays de l’Ours – Adet (Association pour le Développement Durable des Pyrénées), Société d’Etude de Protection et d’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest – Pyrénées-Atlantiques (SEPANSO 64), Société nationale de protection de la Nature (SNPN), Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM), Sours, WWF France.

 

 

 

 

 

CP : Connaîtrons-nous un jour le vrai bilan des dégâts d’ours dans les Pyrénées … ?

Communiqué des associations de CAP – Ours Coordination Associative Pyrénéenne pour l’Ours – le 16 novembre 2020

Nos associations ont récemment découvert une version corrigée du bilan 2019 des dégâts d’ours dans les Pyrénées qui n’a curieusement pas été rendue publique …

Alors que la version initiale, diffusée et relayée largement le 7 avril 2020, annonçait sans nuance « Au total, 1 173 animaux et 36 ruches ont été imputés directement à l’ours », la nouvelle version du 15 mai est beaucoup plus modérée et prudente : « C’est donc 562 animaux et 36 ruches qui ont été indemnisés lorsque l’ours est ou semble responsable du dommage … » auxquels s’ajoutent, sans en préciser le statut, des animaux indemnisés suite à des dérochements (= chutes de bétail dans des barres rocheuses).

  • Bilan du 7 avril 2020
  • Bilan du 15 mai 2020

Ce nouveau bilan corrige donc partiellement deux erreurs que nous avions présentées à la Ministre de la Transition Ecologique au printemps, et qu’elle avait en effet demandé aux services de corriger :

  1. L’arrêté d’indemnisation des dégâts d’ours considère abusivement les dérochements comme des prédations, alors que les causes possibles sont multiples. Ces animaux sont donc maintenant décomptés séparément sans pour autant expliquer pourquoi ils ont été indemnisés.
  2. La majorité des indemnisations est accordée « au bénéfice du doute », sans élément mettant l’ours en cause. La responsabilité de l’ours est de fait maintenant nuancée, mais les chiffres ne sont toujours pas détaillés.

Cela fait des années que nous demandons à l’Etat de différencier les dégâts d’ours avérés des indemnisations « au bénéfice du doute ». Nous ne sommes pas opposés à ce principe quand le doute existe réellement, mais son application quasi-automatique, notamment en Ariège, a fini par transformer le système d’indemnisation en « assurance tous risques », au détriment de l’ours. La réalité de l’impact de l’ours reste à l’évidence largement surestimée.

L’Etat est réticent à dire la vérité. L’enjeu est pourtant important : outre la fausse image de grand prédateur attribuée injustement à l’ours, c’est sur cette confusion entretenue entre attaques avérées et indemnisations douteuses que des Préfets autorisent l’effarouchement des ours dans les Pyrénées depuis 2019 …

CAP Ours demande à l’Etat d’aller enfin au bout de la démarche de transparence : seules des données objectivées et partagées permettront de prendre des décisions justes et adéquates.

 

 

Les associations membres de CAP Ours : Altaïr Nature, Animal Cross, Association Nature Comminges (ANC), Comité Écologique Ariégeois (CEA), Conseil International Associatif pour la Protection des Pyrénées (CIAPP), FERUS (Groupe Loup France/ARTUS), Fonds d’Intervention Eco-Pastoral – Groupe Ours Pyrénées (FIEP), France Nature Environnement (FNE), France Nature Environnement – Hautes Pyrénées (FNE 65), France Nature Environnement – Midi – Pyrénées (FNE Midi-Pyrénées), Nature en Occitanie, Pays de l’Ours – Adet (Association pour le Développement Durable des Pyrénées), Société d’Etude de Protection et d’Aménagement de la Nature dans le Sud Ouest – Pyrénées-Atlantiques (SEPANSO 64), Société nationale de protection de la Nature (SNPN), Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM), Sours, WWF France.

Hautes-Pyrénées : A la demande des associations, le Préfet renonce à l’effarouchement de l’ours Goiat

Hautes-Pyrénées : A la demande des associations, le Préfet renonce à l’effarouchement de l’ours Goiat

Suite au recours gracieux déposé par les associations de protection de la nature et de l’environnement, le Préfet des Hautes-Pyrénées a décidé d’abroger les arrêtés autorisant l’effarouchement renforcé de l’ours « Goiat ».

Dans ce recours, nous exposions les raisons pour lesquelles cette autorisation d’effaroucher Goiat n’était ni justifiée ni conforme au droit, et nous informions le Préfet de notre intention de saisir le Tribunal Administratif s’il ne revenait pas sur cette décision.

Nous saluons l’attention et l’écoute du Préfet des Hautes-Pyrénées. Nous espérons que cette sagesse se prolongera et inspirera d’autres Préfets qui cèdent souvent et trop rapidement à la tentation de « taper sur les ours » plutôt que de renforcer les moyens pour une cohabitation apaisée, pourtant possible avec la collaboration de tous les acteurs.

Malheureusement, cette sagesse est encore rare et nos associations ont dû se résoudre à déposer des recours contre de nombreux autres arrêtés d’effarouchement le long de la chaîne :

  • 1 en Hautes-Pyrénées

  • 2 en Haute-Garonne

  • 15 en Ariège qui détient le triste record du nombre d’arrêtés d’effarouchement, sans que cela n’influe sur les attaques d’ours, ce qui en démontre bien l’inutilité.

Par ailleurs, nous avons également déposé un recours devant le Conseil d’Etat contre le Décret ministériel qui permet aux Préfets d’autoriser ces effarouchements inutiles et dangereux.

S’il nous donne raison comme nous l’espérons, il faudra bien revenir à la raison et revoir enfin les modalités de la cohabitation entre l’élevage et l’ours dans les Pyrénées sur des bases constructives.

Les associations :

Animal Cross, ASPAS, FERUS, FIEP Groupe Ours Pyrénées, France Nature Environnement Hautes Pyrénées, Nature en Occitanie, Pays de l’Ours – Adet , Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères, Société Nationale de Protection de la Nature.

CP : Troupeaux de montagne peu protégés : c’est le loup qui trinque !

CP : Troupeaux de montagne peu protégés : c’est le loup qui trinque !

Un communiqué de presse signé :


Le département de la Haute-Savoie est le théâtre de 71 tirs de défense, dont deux renforcés, pour une population lupine estimée à une vingtaine d’individus. Deux loups ont déjà été tués sous ce régime cette année, l’un aux Villards-sur-Thônes, et l’autre sur le plateau de Cenise.

Or les tirs de défense ne peuvent être ordonnés que sous condition de protection du troupeau (Arrêté ministériel du 19/02/19), sauf lorsque celui-ci est considéré comme improtégeable par la DDT. C’est le cas des troupeaux de bovins, fort étonnamment, ce qui conduit la DDT et la préfecture à autoriser des tirs multiples, comme à plaine de Dran sur les Glières, où dix-huit tireurs peuvent se relayer, avec l’appui de lieutenants de louveterie, sur huit espaces proches et contigus (arrêtés préfectoraux DDT-2020-0863, DDT-2020-0864, DDT-2020-0865, etc…).

Même si le montage juridique rend cette situation inattaquable, elle heurte le bon sens commun, d’autant plus que c’est seulement pendant leurs premières semaines que les veaux sont réellement exposés à la prédation ; les solutions sont les enclos de vêlage comme en Espagne, des parcs légers électrifiés, la présence d’une vache de race Hérens, mais aussi la surveillance par un berger, comme cela se pratiquait autrefois.

Concernant les ovins et caprins, nos associations de protection de la nature (APN) constatent que les conditions de protection prévues dans les arrêtés préfectoraux ne sont bien souvent pas réunies : chèvres en divagation permanente à Bernex, brebis sans aucune protection de jour aux Villards sur Thônes, etc…

Nous détaillons nos constats dans cet article

Le CNPN (Conseil National de Protection de la Nature) a pourtant bien rappelé dans sa Délibération n° 2020-19 de Juillet 2020 que la seule politique en France consiste à « freiner la croissance de l’espèce » et a rappelé « son inquiétude sur la capacité de l’administration à vérifier sur le terrain la mise en place effective des dispositifs de protection ».

Nous dénonçons ainsi la faiblesse des contrôles préventifs sur le terrain, nous dénonçons que les tirs soient privilégiés par les services de l’Etat par rapport à la protection, nous dénonçons de nombreux « appâts » à loups sur tout le département (moutons en dehors des parcs, parcs non fermés ou clos sur trois côtés seulement, etc…), nous dénonçons tous ces grands troupeaux d’ovins venant de lointains départements, difficiles à protéger et élevés pour la viande (effet des subventions de la PAC *), nous dénonçons ​que sous prétexte « d’agribashing » les éleveurs, encouragés par le préfet (**), saisissent les tribunaux à l’encontre des APN qui ne font que montrer la réalité.

C’est le loup qui paie un lourd tribut à cette politique laxiste : 82 loups exécutés au 25 septembre 2020 sur le territoire national.

(*) la moyenne des subventions annuelles des éleveurs déplaçant leurs troupeaux en Haute-Savoie, et ayant obtenu des tirs, est de l’ordre de 132.000 euros/an
(**) compte-rendu du comité départemental loup de Haute-Savoie du 9 décembre 2019

Contacts :

Animal Cross : Pascal S Référent loup : 06 58 11 71 13 lo**@**********ss.org
LPO Aura Haute-Savoie : JC Louis 06 51 32 77 44 je***************@**ee.fr
FNE Aura : Georges Erome, Référent loup : 06 07 21 83 67 er********@*****oo.fr
One Voice : Muriel Arnal, présidente et fondatrice de One Voice : 06 79 83 16 61 pr****@*******ce.fr

Toutes les images et tous les films que vous pouvez voir dans l’article sont libres de droit

Gestion de la cohabitation du Loup et des activités pastorales :   mieux protéger les troupeaux et reconnaître l’utilité du loup

Gestion de la cohabitation du Loup et des activités pastorales :  mieux protéger les troupeaux et reconnaître l’utilité du loup

Un article signé des associations suivantes :

Depuis quelques années, on assiste à un assouplissement très inquiétant des règles de gestion du Loup.

Alors qu’auparavant les tirs de défense ne pouvaient être ordonnés qu’en cas d’attaque avérée, la réglementation actuelle permet d’autoriser ces tirs en l’absence de toute attaque, « dès lors que des mesures de protection ont été mises en œuvre ou que le troupeau est reconnu comme ne pouvant être protégé » (art 13 de l’arrêté ministériel du 19.02.2018).

Des tirs d’effarouchement abandonnés, les exécutions privilégiées 

Les tirs d’effarouchement (tirs non létaux avec « des munitions (balles ou chevrotines) en caoutchouc ou à grenaille métallique, du numéro 8 et au-delà, soit d’un diamètre inférieur ou égal à 2,25 mm » (Arrêté ministériel du 19-02-2018) sont pratiquement abandonnés.

Pourtant l’individu loup qui a subi un tel tir établira vraisemblablement un lien entre celui-ci et le troupeau convoité, et mémorisera le territoire ainsi protégé (1). Il y a de grandes chances qu’il ne renouvelle pas l’expérience et de plus, il pourra transmettre l’information à la meute à laquelle il appartient. Par contre, un loup tué sera remplacé tôt ou tard par un autre, ce qui est contre-productif et finalement inefficace ! C’est ce que montrent les dernières études scientifiques (2).

Au cours des ans, le législateur et les pouvoirs publics ont ainsi perdu de vue l’objectif premier des tirs, qu’ils soient d’effarouchement, ou simples, pour finir par satisfaire le désir d’éradication des loups exprimé par une partie du monde de l’élevage.

Des autorisations de tirs de défense sans attaque et sans protection des troupeaux

Aujourd’hui, sous la pression des organisations agricoles, les autorisations de tirs de défense sont accordées sans que le troupeau ait subi d’attaque et sans qu’il ait été prouvé que le cheptel domestique est protégé efficacement. Sur les 71 autorisations de tirs de défense accordées en 2020 en Haute-Savoie (au 20 septembre 2020, source DREAL), seulement 18 éleveurs avaient subi des dommages en 2020 et 18 en 2019 (dont 8 en 2019 et 2020). On peut lire dans les « considérants » des autorisations préfectorales de tir que la proximité (toute relative) d’élevages ayant connu une prédation, ou mieux encore, la proximité de communes ayant elles aussi connu des prédations, suffit à autoriser des tirs. C’est ainsi que sur un espace de quelques dizaines d’hectares, on peut avoir 8 autorisations préfectorales de tirs simultanées, comme c’est le cas sur le plateau des Glières.

Des protections de troupeau de plus en plus laxistes 

Selon l’arrêté du 19/02/19, les tirs de défense peuvent être ordonnés dès lors que le troupeau est considéré comme protégé (condition remplie par l’installation effective et proportionnée de moyens de prévention – article 6) ou que son troupeau est reconnu comme non protégeable.

Et le choix des moyens de protection doit être « proportionné » aux risques encourus.

Ainsi sur 17 troupeaux d’ovins ou de caprins visités cette année en Haute-Savoie, tous situés dans des zones à loup (cercle 1) :

  • Onze d’entre eux n’ayant aucune protection ou ayant une protection présentant des failles importantes, ont subi 49 attaques, soit plus de la moitié des attaques de Haute-Savoie (n=96).
  • Parmi ces onze, quatre bénéficiaient d’une autorisation de tir de défense simple (TDS pour un seul tireur) et deux d’une autorisation de tir de défense renforcée (TDR pour plusieurs tireurs).
  • Un troupeau avait des moyens de protection présentant des lacunes, mais n’a subi aucune attaque. Il bénéficiait d’une autorisation de tir de défense simple.
  • Et enfin cinq d’entre eux étaient bien protégés, et n’ont subi aucune attaque avant ou après notre visite. Parmi ces cinq, trois avaient une autorisation de tir de défense simple.

Les situations sur le terrain sont donc contrastées, depuis de très bonnes protections jusqu’à la libre circulation de très grands troupeaux.

Voici deux exemples en Réserve Naturelle dans le haut de la vallée de l’Arve. D’un côté, aux Contamines-Montjoie, un exploitant qui élève des brebis pour la fabrication de produits laitiers. Il possède en alpage, surveillées par quatre patous, une centaine de brebis qui évoluent dans des parcs électrifiés, gardées par deux bergers. Cette protection est très efficace puisque son troupeau, à ce jour, n’a jamais été attaqué ! (ref. suivi des dommages aux troupeaux depuis 2017). A noter que l’éleveur a demandé et obtenu une autorisation de tir de défense, alors que son troupeau est en plein cœur de la Réserve Naturelle où il est interdit de tirer «… en dehors des réserves naturelles nationales constituées » Arrêté ministériel du 19-02-2018.

A l’autre extrémité de la vallée, dans la Réserve Naturelle de Passy, plusieurs centaines de brebis, élevées pour la viande, pâturent librement (sans parc) sur des centaines d’hectares. Il y a quand même un berger et un patou, mais ils sont totalement inefficients puisqu’il faut une bonne ½ journée en marchant à bon rythme pour faire le tour de l’alpage. Dans ce cas précis, la protection mise en œuvre, n’est ni adaptée ni efficace contre la prédation. Cette année, le troupeau a déjà subi 10 attaques (déclarées mais pas forcément imputables au loup) ayant causé la mort d’au moins 14 moutons.

Cette comparaison de situations géographiquement voisines montre bien, sauf exception toujours possible, qu’une bonne protection minimise les risques de prédation, et que les attaques ont tendance à se reporter sur les troupeaux les moins protégés, comme cela est montré depuis de nombreuses années par toutes les études scientifiques menées en Europe et en Amérique du Nord.

Cette absence de moyens de protection efficaces dans certains élevages s’explique d’autant moins que leur mise en œuvre est prise en charge à 100 % en Réserve Naturelle et à 80 % ailleurs.

A titre d’illustration, pour l’achat d’un patou, l’éleveur reçoit 300 €, et  652 € annuellement pour son entretien et pour sa nourriture ; pour subvenir aux frais de gardiennage par un salarié (ou un prestataire), il reçoit 2500 €/mois (ref. Instruction technique sur la protection des troupeaux du  20-12-2019), pour un taux de prise en charge de 100 %. A cela s’ajoutent tout un ensemble de prestations remboursées, exhaustivement décrites dans la circulaire (4).

Des troupeaux de vaches déclarés improtégeables 

On trouve dans l’arrêté ministériel du 19-02-2018 la phrase suivante : « Sur la base d’une analyse technico-économique réalisée au cas par cas par la DDT (M) et soumise pour avis au préfet coordonnateur du plan national d’actions sur le loup, un ou plusieurs troupeaux ou une partie d’un troupeau peuvent être reconnus comme ne pouvant être protégés par le préfet de département ».

Sous la pression des organisations agricoles, les troupeaux de bovins sont systématiquement déclarés improtégeables.

Il en découle le remboursement des dommages sans restriction, et l’autorisation de tirs de défense accordée sur simple demande (et actée en quelques jours par les services de la Préfecture).

Pourtant les dommages sur les bovins sont rares : en 2020, deux génisses ont été déclarées tuées et deux autres ont eu des morsures (sans qu’à ce stade la responsabilité du loup n’ait été démontrée); en 2019, un veau a été retrouvé mort avec des morsures, un autre complètement dépecé au vêlage et un veau de 4 jours a été  retrouvé mort. Des observateurs attentifs de la situation sur les Glières notent qu’en 2012, alors que l’on comptait une dizaine de loups sur le massif, aucune attaque ni prédation de bovin n’avait été recensée ! Que s’est-il donc passé en 2020 ? On pourrait aussi se référer aux bonnes pratiques pastorales d’il y a un demi-siècle où celui qui laissait vêler ses vaches sans protection se voyait rabrouer par tous ses pairs. Les enclos de vêlage espagnols peuvent aussi être présentés comme des modèles à suivre.

Plus près de nous, nos voisins du Val d’Aoste utilisent une ou deux vaches d’Hérens (ces vaches très combatives) comme moyen de protection. Celles-ci sont très présentes dans les vallées de Chamonix et des Gets où les troupeaux de bovins n’ont jamais été attaqués (3).

– Aucune protection sur la plaine de Dran – Glières (74)

Bientôt des tirs dans les Réserves Naturelles ? 

Lors de comités consultatifs des R.N. des Contamines et de Passy, la DDT a évoqué l’année dernière, la possibilité d’effectuer des tirs d’effarouchement dans les Réserves Naturelles.

Pourtant l’arrêté ministériel du 19-02-2018 est clair : « Les moyens d’effarouchement pouvant être mis en place sans demande préalable, en dehors des réserves naturelles nationales constituées ».

Le loup est une espèce protégée, s’il est également chassé des Réserves Naturelles (censées protéger la faune), où peut-il se réfugier ?

 

Deux loups tués en quelques jours 

Deux loups ont été tués en Haute-Savoie en quelques jours, l’un aux Villards-sur-Thônes le 28 juin et l’autre à Cenise vers le 8 juillet.

Et nous avons constaté sur le terrain que l’alpage des Villards-sur-Thônes n’est pas protégé de jour : pas de berger, pas de parc, pas de patou, ce qui devrait remettre en question le tir de défense renforcé dont il bénéficie.

La population de loups en Haute-Savoie est estimée à 3 meutes établies (dont une en grande partie sur la Suisse), auxquelles s’ajoutent quelques individus isolés en dispersion, pour un total d’une vingtaine d’individus.

Des experts font le même constat aux Ministères de la transition écologique et de l’agriculture

Une mission interministérielle (5) a été chargée d’étudier les méthodes de gestion des loups et les mesures de protection de l’élevage dans différents pays européens, voici quelques-unes de ses conclusions :

« La France détient de très loin les records du nombre d’attaques de troupeaux (en valeur absolue ou rapportés au nombre de loups), du coût public de la protection, et du montant des indemnisations de dommages. Cette situation, qui a surpris de nombreux interlocuteurs rencontrés, conduit à s’interroger sur l’efficience du système mis en place au fil des ans par notre pays.

Le système d’indemnisation est également plus exigeant dans les autres pays européens dans la mesure où la mise en place effective des mesures décidées est généralement contrôlée sur le terrain et conditionne le droit à indemnisation.

La France a, depuis plusieurs années, davantage recours aux tirs que les autres pays visités, lesquels l’utilisent de façon très exceptionnelle pour certains et pas du tout pour d’autres. Cela n’a pas empêché la solide installation du loup dans le quart sud-est du pays, ni la forte dynamique de son expansion actuelle. »

Moutons sans protection malgré un TDR au Mont – Les Villards sur Thônes

Disparition des dommages dus aux chiens divagants

Par ailleurs, et c’est bizarre, il n’y a plus de dommages dus aux chiens divagants, ils sont systématiquement déclarés comme étant imputables au loup. Pourtant, il y a seulement deux décennies, 84 sinistres étaient imputés aux chiens divagants, et fleurissait dans tous les alpages ce petit écriteau, qui a vite disparu avec l’apparition du loup en Haute-Savoie :

A titre de comparaison avec les chiffres rappelés sur cet écriteau, en 2019 en Haute-Savoie, « 72 constats seraient indemnisables au titre du loup pour un minimum de 236 victimes » (DDT 74 Dommages sur troupeaux domestiques- Situation au 31 octobre 2019).

 

Et pourtant, le loup est utile à nos écosystèmes

S’il est revenu naturellement en France, ce n’est pas pour rien.

Dans le secteur Arve-Giffre, il est constaté une présence importante de cerfs et autres ongulés sauvages.

Au cours de l’hiver 2018, 120 grands ongulés (cerfs et chevreuils) ont été retrouvés morts sur les communes de Chamonix et des Houches. Les analyses, effectuées par un vétérinaire spécialisé dans la faune sauvage, ont montré qu’ils étaient victimes de sous-alimentation. Cette concentration importante de cerfs a plusieurs conséquences : régénération ralentie de la forêt, consommation préférentielle du sapin alors qu’avec le changement climatique et la crise sanitaire des forêts, il faudrait le favoriser par rapport à l’épicéa, arasement des myrtilliers impactant la gélinotte des bois et le tétras lyre, etc… On voit par cet exemple, pris parmi d’autres, que le retour du loup est nécessaire à tout une chaîne écosystémique.

Alors, au lieu d’accuser le loup de tous les maux et d’en faire une cible, il est plus que jamais nécessaire de comprendre son utilité pour les écosystèmes de montagne tout en le dissuadant de s’en prendre aux troupeaux domestiques, partout où ceux-ci sont bien protégés. Et il reste beaucoup de progrès à faire dans ce domaine.

Notes : 

  1. Et cela d’autant plus qu’il est doué de sensibilité
  2. « Bruns et al., 2020, Global Ecology and Conservation » et les différents rapports et avis produits par le CNPN et le MNHN soulignent tous l’inefficacité des tirs létaux pour réduire la prédation
  3. Voir dans ce sens « Danvir et al., 2018, Reducing conflict with Grizzly bears, wolves and elk ; a western landowners’ guide. Published by Western Landowners Alliance ; p40«
  4. Circulaire « Instruction technique DGPE/SDPE/2018-124 12/02/2018 »
  5. Rapport de mission de conseil n°18097, https://agriculture.gouv.fr/le-loup-et-les-activites-delevage-en-europe
  6. CR de réunion CT ENS du 05/02/2020 de la CCVCMB

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