1 Juin 2022
Plusieurs brebis sont mortes ou ont été blessées à la suite d’un dérochement survenu la nuit du 20 au 21 mai 2022 dans le vallon de Barrada (Hautes-Pyrénées). D’après nos informations, aucun indice de prédation n’a été relevé.
Cela n’a pas empêché certains éleveurs de s’empresser pour incriminer l’ours, de façon bien prématurée semble-t-il, car aucun élément factuel ne permet à ce jour d’invoquer sa responsabilité. S’agirait-il juste d’une démarche « intéressée » ? En effet, seuls des dégâts causés par une espèce protégée, comme l’ours, sont indemnisables par de l’argent public.
En l’état, il sera probablement difficile d’élucider les causes de cet accident. Néanmoins, on peut relever le fait que les chiens errants ou divagants sont un problème avéré dans le département. Le dernier épisode en date s’est déroulé vers le 10 mai dans le secteur du Hautacam, soit 16 km au Nord de Barrada, à vol d’oiseau : les troupeaux ont dû redescendre dans la vallée après plusieurs attaques de canidés et de nombreux dégâts.
Ce contexte aurait logiquement dû inciter les éleveurs du massif à prendre des précautions élémentaires. On ne peut que s’interroger sur la présence de ces brebis dans une zone accidentogène, comportant pentes raides, barres rocheuses et névés tardifs. Bien que peu de précisions aient été livrées, il semble, au vu des éléments présents, que ce lot était livré à lui-même et sans protection la nuit du dérochement.
Les associations membres de CAP – Ours :
Altaïr Nature, Animal Cross, Association Nature Comminges (ANC), Comité Écologique Ariégeois (CEA), Conseil International Associatif pour la Protection des Pyrénées (CIAPP), FERUS (Groupe Loup France/ARTUS), Fonds d’Intervention Eco- Pastoral – Groupe Ours Pyrénées (FIEP), France Nature Environnement (FNE), France Nature Environnement Hautes Pyrénées (FNE 65), France Nature Environnement Midi- Pyrénées (FNE Midi-Pyrénées), Nature en Occitanie, Pays de l’Ours – Adet (Association pour le Développement Durable des Pyrénées), Société d’Etude de Protection et d’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest – Pyrénées-Atlantiques (SEPANSO 64), Société nationale de protection de la Nature (SNPN), Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM), Sours, WWF France.
10 Mai 2022
Participez à 2 consultations publiques
- suite au projet d’arrêté autorisant la mise en place de mesures d’effarouchement de l’ours brun dans les Pyrénées avant le 19/05/2022.
- concernant la capture de l'ours Goiat avant le 5/06/2022
Argumentaire proposé (
Pas de copier coller !)
-Les arrêtés sur les effarouchements de 2019 et 2020 ont été déclarés illégaux par le Conseil d'État. Cet arrêté en reprend les mêmes principes, pourquoi continuer une pratique contestée par les plus hautes instances?
-Le CNPN (Conseil National de Protection de la Nature), instance d'experts scientifiques indépendants, ayant pour mission de donner son avis sur les projets de texte législatif touchant à la biodiversité, a encore rendu cette année un avis défavorable au projet d'arrêté ministériel à l'unanimité (
http://www.consultations-publiques.developpement-durable....). Les avis des experts ne sont donc toujours pas pris en compte par les élus qui préfèrent se soumettre aux pressions des lobbies.
-L'effarouchement des ours présente un risque de dérangement généralisé sur cette espèce protégée mais plus généralement sur la faune sauvage si cette pratique venait à s'étendre sur l'ensemble des estives pyrénéennes engendrant une perte d'habitat non négligeable.
-Aucune étude n'a démontré le risque de dommages auditifs sur les ours lors de l'usage de cartouches à double détonation utilisées lors de l’effarouchement renforcé.
-Il y a également un risque de séparation des oursons de leur mère dans le cas de femelles suitées qui n'a pas été vérifié.
-L'effarouchement est toujours permis en zone cœur du Parc National des Pyrénées sur autorisation du directeur du Parc alors que ces méthodes devraient être interdites en zone de protection forte.
-Le seuil de dommages qui engendre le déclenchement de l'effarouchement est bas puisqu'il repose sur l'existence d'attaques sans données quantifiées. De plus, le régime d'indemnisation est basée sur une indemnisation au bénéfice du doute (responsabilité de l'ours non exclue) conduisant à une augmentation des dommages imputées aux ours et facilitant ainsi le déclenchement du protocole d'effarouchement.
-D'autres méthodes existent: il faut plutôt promouvoir et améliorer les protections des troupeaux, et mieux contrôler la mise en œuvre du triptyque de protection (regroupement nocturne, gardien, chiens de protection en nombre suffisant). Les méthodes d'effarouchement ont d'ailleurs été appliquées sur des estives où les troupeaux sont insuffisamment protégés.
-Le bilan sur les trois années d'expérimentation reste mitigé sur l'efficacité de l'effarouchement, notamment dans la durée, en raison notamment d'absence de protocole scientifique établi préalablement et il reste très lacunaire sur certains points. On continue donc à appliquer un protocole qui n'a pas été validé scientifiquement.
-Ces méthodes d'effarouchement sont très couteuses et il n'est pas fait état de la balance cout/bénéfice.
Argumentaire proposé (
Pas de copier coller !)
Aucun élément ne démontre que l'ours Goiat est anormalement prédateur, ou a un comportement familier.
Le protocole "Ours à probleme" n'est pas respecté. Certaines décisions ont été prises dans la précipitation, avec un manque de concertation ou d'éléments fiables, en fonction de la pression locale des éleveurs ou syndicats.
Une capture est toujours un acte risqué, générant du stress pour l'animal avec des possibilités d'accidents.
Goiat n'a eu aucun comportement anormal en 2021 , il n'y a donc aucune raison de le capturer.
Voir l'avis du CNPN
2 Mai 2022
Le Conseil d’Etat vient de censurer l’arrêté ministériel de 2020 autorisant l’effarouchement renforcé des ours dans les Pyrénées.
Celui de 2019 a déjà été censuré, et tout laisse penser que celui de 2021 le sera également dans quelques mois.
La conséquence est claire, et elle interroge une nouvelle fois sur la stratégie et les intentions de l’Etat : La cinquantaine d’opérations d’effarouchement menées en 2019 et 2020 dans les Pyrénées, notamment les 144 tirs en direction d’ours réalisés dans ce cadre, sont toutes
illégales et constituent autant de perturbations intentionnelles que l’OFB lui-même aurait pu verbaliser s’il n’en n’était l’auteur … !
Ces opérations sont de surcroît très chères pour un résultat dérisoire.
Dans ce contexte, il est impensable que l’Etat prenne à nouveau un arrêté autorisant les effarouchements renforcés en 2022 comme il semble en avoir l’intention !
En cette période de transition politique, nous en appelons au Chef de l’Etat.
Monsieur le Président, vous qui annoncez que ce deuxième mandat sera écologique, arrêtez cette aberration et revenons à la seule stratégie de cohabitation efficace : la protection des troupeaux !
Vouloir contenir la soif de vengeance de certains éleveurs et la violence du lobby anti-ours ne peut justifier ces infractions répétées au statut national et européen de protection de l’ours brun par l’Etat lui-même.
Nos associations ne cesseront pas de dénoncer et de lutter contre ces décisions et actions illégales.
Cliquer ici pour télécharger le jugement du Conseil
Signé :

27 Avr 2022
Un ours sérieusement handicapé à une patte arrière a été filmé la semaine dernière sur le versant espagnol des Pyrénées, en Val d’Aran.
La survie de cet ours pourrait être mise en jeu sans un rétablissement rapide, au vu de sa difficulté actuelle à se déplacer.
Bien que les autorités des deux pays se disent mobilisées pour suivre cet animal de près, il n’existe malheureusement encore aucun protocole permettant de traiter le cas d’un ours adulte en difficulté, malgré nos demandes répétées depuis maintenant de nombreuses années. Ce cas de figure peut en effet nécessiter une capture pour assurer la survie ou le rétablissement du spécimen affecté.
Rappelons aussi qu’un ours avec des difficultés motrices importantes peut devenir plus prédateur de brebis, ayant des difficulté à chercher sa nourriture, comme ce fut le cas de Papillon en 2004, avant sa mort. Ceci abonderait également dans le sens d’appliquer un protocole ours en difficulté.
Faute de se soucier de la conservation du plantigrade, l’Etat a semblé plus motivé, ces dernières années, par le déploiement d’un arsenal « répressif » à l’encontre de cette espèce protégée.
Cette situation amène plusieurs interrogations et remarques :
- L’ours concerné serait Néré, selon les autorités catalanes. Une identification génétique s’avèrera indispensable pour en être sûr.
- Les autorités des deux pays évoquent une cause naturelle, notamment l’âge avancé de cet individu, 25 ans.
Cependant, ce dernier était encore capable d’effectuer des déplacements de l’ordre de 100 km l’année dernière, depuis le Béarn : pourquoi une dégradation si rapide ?
- Une cause naturelle (combats entre mâles) avait été évoquée pour l’ours Goiat, également blessé à une patte en 2021, assez rapidement rétabli ensuite. En l’absence d’examen vétérinaire, toutes les causes sont en fait possibles concernant ces blessures à répétition, y compris des causes d’origine humaine. Rappelons que les autorités du Val d’Aran avaient mis en avant une bagarre entre mâles pour expliquer la mort de l’Ours Cachou en 2020, dans le même secteur, animal qui avait en fait été volontairement empoisonné.
- Néré, comme Goiat, est un des rares spécimens génétiquement intéressant pour la population ursine pyrénéenne, dont le caractère consanguin pourrait devenir rapidement problématique suite au refus de l’Etat français de réintroduire de nouveaux individus. Le sort de cet ours dans les jours qui viennent devra donc être suivi avec grande attention.
- Une intervention devrait être préparée au niveau franco-espagnol afin de se tenir prêts éventuellement à l’anesthésier, l’examiner et le soigner. Les autorités catalanes ont su capturer Goiat ou Cachou pour leur mettre un collier émetteur, cela devrait être plus facile que de venir au secours de cet ours, peu mobile.
Malgré les obligations légales des états abritant la population d’ours des Pyrénées, la protection et la conservation du plantigrade, au coeur de plans ours restant de papier, semblent à la dérive depuis plusieurs années : les ours doivent se débrouiller seuls pour restaurer la viabilité d’une population mise à mal, le plus souvent pour le pire.
20 Jan 2022
Par un jugement du 15 décembre 2021, le tribunal administratif de Pau a annulé l’arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées daté du 17 juin 2019 autorisant l’effarouchement de l’ours Goiat.
Cette décision de justice reposant principalement sur le fait que l’Etat n’a pas préalablement recherché de solutions alternatives satisfaisantes aux tirs d’effarouchement, comme le prévoit l’article L411-2 du code de l’environnement.
Elles existent pourtant, comme l’ont argumenté les associations, ce que l’Etat n’a d’ailleurs pas contesté.
Il s’agit donc d’un nouveau revers juridique pour l’Etat qui les collectionne dans ce dossier(1) et les nombreux autres recours déposés par les associations laissent présager que cette liste a vocation à s’allonger.
L’Etat doit comprendre et enfin admettre que l’effarouchement n‘est pas un moyen ordinaire de protéger les troupeaux et de gérer la population d’ours, que c’est une mesure dérogatoire au statut de protection de l’espèce qui ne peut être mis en oeuvre qu’exceptionnellement, à des conditions strictes dont il s’affranchit allègrement depuis 2019.
Dans ce contexte, le prolongement de l’autorisation de capture de ce même ours Goiat jusqu’au 30 juin 2022 accordée par Barbara Pompili le 23 décembre 2021 (soit une semaine après ce jugement) est particulièrement mal venu.
Les associations ont bien entendu attaqué cet arrêté et il fait peu de doutes qu’il sera également annulé, pour les mêmes raisons, mais cela n’interviendra probablement qu’en 2023, alors que le texte sera caduc.
Il est regrettable et indigne que le gouvernement joue ainsi avec les délais d’intervention des tribunaux pour s’affranchir des Lois de protection des espèces menacées.
(1) Le 4 février 2021, le Conseil d’Etat a annulé l’arrêté autorisant l’effarouchement renforcé des ours pour l’année 2019.
En 2020, le Préfet des Hautes-Pyrénées a abrogé un arrêté d’effarouchement suite à un recours gracieux argumenté des associations
Le 6 mars 2018, le tribunal administratif de Toulouse a condamné l’Etat pour manquement à son obligation de restaurer la population d’ours.
Associations signataires :
Animal cross, Comité Ecologique Ariégeois (CEA), FERUS, Fonds d’Intervention Eco-Pastoral – Groupe Ours Pyrénées (FIEP), France Nature Environnement (FNE)
Midi-Pyrénées, FNE Hautes-Pyrénées, Nature Comminges, Nature Midi-Pyrénées, Pays de l’Ours – Adet, Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères
(SFEPM), Société Nationale de Protection de la Nature (SNPN).
17 Déc 2021
Communiqué de presse de CAP Ours, mercredi 15 décembre 2021
Selon les chiffres extraits du site de la DREAL info-ours.com, au 10 décembre 2021, les constats d’expertise sur les animaux morts en estive ont diminué de 25% en 2021.
Parmi ces constats, ceux ayant conclu à une prédation d’ours (« responsabilité ours non écartée ») ont diminué de 17%, pour 456 bêtes mortes ou blessées (soit entre 20 % et 30% de baisse d’animaux prédatés par rapport à 2020).
Les baisses de dommages sur cheptel domestique sont les plus marquées en Ariège (-20 à -30%, pour 358 animaux prédatés, dont un bovin, un équin, et une chèvre) et en Hautes-Pyrénées (-70%). Aucune prédation dans les Pyrénées-Atlantiques (où l’ourse Sorita a donné naissance à 3 oursons).
Ces chiffres seront à consolider en fin d’année, quand les constats en attente, probablement difficilement expertisables, auront fait l’objet d’une décision, politique ou technique.
La cause de cette baisse globale, notamment en Ariège, est très probablement majoritairement due à la progression effective des moyens de protection sur le terrain (bergers, chiens et parcs). Néanmoins, les parcs électrifiés de regroupement nocturne restent encore trop largement sous-utilisés, alors qu’ils permettent d’obtenir des taux de prédation 5 fois plus faibles que le regroupement nocturne en couchade libre.
Le renforcement des équipes des bergers d’appui de la Pastorale Pyrénéenne, qui effectuent des gardes nocturnes sans armes à feu, a également dû jouer un rôle. Bien que non mentionnés dans le communiqué de la préfecture, ils ont effectué 1.5 fois plus de gardes que les équipes d’effaroucheurs. A noter qu’aucun comportement agressif d’ours n’a été noté depuis les nombreuses années que ces gardes sont effectuées.
Elles montrent également que la présence humaine suffit et que les effarouchements avec armes pyrotechniques ne présentent aucune valeur ajoutée. Rappelons que ces derniers ont été jugés illégaux par le Conseil d’Etat et favorisent la prolifération des armes à feu en estives, avec tous les risques afférents.
A noter que certaines prédations ont eu lieu sur des lots non regroupés, lors d’effarouchements. Elles auraient pu être évitées si des bergers d’appui avaient plutôt été mandatés, ces derniers ayant les compétences requises pour regrouper les troupeaux.
Les associations membres de CAP – Ours :
Altaïr Nature, Animal Cross, Association Nature Comminges (ANC), Comité Écologique Ariégeois (CEA), Conseil International Associatif pour la Protection des Pyrénées (CIAPP), FERUS (Groupe Loup France/ARTUS), Fonds d’Intervention Eco- Pastoral – Groupe Ours Pyrénées (FIEP), France Nature Environnement (FNE), France Nature Environnement Hautes Pyrénées (FNE 65), France Nature Environnement Midi- Pyrénées (FNE Midi-Pyrénées), Nature en Occitanie, Pays de l’Ours – Adet (Association pour le Développement Durable des Pyrénées), Société d’Etude de Protection et d’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest – Pyrénées-Atlantiques (SEPANSO 64), Société nationale de protection de la Nature (SNPN), Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM), Sours, WWF France.