Communiqué de presse de FNE Aura (élaboré avec Animal Cross) : Les opposants au loup orchestrent depuis deux ans la remise en cause de l’estimation de la population de loups publiée par l’OFB (Office Français de la Biodiversité) ; estimation obtenue à partir d’une analyse scientifique des données fournies par le réseau Loup-Lynx qui rassemble, sur l’ensemble des territoires, plus de 3000 correspondants formés (1).
Sachant que l’État autorise l’abattage annuel de 20 % des loups, l’objectif des opposants au loup est simple : relever très haut l’effectif estimé afin de multiplier le nombre de loups à abattre. Pour rappel, le quota d’abattage légal était, en 2021, de 118 loups à tuer.
Pour parvenir à leurs fins et après avoir diffuser des campagnes de communication visant à discréditer la méthode de l’OFB, les Fédérations départementales des Chasseurs (FDC) ont collecté des financements publics pour mettre en œuvre leur projet et ainsi justifier leurs propres chiffres.
Ainsi, en 2022, les chasseurs de Haute-Savoie (FDC 74) ont obtenu 270 000 euros de subventions pour mettre en œuvre leur campagne de « comptage de loups » (2). Cette aide publique s’ajoute aux 650 000 euros sur 5 ans alloués par le Conseil départemental aux « projets de la FDC 74 », ainsi qu’aux 304 100 euros sur 3 ans de la Région Auvergne Rhône-Alpes – AuRA (5).
Ces subventions financent l’achat d’un véhicule et d’une multitude de pièges photographiques, de caméras thermiques, de drones, d’enregistreurs sonores… La FDC a présenté à la DDT 74 (Direction Départementale des Territoires de Haute-Savoie) toute une organisation par massif centrée sur le monde cynégétique, à laquelle éleveurs et louvetiers ont été invités à participer, à l’exclusion des associations environnementales.
Cette débauche de moyens techniques disparates contraste avec l’absence de méthodologie permettant d’évaluer la pertinence de l’opération, sa cohérence et sa robustesse en matière scientifique.
Sans validation scientifique, sans moyen de contrôle par un organisme extérieur indépendant, toutes les hypothèses sont permises. Dans cette opération où les conflits d’intérêts sont évidents et sachant qu’il est impossible, sur une vidéo ou une photographie, de distinguer un loup d’un autre loup, l’hypothèse la plus probable est que le même individu soit compté autant de fois qu’il passe devant une caméra…
Les loups ne se comptent pas comme des moutons et aucun scientifique n’a jamais validé ni validera un « comptage de loups », fusse à l’aide de centaines de caméras, d’enregistreurs sonores ou de drones pour la simple raison que « c’est impossible ». Seule la génétique des individus obtenue par l’analyse du matériel biologique recueilli sur le terrain (crottes, poils…) permet d’obtenir une estimation (et non pas « un comptage ») d’une population de loups (3) ; c’est la méthode scientifique validée partout dans le monde et mise en œuvre en France, par l’OFB avec le soutien du CNRS. On peut améliorer cette méthode mais on ne peut pas la remplacer.
Alors que 84% des Français sont favorables à une stricte protection du loup (4), ils participent par leurs impôts et sans le savoir à une opération à grand spectacle montée en catimini par les opposants aux loups et visant à en tuer toujours plus.
En l’absence de validation par le Conseil scientifique du Plan national loup, FNE Auvergne Rhône-Alpes récuse par avance tous les chiffres et toutes les conclusions qui pourraient être déduits de cette opération.
Le loup est présent en Haute-Savoie depuis 2004 avec l’apparition d’une femelle dans le massif des Bornes. Puis en 2007 une meute s’est constituée, qui a connu une première reproduction en 2008 (Bulletin loup du réseau n°20). Après le tir de la femelle alpha en 2009, puis le braconnage d’un individu, la meute s’est disloquée et un membre de celle-ci a été victime d’une collision dans l’Ain en mai de la même année (Bulletin loup du réseau n°21). Il n’y a pas eu d’autre reproduction dans cette meute jusqu’en 2020.
En 2017, l’effectif en Haute-Savoie est estimé à deux individus (Bulletin loup du réseau n° 36 p. 26).
En 2018, outre les deux individus de la meute des Bornes, la présence ponctuelle d’un ou deux individus a été observée dans le Chablais, en secteur limite avec la Suisse (Flash info n°5 et 6 du bulletin d’information du réseau loup).
En 2019, on a pu constater une reproduction dans deux nouvelles meutes (Chablais et Aravis) ; celle des Bornes est toujours présente, mais n’a pas connu de reproduction, tandis que deux autres secteurs de présence ponctuelle apparaissent (les Voirons et les Bauges, à cheval avec la Savoie) (Flash info n°9 et 11 du bulletin d’information du réseau loup).
En 2020, l’effectif minimum retenu (EMR) est estimé à une quinzaine d’individus dans le département avec 3 ZPP (Zones de Présence Permanente) classées en meute :
le massif des Bornes-Glières
les Aravis
le Chablais
A cela s’ajoutent des zones de présence probable dans le haut de la vallée de l’Arve et dans le secteur de Bellevaux - Taninges, ainsi que celui des Bauges (site haute-savoie@gouv.fr au 15/09/2020 et Flash info n°12 et 13 du bulletin d’information du réseau loup).
Figure 1:Effectif des loups en Haute-Savoie (d’après Flash Infos- Bulletin d’information du réseau loup, site haute-savoie@gouv.fr et dossier presse de la préfecture du 3/09/2020)
1.1 L’élevage ovin en Haute-Savoie
Le cheptel ovin est en diminution en Haute-Savoie avec 21.937 têtes recensées en 2010, contre 26.786 têtes en 2000 (-18 %.). En revanche, il est en augmentation pour les caprins avec 8.616 têtes en 2010 contre 7.179 en 2000 (+20 %) (site DDT 74 - chiffres clés du recensement agricole de 2010).
La taille moyenne des troupeaux est faible, inférieure à 100 têtes, et souvent encore inférieure dans les zones concernées par les attaques de loup. Mais on recense également des troupeaux plus importants qui viennent de l’extérieur du département en période d’alpage.
1.2 Les dommages aux troupeaux progressent
On est passé de 122 victimes indemnisées au titre du loup en 2017 (typées loup et loup non exclu) pour 43 attaques, à 278 victimes indemnisées pour 79 attaques en 2019, puis à 220 victimes (site Maploup) pour 122 attaques (déclarations des éleveurs auprès de la DDT 74, toutes attaques confondues) en 2020 (au 13/11).
Figure 2 : Evolution des dommages et des TDS en Haute-Savoie (données Maploup sauf nb attaques 2020 : déclarations auprès de la DDT 74 et TDS / Comité départemental loup 74)
Ce sont pourtant 141 contrats de protection qui ont été signés par la DDT 74 avec des propriétaires de troupeaux en Haute-Savoie, à fin 2020 (selon la présentation DDT au Comité Départemental Loup du 30/11/2020).
En regardant d’un peu plus près les troupeaux attaqués, on s’aperçoit que ce sont souvent les mêmes qui subissent des attaques.
Le but de cette étude était de comprendre pourquoi certains troupeaux étaient régulièrement attaqués alors que d’autres, parfois géographiquement assez proches, ne l’étaient pas ou très rarement, et s’il y avait un lien entre ces attaques et le niveau de protection des troupeaux concernés.
2. Matériel et méthode
2.1 Présentation du périmètre d’étude
Le périmètre d’étude est situé dans le département de la Haute-Savoie (74), et plus particulièrement dans sa partie Est. Celle-ci est la plus montagneuse, et c’est là que se concentre la majorité des troupeaux (alpages) et par conséquent les attaques de loup. Tous les troupeaux visités étaient situés sur des alpages (par opposition aux lieux proches des bergeries en tout début de saison)
Figure 3 : Carte de localisation des troupeaux visités (cercles orange)
2.2 Méthodologie
La méthode a consisté à visiter les troupeaux et à vérifier leur niveau de protection face aux attaques de loup.
Le choix des troupeaux
Les troupeaux visités étaient tous situés en cercle 1 (communes où la prédation est avérée), la Haute-Savoie n’ayant pas de communes en cercle 0 (foyers de prédation).
Les visites se sont concentrées sur le cheptel ovin et caprin, les bovins ayant été déclarés improtégeables par les autorités.
Le choix des troupeaux à visiter s’est porté en premier lieu sur ceux ayant obtenu une autorisation de tir de défense simple (TDS) ou renforcée (TDR) (en 2020, il y a eu 70 TDS et 2 TDR), ensuite en fonction de la proximité des troupeaux par rapport aux lieux de résidence des observateurs.
Puis, une prospection systématique des troupeaux a eu lieu, massif par massif et commune par commune sur ces secteurs visités.
La principale difficulté a consisté à identifier les propriétaires des troupeaux rencontrés. Si, dans certains cas, ceux-ci étaient connus des observateurs, dans d’autres cas ils ont été identifiés sur place lors de la visite. Mais dans la plupart des cas, ce sont les informations publiques qui ont permis d’identifier l’éleveur (sites internet, compte Facebook, etc…). Cette identification était nécessaire pour pouvoir la corréler avec les attaques déclarées.
Pour plusieurs troupeaux visités, le propriétaire n’a pu être identifié, ceux-ci n’apparaissent donc pas dans les tableaux.
Cinq des six secteurs où le loup est présent ont été visités, seul le massif des Bauges ne l’a pas été.
La vérification des mesures de protection
Pour chaque troupeau, la vérification portait sur les clôtures, les chiens de protection et la présence d’un berger.
Concernant les clôtures, leur hauteur, la fermeture effective du parc et l’intensité du courant à différents endroits ont été contrôlées.
En ce qui concerne les chiens de protection, leur nombre et leur réactivité (détection, aboiement, approche, etc…) ont été notés, sans interagir avec eux autrement qu’en leur parlant calmement lorsqu’ils s’approchaient. Nous avons veillé à ce que nos observations n’induisent aucun dérangement des animaux.
La présence ou non d’un berger à proximité du troupeau a également été relevée.
La visite s’effectuait d’abord à distance à l’aide de jumelles ou d’une longue-vue. Puis en approchant de la clôture pour vérifier l’intensité du courant en la touchant. Si un chemin de randonnée traversait le parc, la clôture était franchie en le suivant, comme le ferait n’importe quel promeneur. Des photos ont été prises lors de ces visites et des vidéos ont été réalisées, parfois avec une caméra thermique, pour les cas les plus flagrants.
Sur certains sites, la visite a eu lieu en fin d’après-midi et a duré jusqu’à la tombée de la nuit, de façon à vérifier que tous les moutons étaient effectivement parqués de nuit.
Les critères de bonne protection
Pour juger de l’état de protection, nous avons fait l’exercice de nous mettre à la place du loup, en nous posant cette question : « est-ce que ce troupeau est attaquable sans trop de risque ? ».
C’est-à-dire avec la présence d’une clôture présentant des points faibles (pas entièrement fermée, avec un filet rabattu à certains endroits ou laissant au moins un passage), non électrifiée partout ou avec une intensité du courant insuffisante. Des chiens de protection sont-ils présents et en nombre suffisant par rapport à la taille du troupeau et la surface du pâturage ? Y a-t-il un berger à proximité ?
Chronologie de l’inventaire
Les visites se sont échelonnées du 20 juin 2020 au 18 septembre 2020, le plus souvent avec un seul observateur et quelquefois avec deux.
3. Résultats
Au total ce sont 79 troupeaux qui ont été visités, dont 45 comptant des bovins, et un seul comportant des équins. Sur les 33 troupeaux ovins et caprins visités, seuls 17 troupeaux dont le propriétaire a pu être identifié ont été retenus.
Parmi ces 17 troupeaux, 5 ont été jugés comme correctement protégés et 12 sans protection ou avec une protection insuffisante.
Tableau des troupeaux visités et de leur niveau de protection (en vert bonne protection, en rouge protection insuffisante)
Les troupeaux bien protégés
Sur les troupeaux bien protégés, quatre sont des troupeaux laitiers de petite taille, soit entre 100 à 200 bêtes (Sallanches, Les Contamines-Montjoie, Saint-Gervais et Le Reposoir). Tous les troupeaux laitiers visités étaient bien protégés sauf celui de Bernex.
Le cinquième, situé à Cordon, compte entre 500 et 800 bêtes, élevées pour la viande. Ce troupeau est protégé par un immense parc de jour électrifié qui entoure toute la montagne de Croisse Baulet. Il y a deux bergers, un chalet principal et une cabane de berger sur l’autre versant ainsi que quatre chiens de protection (chien de montagne des Pyrénées).
Trois éleveurs (Sallanches, Les Contamines-Montjoie et le Reposoir) avaient obtenu une autorisation de tir de défense simple (TDS) au moment de la visite alors que seul l’un d’entre eux (Sallanches) avait subi une attaque deux ans auparavant, en 2018.
Les troupeaux vulnérables
Sur les douze troupeaux non protégés ou insuffisamment protégés, quatre n’avaient aucun chien de protection (Petit-Bornand, Arâches-la-Frasse, Bernex et Saint Jean d’Aulps) et deux ne disposaient que d’un seul chien (Passy et Les Houches).
Cinq n’avaient pas de berger présent lors de la visite (Petit Bornand, Les Houches, Samoëns, Arâches-la-Frasse et Bernex) et seuls deux bergers étaient présents avec le troupeau (Passy et Saint-Jean d’Aulps), les autres étaient dans leur chalet d’alpage (Servoz, Le Reposoir, Mieussy, Bellevaux et Villards-sur-Thônes).
Concernant les clôtures, trois troupeaux n’en possédaient pas : Passy, Carlaveyron et Le Reposoir (ce dernier avait seulement 10 mètres de filet pour entraver un sentier de randonnée), l’un d’eux était protégé par un parc rectangulaire fermé sur seulement trois côtés (Le Petit Bornand), quatre d’entre eux avaient un parc qui présentait des lacunes (les moutons pouvaient en sortir), à Samoëns, Arâches-la-Frasse, Bellevaux et Bernex. Quatre étaient des parcs de nuit (Servoz, Bellevaux, Villards-sur-Thônes et Saint Jean d’Aulps) mais pour deux d’entre eux (Servoz et Saint Jean d’Aulps), nous avons pu constater que des moutons restaient la nuit en dehors du parc. Quant à l’électrification, soit il n’y en avait pas (Petit Bornand), soit elle était très faible (Bernex, Arâches-la-Frasse, Samoëns), soit encore inexistante du fait de la présence d’un passage aménagé pour les piétons (Mieussy).
Un seul troupeau (Samoëns) n’a subi aucune attaque malgré sa vulnérabilité.
Sept parmi ces douze éleveurs avaient demandé et obtenu une autorisation de tir (TDS ou TDR).
Figure 3 : Synthèse du nombre d'attaques par troupeau en fonction de leur niveau de protection
4. Analyse
Au moment de la visite, un seul des cinq troupeaux que nous considérons « bien protégés » avait subi une attaque depuis 2017. Deux autres ont subi une attaque en début d’automne 2020.
Sur la même commune (Le Reposoir), un élevage bien protégé n’a subi aucune attaque depuis 2017, alors qu’à quelques centaines de mètres, un troupeau mal protégé en a subi 17.
Même constat à Saint-Gervais où un troupeau bien protégé n’a subi aucune attaque en quatre ans, alors que dans le même temps, d’autres éleveurs de la commune ont connu 17 attaques.
Les douze troupeaux pas ou insuffisamment protégés ont subi 109 attaques de 2017 au 23 octobre 2020, sur un total de 335 attaques sur la même période dans tout le département, ce qui représente le tiers des attaques (32,5 %).
Pour la seule année 2020 (jusqu’au 23/10), ces 11 troupeaux (le 12e de Samoëns n’ayant pas subi d’attaque) ont subi 59 attaques sur 118 pour tout le département soit exactement 50 %.Deux d’entre eux (Passy et Les Houches) totalisent 28 attaques soit 24 % du nombre d’attaques du département. Cela est d’autant plus incompréhensible que ces deux troupeaux sont situés en Réserve Naturelle Nationale, dans lesquelles les protections (clôtures, chiens et salaire du berger) sont prises en charge à 100 % du barème, au lieu de seulement 80 % ailleurs. Il est possible que l’arrivée subite du loup dans ce secteur ait surpris les éleveurs. L’un d’entre eux nous a affirmé qu’il avait eu du mal à se procurer des chiens de protection en cours de saison et que certains d’entre eux se sont avérés inadaptés.
Il n’y a pas de corrélation entre le nombre d’attaques et la demande d’autorisation de tir de défense simple (TDS)
Par exemple, trois des troupeaux bien protégés ont obtenu une autorisation de TDS alors qu’un seul avait subi une attaque en quatre ans.
A l’inverse, parmi les troupeaux ayant subi le plus d’attaques, cinq n’ont pas demandé de TDS, dont les deux propriétaires les plus touchés.
Sur les cinq troupeaux bien protégés, quatre sont des troupeaux laitiers (Sallanches, Les Contamines-Montjoie, Saint-Gervais et le Reposoir). Pourquoi alors une protection optimale est-elle mise en œuvre dans ce type d’élevage et pas dans l’élevage pour la viande ? Voici quelques éléments d’explication :
Dans l’élevage laitier, le revenu est constitué non pas par la valeur de la brebis mais par le lait. Une brebis tuée, c’est une production et des revenus qui diminuent fortement. Il est impossible de remplacer une brebis lactante (et a fortiori plusieurs) en cours de saison.
Dans le cas d’un élevage pour la viande, l’animal est indemnisé à sa valeur marchande et il n’y a pas de perte de revenus directe (à condition bien sûr que tous les animaux disparus soient effectivement remboursés).
Les troupeaux laitiers sont souvent plus petits et donc plus faciles à protéger. Ils nécessitent la présence d’un berger chaque jour pour effectuer la traite, et le troupeau est rassemblé quotidiennement à cette fin.
Les troupeaux importants sont plus difficiles à protéger du fait de la surface parcourue, mais l’exemple de l’élevage de Cordon montre qu’il est possible de protéger efficacement un troupeau de 500 à 800 bêtes.
Il n’y a pas de corrélation entre le nombre de loups et le nombre d’attaques ou celui de victimes
S’il n’est pas facile de déterminer précisément le nombre de loups par département et pour chaque année, les données du Réseau Loup permettent d’en obtenir une fourchette vraisemblablement assez proche de la réalité. Le nombre de loups a ainsi été multiplié par 8 à 10 entre 2017 et 2020 (figure 1) alors que dans le même temps les attaques sur les troupeaux ont été multipliées par 3, et le nombre de victimes par 2 (figure 2). Même si les chiffres de 2020 ne sont pas définitifs (ils sont arrêtés au 13/11/2020 pour le nombre d’attaques et de victimes mais concernent toutes les attaques déclarées alors que pour les autres années il s’agit de celles ayant donné lieu à indemnisation), ils ne devraient pas changer cette tendance, le nombre de victimes pourrait même légèrement baisser par rapport à 2019. Cela pourrait s’expliquer par l’augmentation du nombre de protections des troupeaux mises en place.
Les attaques de chiens errants ont pratiquement disparu
En 1984, la DDA de Haute-Savoie, afin de savoir, avant sa réintroduction, s’il y avait suffisamment de nourriture disponible pour le Gypaète barbu, a réalisé une enquête sur la mortalité du cheptel domestique et sauvage dans le département. Elle a recensé 377 ovins et caprins tués par des chiens errants de mai 1983 à mai 1984.
En 1996, le syndicat ovin de Haute-Savoie a réalisé avec l’aide de l’assureur Groupama une campagne de sensibilisation sur les dommages dus aux chiens à l’aide de panneaux en plastique apposés sur les alpages.
Cette année-là, d’après ce syndicat, il y a eu 84 sinistres, avec 458 brebis tuées par des chiens en divagation et 1500 blessées.
A cette époque, le loup et le lynx n’étaient pas présents en Haute-Savoie.
D’après la présentation de la DDT au Comité départemental loup de Haute-Savoie du 9 décembre 2019, il y a eu, en 2019, « 114 signalements de dommages pour 317 victimes ». Parmi ceux-ci 82 constats seraient indemnisables au titre du loup pour un minimum de 270 victimes :
20 constats pour cause de mortalité indéterminée ou non liée à la prédation.
On constate, entre les années 1984-1996 et aujourd’hui, une très forte diminution des attaques attribuées aux chiens errants. Il y a sans doute une partie des constats non typés loup qui leur sont imputables, mais la diminution de ces attaques reste quand même importante. Plusieurs explications sont envisageables. Les loups pourraient être à l’origine de la réduction du nombre de chiens errants ; la protection des troupeaux par des parcs et la présence de chiens de protection (l’un et l’autre pratiquement inexistants avant la présence du loup) pourraient dissuader les chiens divagants.
5. Conclusion
Les mesures de protection des troupeaux en Haute-Savoie, lorsqu’elles sont correctement mises en œuvre et complètes (clôture, chiens et berger), sont efficaces. Si elles n’éliminent pas complètement le risque d’attaque, elles en réduisent fortement le nombre. Outre les attaques de loup, elles ont également considérablement réduit les attaques de chiens errants.
Les troupeaux qui ne sont pas ou insuffisamment protégés concentrent la plupart des attaques et des dommages. Certains de ces troupeaux sont attaqués régulièrement. L’effet de surprise de l’installation de loups sur de nouveaux territoires a sans doute pris de court certains éleveurs. S’il est relativement facile de se procurer des clôtures électriques, il est plus difficile de trouver de bons chiens de protection et surtout un berger compétent et stable.
Peut-être faudrait-il analyser avec les éleveurs la vulnérabilité de leur troupeau, comme c’est prévu dans le « Plan National d’Actions 2018-2023 sur le loup et les activités d’élevage » et préconiser les solutions à mettre en œuvre pour renforcer cette protection.
6. Bibliographie
Boisseaux T., Stéfanini-Meyrignac O., Démolis C., Vallance M.. (2019) - Le loup et les activités d'élevage : comparaison européenne dans le cadre du plan national d’actions 2018/2023. Rapport du C.G.E.D.D. et C.G.A.A.E.R. : 84 pages.
De Beaufort F., 1987. Le loup en France : éléments d'écologie historique. Coll. Encyclopedie des
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Bulletins loup du reseau. Reseau Loup-Lynx, Ed. ONCFS, dir. Etudes et Recherches du CNERA, Predateurs et Animaux depredateurs, Equipe Loup-Lynx. N°1 à 36.
Estève R. (1985). Recensement du cheptel domestique et sauvage trouvé mort dans le milieu naturel. Arve Léman Savoie Nature n° 44- Avril 1985- p. 25 à 28
Garde L., Bacha S., Bataille J-F., Gouty A-L., Silhol A. (2007). Les éleveurs résidents en zone à loups : Perceptions et stratégies In : L. Garde (coord.) Loup – Élevage : s’ouvrir à la complexité. Actes du séminaire des 15-16 juin 2006. Eds. CERPAM, Manosque : 180-190.
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Meuret M. (2020). Mieux protéger les élevages en ne considérant plus les loups comme de parfaits idiots – COADAPHT & INRAE, PASTUM, 113, pp. 26-28
Ministère de la transition écologique et solidaire et Ministère de l’agriculture et de l’alimentation (2018) Plan national d’actions 2018-2023 sur le loup et les activités d’élevage, Paris, 97 p.
Réseau pastoral Auvergne Rhône-Alpes (2019) - Evolution de la prédation de 1998 à 2017 en Auvergne Rhône-Alpes- Rapport technique
Textes officiels et législatifs : Arrêté du 9 juillet 2019 pris pour l’application du décret no 2019-722 du 9 juillet 2019 relatif à l’indemnisation des dommages causés aux troupeaux domestiques par le loup, l’ours et le lynx
Décret no 2019-722 du 9 juillet 2019 relatif à l’indemnisation des dommages causés aux troupeaux domestiques par le loup, l’ours et le lynx
Guide technique du 21 avril 2020 relatif à l’indemnisation des dommages causés par le loup, l’ours et le lynx aux troupeaux et animaux domestiques – Ministère de la transition écologique et solidaire.
Arrêté du 28 novembre 2019 relatif à l’opération de protection de l’environnement dans les espaces ruraux portant sur la protection des troupeaux contre la prédation
Instruction technique DGPE/SDPE/2019-853 20/12/2019 - Mesures de « protection des troupeaux contre la prédation » mises en œuvre dans le cadre du règlement (UE) n°1305/2013 du Parlement et du Conseil du 17 décembre 2013.
Le département de la Haute-Savoie est le théâtre de 71 tirs de défense, dont deux renforcés, pour une population lupine estimée à une vingtaine d’individus. Deux loups ont déjà été tués sous ce régime cette année, l’un aux Villards-sur-Thônes, et l’autre sur le plateau de Cenise.
Or les tirs de défense ne peuvent être ordonnés que sous condition de protection du troupeau (Arrêté ministériel du 19/02/19), sauf lorsque celui-ci est considéré comme improtégeable par la DDT. C’est le cas des troupeaux de bovins, fort étonnamment, ce qui conduit la DDT et la préfecture à autoriser des tirs multiples, comme à plaine de Dran sur les Glières, où dix-huit tireurs peuvent se relayer, avec l’appui de lieutenants de louveterie, sur huit espaces proches et contigus (arrêtés préfectoraux DDT-2020-0863, DDT-2020-0864, DDT-2020-0865, etc…).
Même si le montage juridique rend cette situation inattaquable, elle heurte le bon sens commun, d’autant plus que c’est seulement pendant leurs premières semaines que les veaux sont réellement exposés à la prédation ; les solutions sont les enclos de vêlage comme en Espagne, des parcs légers électrifiés, la présence d’une vache de race Hérens, mais aussi la surveillance par un berger, comme cela se pratiquait autrefois.
Concernant les ovins et caprins, nos associations de protection de la nature (APN) constatent que les conditions de protection prévues dans les arrêtés préfectoraux ne sont bien souvent pas réunies : chèvres en divagation permanente à Bernex, brebis sans aucune protection de jour aux Villards sur Thônes, etc…
Le CNPN (Conseil National de Protection de la Nature) a pourtant bien rappelé dans sa Délibération n° 2020-19 de Juillet 2020 que la seule politique en France consiste à « freiner la croissance de l’espèce » et a rappelé « son inquiétude sur la capacité de l’administration à vérifier sur le terrain la mise en place effective des dispositifs de protection ».
Nous dénonçons ainsi la faiblesse des contrôles préventifs sur le terrain, nous dénonçons que les tirs soient privilégiés par les services de l’Etat par rapport à la protection, nous dénonçons de nombreux « appâts » à loups sur tout le département (moutons en dehors des parcs, parcs non fermés ou clos sur trois côtés seulement, etc…), nous dénonçons tous ces grands troupeaux d’ovins venant de lointains départements, difficiles à protéger et élevés pour la viande (effet des subventions de la PAC *), nous dénonçons que sous prétexte « d’agribashing » les éleveurs, encouragés par le préfet (**), saisissent les tribunaux à l’encontre des APN qui ne font que montrer la réalité.
C’est le loup qui paie un lourd tribut à cette politique laxiste : 82 loups exécutés au 25 septembre 2020 sur le territoire national.
(*) la moyenne des subventions annuelles des éleveurs déplaçant leurs troupeaux en Haute-Savoie, et ayant obtenu des tirs, est de l’ordre de 132.000 euros/an
(**) compte-rendu du comité départemental loup de Haute-Savoie du 9 décembre 2019
Contacts :
Animal Cross : Pascal S Référent loup : 06 58 11 71 13 loup@animal-cross.org LPO Aura Haute-Savoie : JC Louis 06 51 32 77 44 jean.claude.louis@free.fr FNE Aura : Georges Erome, Référent loup : 06 07 21 83 67 erome.prof@wanadoo.fr One Voice : Muriel Arnal, présidente et fondatrice de One Voice : 06 79 83 16 61 presse@one-voice.fr
Depuis quelques années, on assiste à un assouplissement très inquiétant des règles de gestion du Loup.
Alors qu’auparavant les tirs de défense ne pouvaient être ordonnés qu’en cas d’attaque avérée, la réglementation actuelle permet d’autoriser ces tirs en l’absence de toute attaque, « dès lors que des mesures de protection ont été mises en œuvre ou que le troupeau est reconnu comme ne pouvant être protégé » (art 13 de l’arrêté ministériel du 19.02.2018).
Des tirs d’effarouchement abandonnés, les exécutions privilégiées
Les tirs d’effarouchement (tirs non létaux avec « des munitions (balles ou chevrotines) en caoutchouc ou à grenaille métallique, du numéro 8 et au-delà, soit d’un diamètre inférieur ou égal à 2,25 mm » (Arrêté ministériel du 19-02-2018) sont pratiquement abandonnés.
Pourtant l’individu loup qui a subi un tel tir établira vraisemblablement un lien entre celui-ci et le troupeau convoité, et mémorisera le territoire ainsi protégé (1). Il y a de grandes chances qu’il ne renouvelle pas l’expérience et de plus, il pourra transmettre l’information à la meute à laquelle il appartient. Par contre, un loup tué sera remplacé tôt ou tard par un autre, ce qui est contre-productif et finalement inefficace ! C’est ce que montrent les dernières études scientifiques (2).
Au cours des ans, le législateur et les pouvoirs publics ont ainsi perdu de vue l’objectif premier des tirs, qu’ils soient d’effarouchement, ou simples, pour finir par satisfaire le désir d’éradication des loups exprimé par une partie du monde de l’élevage.
Des autorisations de tirs de défense sans attaque et sans protection des troupeaux
Aujourd’hui, sous la pression des organisations agricoles, les autorisations de tirs de défense sont accordées sans que le troupeau ait subi d’attaque et sans qu’il ait été prouvé que le cheptel domestique est protégé efficacement. Sur les 71 autorisations de tirs de défense accordées en 2020 en Haute-Savoie (au 20 septembre 2020, source DREAL), seulement 18 éleveurs avaient subi des dommages en 2020 et 18 en 2019 (dont 8 en 2019 et 2020). On peut lire dans les « considérants » des autorisations préfectorales de tir que la proximité (toute relative) d’élevages ayant connu une prédation, ou mieux encore, la proximité de communes ayant elles aussi connu des prédations, suffit à autoriser des tirs. C’est ainsi que sur un espace de quelques dizaines d’hectares, on peut avoir 8 autorisations préfectorales de tirs simultanées, comme c’est le cas sur le plateau des Glières.
Des protections de troupeau de plus en plus laxistes
Selon l’arrêté du 19/02/19, les tirs de défense peuvent être ordonnés dès lors que le troupeau est considéré comme protégé (condition remplie par l’installation effective et proportionnée de moyens de prévention – article 6) ou que son troupeau est reconnu comme non protégeable.
Et le choix des moyens de protection doit être « proportionné » aux risques encourus.
Ainsi sur 17 troupeaux d’ovins ou de caprins visités cette année en Haute-Savoie, tous situés dans des zones à loup (cercle 1) :
Onze d’entre eux n’ayant aucune protection ou ayant une protection présentant des failles importantes, ont subi 49 attaques, soit plus de la moitié des attaques de Haute-Savoie (n=96).
Parmi ces onze, quatre bénéficiaient d’une autorisation de tir de défense simple (TDS pour un seul tireur) et deux d’une autorisation de tir de défense renforcée (TDR pour plusieurs tireurs).
Un troupeau avait des moyens de protection présentant des lacunes, mais n’a subi aucune attaque. Il bénéficiait d’une autorisation de tir de défense simple.
Et enfin cinq d’entre eux étaient bien protégés, et n’ont subi aucune attaque avant ou après notre visite. Parmi ces cinq, trois avaient une autorisation de tir de défense simple.
Les situations sur le terrain sont donc contrastées, depuis de très bonnes protections jusqu’à la libre circulation de très grands troupeaux.
Voici deux exemples en Réserve Naturelle dans le haut de la vallée de l’Arve. D’un côté, aux Contamines-Montjoie, un exploitant qui élève des brebis pour la fabrication de produits laitiers. Il possède en alpage, surveillées par quatre patous, une centaine de brebis qui évoluent dans des parcs électrifiés, gardées par deux bergers. Cette protection est très efficace puisque son troupeau, à ce jour, n’a jamais été attaqué ! (ref. suivi des dommages aux troupeaux depuis 2017). A noter que l’éleveur a demandé et obtenu une autorisation de tir de défense, alors que son troupeau est en plein cœur de la Réserve Naturelle où il est interdit de tirer «… en dehors des réserves naturelles nationales constituées » Arrêté ministériel du 19-02-2018.
A l’autre extrémité de la vallée, dans la Réserve Naturelle de Passy, plusieurs centaines de brebis, élevées pour la viande, pâturent librement (sans parc) sur des centaines d’hectares. Il y a quand même un berger et un patou, mais ils sont totalement inefficients puisqu’il faut une bonne ½ journée en marchant à bon rythme pour faire le tour de l’alpage. Dans ce cas précis, la protection mise en œuvre, n’est ni adaptée ni efficace contre la prédation. Cette année, le troupeau a déjà subi 10 attaques (déclarées mais pas forcément imputables au loup) ayant causé la mort d’au moins 14 moutons.
Cette comparaison de situations géographiquement voisines montre bien, sauf exception toujours possible, qu’une bonne protection minimise les risques de prédation, et que les attaques ont tendance à se reporter sur les troupeaux les moins protégés, comme cela est montré depuis de nombreuses années par toutes les études scientifiques menées en Europe et en Amérique du Nord.
Cette absence de moyens de protection efficaces dans certains élevages s’explique d’autant moins que leur mise en œuvre est prise en charge à 100 % en Réserve Naturelle et à 80 % ailleurs.
A titre d’illustration, pour l’achat d’un patou, l’éleveur reçoit 300 €, et 652 € annuellement pour son entretien et pour sa nourriture ; pour subvenir aux frais de gardiennage par un salarié (ou un prestataire), il reçoit 2500 €/mois (ref. Instruction technique sur la protection des troupeaux du 20-12-2019), pour un taux de prise en charge de 100 %. A cela s’ajoutent tout un ensemble de prestations remboursées, exhaustivement décrites dans la circulaire (4).
Des troupeaux de vaches déclarés improtégeables
On trouve dans l’arrêté ministériel du 19-02-2018 la phrase suivante : « Sur la base d’une analyse technico-économique réalisée au cas par cas par la DDT (M) et soumise pour avis au préfet coordonnateur du plan national d’actions sur le loup, un ou plusieurs troupeaux ou une partie d’un troupeau peuvent être reconnus comme ne pouvant être protégés par le préfet de département ».
Sous la pression des organisations agricoles, les troupeaux de bovins sont systématiquement déclarés improtégeables.
Il en découle le remboursement des dommages sans restriction, et l’autorisation de tirs de défense accordée sur simple demande (et actée en quelques jours par les services de la Préfecture).
Pourtant les dommages sur les bovins sont rares : en 2020, deux génisses ont été déclarées tuées et deux autres ont eu des morsures (sans qu’à ce stade la responsabilité du loup n’ait été démontrée); en 2019, un veau a été retrouvé mort avec des morsures, un autre complètement dépecé au vêlage et un veau de 4 jours a été retrouvé mort. Des observateurs attentifs de la situation sur les Glières notent qu’en 2012, alors que l’on comptait une dizaine de loups sur le massif, aucune attaque ni prédation de bovin n’avait été recensée ! Que s’est-il donc passé en 2020 ? On pourrait aussi se référer aux bonnes pratiques pastorales d’il y a un demi-siècle où celui qui laissait vêler ses vaches sans protection se voyait rabrouer par tous ses pairs. Les enclos de vêlage espagnols peuvent aussi être présentés comme des modèles à suivre.
Plus près de nous, nos voisins du Val d’Aoste utilisent une ou deux vaches d’Hérens (ces vaches très combatives) comme moyen de protection. Celles-ci sont très présentes dans les vallées de Chamonix et des Gets où les troupeaux de bovins n’ont jamais été attaqués (3).
– Aucune protection sur la plaine de Dran – Glières (74)
Bientôt des tirs dans les Réserves Naturelles ?
Lors de comités consultatifs des R.N. des Contamines et de Passy, la DDT a évoqué l’année dernière, la possibilité d’effectuer des tirs d’effarouchement dans les Réserves Naturelles.
Pourtant l’arrêté ministériel du 19-02-2018 est clair : « Les moyens d’effarouchement pouvant être mis en place sans demande préalable, en dehors des réserves naturelles nationales constituées ».
Le loup est une espèce protégée, s’il est également chassé des Réserves Naturelles (censées protéger la faune), où peut-il se réfugier ?
Deux loups tués en quelques jours
Deux loups ont été tués en Haute-Savoie en quelques jours, l’un aux Villards-sur-Thônes le 28 juin et l’autre à Cenise vers le 8 juillet.
Et nous avons constaté sur le terrain que l’alpage des Villards-sur-Thônes n’est pas protégé de jour : pas de berger, pas de parc, pas de patou, ce qui devrait remettre en question le tir de défense renforcé dont il bénéficie.
La population de loups en Haute-Savoie est estimée à 3 meutes établies (dont une en grande partie sur la Suisse), auxquelles s’ajoutent quelques individus isolés en dispersion, pour un total d’une vingtaine d’individus.
Des experts font le même constat aux Ministères de la transition écologique et de l’agriculture
Une mission interministérielle (5) a été chargée d’étudier les méthodes de gestion des loups et les mesures de protection de l’élevage dans différents pays européens, voici quelques-unes de ses conclusions :
« La France détient de très loin les records du nombre d’attaques de troupeaux (en valeur absolue ou rapportés au nombre de loups), du coût public de la protection, et du montant des indemnisations de dommages. Cette situation, qui a surpris de nombreux interlocuteurs rencontrés, conduit à s’interroger sur l’efficience du système mis en place au fil des ans par notre pays.
Le système d’indemnisation est également plus exigeant dans les autres pays européens dans la mesure où la mise en place effective des mesures décidées est généralement contrôlée sur le terrain et conditionne le droit à indemnisation.
La France a, depuis plusieurs années, davantage recours aux tirs que les autres pays visités, lesquels l’utilisent de façon très exceptionnelle pour certains et pas du tout pour d’autres. Cela n’a pas empêché la solide installation du loup dans le quart sud-est du pays, ni la forte dynamique de son expansion actuelle.«
Moutons sans protection malgré un TDR au Mont – Les Villards sur Thônes
Disparition des dommages dus aux chiens divagants
Par ailleurs, et c’est bizarre, il n’y a plus de dommages dus aux chiens divagants, ils sont systématiquement déclarés comme étant imputables au loup. Pourtant, il y a seulement deux décennies, 84 sinistres étaient imputés aux chiens divagants, et fleurissait dans tous les alpages ce petit écriteau, qui a vite disparu avec l’apparition du loup en Haute-Savoie :
A titre de comparaison avec les chiffres rappelés sur cet écriteau, en 2019 en Haute-Savoie, « 72 constats seraient indemnisables au titre du loup pour un minimum de 236 victimes » (DDT 74 Dommages sur troupeaux domestiques- Situation au 31 octobre 2019).
Et pourtant, le loup est utile à nos écosystèmes
S’il est revenu naturellement en France, ce n’est pas pour rien.
Dans le secteur Arve-Giffre, il est constaté une présence importante de cerfs et autres ongulés sauvages.
Au cours de l’hiver 2018, 120 grands ongulés (cerfs et chevreuils) ont été retrouvés morts sur les communes de Chamonix et des Houches. Les analyses, effectuées par un vétérinaire spécialisé dans la faune sauvage, ont montré qu’ils étaient victimes de sous-alimentation. Cette concentration importante de cerfs a plusieurs conséquences : régénération ralentie de la forêt, consommation préférentielle du sapin alors qu’avec le changement climatique et la crise sanitaire des forêts, il faudrait le favoriser par rapport à l’épicéa, arasement des myrtilliers impactant la gélinotte des bois et le tétras lyre, etc… On voit par cet exemple, pris parmi d’autres, que le retour du loup est nécessaire à tout une chaîne écosystémique.
Alors, au lieu d’accuser le loup de tous les maux et d’en faire une cible, il est plus que jamais nécessaire de comprendre son utilité pour les écosystèmes de montagne tout en le dissuadant de s’en prendre aux troupeaux domestiques, partout où ceux-ci sont bien protégés. Et il reste beaucoup de progrès à faire dans ce domaine.
Notes :
Et cela d’autant plus qu’il est doué de sensibilité
« Bruns et al., 2020, Global Ecology and Conservation » et les différents rapports et avis produits par le CNPN et le MNHN soulignent tous l’inefficacité des tirs létaux pour réduire la prédation
Voir dans ce sens « Danvir et al., 2018, Reducing conflict with Grizzly bears, wolves and elk ; a western landowners’ guide. Published by Western Landowners Alliance ; p40«
Mobilisons-nous au plus vite pour répondre à la consultation publique concernant les projets d’arrêtés :
1) fixant les condition et limites dans lesquelles des dérogations aux interdictions de destruction peuvent être accordées par les préfets concernant le loup et
2) fixant le nombre de spécimens de loups dont la destruction pourra être autorisée chaque année
Même si l’Etat ne tiendra sans doute pas compte de cette nouvelle consultation publique, renouvelée année après année, il faut y participer afin de montrer qu’il y a une opposition à ces tirs.
Pour que votre avis entre dans les statistiques, il ne sert à rien d’avoir des considérations générales, d’exprimer son sentiment : il faut juste répondre point par point aux articles. Animal Cross salue et vous invite à lire le remarquable avis négatif rendu par le CNPN (Conseil National de Protection de la Nature), qui conclut que les abattages de loups mettent en péril la conservation de l’espèce en France, sans faire baisser la prédation sur les animaux d’élevage. http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2020-19_avis_cnpn_arrete_cadre_et_plafond_loup_du_12_juillet_2020.pdf
Sur le projet d’arrêté « cadre »
La fiction de « non protégeabilité » voit son établissement confié à des prestataires externes, non plus à la DDT. Cela ne change rien au fait que ce statut permet de déclencher des tirs sur des alpages pas du tout protégés, où des ovins, caprins, bovins servent d’appât pour satisfaire les besoins en tirs. Nous le constatons partout dans les zones à loups.
Une construction assez élaborée permet d’obtenir ce statut d’espace non protégeable, et de concentrer les tirs sur une zone où évoluent librement des animaux de rente, comme à Plaine de Dran sur les Glières, ainsi qu’en de nombreux autres lieux.
Cette année de nouveau, le seuil de 500 loups, vu par l’État comme un plafond au-delà duquel il se déclare autorisé à recourir à des mesures radicales, est une interprétation biaisée d’un rapport du MNHN ; l’expertise de 2017 décrivait d’ailleurs une viabilité à partir de 2500 loups adultes, on est loin du compte. D’ailleurs, l’UICN considère toujours le loup comme une espèce menacée en France.
Le seuil de déclenchement des tirs est abaissé d’année en année (pour un troupeau, 3 attaques sur 12 mois déclenchent un tir de défense renforcée TDR), et ce seuil bas est en contradiction avec la notion de « dommages importants », l’un des préalables aux tirs de loup, selon la Directive européenne Habitat-Faune-Flore
Sachant que la notion de proximité d’alpages ayant eux-mêmes subis des dégâts est souvent utilisée dans les arrêtés préfectoraux de tirs de défense, ce sont souvent des régions entières qui sont le théâtre de multiples sites de tirs ; on voit ainsi la résolution de l’Etat à utiliser l’abattage comme unique moyen de résolution des conflits de cohabitation.
La réalité de protection des troupeaux n’est absolument pas contrôlée, et nous constatons leur absence sur le terrain. D’ailleurs, les arrêtés se contentent souvent de faire référence aux « contrats passés par l’éleveur avec l’Etat «, ce qui signifie que cet engagement contractuel est considéré comme suffisant.
Sur le projet d’arrêté fixant le plafond de loups à exécuter
Le pourcentage de loups à exécuter a été élevé de 17% à 19% pour la première phase, sachant que sous la pression des organisations syndicales, il finira à 21% comme prévu dans le texte.
Ajouté aux accidents et au braconnage, cela conduit à l’exécution d’un nombre de loups exhorbitant, qui met bien en péril sa viabilité sur le territoire français.
Par l’arrêté DDT-2020-0838. M. le préfet de Haute-Savoie a autorisé le 19 juin, jusque fin 2021, les tirs contre le loup sur le plateau des Glières, plaine de Dran.
Un lieutenant de louveterie tourne toutes les nuits en 4×4, équipé d’une arme moderne à détection thermique, payée par nos impôts, pour en découdre avec l’animal.
Or nous constatons qu’aucune des conditions de protection devant être réunies n’est présente: pas de parc (un fil à bétail), pas de berger, pas de patou.
Préfecture et DDT foulent du pied leurs propres textes en autorisant tout une série de tirs en Haute-Savoie (45 autorisations à ce jour), là où ils savent pertinemment que les troupeaux ne sont pas protégés.
Randonneurs des Glières, faites-nous part de ce que voyez à Dran. Soyez-y présents afin de décourager le loup d’approcher son bourreau..
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